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Camp de concentration de Hinzert

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Camp de concentration de Hinzert
Présentation
Type Camp de concentration
Gestion
Date de création
Date de fermeture
Géographie
Pays Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Coordonnées 49° 41′ 56″ nord, 6° 53′ 34″ est
Géolocalisation sur la carte : Allemagne (1937)
(Voir situation sur carte : Allemagne (1937))
Camp de concentration de Hinzert

Le camp de concentration de Hinzert (SS-Sonderlager Hinzert or Konzentrationslager/KZ Hinzert) était un camp de concentration dirigé par la SS situé près de Trèves, en Allemagne.

Son utilisation a beaucoup varié au cours de son existence. Il est connu pour être un centre de transit des déportés Nacht und Nebel et de la résistance luxembourgeoise.

Camp réservé exclusivement aux hommes, en activité de l'automne 1939 à mars 1945, il sert de lieu de détention et de transit pour au moins 10 000 prisonniers de 20 nationalités différentes, mêlant opposants politiques du Troisième Reich et résistants déportés des pays d'Europe occupés[1].

Au départ, il reçoit des Allemands qui travaillent pour l’Organisation Todt et qui sont condamnés à des peines légères de rééducation. Par ailleurs, des détenus français sont passés par le camp de Hinzert, dont un petit nombre sont arrêtés en Allemagne. Mais les groupes les plus importants sont ceux des déportés Nacht und Nebel venant de Paris acheminés en transports de à et luxembourgeois arrêtés lors des vagues de représailles envers les mouvements de résistance et de contestation. En , les derniers « NN » quittent le camp[2]. On compte aussi parmi les prisonniers des travailleurs forcés d'Europe de l'Est, des Polonais soumis à la « germanisation » et des hommes qualifiés d'« asociaux ». Sur la centaine de détenus originaires du Benelux classés comme Juifs, un tiers meurt sous la torture[1].

Au total, au moins 321 décès y sont officiellement recensés, causés par des exécutions ciblées, la malnutrition, le travail forcé et la maladie[1].


Création et fonctions initiales (1938-1942)

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Le camp de Hinzert est créé en 1938 par le Front allemand du travail (Deutsche Arbeitsfront, DAF) pour accueillir les ouvriers de l'Organisation Todt chargés de la construction du Westwall, de la « Luftverteidigungszone West » (zone de défense aérienne Ouest) ou de l'Autobahn[1] : les gardes étaient fournis par le DAF[3]. Détruit par un incendie le 16 août 1939, il est reconstruit en octobre de la même année pour servir de camp de détention et de rééducation de la police (Polizeihaft- und Erziehungslager des Reichsarbeitsdienstes ou RAD). Il est alors destiné aux prisonniers condamnés à des peines légères (moins de 14 jours) et aux travailleurs ayant manifesté ce que le régime nazi qualifie de « comportement antisocial »[4],[5]. Ces ouvriers travaillent non seulement sur le Mur de l'Ouest, mais aussi sur d’autres projets d’infrastructures militaires, tels que les bases aériennes de Mannheim et de Mayence.

Le , le camp passe sous la juridiction de l'Inspection des camps de concentration. Après l'invasion de la Belgique, des Pays-Bas, du Luxembourg et de la France, Hinzert devient également un lieu de détention pour les prisonniers politiques de ces pays, qui doivent être « régermanisés » ou qui sont placés en détention de sécurité (Schutzhaft). Le 7 février 1942, le commandement du camp est transféré à l’Office central SS pour l’économie et l’administration (WVHA). Il sert alors aussi de camp pour la Gestapo de la région de Luxembourg et de Trèves[6]. Jusqu’à l’arrivée des premiers prisonniers « Nuit et Brouillard », le camp fonctionne selon la structure organisationnelle des autres camps de concentration et comprend notamment une Kommandantur, une section politique (Politische Abteilung), un camp de « détention et sécurité », une unité médicale ainsi que des unités de garde. À la suite de l’arrivée des déportés « Nuit et Brouillard », la section politique et le camp de « détention et sécurité » sont fermés[4].

Topographie et installations

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Situé sur le plateau de Hochwald à 550 mètres d’altitude, le camp de concentration de Hinzert tire son nom du village voisin, aujourd’hui Hinzert-Pölert. Le site est marqué par un climat rude, exposé au vent, au brouillard, à une forte humidité et à des températures hivernales glaciales. Il est entouré d'une forêt de conifères qui fournit le bois nécessaire à sa construction et à son entretien.

