Henry Charles Carey

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Henry Charles Carey
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Henry Charles Carey en 1865.

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Henry Charles Carey (15 décembre 1793 à Philadelphie - 13 octobre 1879) est un économiste américain[1],[2] influent, conseiller d'Abraham Lincoln[Si 1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît à Philadelphie en Pennsylvanie, en décembre 1793 de Mathew Carey, un économiste, réformateur et éditeur originaire d'Irlande. " Il n'eut pas d'éducation formelle, mais il profita de l'éducation de son père, de son entourage et bien sûr de la multitude de livres qui l'entoura toute sa vie. À l'âge de huit ans, il participa au premier salon du livre américain tenu en 1802 à New York et obtint le sobriquet de « Bookseller in miniature ». Dès l'âge de 12 ans, il opérait pour son père à Baltimore et, en 1822, il reprit l'entreprise de son père pour former ce qui devint la plus importante maison d'édition américaine, Carey & Lea, qui publia entre autres James Fenimore Cooper et Washington Irving[3]."[Si 2]

Il reprend à vingt-huit ans la maison d'édition de son père. Il se retire de l'entreprise autour de 1835[4], au moment de la publication de l'Harmonie des intérêts. Cette œuvre devient bientôt le manifeste de l'école américaine d'économie, et est traduite en italien et en suédois. "Après le monde littéraire, il devint entrepreneur-investisseur dans divers domaines, notamment dans le charbon et l'acier. Avec des membres de sa famille et des associés, dont le scientifique de renom Isaac Lea, ils formèrent le « Carey group » qui fut à l'avant-garde de l'innovation technologique dans la région."[Si 3]

Influence[modifier | modifier le code]

"Polémiste, il écrivit d'innombrables articles dans la presse américaine. Loin d'être un isolationniste, il entretenait une grande correspondance internationale et participait à la promotion et à la diffusion du nationalisme économique contre les thèses du libre-échange et de la division internationale du travail alors promues, principalement, par l'Empire britannique."[Si 4]

"Le New York Tribune avait un lectorat de masse et vers 1850 [...] c'était le journal avec le plus grand tirage national parmi tous les journaux américains. Celui-ci atteignit 200 000 exemplaires durant les années 1850[5]. En plus des journaux, le journal diffusait de nombreuses brochures sur les thèmes politiques de l'heure, dont certaines de Carey."[Si 5]

"Crapol[6] a exploré l'importance du nationalisme américain dans la politique américaine lors de la seconde moitié du 19e siècle et il y mentionne le rôle important de Carey avant la guerre civile pour formuler le nationalisme économique si présent à la suite de la guerre."[Si 6]

"Elder mentionna aussi que Carey a réussi à changer l'opinion du NYT lors de la guerre de Crimée et à sa suite une bonne partie de l'opinion publique américaine afin de soutenir la Russie dans le conflit au lieu des Alliés.[...] L'analyse du contenu des articles de Carey permettra de rendre compte de la force et de la vigueur des arguments du courant protectionniste dans l'opinion publique, car indépendamment de la validité ou non de ces thèses, les électeurs américains voteront à de multiples reprises pour le parti défendant la protection, et ce, jusqu'au premier tiers du 20e siècle."[Si 7]

"La thèse de Ariel Ron[7] permet de comprendre et de contextualiser un aspect négligé des travaux de Carey sur l' « agriculture scientifique ». L'intérêt pour l' « agriculture scientifique » généra un mouvement très important aux États-Unis qui s'intéressa à tous les progrès possibles de l'agriculture en lien avec l'industrialisation et les nouvelles recherches scientifiques, comme en chimie."[Si 8]

Pensée économique[modifier | modifier le code]

Erik S. Reinert[8] situe "la pensée de Carey non pas comme un pur produit de l'expérience américaine, mais bien dans la lignée de la pensée économique qui depuis la Renaissance mettait l'accent sur la production, l'innovation et les connaissances."[Si 9]

Dans les Principes de la science sociale (1858-1860), il critique le principe du libre-échange qui tend selon lui à « établir pour le monde entier un atelier unique, auquel doivent être expédiés les produits bruts du globe en subissant les frais de transport les plus coûteux. » Il souhaite l'établissement de nations indépendantes se consacrant à toutes les branches de l'économie, au contraire de Friedrich List, dont la pensée a influencé sa conversion au protectionnisme. Carey prétend cependant qu'il s'est converti après l'observation des résultats respectifs des tarifs protectionnistes et libre-échangistes aux États-Unis. Il défend l'idée d'un système naturel de lois économiques, dont la prospérité générale de l'humanité est le résultat spontané. Cet aspect bénéfique est malheureusement empêché par l'ignorance et la perversité de l'homme.

