Hercule Ier d'Este

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Hercule Ier d'Este
Ercole I d'Este.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 73 ans)
FerrareVoir et modifier les données sur Wikidata
Père
Mère
Ricciardia de Saluces (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Frères
Lionel d'Este
Meliaduse d'Este (d)
Sigismondo d'Este (en)
Ugo d'Este (en)
Borso d'EsteVoir et modifier les données sur Wikidata
Sœur
Conjoint
Éléonore de Naples (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Alphonse Ier d'Este
Sigismondo d'Este (en)
Ferrante d'Este (en)
Hippolyte Ier d'Este
Isabelle d'Este
Béatrice d'Este
Giulio d'Este (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Hercule Ier d'Este (dit aussi Hercule de Ferrare, en italien Ercole di Ferrara), né le à Ferrare et mort le à Ferrare, est un des enfants légitimes de Nicolas III d'Este, marquis de Ferrare, de Modène et de Reggio. Le , il succède à son demi-frère Borso d'Este en tant que duc de ces cités, favorise la floraison économique et culturelle de ses duchés, fait transformer et étendre Ferrare, à partir de 1490, par l'architecte Biagio Rossetti (1447-1516).

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Hercule D'Este est le fils de Nicolas III et de sa troisième épouse, Rizzarda di Tommaso di Saluzzo. Il vient après plusieurs enfants illégitimes, dont Lionel et Borso, issus du lit de Stella Tolomei et jusqu'alors favoris de leur père, qui désigne le premier, dès 1429, comme son successeur, confirmant ce choix dans un document rédigé peu avant sa mort.

Hercule est armé chevalier par l'empereur Sigismond lors du séjour de ce dernier à Ferrare (1433). En 1455, son demi-frère Lionel l'envoie, en compagnie de son frère Sigismond, à la cour du roi de Naples, où ils tiennent compagnie au fils du roi, Ferrante. Hercule et Sigismond quittent Naples en 1460 et trahissent la confiance de Ferrante, qui vient d'accéder au pouvoir, pour se joindre à l'expédition de son ennemi Jean d'Anjou dans les Pouilles. En 1463, l'opération étant sur le point d'échouer, ils sont rappelés à Ferrare par Borso, autre-demi-frère qui a, entre-temps, succédé à Lionel. Hercule est alors chargé de l'administration de Modène et de Reggio, avant d'être sollicité par Venise en qualité de condottiere. Il y sert alors les intérêts de Ferrare contre les Médicis (1466-67). C'est à cette occasion qu'il est blessé au pied à la bataille de Molinella, restant estropié et boiteux pour le reste de sa vie. Associé au complot ourdi contre Borso par les Modénais, les Milanais et les Florentins, il finit par les dénoncer et sa trahison lui permet d'intégrer le conseil secret aux côtés de Borso.

Accession au pouvoir[modifier | modifier le code]

À l'été 1471, Borso se trouvant à la dernière extrémité, Hercule, du fait de ses trahisons passées, ne peut compter que sur Venise pour l'appuyer dans la lutte engagée pour la succession. Face à lui, Nicolas, fils de Lionel, est appuyé par Milan, Mantoue et sans doute Florence. Intriguant au chevet de Borso, Hercule parvient finalement, avec l'appui militaire et financier des Vénitiens, à écarter Nicolas. Le 19 août 1471, quand Borso pousse son dernier soupir, Hercule est porté au pouvoir, moyennant quelques concessions à la population et une répression dirigée contre les partisans de Nicolas. Ce n'est qu'en 1472 que le Pape, considérant la situation stabilisée après de nouveaux complots et de nouvelles répressions, lui confirme le titre ducal, que Borsdo avait été le premier à porter. Hercule s'en assure même la transmission à ses fils légitimes, sur trois générations, moyennant un loyer annuel de 7 000 florins.

Mariage, emprise sur le duché et politiques matrimoniales[modifier | modifier le code]

Considérant l'évolution des rapports de force dans la péninsule, Hercule s'éloigne de Venise et se rapproche de Naples, avec laquelle il scelle, en 1472, une alliance matrimoniale en prenant pour épouse Eléonore, la fille de Ferrante, qui lui apporte en dot 60 000 ducats et sera par la suite très engagée dans les affaires du duché. Les noces sont fastueuses, accompagnées de mises en scènes allégoriques, de tournois, de bals et de banquets. La jeune épouse donne rapidement naissance à une fille (Isabelle, mai 1474), puis à une seconde (Béatrice, juin 1475), et enfin à un fils (Alphonse, juillet 1476). Quatre autre fils naissent ensuite : Ferrante (1477), Hippolyte (1479), Sigismond (1480) et Albert (1481)[1].

