Henry Charles Carey

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Henry Charles Carey
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Henry Charles Carey en 1865.

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Henry Charles Carey (15 décembre 1793 à Philadelphie - 13 octobre 1879) est un économiste américain[1],[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Il nait à Philadelphie en Pennsylvanie de Mathew Carey, un économiste, réformateur et éditeur originaire d'Irlande. Il reprend à vingt-huit ans la maison d'édition de son père. Il se retire de l'entreprise en 1838, au moment de la publication de l'Harmonie des intérêts. Cette œuvre devient bientôt le manifeste de l'école américaine d'économie, et est traduite en italien et en suédois.

Pensée économique[modifier | modifier le code]

Dans les Principes de la science sociale (1858-1860), il critique le principe du libre-échange qui tend selon lui à « établir pour le monde entier un atelier unique, auquel doivent être expédiés les produits bruts du globe en subissant les frais de transport les plus coûteux. » Il souhaite l'établissement de nations indépendantes se consacrant à toutes les branches de l'économie, au contraire de Friedrich List, dont la pensée a influencé sa conversion au protectionnisme. Carey prétend cependant qu'il s'est converti après l'observation des résultats respectifs des tarifs protectionnistes et libre-échangistes aux États-Unis. Il défend l'idée d'un système naturel de lois économiques, dont la prospérité générale de l'humanité est le résultat spontané. Cet aspect bénéfique est malheureusement empêché par l'ignorance et la perversité de l'homme.

Dans ce même livre, il critique l'exportation des produits agricoles, qui, puisqu'ils ne sont pas consommés sur place, destituent le sol national de ses éléments fertilisants. C'est une des raisons pour lesquelles il fait la promotion, à côté de la protection des industries naissantes, d'une protection agricole[3],[4].

Au contraire de Ricardo, Carey déclare que les hommes ont d'abord exploité les terres ingrates (les coteaux) avant de descendre progressivement vers les plaines les plus fertiles, de même ils ont d'abord utilisé la force des animaux avant d'utiliser celle du vent ou de l'eau, puis de la machine à vapeur et de l'électricité. C'est pour cette raison que le prix du blé baisse nécessairement, en raison de l'augmentation de la productivité. « La terre la plus riche est la terreur du premier émigrant » (Passé, Présent et Futur).

Il est aussi l'auteur de l'Harmonie des intérêts (1851), ouvrage faisant la comparaison du système britannique de libre-échange avec le capitalisme protectionniste et interventionniste américain.

Il a fortement influencé Frédéric Bastiat pour ses Harmonies économiques, que Carey accusera de plagiat. Accusation dont Bastiat se défendra[5].

En 1865, l'économiste allemand Adolf Held fait sa thèse sur Carey.

Principes de la Science Sociale[modifier | modifier le code]

Dans les trois tomes des Principes de la Science Sociale, l'œuvre majeure de Henry Charles Carey, bon nombre de systèmes nationaux sont cités. Les tomes 1, 2 et 3 vont notamment mettre en avant le système colbertiste français. Ainsi Henry Carey écrit que « le système de Colbert était basé sur l'idée du développement de l'agriculture au moyen des manufactures et du commerce. »[6]

Le Tome 1 définit le mot capital comme étant la terre : «Le consommateur doit se placer près du producteur, pour permettre à l'individu de remplir la condition à laquelle il obtient des prêts de cette vaste banque, la terre, leur mère commune, de remplir, disons-nous, cette simple condition, que lorsqu'il aura consommé le capital qui lui a été fourni, il le restituera au lieu d'où il a été tiré.» [7].

Le trafic est un moyen commercial de vendre ses biens : « Le commerce est le but que l'on désire, et que l'on a cherché à atteindre, en tout pays. Le trafic est l'instrument employé par le commerce pour accomplir ce résultat et, plus est grand le besoin de l'instrument, plus est faible le pouvoir de ceux qui ont besoin d'en faire usage. Plus le producteur et le consommateur se trouvent rapprochés, et plus est complète la faculté d'association, moins est indispensable la nécessité d'avoir recours aux services du trafiquant ; mais plus est considérable la puissance de ceux qui produisent et consomment, et qui désirent entretenir le commerce. Plus le producteur et le consommateur sont éloignés l'un de l'autre, plus se fait sentir le besoin des services du trafiquant et plus sa puissance est considérable, mais plus deviennent pauvres et faibles les producteurs et les consommateurs, et moins le commerce est développé. » [8].

