Hiéroglyphes crétois

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Les hiéroglyphes crétois sont une forme encore non déchiffrée d'écriture hiéroglyphique trouvée en Crète sur des artéfacts de l'âge du bronze récent, datant de la civilisation minoenne. Elle précède l'écriture en linéaire A d'environ un siècle, mais elles sont utilisées en parallèle durant la majeure partie de leur histoire[1].

Sceau en jaspe vert marqué de hiéroglyphes crétois, vers -1800.

Corpus[modifier | modifier le code]

En 1989, Jean-Pierre Olivier a décrit ainsi l'état du corpus des hiéroglyphes crétois : « En résumé, notre corpus se compose de deux parties distinctes :

  1. Sceau et matériel de scellement, environ 150 documents
  2. Autres documents sur tablettes d'argile, essentiellement des inscriptions d'archives, environ 120 documents.

Les sceaux et matériel de scellement représentent environ 307 groupes de signes distincts, contenant ensemble plus ou moins 832 hiéroglyphes. Les autres comptabilisent environ 270 groupes de signes distincts, contenant plus ou moins 723 signes[2]. » Depuis, d'autres documents ont été découverts, comme en 1995 dans le palais de Petras.

En 1996, le Corpus Hieroglyphicarum Inscriptionum Cretae (CHIC) de Louis Godard et Jean-Pierre Olivier a été compilé, principalement à partir de quatre sites archéologiques :

  • Le palais de Malia (MM III)
  • Le quartier Mu, à Malia (MM II)
  • Cnossos(MM II or III)
  • Petras (MM IIB), dont les fouilles ont débuté en 1995. L'édition définitive a été publiée en 2010[3].

Le corpus est composé de :

  • Documents en argile, gravés d'inscriptions (CHIC H: 1-122)
  • Empreinte de sceaux (CHIC I: 123-179)
  • Sceaux (CHIC S: 180-314)
  • La pierre d'autel de Malia
  • Le disque de Phaistos
  • La hache d'Arkalochori
  • Un fragment de sceau (HM 992), montrant un symbole unique, identique au glyphe n° 21 du disque de Phaistos.

Le rapport entre les trois derniers artéfacts et les textes du corpus principal est incertain.

Plusieurs inscriptions en hiéroglyphes crétois (ainsi qu'en linéaire A) ont aussi été trouvées sur l'île de Samothrace au nord-est de la mer Égée[4].

La question se pose de savoir si l'écriture hiéroglyphique crétoise a pu évoluer en écriture linéaire. Certains auteurs lui ont également vu un rapport avec les hiéroglyphes hittites : « Les similitudes entre l'écriture crétoise et d'autres écritures, comme les hiéroglyphes de Chypre et celui des Hittites d'Anatolie, peut suggérer [...] qu'ils ont évolué depuis un ancêtre commun, une écriture aujourd'hui perdue peut-être originaire de Syrie[5]. »

Symboles[modifier | modifier le code]

Hiéroglyphes crétois (entre -1900 et -1600) sur un morceau d'argile, trouvé à Malia ou Cnossos, en Crète. Les points représentent des nombres. Artéfact visible au musée archéologique d'Héraklion.

Un inventaire des symboles a été fait par Evans en 1909, par Meijer en 1982, et par Olivier et Godart 1996 (le CHIC). Ce dernier sert de référence et rassemble un total de 314 artéfacts.

Les glyphes répertoriés par le CHIC incluent 96 syllabogrammes, représentants des sons, dont dix sont en plus des logogrammes, représentants des mots ou des morphèmes.

Il y a aussi vingt-trois logogrammes qui représentent quatre niveaux de nombres - unités, dizaines, centaines et milliers - ainsi que des fractions numériques, et deux types de ponctuations.

Beaucoup de symboles ont apparemment un équivalent en linéaire A, il est donc tentant de leur appliquer les mêmes valeurs sonores que ceux du linéaire B.

