Heure en France

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L'heure en France métropolitaine est, l'hiver, l'heure normale d'Europe centrale (HNEC) c'est-à-dire celle du fuseau horaire UTC+01:00 ; l'été c'est l'heure avancée d'Europe centrale (HAEC) c'est-à-dire celle du fuseau horaire UTC+2. La France métropolitaine vit à cette heure avancée du dernier dimanche de mars (à 2 heures, HNEC) au dernier dimanche d'octobre (à 3 heures, HAEC).

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Heure temporaire.

Dans l'Antiquité, la Gaule comprenant la France actuelle est une province romaine qui vit sous l'influence de Rome. Les heures, quand elles sont employées, sont des heures temporaires.

Dans la période médiévale, l'Église met en place des heures temporaires simplifiées et grossières, les heures canoniales[1]. Avec l'apparition de l'horloge mécanique, elles sont remplacées progressivement par les heures équinoxiales ou égales, données par le cadran solaire classique qui sert de référence pour l'horloge. Le temps ainsi compté, implicitement, devient le temps civil[2].

Au début du XVIIIe siècle, le temps du cadran solaire et celui de l'horloge vont se différencier : le cadran classique donnant le temps vrai et l'horloge le temps moyen. Ce dernier peut être lu sur des méridiennes de temps moyen qui deviennent référence pour montres et horloges.

En 1826, plus d'un siècle plus tard, Paris adopte pour ses horloges le temps moyen et l'heure moyenne qui en découle[3].

Article détaillé : Heure équinoxiale.

1891 à l'heure de Paris[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, le besoin d'unifier l'heure sur tout le territoire se fait sentir, notamment avec l'essor du chemin de fer et l'impossibilité de régler les horaires des trains sur des heures locales variant d'un point géographique à un autre. Pour la régularité du service des trains, les chemins de fer prennent l'heure d'origine des réseaux français, c'est-à-dire celle de Paris, mais, pour favoriser les voyageurs non ponctuels, on décide que l'heure du chemin de fer serait en retard de cinq minutes sur l'heure de Paris[4],[5]. Progressivement, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, les villes françaises adoptent le double affichage horaire ou l'heure de Paris. À Rennes, par exemple, desservie par le train depuis 1857, l'horloge de l'hôtel de ville indique l'heure locale et celle de la capitale à l'aide de deux aiguilles des minutes : l'une dorée (heure locale, c'est-à-dire l'heure solaire vraie), l'autre noire. En 1880, s'alignant sur une pratique qui se généralise dans les grandes villes (Bordeaux, Nantesetc.), la capitale bretonne adopte l'heure parisienne pour tous les cadrans publics de son territoire[5].

L'uniformisation de l'heure sur l'ensemble du territoire national est imposée par la loi du qui fixe l'heure légale en France métropolitaine et en Algérie à l'heure du temps moyen de Paris[6],[7]. Cette harmonisation est l'un des marqueurs de l'adaptation de la France à la révolution industrielle et économique en cours à cette époque[5].

1911 à l'heure de Greenwich[modifier | modifier le code]

Par la loi du , la France adopte l'heure du méridien de Greenwich, abrégé GMT en anglais. Et avec, elle adopte le temps universel de 24 heures au lieu de deux fois 12 heures. Ces usages avaient été recommandés en octobre 1884 à la Conférence internationale de Washington[8]. Notons que le texte de loi ne mentionne pas explicitement la ville anglaise de Greenwich. En effet, l'heure de référence reste l'« heure de Paris » à laquelle on soustrait 9 minutes et 21 secondes, pour correspondre à l'heure GMT[9],[10].

1923 aux heures d'hiver et d'été[modifier | modifier le code]

L’adoption de l’heure d’été, préconisée par le député André Honnorat depuis 1916, est votée par les parlementaires le par 291 voix contre 177[9].

La loi du aménage le changement d'heure saisonnier[11]. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la France métropolitaine vit à l'heure moyenne de Greenwich. Ce qui correspond aujourd'hui à UTC±00:00 en hiver et UTC+01:00 en été. Elle observe l'heure d'été du dernier samedi de mars au premier samedi d'octobre.

1940 à l'heure allemande[modifier | modifier le code]

À partir du printemps 1940, l'occupant allemand fait passer la zone occupée de la France à l'heure allemande pour des raisons pratiques[11]. Au fur et à mesure que l'armée d'occupation avance, les horloges, elles, sont avancées d'une heure. La zone occupée passe donc à l'heure d'Europe centrale, pendant que la zone libre reste à l'heure de Greenwich.