Structure du camp

Le camp se divise en deux zones principales :

  • La zone de l'administration et des gardes SS : accessible par une route longeant le cimetière des prisonniers, elle comprend sept baraquements, le poste de garde, la Kommandantur, des ateliers, des garages, le mess des officiers et les logements de la garnison. Cette section est aménagée avec des jardins et des compositions florales.
  • La zone des prisonniers : d'une superficie d'environ 200 mètres sur 200 mètres, elle est isolée par une clôture de fil de fer barbelé de trois mètres de haut surmontée de miradors. Elle abrite les appartements du commandant, des ateliers (confection, menuiserie), les bureaux de la Gestapo, la cuisine, les services administratifs, une zone de quarantaine, une morgue, un local de désinfection et le dépôt des effets personnels.

Logements et place d'appel

Les détenus logent dans quatre baraques initialement conçues pour 208 personnes (26 lits superposés par espace), capacité portée plus tard à 560 places par l'ajout de paillasses[7]. Certaines salles sont spécifiquement réservées aux prisonniers arrêtés sous le décret « Nuit et brouillard ».

Les différents bâtiments s'articulent autour d'une place d'appel centrale, dont la superficie est réduite au fil du temps par la création d’un potager SS. Au centre se dresse un mât équipé de haut-parleurs pour la transmission des ordres. Cette place sert également de lieu de punition — où les détenus doivent rester immobiles pendant des heures — ainsi que de terrain d'exercice forcé dès 4 h 30 du matin[4].

Prisonniers et Kommandos

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Environ 13 600 prisonniers passent par Hinzert. Les premiers détenus sont des ouvriers allemands ayant travaillé sur la ligne Siegfried et accusés de « comportement antisocial »[8]. Peu après, le camp sert à accueillir des travailleurs forcés provenant des pays occupés. À partir de 1941, de grands groupes de prisonniers y sont envoyés, principalement des prisonniers politiques originaires du Luxembourg et de France. D'autres détenus, essentiellement des travailleurs forcés et des prisonniers de guerre, sont déportés depuis la Pologne et l'Union soviétique. À partir du 7 décembre 1941, date de la signature du décret « Nuit et brouillard », les prisonniers NN transitent par Hinzert avant d'être acheminés vers des camps de concentration plus importants, tels que Natzweiler, Dachau ou Buchenwald, où ils finissent par « disparaître ».

De nombreux prisonniers de Hinzert sont également utilisés comme travailleurs forcés dans les sous-camps SS disséminés dans la région environnante. Quelque 23 Kommandos extérieurs sont rattachés à Hinzert, notamment : Farschweiler, Finthen, Fluwig, Gelnhausen, Gusterath, Hermeskeil, Konz, Langendiebach, Mayence, Mariahütte (1 et 2), Neubrücke, Hoppstädten, Nahe, Nonnweiler, Pollert, Primstal, Rheinsfeld (1 et 2), Wächtersbach et Waechtersbach. Ces unités effectuent principalement des travaux forcés d'entretien dans des bases aériennes, ainsi que des travaux de drainage des marais et de sylviculture[7].

Plusieurs Kommandos internes opèrent directement au sein du camp principal :

  • Le Kommando « Piscine » (de mai à juin 1942) : il creuse un bassin d'élevage de poissons qui sert également de réserve d'eau pour les extincteurs ;
  • Le Kommando « Pierre » (créé en juillet 1942) : il est chargé d'exploiter une carrière voisine ;
  • Le Kommando « Forêt » : il travaille dans les forêts entourant le camp pour abattre du bois et construire une route (en raison du risque élevé d’évasion, ce Kommando est dissous en 1943) ;
  • Le Kommando « Charrette » : composé de dix-huit prisonniers tirant un lourd véhicule, il transporte les racines déterrées et d’autres matériaux (les SS relâchent parfois les freins dans les descentes afin de tuer ou de blesser les détenus) ;
  • Le Kommando « Charbon » : il transporte chaque jour le contenu d’un wagon de charbon depuis la gare ferroviaire voisine jusqu’au camp. Les quatre allers-retours représentent une distance totale de 32 kilomètres ;
  • Le Kommando « Bois » : il nettoie et coupe les racines déterrées afin de fournir du combustible au camp ;
  • Les Kommandos « Romika » et « Noir » : ils travaillent dans les ateliers du camp et produisent des articles en caoutchouc ainsi que du matériel d’armement à partir de 1942[4].