Chronologie[modifier | modifier le code]

La chronologie et la répartition géographique des hiéroglyphes crétois et des linéaire A et B se chevauchent. Les systèmes d'écritures distincts de la Crète et de Grèce continentale durant l'âge du bronze peuvent être résumés comme suit[6] :

Système d'écriture
Zone géographique
Époque
Hiéroglyphes crétois Crète
vers -2100 à -1700[5],[7]
Linéaire A Îles de la mer Égée (Kea, Kythera, Melos, Thera), et Grèce continentale (Laconia) vers -2500 à -1450[8],[9],[10],[11]
Linéaire B Crète (Cnossos), et Grèce continentale (Pylos, Mycenae, Thebes, Tiryns) vers -1450 à -1200

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Yule 1981, 170-1
  2. Jean-Pierre Olivier, The Relationship between Inscriptions on Hieroglyphic Seals and those Written on Archival Documents (PDF file). in Palaima, Thomas G, ed., Aegean seals, sealings and administration.
  3. Metaxia Tsipopoulou & Erik Hallager, The Hieroglyphic Archive at Petras, Siteia (with contributions by Cesare D’Annibale & Dimitra Mylona).
  4. Margalit Finkelberg, Bronze Age Writing: Contacts between East and West.
  5. a et b Rodney Castleden, Minoans.
  6. J.-P. Olivier, « Cretan Writing in the Second Millennium B.C. », World Archaeology, vol. 17, no 3,‎ , p. 377–389 (377f.) (DOI 10.1080/00438243.1986.9979977)
  7. https://books.google.com/books?id=zcXH52jICOEC&pg=PT55
  8. « The Danube Script and Other Ancient Writing Systems:A Typology of Distinctive Features », Harald Haarmann,‎ (lire en ligne)
  9. https://books.google.com/books?id=K2zOhNL5skcC&pg=PA2
  10. https://books.google.com/books?id=0R52Nzw_0c4C&pg=PA200
  11. https://books.google.com/books?id=Lb7jyuLpd0YC&pg=PA381

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • W. C. Brice, Notes on the Cretan Hieroglyphic Script: I. The Corpus. II. The Clay Bar from Malia, H20, Kadmos 29 (1990) 1-10.
  • W. C. Brice, Cretan Hieroglyphs & Linear A, Kadmos 29 (1990) 171-2.
  • W. C. Brice, Notes on the Cretan Hieroglyphic Script: III. The Inscriptions from Mallia Quarteir Mu. IV. The Clay Bar from Knossos, P116, Kadmos 30 (1991) 93-104.
  • W. C. Brice, Notes on the Cretan Hieroglyphic Script, Kadmos 31 (1992), 21-24.
  • J.-P. Olivier, L. Godard, in collaboration with J.-C. Poursat, Corpus Hieroglyphicarum Inscriptionum Cretae (CHIC), Études Crétoises 31, De Boccard, Paris 1996, (ISBN 2-86958-082-7).
  • G. A. Owens, The Common Origin of Cretan Hieroglyphs and Linear A, Kadmos 35:2 (1996), 105-110.
  • G. A. Owens, An Introduction to «Cretan Hieroglyphs»: A Study of «Cretan Hieroglyphic» Inscriptions in English Museums (excluding the Ashmolean Museum Oxford), Cretan Studies VIII (2002), 179-184.
  • I. Schoep, A New Cretan Hieroglyphic Inscription from Malia (MA/V Yb 03), Kadmos 34 (1995), 78-80.
  • J. G. Younger, The Cretan Hieroglyphic Script: A Review Article, Minos 31-32 (1996–1997) 379-400.
  • P. Yule, Early Cretan Seals: A Study of Chronology. Marburger Studien zur Vor und Frühgeschichte 4 (Mainz 1981), (ISBN 3-8053-0490-0)

Liens externes[modifier | modifier le code]