Henri Lambert de Thibouville

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Henri Lambert de Thibouville
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Grade militaire

Henri Lambert d'Herbigny, marquis de Thibouville, né le à Paris et mort le à Rouen, est un écrivain et un homme d'esprit français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un conseiller d'État, il suivit d'abord la voie des armes, où il obtint le grade de mestre de camp dans le régiment des dragons de la Reine. Il délaissa ensuite cette carrière pour celle des lettres, et se lia à Voltaire avec lequel il entretint une correspondance assidue : on a plus de cinquante lettres adressées par Voltaire à Thibouville. Son goût pour le théâtre et la déclamation le poussa à servir auprès de Voltaire le rôle d'intermédiaire auprès des acteurs qui jouaient les pièces du maître, et quelquefois avec les éditeurs pour leur publication.

Œuvres[modifier | modifier le code]

La réputation de Thibouville reposa plus sur son esprit que sur son talent et ses œuvres ont été peu estimées. Il a néanmoins laissé :

  • Thélamine, tragédie, 1739 ;
  • L'École de l'Amitié, roman, 1757 ;
  • Le Danger des passions, ou anecdotes syriennes et égyptiennes, 1758 ;
  • Réponses d'Abeilard à Héloïse, 1758 ;
  • Namir, tragédie, 1759[1] ;
  • Qui ne risque rien n'a rien, 1772 ;
  • Plus heureux, 1772.

Sexualité[modifier | modifier le code]

Grimm le décrit comme « plus attaché encore que M. de Villette au culte de cet amour que nos sages ont si rudement proscrit, mais que ceux de l’ancienne Grèce excusaient avec tant d’indulgence[2]. » Voltaire lui-même, dans les premières éditions de La Pucelle d'Orléans, avait accolé son nom à celui du duc de Villars, homosexuel notoire lui-aussi, dans les vers suivants :

Tels on a vu Thibouville et Villars,
Imitateurs du premier des Césars,
Tout enflammés du feu qui les possède,
Tête baissée attendre un Nicomède ;
Et seconder, par de fréquents écarts,
Les vaillants coups de leurs laquais picards.

Il nie dans une lettre adressée à Thibouville être l'auteur véritable de ces vers[3], mais Voltaire nous a habitués à ces désaveux obligés. Marmontel, dans ses Mémoires, ne l’appelle pas autrement que

« ce vilain Thibouville, distingué parmi les infâmes par l’impudence du plus sale des vices et les raffinements d’un luxe dégoûtant de mollesse et de vanité. Le seul mérite de cet homme abreuvé de honte était de réciter des vers d’une voix éteinte et cassée, et avec une afféterie qui se ressentait de ses mœurs[4]. »

Son homosexualité notoire ne l'empêcha pas de se marier en avec Louise-Élisabeth de Rochechouart, et même de prendre une maîtresse, Mélanie de Laballe[5], ce qui ne laissa pas dupes les plaisants qui répandirent l'épigramme :

Agnès, débutant dans le monde,
Prétendait avoir des amants ;
Mais d’avoir la panse un peu ronde
Lui déplaisait, à quatorze ans.
« Ah ! ménagez du moins ma taille,
Disait-elle à certain marquis. —
Le propos, dit-il, est exquis !
Suis-je né parmi la canaille !
Sur moi vous pouvez faire fond :
Vous connaîtrez, jeune merveille,
Que jamais enfants ne se font
Ni par le c.. ni par l’oreille.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cette pièce fut représentée le . Grimm, qui la qualifie d’« insipide », raconte que la représentation fut inachevée : au quatrième acte, Le Kain, qui avait le rôle principal, fut obligé de s'avancer sur le devant de la scène et de dire « Messieurs, si vous le trouvez bien, nous aurons l'honneur de vous donner la petite pièce », et que le parterre ne se fit point presser. Fréron remarqua toutefois, dans L'Année littéraire, qu'il avait vu de plus mauvaises pièces accueillies avec plus d'indulgence.
  2. Maurice Tourneux (dir.) et Friedrich Melchior baron von Grimm, Correspondance littéraire, philosophique et critique par Grimm, Diderot, Raynal, Meister etc., comprenant outre ce qui a été publié, les fragments supprimés en 1813 par la censure, les parties inédites conservées à Gotha et à l’Arsenal à Paris. Notices, notes, table générale par M. Tourneux, t. 12, Paris, Garnier frères, , 552 p. (lire en ligne), p. 55.
  3. « Ma pauvre Pucelle devient une p..... infâme, à qui on fait dire des grossièretés insupportables. On y mêle encore de la satire ; on glisse, pour la commodité de la rime, des vers scandaleux contre les personnes à qui je suis le plus attaché. » (Voltaire, Lettre à M. le marquis de Thibouville datée du ).
  4. Jean-François Marmontel, Œuvres posthumes : Mémoires, t. 1, Paris, Xhrouet, , 394 p. (lire en ligne), p. 211-2.
  5. Elle débuta à la Comédie-Française en 1746 dans le rôle d'Agnès de l’École des femmes et mourut de la petite vérole en , âgée de seize ans.

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]