En raison du secret absolu entourant leur situation, de nombreux prisonniers « Nuit et Brouillard » sont affectés à ces Kommandos internes. Alors que le camp est initialement construit pour accueillir 560 prisonniers, le nombre moyen de détenus s'élève à 800 et atteint parfois un pic de 1 600 personnes[7].

Les déportés « NN » (Nacht und Nebel) au camp spécial de Hinzert

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De à , 1 446 hommes « NN » sont recensés comme déportés au camp spécial de Hinzert. Ce camp est désigné comme lieu de regroupement des « NN » venant de Paris. Amenés par petits transports de 50 à 60 personnes, en moyenne, les détenus restent quatre à cinq mois au camp avant d’être transférés vers des prisons de détention préventive comme Wittlich, Sarrebruck ou Diez-sur-Lahn, en attendant le jugement[9].

Dans les transports partis de Paris à destination du camp spécial de Hinzert figurent aussi des femmes. Souvent, elles sont arrêtées dans la même affaire que leurs maris et déportées avec eux. Cependant, elles ne suivent pas le même parcours : soit elles sont emprisonnées à Trèves, soit elles sont emmenées jusqu’à la prison d’Aix-la-Chapelle, avant d’être appelées à comparaître devant le tribunal de Cologne ou celui de Breslau, avec les hommes. Au total, 75 femmes ont pu être recensées comme faisant partie des transports destinées au camp de Hinzert[10].

Le , dix-neuf hommes dont Césaire de Poulpiquet, arrêtés dans la région de Châteaulin pour avoir récupéré et caché des parachutistes américains, arrivent à Hinzert. Trois d’entre eux seulement survivent dont Jean Crouan[11].

Eugène Greau, coureur du Tour de France des années vingt, est passé par ce camp. Arrêté la veille de Noël 1941 pour faits de résistance contre l'occupant nazi à Niort (Deux-Sèvres) Il est déporté dans le camp de la Gestapo d'Hinzert, par convoi ferroviaire où les détenus sont placés dans des wagons de troisième classe, dont les compartiments sont aménagés en cellules aux fenêtres grillagées, rendant toutes évasions impossibles. Le train fait une halte à la gare de Trèves. Les déportés descendent et prennent un autre train en direction du village de Reinsfeld, gare la plus proche du camp spécial. Les détenus descendent du train à marche forcée et sous surveillance, les hurlements et les coups répétés des SS, ils parcourent les sept kilomètres de chemin abrupt pour rejoindre le camp. En , il est transféré au camp de concentration de Sonnenburg (aujourd'hui situé en Pologne, à 15 km de la frontière allemande). Le régime y est moins rude, mais affaibli, Eugène Gréau meurt le à l'âge de 39 ans.

Crimes de guerre et exécutions

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Les noms des victimes exécutées au camp de Hinzert font partie de ceux inscrits sur le catafalque installé sur le site du camp de concentration.

Les conditions de vie à Hinzert sont extrêmement dures, marquées par la torture et les exécutions publiques. Bien qu'il serve principalement de camp de transit, au moins 321 prisonniers[7] y sont assassinés par balle, noyade ou injection létale, tandis que d'autres meurent de faim et de maladie, ou sont même jetés en pâture aux chiens[4].

Le camp est le théâtre de plusieurs exécutions marquantes :

  • En 1941 : 70 prisonniers de guerre soviétiques y sont tués par injection de cyanure sous prétexte d'un examen médical.
  • En septembre 1942 : 20 grévistes luxembourgeois, arrêtés après une grève générale contre l'occupant allemand, y sont fusillés.
  • Par la suite : Plus de 350 résistants luxembourgeois sont internés, et des dizaines d'entre eux sont exécutés, notamment en représailles à des actes de résistance commis dans leur pays.

Le bilan total exact des victimes reste difficile à établir. Le camp voit notamment passer entre 1 600 et 1 800 Luxembourgeois ainsi qu'environ 1 500 déportés français arrêtés sous le décret « Nuit et brouillard ». Parmi eux, seuls 390 survivent et retournent en France, tandis qu'au moins 804 périssent[4].