Le 1er septembre 1476, Nicolas, qui n'a pas abandonné ses prétentions sur Ferrare, tente un coup de main en profitant de l'absence d'Hercule. Il parvient à pénétrer en ville, mais échoue à y soulever la population. Capturé, il est décapité[2]. Trente conjurés sont pendus, d'autres sont mutilés. Ceux qui sont issus de bonne famille sont épargnés et se voient infliger des amendes. Soupçonnant Venise d'avoir encouragé le complot, Hercule, tout en cultivant des relations apparemment cordiales avec la Sérénissime, cherche de nouveaux appuis : il promet son fils Alphonse en mariage à la Milanaise Anna Sforza (1477) et sa fille Lucrèce au Bolognais Annibale Bentivoglio (1478). Isabelle est, quant à elle, promise à Francesco Gonzague, et Laurent de Médicis est sollicité pour être le parrain de Ferrante.

Alliances[modifier | modifier le code]

Membre de la ligue qui unit encore Ferrare à Venise, Milan et Florence, Hercule participe aux opérations militaires qui opposent, de 1478 à 1480, Florence au pape allié aux Napolitains. Il y assume même un rôle de condottiere, sa maîtrise des troupes laissant cependant à désirer à ses alliés. Il perd Monte San Savino (novembre 1478), se montre trop lent à défendre Pise (avril 1479). En juin 1479, il manque être blessé lors d'une bataille rangée entre ses soldats et ceux de son allié Gonzague pour le partage du butin. Cette échauffourée oblige l'alliance à isoler ses troupes et pénalise sa stratégie. En mars 1480, à la conclusion de la paix, il est remercié et sa carrière militaire prend fin.

Suivant le mouvement fluctuant des alliances, Hercule fiance sa fille Béatrice avec Ludovic Sforza (avril 1480) e Isabelle avec Francesco Gonzague (mai 1480). Ses rapports avec Venise se détériorent progressivement entre 1480 et 1481, jusqu'à la catastrophique guerre de Ferrare (1482-1484).

Guerre de Ferrare[modifier | modifier le code]

En 1482, Girolamo Riario, neveu du pape Sixte IV et seigneur d'Imola et de Forlì, à la recherche d'une expansion territoriale, parvient à convaincre Venise de s'attaquer à la Maison d'Este qui, rompant le monopole du sel accordé à la Sérénissime, a commencé à en produire à Comacchio. Malgré les revers militaires subis par le camp ferrarais[3], la paix de Bagnolo, qui met fin au conflit le , n'entérinera pas les changements souhaités par le Pape et son neveu. Hercule D'Este doit céder le territoire de Rovigo, perdu au début du conflit, mais évite l'annexion de Ferrare aux États pontificaux.

La maison d'Este termine la guerre plus endettée que jamais et en ayant perdu une partie de son territoire et de sa population. Hercule, bien décidé à adopter désormais une position de neutralité - ou de médiateur - dans les conflits qui déchirent l'Italie, quitte Ferrare à peine la paix signée, pour un périple qui le mène à Notre Dame de Lorette, puis à Santa Maria delle isole Tremiti, puis à Modène, à Venise, Monferrato, Milan et Rome, où il obtient pour son fils Hippolyte l'archevêché de Strigonia (en Hongrie).

Les mariages projetés ont finalement lieu, pour Lucrèce (1487), Isabelle et Béatrice (1490) Alphonse (1491), tous accompagnés de fêtes fastueuses. Hippolyte devient cardinal en 1493.

Veuf d'Éléonore[modifier | modifier le code]

Éléonore décède en 1493. Hercule poursuit ses voyages : à Venise en 1488, 1491 et 1492 ; à Lucques en 1489 ; à Milan en 1492 et en 1493 ; à Florence et à Rome en 1492 ; à Mantoue presque chaque année. Ces absences répétées, ainsi que les dépenses démesurées de la maison D'Este, provoquent dans ses états désordres, corruption et criminalité. Tout en cherchant à limiter cette dérive, Hercule se consacre surtout à la dévotion et à ses activités de prédilection : théâtre, spectacles, peinture, architecture et musique.

C'est à Ferrare que renaissent - sous la direction personnelle d'Hercule - le théâtre de Plaute et celui de Térence[4]. Cette activité théâtrale attire à la cour des traducteurs, des décorateurs, des costumiers, des danseurs et musiciens chargés d'animer les intermèdes. Chaque spectacle coûte alors à la cour des milliers de ducats, mais attire également à Ferrare des milliers de spectateurs et la noblesse de toute l'Italie du nord, ce qui participe, avec les festivités du carnaval et grâce à une programmation bien pensée, aux projets politiques d'Hercule. Importantes également, dans le même dessein, les fêtes populaires comme la festa del maio (la fête du mai), les courses de chevaux, comme le palio del giorno de San Giorgio, la course de la Saint Pierre (à partir de 1480), les courses de bateaux sur le Pô (1498) et les concours d'archers de la Saint Jean-Baptiste.

Hercule complète la bibliothèque et les collections de la maison d'Este et patronne les artistes.

