Herman Wirth

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Herman Wirth, (Utrecht, - Kusel, ), également connu sous les noms de Herman (ou Hermann) Wirth Roeper Bosch et Herman Felix Wirthor, est un chercheur néerlandais en sciences humaines ayant principalement travaillé en Allemagne et un archéologue national-socialiste, co-fondateur de l'Ahnenerbe SS. Proche des milieux völkisch, il développe une vision raciste et occultiste de l'Histoire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Herman Wirth a étudié la philologie néerlandaise, allemande, l'histoire et la musicologie. Il a reçu son doctorat en 1910 avec une thèse sur Le déclin de la chanson populaire néerlandaise. Il a enseigné par la suite la philologie néerlandaise à l'Université de Berne. Pendant la Première Guerre mondiale, Wirth soutient les séparatistes flamands en Belgique occupée par les soldats allemand et s'engage dans les rangs de l'armée allemande comme volontaire pour le front. Il est nommé au titre de professeur en 1916 par l'empereur allemand Guillaume II. Il obtient un poste d'enseignant de néerlandais à l'Université de Berlin[1].

Il s'établit à Marburg en 1923 et adhère au NSDAP en 1925 pour le quitter un an plus tard[2]. Son travail sur la Préhistoire de la race atlantique-nordique, écrit à cette époque, est très populaire parmi les cercles nationalistes völkisch.

En 1932, le gouvernement du Land national-socialiste du Mecklembourg-Schwerin crée pour Wirth, l'institut de recherche pour la préhistoire de l'esprit, à Bad Doberan qui, tant dans le monde universitaire que dans le cadre du Parti nazi, demeure tout au long de son existence, extrêmement controversé. Après l'arrivée au pouvoir du Parti national-socialiste, il rejoint celui-ci à nouveau en 1934 et incorpore la SS.

Un proche de Himmler[modifier | modifier le code]

Ses théories attirent sur lui l'attention de Heinrich Himmler, qui lui confie la présidence de l'Ahnenerbe, l'institut de recherche de la SS[3]. Il dirige cet institut entre 1935 et 1937[4] ; il est alors renvoyé de ce poste par Himmler, qui le juge trop encombrant en raison de son amateurisme et de son engouement trop voyant pour la recherche de l'Atlantide[5], cet engouement renforçant sa réputation de charlatanisme[6].

Publiquement désavoué par Adolf Hitler, il quitte alors toute fonction dans l'institut, dans une sorte de disgrâce[7], et est remplacé à sa tête par Walther Wüst (de).

Thèses, théories et travaux[modifier | modifier le code]

Le sujet de prédilection de Wirth était les légendes entourant le continent légendaire de l'Atlantide. En effet, il s'inspire du mythe platonicien pour proposer une théorie de l'origine de la race nordique.

Théories[modifier | modifier le code]

Défenseur d'un pangermanisme européen, il défend l'idée de l'existence d'une race nordique originelle[8].

Dans l'un de ses ouvrages principaux, intitulé Allmutter, Wirth tente d'expliquer l'émergence des symboles runiques. Selon lui, la cosmogonie nordique, visible notamment dans le plan des mégalithes de Bretagne, est intimement liée au soleil, basée sur la course de cet astre au cours de l'année[9].

Durant les années 1920, il s'intéresse de près à l'Atlantide, lui conférant une dimension nordiciste : selon lui, l'Atlantide aurait constitué un empire civilisé, centré sur l'Islande et l'archipel d'Helgoland[N 1], [2]. Cet empire serait le berceau des Hyperboréens, qu'une modification de l'Axe des pôles aurait forcé à émigrer vers des contrées plus hospitalières, en Europe du Nord[4] : selon lui, le pôle Nord aurait été rendu impropre à la vie humaine, poussant cette population à émigrer plus au Sud[2].

Travaux[modifier | modifier le code]

Archéologue, il participe à de nombreux programmes de recherches, d'abord avec les universités allemandes, puis dans avec les instituts de recherche liés à la SS.

En 1928, Wirth s'intéresse aux découvertes archéologiques de Glozel[10], cherchant à établir la preuve de la présence du peuple indogermanique sur le territoire français[8] : dans ce cadre, il défend la thèse de l'existence d'une écriture spécifique, « glozélienne » d'origine indogermanique[11]. plus tard, dans les années 1930, il recherche, en France plus particulièrement, du matériel archéologique comportant des Svastikas[8].