Le trafic tend à augmenter les différences de prix : « Le commerce tend à accroître le pouvoir de self-government [9], en diminuant la nécessité de dépendre des marchés étrangers, tout en augmentant le pouvoir de s'adresser à eux, lorsqu'il peut y avoir avantage. À aucune période de l'histoire de l'Union, la nécessité pour de tels marchés n'a été diminuant aussi rapidement qu'en 1834 et 1846; cependant, à aucune, il n'a existé un aussi grand pouvoir de répondre à une demande étrangère, comme on en a eu la preuve lors de la famine d'Irlande. Les nécessités de l'homme diminuent à mesure que s'accroît son pouvoir. Le trafic vise à diminuer le dernier et à augmenter les premières, comme on le voit dans le cas du pauvre Hindou, qui ne peut obtenir une chemise qu'après que son coton est allé en Angleterre, pour qu'on le file et le tisse. Telle est la tendance de toute la politique des États-Unis, — visant, comme elle le fait, à tenir le producteur et le consommateur largement séparés, et accroissant ainsi la différence de prix entre les denrées brutes fournies par la terre, et les utilités achevées en lesquelles elles sont converties. » [10]

La valeur est due à un manque, selon la démarche de Robinson Crusoé : « La valeur est la mesure de la résistance à vaincre pour se procurer les denrées nécessaires à nos besoins, c'est-à-dire la mesure de la puissance de la nature sur l'homme. » [11] « Robinson Crusoé était environné de choses qu'il pouvait utiliser pour sa nourriture ou son vêtement, ou comme des instruments à l'aide desquels il pouvait se procurer les diverses denrées nécessaires à la satisfaction de ses besoins ; mais dans sa position actuelle il était incapable de disposer de leur secours. L'oiseau qui prenait son essor dans les airs, et l'écureuil qui bondissait d'un arbre à l'autre, étaient aussi complètement convenables pour satisfaire son appétit des aliments que ceux qu'il avait pris dans ses pièges ; mais ces animaux n'avaient pour lui aucune utilité. L'eau abondait en poissons, mais il lui manquait un hameçon pour les pêcher. Sur cette eau une barque aurait pu être mise à flot ; mais ne possédant ni hache ni instrument tranchant pour abattre un arbre ou le creuser, cette propriété de soutenir une barque était pour lui aussi inutile que si elle n'eût jamais existé. Cette eau était susceptible de produire la vapeur, qu'on pouvait utiliser pour accomplir l'œuvre de milliers de travailleurs ; mais Robinson ne possédait aucune des machines, grâce au secours desquelles il pût disposer des services de la vapeur. L'air était riche en fluide électrique qu'on eût pu utiliser ; mais les usages de ce fluide lui étaient inconnus. Robinson étant faible et la nature forte, la résistance qu'elle lui offrait, par rapport à la satisfaction de ses désirs, était trop considérable pour être vaincue par ses moyens personnels, s'il ne recevait aucune assistance. »[12].

La richesse c'est savoir utiliser ce que l'on a «  Cet homme est-il, comme les animaux qui paissent dans les champs, uniquement occupé de chercher sa subsistance et de trouver un abri pour son corps ? Comme les animaux, engendre-t-il des enfants uniquement pour satisfaire ses passions brutales et les laisse-t-il ensuite se nourrir et s’abriter comme ils le peuvent ? N’a-t-il pas des sentiments et des affections sur lesquels réagit le soin de sa femme et de ses enfants ? Ne possède-t-il pas le jugement pour l’aider à décider ce qu’il croit devoir lui être utile ou nuisible ? Il admettra qu’il possède ces qualités ; mais l’économiste lui assurera que sa science est uniquement celle de la richesse matérielle, à l’exclusion complète de la richesse qui consiste en affection et en intelligence et qu’Adam Smith tenait en si haute estime. »[13]

