Henri Cernuschi

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Henri Cernuschi
Henri Cernuschi photo.jpg
Portrait photographique de Cernuschi.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 75 ans)
MentonVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom de naissance
Enrico CernuschiVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Royaume d'Italie (-), Français (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Formation
Activités
Économiste, collectionneur d'art, journaliste, banquier, homme politique, homme d'affairesVoir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Propriétaire de
Religion
Œuvres principales
Père-Lachaise - Division 66 - Henri Cernuschi 02.jpg
Tombe au Père-Lachaise.

Enrico Cernuschi[1], dit « Henri Cernuschi », né le à Milan et mort le à Menton, est un banquier, économiste, journaliste et collectionneur d’art français d’origine italienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Giuseppina de la Volta et de Claudio Cernuschi, industriel originaire de Monza, Cernuschi est né dans une famille milanaise juive[2] aisée, dont le couple a trois autres enfants : Attilio, mort jeune en 1844, Erminia et Costantino, qui survivent à leur frère ainé.

Après des études chez les pères barnabites de Monza, Henri étudie les sciences à l’université de Milan et le droit à l’Université de Pavie et obtient en 1846 un brevet d’aptitude aux fonctions d’avocat auprès du Tribunal impérial et royal d’appel général de Milan alors sous domination autrichienne.

Il se signale, lors des évènements de 1848, qui voient le Piémont se révolter contre les Autrichiens. Il devient député de la nouvelle république romaine, défendant une conception fédérale de l’unité italienne. Il fait un séjour dans les prisons pontificales avant de s’établir en France où, en 1852, il occupe un emploi au Crédit Mobilier avant d’entrer à son conseil d’administration[3]. Expulsé par Napoléon III en raison de son engagement contre le plébiscite en 1869, il revient après la chute de l’Empire, en septembre 1870.

En avril 1870, il abandonne son poste à la banque et prend une participation de 600 000 francs dans le journal républicain le Siècle, et se lie d’amitié avec le magistrat Gustave Chaudey, homme politique et rédacteur au Siècle[4].

Membre de la Commission des subsistances durant le siège de Paris, en 1870, il obtient la nationalité française, le lendemain de l’armistice, le , par un décret signé par Emmanuel Arago, ministre de Justice dans le gouvernement de Défense nationale (1870-1871)[4]. Lors de la Commune, il tente de réconcilier Communards et Versaillais sur la base du fédéralisme, tandis que Le Siècle continue de paraitre[4]. Mais son rédacteur en chef, Gustave Chaudey, est arrêté par les Communards le , pour avoir ordonné, en tant que maire-adjoint, de tirer sur la foule en janvier, à l’Hôtel de Ville[4]. Le , alors que les troupes versaillaises investissent Paris, Cernuschi se présente à la prison de Sainte-Pélagie avec son ami Théodore Duret pour réclamer la libération de Chaudey. Sur place, le général de Lacretelle, commandant les Versaillais, le reconnait, et ordonne oralement son exécution, se vengeant de sa participation de 200 000 francs au comité anti-plébiscitaire de 1869[4]. Échappant de peu à cette exécution, Cernuschi quitte le journal et décide de faire le tour du monde[2] avec Duret[4].

Parcourant l’Égypte, la Chine, le Japon, il tomba en admiration devant les merveilles d’art des temples d’Yedo et d’Aodate alors qu’une effroyable disette qui sévissait, réduisait les prêtres et les moines sans ressources, à vendre les objets affectés à leur culte[2]. Cernuschi parvint ainsi à réunir plus de 5 000 pièces qui résument complètement toutes les manifestations de l’art chinois et japonais[2].

De retour en France, il participe, avec Adrien Delahante et Edmond Joubert, à la fondation de la Banque de Paris, qui fusionne en 1872 avec la Banque de crédit et de dépôt des Pays-Bas pour devenir la Banque de Paris et des Pays-Bas, la future Paribas, qu’il préside[5].

En 1873, ayant exposé ses collections orientales au Palais de l’Industrie, celles-ci obtinrent un tel succès qu’il songea à en doter Paris[2]. En attendant, pour loger ces richesses, il fit bâtir, en 1873-1874, au no 7 avenue Vélasquez à l’angle du parc Monceau, un superbe hôtel par William Bouwens van der Boijen, où il réunit ses immenses collections d’art d’Extrême-Orient. Hôtel et collections, il légua ensuite le tout à la Ville de Paris, sous la condition que ce musée de trésors asiatiques porterait son nom[2]. Dès le vestibule de ce palais, dans le fond d’une niche, se dressait la statue équestre d’un guerrier, le cheval est de belle allure, richement caparaçonné, le cavalier portant la cuirasse et un casque énorme qui lui maintient sur le visage un masque d’un effet terrible[2]. Dans la salle la plus vaste de l’hôtel se trouvait l’énorme statue de quatre mètres du Daïbouds, le grand Bouddha, assis les jambes repliées, et faisant de la main droite un geste de bénédiction[2]. Partout, des meubles incrustés de nacre, et de céramiques artistiques, une superbe pagode[2]. Dans l’une des salles une vasque énorme dont les milliers d’années ont altéré les inscriptions sacrées qui en couvraient les lianes. Sur la cheminée une statuette en bronze doré provenant du royaume de Siam, des meubles sculptés, laqués, incrustes d’ivoire, de nacre et d’argent, aux formes gracieuses[2]. Dans une dernière salle, avec encore des bronzes, chinoiseries et dieux, une statue au dos de laquelle un judas par où de fervents disciples introduisaient des prières, des pièces de vers, témoignages de leur culte, des porcelaines de Chine, sortant des fours de King-te-Tching, la fabrique des porcelaines impériales[2] :

Extérieur du musée Cernuschi.

« Je gage que les visiteurs du musée Cernuschi pensent que l’hôte de l’avenue Vélazquez ne vivait pas dans le décor qu’ils contemplent. Et pourtant, il y vivait. Il vivait au milieu de ces divinités monstrueuses, entre des meubles qui étaient surtout des vitrines. On osait à peine s’asseoir sur une chaise, tant on avait le sentiment que c’était celle du gardien[6]. »

Dans ce décor lugubre, Cernuschi n’en donne pas moins des fêtes somptueuses. Il aime particulièrement les bals costumés et plusieurs de ceux qu’il a donnés sont restés célèbres. Il a notamment donné le premier bal éclairé à l’électricité. L’hôtel abrite aujourd’hui le musée Cernuschi, où se trouvent les collections qu’il a léguées à la ville de Paris.

Mort à Menton, chez son frère, Constantin[7], Cernuschi est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 66).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le nom se prononce, en italien, /tʃɛrnuski/, et non /sɛrnuʃi/.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Louis Roussel (dir.) et James Talbot, « Inauguration du musée Cernuschi », La France illustrée : journal littéraire, scientifique et religieux, Paris, [s.n.], no 1246,‎ , p. 232 (lire en ligne)
  3. « Historique du musée Cernuschi », sur Société des Amis du Musée Cernuschi (consulté le 25 avril 2012)
  4. a, b, c, d, e et f Gilles Béguin, « Henri Cernuschi : Républicain et grand bourgeois », sur Paris.fr, (consulté le 9 mars 2018).
  5. Alfred Colling, La Prodigieuse histoire de la Bourse, Paris, Société d’éditions économiques et financières, , p. 288
  6. André de Fouquières, Mon Paris et ses Parisiens : le quartier Monceau, t. ii, Paris, Pierre Horay, , 282 p., 3 vols. 21 cm (OCLC 491148262), p. 197.
  7. La Réforme économique, Paris, (lire en ligne), p. 531.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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