Heure en France

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'heure en France métropolitaine est, l'hiver, l'heure normale d'Europe centrale (HNEC) c'est-à-dire celle du fuseau horaire UTC+1 ; l'été c'est l'heure avancée d'Europe centrale (HAEC) c'est-à-dire celle du fuseau horaire UTC+2. La France métropolitaine vit à cette heure avancée du dernier dimanche de mars (à 2 heures, HNEC) au dernier dimanche d'octobre (à 3 heures, HAEC).

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Originellement, chaque paroisse de France vit à son heure, c'est à dire à celle du soleil, au rythme de son clocher.

Après 970, l'astrolabe aurait atteint l'Europe par l'intermédiaire du moine Gerbert d'Aurillac, qui le ramène d'Espagne, d'où il rapporte nombre de connaissances scientifiques apprises chez les Arabes, ceux-ci occupant en partie la péninsule ibérique. C'est à cette époque que se développent en France des horloges de table à affichage astrolabique, ce qui a pour conséquence paradoxale d'introduire des heures inégales (dites aussi heures astrologiques, temporaires ou illégales) qui correspondent à la douzième partie de la durée du jour, c'est-à-dire de la partie de la journée pendant laquelle le soleil brille mais qui varie donc selon le lieu et les saisons (ces heures n'étant de durée égale qu'aux équinoxes)[1].

L'apparition et la diffusion de l'horloge à rouage mécanique et à échappement contrôlé, à partir de la fin du XIVe siècle, entraîne le développement de cadran solaire à style incliné qui permet de tracer un diagramme de lignes horaires indiquant des heures égales, c'est-à-dire telles que nous les utilisons : un jour, d'un midi au suivant, est divisé en 24 heures, quelle que soit l'époque de l'année[2].

1891 à l'heure de Paris[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, le besoin d'unifier l'heure sur tout le territoire se fait sentir, notamment avec l'essor du chemin de fer et l'impossibilité de régler les horaires des trains sur des heures variant d'un point à un autre. Pour la régularité du service des trains, les chemins de fer prennent l'heure d'origine des réseaux français, c'est-à-dire celle de Paris mais, pour favoriser les voyageurs non ponctuels, on décide que l'heure du chemin de fer serait en retard de cinq minutes sur l'heure de Paris[3].

La loi du 14 mars 1891 fixe l'heure légale à l'heure du temps moyen de Paris[4]. La plupart des villes adoptent l'heure de Paris pour leurs horloges

1911 à l'heure de Greenwich[modifier | modifier le code]

Par la loi du , la France adopte l’heure du méridien de Greenwich, abrégé GMT en anglais. Et avec, elle adopte le temps universel de 24 heures au lieu de 2 fois 12 heures. Ces usages avaient été recommandés en octobre 1884 à la Conférence internationale de Washington[5]. Notons que le texte de loi ne mentionne pas explicitement la ville anglaise de Greenwich. En effet, l'heure de référence reste l’« heure de Paris » à laquelle on soustrait 9 minutes et 20 secondes, pour correspondre à l’heure GMT[6].

1923 aux heures d'hiver et d'été[modifier | modifier le code]

L’adoption de l’heure d’été, préconisée par le député André Honnorat depuis 1916, est votée par les parlementaires le par 291 voix contre 177[6].

La loi du aménage le changement d'heure saisonnier[7]. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la France métropolitaine vit à l'heure moyenne de Greenwich. Ce qui correspond aujourd'hui à UTC+0 en hiver et UTC+1 en été. Elle observe l'heure d'été du dernier samedi de mars au premier samedi d'octobre.

1940 à l'heure allemande[modifier | modifier le code]

À partir du printemps 1940, les militaires allemands firent passer la zone occupée de la France à l'heure allemande pour des raisons pratiques[7]. Au fur et à mesure que l'armée d'occupation avancent, les horloges, elles, sont avancées d'une heure. La zone occupée passe donc à l'heure d'Europe centrale, pendant que la zone libre reste à l'heure de Greenwich.

En novembre 1940, aucune des 2 zones ne repasse à l'heure d'hiver. En territoire occupée, on reste donc à GMT+2, et pour le reste du pays à GMT+1.

La France métropolitaine est ainsi divisée entre deux fuseaux horaires. Cela engendre d'importantes difficultés pour les transports ferroviaires, civils et militaires. Pour les régler, le gouvernement à Vichy décide de synchroniser à partir du l'heure de la zone libre sur celle des autorités d'occupation. Après l'entrée des troupes allemandes et italiennes en zone libre le , les changements d'heure saisonniers reprennent de façon régulière suivant l'heure du Reich.

1945 à l'heure de l'Europe continentale[modifier | modifier le code]

Après la Libération, le Gouvernement provisoire de la République française décrète le l'abandon du changement d'heure saisonnier à partir de 1946[6]. Il prévoit aussi un retour à l'heure GMT pour le 18 novembre mais, le , il revient sur cette décision[7].