Robinson Crusoé est régulièrement cité pour montrer l'évolution rapide et simple d'une société. Le travail est montré comme de l'énergie fournie à l'économie, comme esclaves s'il n'y a pas d'industrie, ou comme ouvriers spécialisés s'il y a des écoles et des industries : « Plus les sociétés sont imparfaites, moins les travaux y sont variés et moins, conséquemment, le développement de l'intelligence y est considérable, plus les parties qui les composent se ressemblent, ainsi que peut le constater facilement toute personne qui étudiera l'homme dans les pays purement agricoles. Plus est grande la diversité des travaux, plus est considérable la demande d'efforts intellectuels, plus les parties constituantes des sociétés deviennent dissemblables, et plus l'ensemble devient parfait, comme on peut s'en apercevoir immédiatement, en comparant un district purement agricole avec un autre où se trouvent heureusement combinés l'agriculture, l'industrie et le commerce. » [14]

L'appropriation honnête ou malsaine voire illégale permet de comparer le commerce avec le trafic, perversion du système. Les Tomes 2 et 3 démontrent historiquement de nombreux faits nationaux cités. Cela commence par le bellicisme français dans le tome 2 : « Jusqu'à l'époque d’Édouard III, la livre anglaise contint une pleine livre d'argent d'un certain titre bien constaté. La poursuite de la gloire et des guerres incessantes forcèrent cependant ce monarque à adopter des procédés frauduleux pareils à ceux que pratiquaient depuis si longtemps ses voisins de l'autre côté du canal, et une fois commencée, la pratique se continua jusqu'à ce qu'au bout de deux siècles, la livre eût perdu deux tiers de son poids primitif. Moins belliqueux que ceux de France, les monarques d'Angleterre se trouvèrent moins souvent réduits à la désagréable nécessité d'altérer la monnaie comme moyen de dépouiller leurs sujets, en même temps que ceux-ci, jouissant de plus de liberté, étaient moins disposés à se soumettre à de telles exactions. » [15]. Il y a aussi le tome 3 : « Les guerres de Louis XIV et de Louis XV ont causé un grand déficit dans le chiffre des hommes comparé à celui des femmes, et cependant, au commencement de la révolution, les proportions normales étaient rétablies. Les guerres de la Révolution et de l'Empire ont causé une telle déperdition d'hommes, que dans l'an IX, il y avait, du côté des femmes, un excédant de 725,225. Plus tard, l'excédant s'accrut en 1820, le chiffre des hommes était plus faible de 868,325.» [16].

Le tome 3 notera que les écoles ne purent s'installer en France après Colbert à cause des guerres. Mais les deux derniers tomes vont montrer le colbertisme républicain en exemple de développement, dénonçant la Révolution comme une révolte face à Turgot le financier colbertiste. Pour Henry Carey, la Révolution française a eu lieu avant le XVIIIe siècle. La Révolution française c'est Colbert : « C'est au système établi par Turgot et Colbert, système conforme aux idées de Smith, que la France a dû de prospérer et sa population de pouvoir constamment augmenter sa consommation des produits indigènes et étrangers, malgré sa déperdition incessante de travail pendant la guerre, malgré l'épuisement continuel de la puissance intellectuelle du pays résultant de ce fait, de la transformation annuelle d'une portion si considérable de ses jeunes gens en pures machines, et malgré les impôts de la nature la plus onéreuse. » [17]

L'Angleterre est aussi citée pour les bienfaits de Élisabeth 1ère dans le Tome 1, malgré la dérive du libre échange régulière en Irlande puis en Angleterre, mais aussi dans les colonies anglaises : « En cherchant les forêts et les marais de l'époque de Marie et d'Élisabeth, nos yeux rencontrent les plus belles fermes de l'Écosse. » [18]. Dans les colonies anglaises, il était interdit de créer des manufactures, notamment pendant l'esclavage aux États-Unis. Mais surtout l'Angleterre est citée pour ses dérives économiques et libérales dans tous les tomes, malgré la paix préservée : « Nous voyons là que tandis que les matières premières consommées étaient cinq fois plus considérables, le prix de vente en Angleterre était plus élevé d'un peu plus que 20 pour cent. Si nous considérons cependant qu'à chaque degré de cette hausse on a dû nécessairement, par suite de l'épuisement incessant de la terre en culture, recourir à des terres de plus en plus éloignées, ce qui a produit augmentation constante dans le coût de transport, et si nous déduisons la charge domestique ainsi créée, et ensemble les frets, magasinages, courtages et autres charges sur cette quantité immense, nous trouvons que ces 500,000,000 livres, ce qui est moindre que trente ans auparavant, ont été reçues par les producteurs de 96,000,000, et c'est moins aussi qu'il ne fallait pour payer le dommage causé à la terre en laissant de côté le coût de culture1. Les 5,000,000 de liv.sterl. ainsi payés pour l'usage de tant de millions d'acres, deviennent 36,000,000 avant d'avoir quitté la fabrique; et pourtant, comme nous avons vu, les transformations effectuées sur tout cela sont de celles qui ne demandent que les plus infimes sortes d'habileté. De là, ces articles passent en Turquie, dans l'Inde, l'Irlande et le Portugal, la Jamaïque et l'Espagne, les États-Unis et le Canada; et avant d'arriver aux consommateurs, ils ne sont pas devenus moins que 60,000,000 liv. sterl., dont environ un douzième va au cultivateur du coton, tandis que les autres douzièmes sont absorbés en route entre ceux qui ont converti le coton brut et ceux qui ont usé l'étoffe, donnant l'entretien à des mille et dizaines de mille individus employés à obstruer les rouages du commerce. Les conséquences se manifestent dans le fait que le planteur tout importante que soit son utilité n'obtient nulle part l'outillage convenable pour la culture; que ses terres sont partout épuisées et que l'asservissement devient de plus en plus, d'année en année, le lot des travailleurs des pays à coton. Tels sont les résultats nécessaires du système qui vise à avilir les matières premières de fabrique et à augmenter la différence entre leur prix et celui des utilités qui se fabriquent avec elles. » [19].