Dans ce même livre, il critique l'exportation des produits agricoles, qui, puisqu'ils ne sont pas consommés sur place, destituent le sol national de ses éléments fertilisants. C'est une des raisons pour lesquelles il fait la promotion, à côté de la protection des industries naissantes, d'une protection agricole[9].

Au contraire de Ricardo, Carey déclare que les hommes ont d'abord exploité les terres ingrates (les coteaux) avant de descendre progressivement vers les plaines les plus fertiles, de même ils ont d'abord utilisé la force des animaux avant d'utiliser celle du vent ou de l'eau, puis de la machine à vapeur et de l'électricité. C'est pour cette raison que le prix du blé baisse nécessairement, en raison de l'augmentation de la productivité. « La terre la plus riche est la terreur du premier émigrant » (Passé, Présent et Futur). « Carey demande que la science économique intègre, citant Goethe, non seulement la partie matérielle, mais aussi l’esprit qui l’anime, lequel est conçu à l’image de son Créateur, c’est-à-dire capable de rationalité, de créativité, de découverte et d’invention.»[Si 10]

Au contraire de Malthus, Carey démontre que l'humain trouve de plus en plus de ressources parmi ce qui est inutilisé, que l'humain utilise sa créativité pour se développer. Pour expliquer sa démarche, il redéfinit des mots ayant des définitions incohérentes encore aujourd'hui comme valeur, richesse, travail, capital, rente dans les Principes de la Science Sociale[Si 11].

Il est aussi l'auteur de l'Harmonie des intérêts (1851), ouvrage faisant la comparaison du système britannique de libre-échange avec le capitalisme protectionniste et interventionniste américain.

Il a influencé Frédéric Bastiat pour ses Harmonies économiques[10], que Carey accusera de plagiat[11]. Frédéric Bastiat reconnut qu'il s'était fortement inspiré de Carey[Si 12].

En 1865, l'économiste allemand Adolf Held fait sa thèse sur Carey.

Militantisme[modifier | modifier le code]

"Carey fut un partisan des Whigs[12] , avant de joindre le Parti républicain dans lequel il milita dès 1856, tâchant de faire du protectionnisme une politique du parti, ce qui fut réussi à Chicago en 1860[13] lorsque le parti adopta le principe de la protection dans sa plateforme[14]."[Si 13]

Principes de la Science Sociale[modifier | modifier le code]

La guerre de Karl Marx contre Carey[modifier | modifier le code]

Il existait aux Etats-Unis une "peur des tensions de classe telles qu'elles sévissaient en Europe"[Si 14].

"La position de Carey sur la présence britannique en Inde, aussi connue à l’époque grâce à la publication de son livre The Slave Trade en 1853 et du chapitre qui lui est consacré[15], mena à une bien curieuse « guerre secrète » de la part de Marx contre Carey dans les pages du New York Tribune[Laquelle ?]."[Si 15]

"Si Perelman a retracé la genèse du fameux article de Marx du 8 août 1853 dans lequel il défend la présence anglaise en Inde comme un fait révolutionnaire dans sa « guerre secrète » avec Carey, il est resté absolument muet sur l'analyse et les arguments de Carey."[Si 16]

"L'optique de situer la pensée économique de Carey dans une logique de classes à l'intérieur de la nation, autant par des libéraux l'accusant de n'être que le représentant d'intérêts industriels ou dans la perspective marxiste de classes, a mené à la négligence de la pensée anti-impérialiste de Carey."[Si 17]

"Un seul article, celui de Perelman[16] , [..] a jusqu'ici traité de la relation entre Carey, le NYT et Marx. Cet article voulait davantage justifier Marx d'avoir défendu la présence anglaise en Inde que de rendre compte de la position de Carey sur cette question."[Si 18]

Liste des œuvres[modifier | modifier le code]