Ainsi, Wirth mène des campagnes de fouilles en Scandinavie à partir de 1935, initialement dotées de moyens modestes[12]. Lors de cette campagne de fouilles soigneusement préparée, il rapporte de nombreux moulages de rochers gravés, constituant une collection unique pour le compte de l'Ahnenerbe [13].

Diffusion[modifier | modifier le code]

Professeur à Berlin, prétendant ressusciter une authentique tradition germanique[14], il réédite la Chronique d'Ura-Linda, un faux avéré par la suite, mais bénéficie d'un certain succès par le biais de sa renommée universitaire et grâce à la Société Herman Wirth, société savante soutenue par des historiens et des anthropologues réputés[1].

De plus, il bénéficie, pour la popularisation de ses idées, de l'aura que lui confère la proximité de nombreux personnages officiels du Troisième Reich, notamment Himmler, ce dernier croyant fermement à une localisation nordique de l'Atlantide[4]. De plus, Rosenberg s'inspire de ses théories pour sa vision de l'Atlantide[1].

Enfin, en France, la diffusion de ses thèses est assurée par l'archéologue Raymond Vaufrey, dès les années 1930[15].

Après la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1945, il est interné pendant deux ans par les troupes américaines. Il s'installe en Suède pendant plusieurs années et retourne à Marbourg en 1954, où il vit en tant qu'enseignant privé. Bien qu'il ait continué à défendre idéologiquement l'Allemagne national-socialiste, les doctrines de Wirth sur les « cultures primitives » trouvent un écho dans la scène alternative en développement dans les années 1970 et dans des groupes de soutien aux aborigènes nord-américains. Willy Brandt visita ainsi Wirth à Marburg en 1979, et le gouvernement de Rhénanie-Palatinat soutint temporairement un projet de création d'un musée avec la collection ethnographique de Wirth dans une annexe du château de Lichtenberg[16].

Ces thèses sont également reprises par les idéologues[Qui ?] néonazis et sont présentes par la suite, dans les années 1970, au sein du corpus idéologique de la Nouvelle Droite[17], dont les principaux auteurs le désignent par le titre de professeur[N 2], titre qui, selon Jean-Paul Demoule, ne lui a jamais été décerné[18]. Ainsi, ses thèses sont présentées par les principaux acteurs de la Nouvelle Droite européenne, notamment Robert Steuckers et Alain de Benoist[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Aux de Himmler, l'Atlantide constitue un lieu originel alternatif à opposer à l'origine proche-orientale de la civilisation.
  2. Tout comme Der Spiegel en 1980 qui lui donne « emeritierter Professor der Geschichte », professeur émérite en histoire.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Demoule 2015, p. 185.
  2. a, b et c François 2014, p. 198.
  3. Demoule 2015, p. 186.
  4. a, b et c François 2016, p. 151.
  5. Demoule 2015, p. 198.
  6. Schnapp 2003, p. 107.
  7. François 2014, p. 199.
  8. a, b et c Olivier 2012, p. 83.
  9. Olivier 2012, p. 113.
  10. Olivier 2012, p. 111.
  11. François 2014, p. 201.
  12. Olivier 2012, p. 57.
  13. Olivier 2012, p. 114.
  14. Schnapp 2003, p. 104.
  15. Olivier 2012, p. 147.
  16. (de) Schenkel der Göttlichen. In: Der Spiegel, 40/1980 (29. September 1980)
  17. Demoule 2015, p. 280.
  18. Demoule 2015, p. 282.
  19. François 2014, p. 200.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrage de Herman Wirth[modifier | modifier le code]

  • (de) Der Aufgang der Menschheit: Untersuchungen zur Geschichte der Religion, Symbolik und Schrift der atlantisch-nordischen Rasse., Eugen Diederichs, Jena 1928.
  • (de) Die Heilige Urschrift der Menschheit: Symbolgeschichtliche Untersuchungen diesseits und jenseits des Nordatlantik. Koehler & Amelang, Leipzig 1931–1936.
  • (de) Die Ura-Linda-Chronik, traduit et édité avec une étude historique d'introduction, Koehler & Amelang, Leipzig 1933.
  • (de) Was heißt deutsch? Ein urgeistesgeschichtlicher Rückblick zur Selbstbesinnung und Selbstbestimmung. E. Diederichs, Jena 1931; 2e édition 1934.

Éléments de bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]