La dureté du système féodal de Sparte est analysée dans les Tome 1 et 3 : « Commençant nécessairement l'œuvre de la culture sur les sols les plus pauvres, Sparte ne s'étendit jamais au-delà ; et ce fut par la raison que ses institutions étaient basées sur cette idée : empêcher toute association volontaire et ne donner aucun encouragement au commerce, sous quelque forme qu'il se produisît. Dans cette république, l'homme n'était envisagé que comme une machine ou un instrument, formant une partie constitutive d'un être imaginaire appelé l'État ; à l'orgueil de cet être, à ses rancunes, ainsi qu'à sa vengeance, les individus étaient contraints de faire le sacrifice de tous leurs sentiments et de toutes leurs affections. Si le Spartiate ne se mariait pas, il était passible de certaines peines ; et s'il se mariait, on entourait de difficultés ses relations avec sa femme, dans l'espoir de stimuler les appétits sexuels et de favoriser ainsi le développement de la population. Les enfants appartenant à l'État, les parents ne pouvaient exercer aucune espèce de contrôle sur leur éducation physique, morale ou intellectuelle. Le foyer domestique (le home) n'existait pas ; car non-seulement les parents étaient privés de la société de leurs enfants, mais ils n'avaient même pas la liberté de prendre leurs repas en particulier. Les citoyens ne pouvaient ni acheter, ni vendre ; et il leur était interdit de se servir, pour aucun usage, des métaux les plus utiles, l'or et l'argent. Ils ne pouvaient ni cultiver les sciences, ni se livrer à leur goût pour la musique ; en même temps on leur défendait absolument toute espèce de divertissement théâtral. Les tendances d'un pareil système se trouvant ainsi en opposition avec le développement des facultés individuelles, la richesse ne pouvait se développer, et les Spartiates eux-mêmes ne purent s'élever au-delà des arts les plus primitifs et les plus grossiers, ceux qui concernent l'appropriation de la propriété d'autrui ; et c'est pour cela, qu'engagés dans des guerres continuelles, ils se montrèrent toujours prêts à se vendre au plus offrant. L'histoire de la république spartiate, pauvre et avide, perfide et tyrannique, n'est qu'un long récit du développement de l'inégalité, et des obstacles constamment apportés au mouvement de la société, jusqu'à ce qu'enfin le territoire de Sparte passe sous l'empire de quelques propriétaires environnés d'une multitude d'esclaves ; c'est le prélude de l'anéantissement d'une nation qui ne lègue à la postérité que le souvenir de son avarice et de ses crimes. » [20]

Aussi la Grèce non athénienne sera évidemment montrée comme exemple de paix, d'association et de démocratie républicaine : « Dans la première période de l'histoire grecque, nous trouvons le peuple de l'Attique divisé en plusieurs petites tribus indépendantes, puis, à la fin, se réunissant sous Thésée, à l'époque où Athènes devint la capitale du royaume. Les tribus de la Béotie s'associèrent pareillement avec Thèbes, et les petits États de la Phocide s'unirent, à leur exemple. La tendance à l'association, qui s'était ainsi manifestée au sein des divers États, se montra bientôt dans les affaires de la Grèce en général, dans l'institution du conseil des amphictyons, des jeux olympiques, etc.» [21]