La plupart des pays d'Europe continentale partagent ainsi l'heure d'Europe centrale, l’heure GMT+1. C'est aussi le cas de l'Espagne, qui est le plus décalée par rapport à l'heure solaire.

1976 à l'heures du choc pétrolier[modifier | modifier le code]

Le décret du 19 septembre 1975 rétablit le changement saisonnier de l'heure. À la suite du premier choc pétrolier, le gouvernement compte par cette mesure réduire la facture énergétique. Son application est fixée pour la période du 28 mars au 28 septembre 1976[7]. La mesure est alors présentée comme provisoire. Mais elle est toujours en vigueur au siècle suivant.

La loi de 1911 est remplacée par un décret du 9 août 1978 qui fait du temps universel coordonné (UTC mis en place en 1972) la base du temps légal en France : les horloges publiques et TDF diffusent ainsi UTC + 1 heure (heure d'hiver) ou UTC + 2 heures (heure d'été). À titre de point de repère, la France et une bonne partie de l'Europe vivent donc en hiver à l'heure de Munich, et en été à l'heure de Varsovie. Comme l'heure moyenne de Greenwich (maintenant l'UTC) est le fuseau horaire « naturel » de la France métropolitaine, l'heure de l'Europe centrale (UTC+1) utilisée par la métropole peut être considérée comme une forme d'heure avancée en hiver, tandis que l'heure d'été de l'Europe centrale (UTC+2) est en quelque sorte une heure doublement avancée[8].

En 1996, la période de l'heure d'été a été harmonisée dans toute l'Union européenne par la directive 2000/84/EC, qui reporta la fin de la période de l'heure d'été au dernier dimanche d'octobre.

Territoires d'outre-mer[modifier | modifier le code]

Territoires de la République française

La France d'outre-mer vit dans des fuseaux horaires différents[9].

Nom Capitale Statut politique Lieu Fuseau horaire
Guyane Cayenne Département et région d'outre-mer (DROM) Amérique du Sud UTC−03:00
Polynésie française Papeete Collectivité d'outre-mer Pacifique sud UTC−10:00, UTC−09:30, UTC−09:00
Guadeloupe Basse-Terre Région monodépartementale d'outre-mer Antilles UTC−04:00
Martinique Fort-de-France Département et région d'outre-mer Antilles UTC−04:00
Mayotte Mamoudzou Département et région d'outre-mer Afrique
(canal du Mozambique)
UTC+03:00
Nouvelle-Calédonie Nouméa Collectivité sui generis Pacifique sud UTC+11:00
La Réunion Saint-Denis Département d'outre-mer Afrique
(océan Indien)
UTC+04:00
Saint-Barthélemy Gustavia Collectivité d'outre-mer Antilles UTC−04:00
Saint-Martin Marigot Collectivité d'outre-mer Antilles UTC−04:00
Saint-Pierre-et-Miquelon Saint-Pierre Collectivité d'outre-mer Atlantique nord (au sud-est du Canada) UTC−03:00
Wallis-et-Futuna Mata-Utu Collectivité d'outre-mer Pacifique sud UTC+12:00
Terres australes et antarctiques françaises Port-aux-Français Territoire d'outre-mer Océan Indien, Antarctique UTC+04:00, UTC+05:00, UTC+10:00
Clipperton - Possession française Pacifique nord (à l'ouest du Mexique) UTC−08:00

Références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-Clotilde Hubert, Construire le temps : normes et usages chronologiques du moyen âge à l'époque contemporaine, Librairie Droz, , p. 147
  2. Émile Biémont, Rythmes du temps. Astronomie et calendriers, De Boeck Supérieur, , p. 128-129
  3. Maryse Angelier, Voyage en train au temps des compagnies, 1832-1937, Vie du Rail & des transports, , p. 96
  4. France Auteur du texte, « Bulletin des lois de la République française », sur Gallica, (consulté le 24 octobre 2015)
  5. « 1884 International Meridian Conference », sur le site ucolick.org, consulté le 22 juin 2009.
  6. a, b et c Gilles Krugler, « Allemagne, décembre 1918. Les premières heures de l’occupation », Revue historique des armées, no 254, 2009, p. 76–81, mis en ligne le 6 février 2009, sur le site rha.revues.org, consulté le 22 juin 2009.
  7. a, b, c et d Yvonne Poulle, « La France à l'heure allemande », Bibliothèque de l'école des chartes, vol. 157, no 2,‎ , p. 493–502 (lire en ligne).
  8. (en) Steffen Thorsen, « France and Spain kicks into "Double Summer Time" », sur Time and Date.com (consulté le 11 janvier 2012).
  9. « Fac-similé JO du 19/10/1979, texte 2623 | Legifrance », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le 5 août 2015)

Voir aussi[modifier | modifier le code]