Passionné d'architecture, il fait d'abord modifier des bâtiments existants : il fait ajouter une loge couverte entre le palais et le château de Ferrare (1471), remanie la cour d'honneur (1473), fait repeindre les édifices publics, installe une loge et une fontaine le long de la façade du palais (1473-491). Il fait ériger une chapelle à la Vierge dans le palais (1476) entreprend au château de grands travaux pour y créer, entre autres, un appartement pour Eléonore (1477-1481). Il fait redécorer les palais de Belfiore et de Belriguardo.

En 1492, il se lance dans le projet urbain le plus ambitieux de son époque : l'Addizione (extension) qui porte désormais son nom.

Musicien à ses heures, Hercule développe le chœur de sa chapelle, collectionne les partitions des compositeurs de son temps et en attire même quelques-uns à la cour de Ferrare, qui devient un des centres musicaux les plus en vue d'Italie, sinon d'Europe.

Profondément pieux, Hercule assiste quotidiennement à la messe et visite les déshérités, patronne les institutions religieuses[5] et institue la cérémonie annuelle de repas pour les pauvres. Avec ses frères, en tenues de pénitents, ils distribuent alors la nourriture, lavent les pieds de leurs invités, leur offre vêtements et cadeaux. Il participe aux processions, au carême et fait venir à Ferrare des prédicateurs de renom[6].

De 1494 à 1504, tandis que les prétentions de Charles VIII et Louis XII interfèrent avec les équilibres de la péninsule, Hercule parvient, malgré sa francophilie, ses liens familiaux avec Milan et Naples et sa vulnérabilité vis-à-vis de Venise et de Rome, à conserver une apparente neutralité[7] et à protéger ainsi ses états, quitte à devoir faire des concessions aux Vénitiens quand ceux-ci le soupçonne de jouer un double jeu au profit du parti français.

Il profite des dissensions et de retournements d'alliance pour jouer la carte de sa dynastie et, la première épouse de son fils Alphonse, Anna Sforza, étant morte en 1497, il le remarie avec Lucrèce Borgia (1502), fille d'Alexandre VI, union à l'occasion de laquelle il extorque au Pape l'investiture perpétuelle sur Ferrare pour tous ses descendants légitimes, la concession de Cento et de Pieve di Cento, détachées à son profit du diocèse de Bologne, et une dot de 100 000 ducats ainsi que diverses prébendes pour Hippolyte et d'autres familiers[8].

Privilégiant toujours sa neutralité, Ferrare, ses états et ses passions, Hercule continue, jusqu'à la fin de sa vie à s'occuper d'architecture, de théâtre et d'œuvres de piété. En septembre 1503, il est à la pêche à Comacchio, en février 1504, à Mantoue pour assister à une représentation, en pèlerinage à Florence en juillet de la même année pour honorer un vœu. Il meurt le 25 janvier 1505 à Ferrare. Son fils Alphonse lui succéde[9].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hercule avait également eu, avant son mariage, une fille (Lucrèce), de Ludovica Condulmieri, et un fils (Jules), du lit d'Isabella Arduini.
  2. Mais pas en public, étant donné son rang. Pour la même raison, Hercule lui fera des funérailles honorables et il sera enterré la tête recousue au col.
  3. La coalition emmenée par Girolamo Riario comprend, outre Venise et les troupes papales, la république de Gênes et le marquisat de Montferrat. Pour Ferrare, Hercule I peut compter sur l'appui de son beau-père, Ferdinand Ier de Naples, et des seigneurs de Milan, Mantoue et Bologne.
  4. Les Menaechmi de Plaute sont tirées de l'oubli en 1486, l'Anfitrione l'année suivante.
  5. En 1499, il fait venir de Viterbe Lucia Brocadelli da Narni, une illuminée prétendument porteuse des stigmates, et fait édifier un couvent pour elle et les religieuses qui l'entourent.
  6. Il entretient une correspondance avec Savonarole et, en 1496, sur les indications du prêcheur (originaire de Ferrare), fait interdire les jurons, les jeux de hasard, la sodomie, le travail les jours fériés et la location de logements aux prostituées.
  7. Un de ses fils (Ferrante) prête service à Charles VIII, tandis que l'autre (Alphonse) s'enrôle dans la Ligue qui le combat. En 1495, Hercule annonce ainsi sa neutralité : « se ne stava neutrale et che la attenderà alle cose del stato suo, non se volendo per modo alchuno travagliare in queste pratiche che hora occorreno, essendo... horamai di etade che recercha riposo più che altro ».
  8. Les concessions politiques seront résiliées à la mort du Pape, l'année suivante.
  9. Trevor Dean, Ercole I d'Este, duca di Ferrara Modena e Reggio, Dizionario Biografico degli Italiani. Treccani. Volume 43 (1993).

Liens externes[modifier | modifier le code]