Rome sera l'exemple crucial de la centralisation de la monnaie, malgré la création de nombreuses routes pendant la République, notamment en Gaulle. L'empire romain sera une dérive du pouvoir de l'argent s'il n'est pas public, aboutissant à l'effondrement de la spéculation romaine à la fin de l'empire, due au commerce devenu trafic : « Au temps de Numa et de Servius Tullius, le peuple romain cultivait un sol fertile ; et la Campanie était couverte de villes, ayant chacune une existence indépendante et constituant, chacune, un centre local vers lequel gravitait la population du territoire environnant. Sous les Tarquins, leurs successeurs, un changement se manifeste ; et depuis ce moment jusqu'à la chute de l'empire, on voit que Rome a consacré sans relâche toutes ses forces à empêcher toute association pacifique entre ses voisins, à s'approprier leurs biens et à centraliser tout le pouvoir dans l'enceinte de ses murailles. La splendeur de la capitale allait croissant ; mais avec ce développement arrivait un déclin correspondant dans la condition du peuple, jusqu'au moment où nous voyons enfin celui-ci réduit à la misère et dépendant de distributions journalières d'aliments, tribut levé pour son entretien sur des provinces éloignées ; et, sous ce rapport, l'histoire de Rome n'est que la répétition de celle d'Athènes, sur une plus grande échelle. Dans la ville et hors de la ville s'élèvent des palais ; mais à chaque pas fait dans cette direction nous voyons se manifester parmi le peuple, un affaiblissement dans la puissance d'association volontaire. La terre qui autrefois faisait vivre des milliers de petits propriétaires est bientôt abandonnée ; ou lorsqu'elle est quelque peu cultivée, elle l'est par des esclaves ; et plus la population de la campagne est asservie, plus devient impérieuse la nécessité de faire des distributions publiques dans la ville, où affluent tous les individus qui cherchent à vivre de pillage. Panem et circenses, une nourriture gratuite, et des exhibitions également gratuites de combats de gladiateurs, ou d'autres combats d'une férocité brutale, voilà ce qui forme maintenant l'unique bill des droits d'une populace dégradée ! La ville prend des accroissements, d'âge en âge, en même temps qu'un déclin correspondant se révèle dans le mouvement de la société qui constitue le commerce. La dépopulation et la pauvreté se répandent, de l'Italie, en Sicile et en Grèce, en deçà et au-delà de la Gaule, en Asie et en Afrique, jusqu'à ce qu'enfin frappé au cœur, l'empire périt après une existence de près d'un millier d'années, pendant lesquelles il avait offert le modèle de l'avidité, de l'improbité et de la déloyauté ; et dans toute cette période, à peine voit-on surgir une douzaine d'hommes dont les noms soient arrivés jusqu'à la postérité avec une réputation sans tache. »[22]

La société idéale contredira régulièrement le libéralisme. Le libéralisme consiste selon Henry Carey à croire que la nation comme un étant un « père de famille » [23]: « Suivant les traces de son éminent prédécesseur, M. Blanqui dit : « que l'expérience nous a déjà montré qu'une nation ne doit jamais abandonner aux chances du commerce étranger le destin de ses manufactures. »[24] Arrivant à un des plus éminents économistes contemporains, nous le trouvons rejetant parfaitement l'idée de non-intervention du pouvoir coordonnateur — et enseignant que, bien qu'il est vrai en circonstances ordinaires que la liberté de commerce fournisse les moyens les plus certains d'augmenter le pouvoir de production, telles circonstances peuvent se présenter qui rendent nécessaire de s'écarter du principe. Ailleurs il dit « : Nul n'ignore qu'il est des circonstances où le sacrifice d'aujourd'hui peut être suivi plus tard d'un bénéfice qui le compense et le dépasse. Une administration à la fois prudente et éclairée commande dans certains cas des avances aléatoires, des avances qui peut-être ne rentreront point en entier. Il n'est pas de père de famille qui, ayant de fortes raisons de croire qu'il existe dans son domaine un grand dépôt de richesses minérales, ne se crût obligé, s'il en avait le moyen, de faire des essais pour vérifier le fait et ouvrir à ses enfants cette nouvelle source de prospérité. La même chose peut être vraie d'une nation. » [25]