En novembre 1940, aucune des deux zones ne repasse à l'heure d'hiver. En territoire occupé, on reste donc à GMT+2, et pour le reste du pays à GMT+1.

La France métropolitaine est ainsi divisée entre deux fuseaux horaires. Cela engendre d'importantes difficultés pour les transports ferroviaires, civils et militaires. Pour les régler, le gouvernement à Vichy décide de synchroniser à partir du l'heure de la zone libre sur celle des autorités d'occupation. Après l'entrée des troupes allemandes et italiennes en zone libre le , les changements d'heure saisonniers reprennent de façon régulière suivant l'heure du Reich.

1945 à l'heure de l'Europe continentale[modifier | modifier le code]

Après la Libération, le Gouvernement provisoire de la République française décrète le l'abandon du changement d'heure saisonnier à partir de 1946[9]. Il prévoit aussi un retour à l'heure GMT pour le 18 novembre mais, le , il revient sur cette décision[11].

La plupart des pays d'Europe continentale partagent ainsi l'heure d'Europe centrale, l’heure GMT+1. C'est aussi le cas de l'Espagne, qui est la plus décalée par rapport à l'heure solaire.

1976 à l'heure du choc pétrolier[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Heure d'été#France.

Le décret du rétablit le changement saisonnier de l'heure. À la suite du premier choc pétrolier, le gouvernement compte par cette mesure réduire la facture énergétique. Son application est fixée pour la période du 28 mars au [11]. La mesure est alors présentée comme provisoire. Mais elle est toujours en vigueur au siècle suivant.

La loi de 1911 est remplacée par un décret du qui fait du temps universel coordonné (UTC mis en place en 1972) la base du temps légal en France : les horloges publiques et TDF diffusent ainsi UTC + 1 heure (heure d'hiver) ou UTC + 2 heures (heure d'été). À titre de point de repère, la France et une bonne partie de l'Europe vivent donc en hiver à l'heure de Munich, et en été à l'heure de Varsovie. Comme l'heure moyenne de Greenwich (maintenant l'UTC) est le fuseau horaire « naturel » de la France métropolitaine, l'heure de l'Europe centrale (UTC+1) utilisée par la métropole peut être considérée comme une forme d'heure avancée en hiver, tandis que l'heure d'été de l'Europe centrale (UTC+2) est en quelque sorte une heure doublement avancée[12].

1996 harmonisation européenne[modifier | modifier le code]

En 1996, la période de l'heure d'été est harmonisée dans toute l'Union européenne par la directive 2000/84/EC, qui reporte la fin de la période de l'heure d'été au dernier dimanche d'octobre.

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

En aout 2018, la Commission européenne lance une consultation publique pour recueillir l'avis des citoyens de l'Union européenne sur le maintien de l'alternance entre l'heure d'été et l'heure d'hiver (dite « normale »)[13].

Sur les 4,6 millions d'internautes participants, 80 % se sont prononcés pour la fin du changement d'horaire en gardant plutôt l'horaire d'été sur l'année[14],[15]. Cette consultation a mobilisé essentiellement des internautes allemands (2/3 des votants), pays où le sujet est sensible.

Le 14 septembre 2018, la Commission européenne propose une directive aux termes de laquelle « Le dernier passage obligatoire à l'heure d'été aura lieu le dimanche 31 mars 2019. Les États membres qui souhaitent revenir de façon permanente à l'heure d'hiver auront la possibilité de procéder à un dernier changement d'heure saisonnier le dimanche 27 octobre 2019. À compter de cette date, les changements d'heure saisonniers ne seront plus possibles. ». Pour entrer en vigueur, cette proposition doit être approuvée par le Parlement européen et le Conseil au plus tard en mars 2019[16].

Réunis en conseil des ministres, les États membres ont reporté la suppression du changement d'heure à 2021, craignant qu'une mise en œuvre trop rapide ne transforme l'espace européen en patchwork et ne déstabilise le transport aérien et le marché unique[17].

Territoires d'outre-mer[modifier | modifier le code]

Territoires de la République française.

La France d'outre-mer vit dans des fuseaux horaires différents[18].