  • Essay on the rate of wages, Philadelphie, 1835.
  • Principles of political economy, Philadelphie, 1837-40 (3 volumes).
  • The credit system in France, Great Britain and the United States, Londres, 1838.
  • Answer to the questions: what constitutes currency? what are the causes of unsteadiness of the currency? and what is the remedy?, Philadelphie, 1844.
  • The past, the present and the future, Philadelphie, 1848.
  • The harmony of interests, New York, 1851.
  • Principles of social science, Principes de la science sociale, 3 volumes, Philadelphie, 1858-60, traduit par Saint-Germain-Leduc et Augustin Planche [Tome 1] [Source] ou à, [Tome 2] [Source], [Tome 3] [Source]
  • The French and American tariffs compared, Philadelphie, 1861.
  • The way to outdo England without fighting her, Philadelphie, 1865.
  • Review of the decade 1857-1867, Philadelphie, 1867.
  • Contraction or expansion? Repudiation or resumption?, Philadelphie, 1866.
  • How protection, increase of public and private revenues, and national independence march hand in hand together, Philadelphie, 1869.
  • Shall we have peace… Letters to the President elect of the United States, Philadelphie, 1869.
  • International copyright question, Philadelphie, 1872.
  • The Unity of law, Philadelphie, 1873[17].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Encyclopedia Britannica
  2. (en)nndb.com
  3. Kaser, Messrs. Carey and Lea, p. 17-9,39.
  4. Elder, A Memoir, p. 32.
  5. Jeter Allen Isely, Horace Greeley and the Republican Party, 1853-1861; a Study of the New York Tribune, New York, Octagon Books, 1965, p. 4-5,13,294,338-9; Adam-Max Tuchinsky, Horace Greeley's New-York Tribune : Civil War-Era Socialism and the Crisis of Free Labor, Ithaca, N.Y., Cornell University Press, p. ix.
  6. Edward P. Crapol, America for Americans: Economic Nationalism and Anglophobia in the Late Nineteenth Century, Westport, Conn., Greenwood Press, 1973; Sophus A. Reinert, Translating Empire: Emulation and the Origins of Political Economy, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 2011.
  7. Ariel Ron, Developing the Country "Scientific Agriculture" and the Roots of the Republican Party, thèse de Ph.D., University of California, Département d'histoire, Berkeley, 2012.[1]
  8. Erik S. Reinert, How Rich Countries Got Rich and Why Poor Countries Stay Poor, New York, Carroll & Graf, 2007; voir l'Annexe 1 pour l'arbre généalogique des penseurs de cette école.
  9. (en)Web archive Henry Charles Carey based on 11th edition of Encyclopedia Britannica published in 1911
  10. Lettre au Journal des Économistes
  11. Rufus F. Griswold, « Henry C. Carey, The Apostle of the American School of Political Economy », The American Whig Review, vol. 13, n o 37 (jan. 1851), p. 82-3; Thompson, Memoir of Henry C. Carey, p. 821; Frédéric Bastiat, « Lettre au Journal des Économistes », Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Tome 1, Paris, Guillaumin, 1862, p. 209-16.(voir thèse de Simon Vézina)
  12. Voir l'intéressant portrait, non sans erreurs, de Howe : Howe, The Political Culture of the American Whigs, p. 108-122; voir ausssi Winger, « Lincoln's Economics », p. 50-80. Winger ajoute qu'il ne faille pas plaquer les conceptions de l'homo-economicus matérialiste du 20 e siècle à Lincoln et Carey, comme le fit l'historien de la pensée économique de Lincoln, G.S. Boritt.
  13. Assurément le meilleur livre paru à ce jour, non sans erreurs, sur Carey et ayant le mérite de lier tant son parcours intellectuel que son activité politique à l'évolution de la situation politique en regard de la question des divergences régionales entre le Sud, le Centre et le Nord-Est; voir Smith, Henry C. Carey. Voir aussi Dorfman, The Economic Mind in America, p. 789-810.
  14. Smith, Henry C. Carey, p. 41-88; pour une vue générale de l'effet de la crise de 1857 sur la situation politique et l'impact sur la Pennsylvanie, voir James L. Huston, The Panic of 1857 and the Coming of the Civil War, Baton Rouge, Louisiana State University Press, 1987.
  15. Carey, The Slave Trade, « chapter XII How slavery grows in India », p. 123-169. Marx a reçu ce livre et le commenta dans une lettre à Engels, Marx à Engels, 14 juin 1853 dans Karl Marx et Friedrich Engels, The Collected Works of Karl Marx and Frederick Engels, Charlottesville, Va., InteLex Corp., 2001, Vol. 39, p. 345-348.
  16. Michael Perelman, « Political Economy and the Press: Karl Marx and Henry Carey at the New York Tribune », Economic Forum, vol. 16, n o 1 (1986), p. 111-28.
  17. openlibrary.org

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Biographies de Matthew et Henry Carey [2]

Cet article se réfère aux ouvrages suivants :

  • Principes de la Science Sociale Tomes 1 2 et 3 par Henry Carey. [3]
  • Histoire des doctrines économiques depuis les Physiocrates jusqu'à nos jours par Charles Gide et Charles Rist. [4]
  • Chisholm, Hugh, ed (1911). Encyclopædia Britannica (Eleventh ed.). Cambridge University Press, volume 5, p. 329. [5]
  • Vezina Simon Mémoire sur Henry Charles Carey [6] [7] :
  1. Introduction paragraphe 2
  2. page 50
  3. page 50
  4. Introduction paragraphe 2
  5. page 10
  6. page 7
  7. page 10
  8. page 5
  9. page 4
  10. page 55
  11. page 55
  12. page 69
  13. page 51, 52
  14. page 6
  15. page 100
  16. page 10
  17. page 8
  18. page 9

Liens externes[modifier | modifier le code]

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