Tout le monde serait honnête selon les dires des économistes libéraux, notamment Adam Smith, Ricardo, Malthus, Blanqui, Mill, Say, Kay,Mac Culloch. Les fautes d'une nation reviendraient à la nature et à la malchance. Le libéralisme about selon Carey à l'individualisation de l'individu, pour finir par un appauvrissement de la nation, de la terre et des esprits. L'appauvrissement de la terre a créé le malthusianisme. Le ricardisme, théorie complémentaire, y est décrit comme la théorie de la rente, où ce seraient les terres les plus riches qui seraient les premières prisées, allant contre l'évolution de la société humaine. En effet les terres riches étaient boisées donc incultivables par les gaulois.

La Turquie, la Chine, l'Inde, etc, seront montrés dans le Tome 3 comme des systèmes féodaux du XIXe où il est très difficile à la population de devenir propriétaire : « des années s'écoulent entre ta production du coton et du riz et leur consommation, sous forme d'étoffe, sur le même lieu, et perdent tout ce temps ils ont été assujettis à des charges pour fret, emmagasinage du travail et l'existence d'une demande pour la production de l'effort humain. Il en est ainsi à la Jamaïque et à la Trinité, en Afrique, dans l'Inde, au Portugal et en Turquie, et dans tout pays, ou par une cause quelconque, la charrue et le métier à tisser trouvent obstacle à prendre leur place naturelle l'une à côté de l'autre. L'homme recherche le commerce qui n'est qu'un autre mot pour exprimer l'association avec ses semblables. Ce point obtenu, il progresse dans son pouvoir de soumettre à son service les grandes forces de la nature, avec développement continu de l'individualité, augmentation continue de vitesse dans la circulation sociétaire, ainsi que de la force et de l'influence de la communauté. » [26]

L'argent est montré dans les tomes 2 et 3 surtout comme un moyen d'association rapide, permettant d'acquérir vite des biens : « Au moyen d'une quantité convenable d'or et d'argent, le tout divisé, pesé, marqué d'une empreinte, voici le fermier, le meunier, le drapier et tous les autres membres de la société mis en mesure d'effectuer des échanges, cela même au point d'acheter pour un simple cent leur part des travaux de milliers et de dizaine de milliers d'hommes employés à faire des chemins de fer, des machines, des chariots, et à transporter sur eux annuellement des centaines de millions de lettres; ou pour un autre cent leur part du travail de centaines, si ce n'est de milliers d'hommes qui, de diverses manières, ont contribué à la production d'un numéro de journal à un penny. » [27]

Le Tome 3 reprendra les grands thèmes commerciaux et sociaux tels que la production avec la consommation, l'accumulation, la circulation, la distribution avec une partie sur le peuple et l'État, la concentration avec la centralisation, la concurrence, la population, le commerce. Le dernier chapitre du tome 3 énonce les Principes Physiques et Humains de la Science Sociale. Voici un extrait à propos de la chaleur. Il est établi par Henry Carey : - « Que la chaleur produit mouvement et force, le mouvement à son tour produisant chaleur et force. - Que plus il y a production de chaleur et de mouvement; plus il y a tendance à l'accélération du mouvement et de la force. - Que plus il y a chaleur, plus il y a tendance à la décomposition des masses et à l'individualisation des particules dont elles sont composées ; d'où suit aptitude pour elles d'entrer en combinaison chimique les unes avec les autres. - Que plus il y a tendance à l'individualisation, plus instantanée est la combinaison et plus grande la force obtenue. - Que plus il y a vitesse de mouvement, plus grande est la tendance de la matière à s'élever dans l'échelle de la forme, en passant des formes grossières qui caractérisent le monde inorganique à celles du monde végétal et animal et se terminant à l'homme. - Qu'à chaque degré du progrès, il y a extension de la portée de la loi à laquelle la matière est soumise, accompagnée d'une augmentation du pouvoir de direction de soi-même, la subordination et la liberté marchant constamment de concert avec l'organisation. - Que dans la série du progrès le dernier développement est l'homme, l'être à qui a été donné le pouvoir de se guider et se diriger lui-même et aussi la nature, en même temps que sa soumission à toutes les lois ci-dessus est la plus complète. » Pour Henry Carey, l'individu est économiquement individualisable comme un atome l'est au sein du corps humain. Ainsi il poursuivra dans ce dernier chapitre sur le pouvoir circulaire et exponentiel d'association grâce à l'individu et sa richesse. Ce dernier chapitre peut être repris pour la robotique. Sachant que même un handicapé lourd peut avoir l'air d'un génie, on pourrait alors, avec les robots, mettre dans la constitution de tous les pays plus que le droit à la raison créative, c'est à dire le droit au génie créatif  :