En 1946, après la libération du camp, de nombreuses dépouilles sont exhumées. Les corps des victimes étrangères sont rapatriés dans leurs pays respectifs, notamment au Luxembourg, avec les honneurs nationaux, tandis que les autres sont inhumés dans un cimetière commémoratif sur place.

Évolution et libération du camp (1942-1945)

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Hinzert reste essentiellement autonome jusqu'au 21 novembre 1944, date à laquelle il est rattaché administrativement au camp de concentration de Buchenwald. Le camp est partiellement détruit par un raid aérien le 22 février 1945, mais reste en activité jusqu'au 3 mars de la même année. À cette date, de nombreux prisonniers survivants sont envoyés dans une marche de la mort vers Buchenwald[12]. Au moins trois prisonniers ne survivent pas à la marche : les gardes abattent un Français, battent à mort un Luxembourgeois et tuent un autre Luxembourgeois par injection. Les autres prisonniers contraints de marcher vers Buchenwald sont libérés à Langendiebach, en Hesse. Le camp est finalement libéré le 17 mars 1945 par des unités de reconnaissance de la 94e division d'infanterie américaine. Seule une poignée de prisonniers s'y trouve encore à ce moment-là.

Mémorial et centre de documentation

Un monument en bronze, réalisé par le sculpteur luxembourgeois Lucien Wercollier, rend hommage aux prisonniers et aux personnes assassinées dans le camp.

Le 10 décembre 2005, un mémorial et un centre de documentation sont inaugurés sur le site de l'ancien camp de concentration. Conçu par le cabinet d'architectes Wandel Hoefer Lorch & Hirsch, ce bâtiment contemporain en acier abrite une exposition permanente de photographies, de notices explicatives et d'objets provenant du camp[12].

Notes et références

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  1. a b c et d « Hinzert », Enzyklopädie des NS-Völkermordes an den Sinti und Roma in Europa (consulté le )
  2. Livre Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression et dans certains cas de persécution-1940-1945. TOME I Page 204
  3. « Hinzert main camp », The United States Holocaust Memorial Museum Encyclopedia of Camps and Ghettos, 1933-1945/Projet Muse (consulté le )
  4. a b c d e et f « Mémoire Vivante n° 46: Dossier Hinzert » [archive du ], Fondation pour la Mémoire de la Déportation (consulté le )
  5. « Hinzert: rapatriement des morts luxembourgeois en 1946 » [archive du ], Centre National de l'Audiovisuel (consulté le )
  6. « Hinzert » [archive du ], Centre Regional Resistance et Liberte (consulté le )
  7. a b c et d Peter D. Hassall, « Le camp de concentration de Hinzert », B&S Editions (consulté le )
  8. Beate Welter, Blaetter Zum Land: The Memorial Site of the SS Special Camp/Concentration Camp Hinzert, Federal State Central Authority for Political Education Rhineland-Palatinate (Die Landeszentrale für politische Bildung Rheinland-Pfalz) (lire en ligne)
  9. « Les déportés passés par le camp d’Hinzert », sur lunion.fr, (consulté le )
  10. Sur les « NN » à Hinzert, voir Guillaume Quesnée, Les déportés « Nacht und Nebel », une expérience spécifique. Étude portant sur les hommes « NN » déportés au SS Sonderlager Hinzert entre mai 1942 et septembre 1943, mémoire de maîtrise soutenu en octobre 2001 à l’Université de Caen.
  11. La déportation de 15 Finistériens du réseau Pat O'Leary: http://memoiredeguerre.free.fr/ph-doc/15deportes.htm#deb
  12. a et b « History of the Camp », Gedenkstätte SS-Sonderlager/KZ Hinzert - Landeszentrale für politische Bildung Rheinland-Pfalz (consulté le )

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

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  • Le kommando de HINZERT, Association française Buchenwald Dora et Kommandos.
  • "Eugène Gréau, cet inconnu célèbre" édité le par "Coup de Pouce", 17610 - CHANIERS.
  • Joseph de La Martinière, Nuit et brouillard à Hinzert : les déportés N.N. en camp spécial S.S, Azay-le-Rideau, J. de La Martinière, , 395 p..
  • SS Special Camp/Concentration Camp Hinzert, Mémorial du camp spécial SS / camp de concentration de Hinzert, publié par l'Agence régionale pour l'éducation civique de Rhénanie-Palatinat.

Articles connexes

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Liens externes

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