Nom Chef-lieu Statut politique Lieu Fuseau horaire Heure d'été
Guyane Cayenne Département et région d'outre-mer Amérique du Sud UTC−03:00 Non Non
Polynésie française Papeete Collectivité d'outre-mer Pacifique sud UTC−10:00, UTC−09:30, UTC−09:00 Non Non
Guadeloupe Basse-Terre Département et région d'outre-mer Antilles UTC−04:00 Non Non
Martinique Fort-de-France Département et région d'outre-mer Antilles UTC−04:00 Non Non
Mayotte Mamoudzou Département et région d'outre-mer Afrique (canal du Mozambique) UTC+03:00 Non Non
Nouvelle-Calédonie Nouméa Collectivité
sui generis
Pacifique sud UTC+11:00 Non Non
La Réunion Saint-Denis Département et région d'outre-mer Afrique (océan Indien) UTC+04:00 Non Non
Saint-Barthélemy Gustavia Collectivité d'outre-mer Antilles UTC−04:00 Non Non
Saint-Martin Marigot Collectivité d'outre-mer Antilles UTC−04:00 Non Non
Saint-Pierre-et-Miquelon Saint-Pierre Collectivité d'outre-mer Atlantique nord (au sud-est du Canada) UTC−03:00 Oui Oui[19]
Wallis-et-Futuna Mata Utu Collectivité d'outre-mer Pacifique sud UTC+12:00 Non Non
Terres australes et antarctiques françaises Port-aux-Français Territoire d'outre-mer Océan Indien, Antarctique UTC+04:00, UTC+05:00, UTC+10:00 Non Non
Île Clipperton - Possession française Pacifique nord (à l'ouest du Mexique) UTC−08:00 Non Non

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-Clotilde Hubert, Construire le temps : normes et usages chronologiques du moyen âge à l'époque contemporaine, Librairie Droz, , p. 147
  2. Émile Biémont, Rythmes du temps. Astronomie et calendriers, De Boeck Supérieur, , p. 128-129
  3. Jacques Gapaillard, Histoire de l'heure en France, Paris, Vuibert, (ISBN 978-2-311-00353-6), p. 102.
  4. Maryse Angelier, Voyage en train au temps des compagnies, 1832-1937, Vie du Rail & des transports, , p. 96
  5. a b et c SNCF, « L'avènement du chemin de fer bouleverse le rapport au temps », (consulté le 11 juin 2018).
  6. République française (tome 42, no 1383 à 1414), « Premier semestre de 1891 : les lois et décrets d'intérêt public et général », Bulletin des lois de la République française, sur Gallica, Imprimerie nationale, (consulté le 11 juin 2018), p. XIX.
  7. Jacques Audrerie, Archives départementales de la Haute-Vienne, « Mettons les pendules à l'heure ! », sur archives.haute-vienne.fr, (consulté le 11 juin 2018).
  8. « 1884 International Meridian Conference », sur le site ucolick.org, consulté le 22 juin 2009.
  9. a b et c Gilles Krugler, « Allemagne, décembre 1918. Les premières heures de l'occupation », Revue historique des armées, no 254, 2009, p. 76–81, , sur le site rha.revues.org, consulté le .
  10. Michèle Pedinielli, « 1911 : « On a changé l’heure de Paris ! » », sur Retronews, (consulté le 5 juin 2018).
  11. a b c et d Yvonne Poulle, « La France à l'heure allemande », Bibliothèque de l'école des chartes, vol. 157, no 2,‎ , p. 493–502 (lire en ligne).
  12. (en) Steffen Thorsen, « France and Spain kicks into "Double Summer Time" », sur Time and Date.com (consulté le 11 janvier 2012).
  13. Topsante.com, « Un sondage en ligne pour s'exprimer sur le changement d'heure », Topsante.com,‎ (lire en ligne).
  14. « Fin du changement d'heure : après le oui des Européens, l'UE va se prononcer », Le Journal de Saône-et-Loire,‎ (lire en ligne).
  15. Cécile Ducourtieux, « Changement d’heure : la Commission européenne veut « abolir » le passage à l’heure d’hiver », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  16. « L’état de l’Union en 2018 », sur Commission européenne, .
  17. « La fin du changement d'heure ce ne sera pas pour l'année prochaine », Ouest-France, (consulté le 30 octobre 2018).
  18. « Fac-similé JO du 19/10/1979, texte 2623 », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le 5 août 2015)
  19. Aux mêmes dates que les États-Unis et le Canada.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Textes officiels[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]