- « Que l'association avec ses semblables est une nécessité de son existence. À cette condition seulement ces facultés, dont la possession le distingue de la bête des champs, peuvent se développer. - Que ses pouvoirs sont très-variés et susceptibles de combinaisons à l'infini. Il n'y a pas en effet dans le monde deux individus complètement semblables. - Que le développement de ces facultés variées à l'infini dépend entièrement du pouvoir d'association et de combinaison. - Que l'association, à son tour, dépend du développement d'individualité. - Que l'individualité se développe en raison de la diversité des modes d'emploi, et de la diversité qui s'ensuit dans la demande qui est faite pour la production des pouvoirs humains. - Que plus la diversité s'accroît, plus s'accroît le pouvoir de l'homme pour dominer et diriger les grandes forces de là nature, plus augmente le nombre d'individus que peut nourrir un espace donné, et plus se perfectionne le développement des pouvoirs latents de l'homme ainsi que de la terre. - Que plus ce développement va se perfectionnant plus la chaleur gagne en intensité, le mouvement sociétaire en vitesse, et plus il y a de force produite. - Que plus augmentent ce mouvement et cette force, plus l'homme devient soumis aux grandes lais de la gravitation moléculaire, les centres locaux l'attirent dans une direction, tandis que de grandes cités, centres du monde, l'attirent dans une autre. - Que mieux ces forces opposées se font équilibre, plus il y a tendance au développement d'individualités locales et à l'extension du pouvoir d'association dans tout l'intérieur de la communauté, ce qui amène accroissement constant du pouvoir de production, accroissement de la valeur et de la liberté de l'homme, du capital, de l'équité dans le partage et de la tendance à l'harmonie et à la paix. - Que la loi, ainsi établie à l'égard des membres d'une communauté, fonctionne également à l'égard des communautés entre elles, la tendance à la paix et à l'harmonie entre les États étant en raison directe du développement de leurs individualités respectives et de leur pouvoir de se protéger elles-mêmes. - Qu'il y a par conséquent une harmonie parfaite des intérêts privés et des intérêts nationaux, et que, à part toutes considération d'un ordre supérieur, nations et particuliers doivent trouver leur avantage à obéir à ce grand commandement qui exige des hommes de faire aux autres comme ils voudraient qu'il soit fait à eux-mêmes. Que c'est la route à suivre, s'ils veulent s'assurer l'individualité et la liberté les plus parfaites, le plus haut pouvoir d'association, le plus large commandement des services de la nature et la plus grande somme de richesse et de bonheur.  » On voit dans les deux derniers chapitre l'aboutissement de l'œuvre de Henry Carey. Est mise en valeur dans son livre l'état-nation comme un gouvernement permettant de prendre des décisions de direction vers le développement comme l'est un cerveau : « La théorie du gouvernement politique de ces États-Unis est évidemment en harmonie générale avec l'économie vitale, comme nous l'avons déjà montré. L'individu en jouissance de droits et d'intérêts dans lesquels personne n'ose s'entremettre, l'atome dans son propre isolement, sent à peine la rêne de la fibre des fonctions gouvernementales, quoique recevant l'impulsion vitale et la circulation nourricière, dans une égale participation avec les masses de l'organisation la plus élevée. » [28]

Il y a dans les 3 tomes de nombreuses constatations sur l'œuvre d'Adam Smith, de Malthus, de Ricardo et de leurs élèves, comme celle-ci : « Depuis l'époque d'Adam Smith, l'Angleterre compte 160,000 petits propriétaires de moins. ». Il y a aussi des reprises de leurs livres, voire des bons points sur l'œuvre d'Adam Smith notamment avec Colbert. Carey constate qu'il était plus ouvert que sa direction, que sa direction reprenait surtout les mauvaises doctrines, plutôt que ses bonnes constatations : « Le docteur Smith n'était pas le défenseur de la centralisation. Au contraire, il croyait pleinement à un système tendant à la création de centres locaux d'action ; et il ne croyait pas à celui qui avait pour but d'empêcher l'association, en forçant tous les fermiers du monde de s’adresser à un marché unique et éloigné, lorsqu'ils voulaient convertir en drap leurs substances alimentaires et leur laine. Telle était cependant la politique de son pays, et c'est pourquoi il devint nécessaire pour M. Malthus de prouver que le paupérisme, conséquence inévitable de la centralisation, devait son origine à une grande loi naturelle, qui s'opposait à ce que la quantité de subsistances pût jamais rester de niveau avec les demandes d'une population croissante. » [29].[30],[31],[32][réf. insuffisante].

[réf. nécessaire]

Liste des œuvres[modifier | modifier le code]

  • Essay on the rate of wages, Philadelphie, 1835.
  • Principles of political economy, Philadelphie, 1837-40 (3 volumes).
  • The credit system in France, Great Britain and the United States, Londres, 1838.
  • Answer to the questions: what constitutes currency? what are the causes of unsteadiness of the currency? and what is the remedy?, Philadelphie, 1844.
  • The past, the present and the future, Philadelphie, 1848.
  • The harmony of interests, New York, 1851.
  • Principles of social science, Principes de la science sociale, 3 volumes, Philadelphie, 1858-60, traduit par Saint-Germain-Leduc et Augustin Planche [Tome 1] [Source] ou à, [Tome 2] [Source], [Tome 3] [Source]
  • The French and American tariffs compared, Philadelphie, 1861.
  • The way to outdo England without fighting her, Philadelphie, 1865.
  • Review of the decade 1857-1867, Philadelphie, 1867.
  • Contraction or expansion? Repudiation or resumption?, Philadelphie, 1866.
  • How protection, increase of public and private revenues, and national independence march hand in hand together, Philadelphie, 1869.
  • Shall we have peace… Letters to the President elect of the United States, Philadelphie, 1869.
  • International copyright question, Philadelphie, 1872.
  • The Unity of law, Philadelphie, 1873[33].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Encyclopedia Britannica
  2. (en)nndb.com
  3. Larousse.fr [1]
  4. (en)Web archive Henry Charles Carey based on 11th edition of Encyclopedia Britannica published in 1911
  5. Lettre au Journal des Économistes
  6. ch 11 alinéa 1
  7. ch 3 alinéa 3
  8. ch 8 alinéa 4
  9. de se gouverner soi-même
  10. ch 28 alinéa 6
  11. Tome 1 ch sur la Valeur alinéa 4
  12. ch 6 Alinéa 9
  13. Tome 3, ch sur la richesse alinéa 1
  14. ch 2 alinéa 2
  15. ch 33 alinéa 5
  16. Note 167 du tome 3, chapitre sur la population
  17. ch 21 alinéa 12
  18. alinéa 5 du chapitre sur l'occupation de la terre
  19. ch 22 alinéa 9
  20. alinéa 4 sur la formation de la société dans le tome 1
  21. alinéa 3 sur la formation de la société dans le tome 1
  22. alinéa 6 sur la formation de la société dans le tome 1
  23. Tome 3
  24. Chapitre 52 alinéea 4 - note de bas de page
  25. Tome 3 Du commerce et de l'état alinéa 4
  26. alinéa 4 du tome 3 dans le chapitre sur la production et la consommation
  27. Tome 2, alinéa 2 ch sur l'instrument d'association
  28. chapitre sur le commerce et l'état alinéa 1
  29. Tome 1 sur la richesse alinéa 5
  30. Fin du tome 3 téléchargeable sur liseuse ou en original
  31. Google books (en)Principles of Social Science Préface et texte intégral, Vol 1
  32. (en) google books Principles of Social Science: Volume 3 Free
  33. openlibrary.org [2]

Cet article se réfère aux ouvrages suivants :

  • Références sur Henry Charles Carey [3]
  • Principes de la Science Sociale Tomes 1 2 et 3 par Henry Carey. [4]
  • Histoire des doctrines économiques depuis les Physiocrates jusqu'à nos jours par Charles Gide et Charles Rist. [5]
  • Chisholm, Hugh, ed (1911). Encyclopædia Britannica (Eleventh ed.). Cambridge University Press, volume 5, p. 329. [6]

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