Hellé Nice

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Hellé Nice
Hellé Nice en 1929 (Montlhéry).
Hellé Nice en 1929 (Montlhéry).
Biographie
Date de naissance
lieu de naissance Aunay-sous-Auneau
Date de décès (à 83 ans)
Lieu de décès Nice
Nationalité Drapeau de France Française

Hellé Nice, née Mariette Hélène Delangle le à Aunay-sous-Auneau (Eure-et-Loir) et morte le à Nice, est une danseuse également actrice de théâtre et acrobate, devenue pilote automobile durant toutes les années 1930, principalement en Grand Prix.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Hellé Nice en 1925.

Hellé Nice était la fille d'Alexandrine Bouillie et de son mari Léon Delangle. Son père a travaillé comme facteur dans leur village, à 75 kilomètres au sud-ouest de Paris, qu'elle quitta à l'âge de 16 ans. Une fois à Paris, elle trouva du travail dans des music-halls et en quelques années devint une danseuse nue à succès (notamment au Casino de Paris) sous le nom de scène Hélène Nice, qui finit par devenir Hellé Nice (avec ou sans trait d'union). Ce pseudonyme serait né d'une phrase « franco-anglaise » qu'elle aurait entendue prononcer en français à son encontre : « Elle est nice » (sic), c'est-à-dire « elle est charmante », ce qui phonétiquement donne Hellé Nice[réf. souhaitée]. De plus elle était amoureuse de la ville de Nice dans laquelle elle terminera sa vie. Elle a bâti une solide réputation en solo, mais en 1926, elle décida de s'associer avec Robert Lisset pour jouer dans les cabarets à travers l'Europe. Ses revenus de danseuse et de modèle devinrent tels qu'ils lui permirent de s'acheter une maison et son propre yacht.

En plus des voitures rapides, Hellé Nice a aussi vécu une vie rapide. Sa notoriété grandissante, elle ne manqua pas de prétendants et eut de nombreuses relations avec une grande variété d'hommes. Certaines furent de brèves aventures, d'autres ont été plus longues, à commencer par le riche et puissant Philippe de Rothschild, ainsi que des membres de la noblesse européenne et d'autres personnalités telles que Henri de Courcelles, Jean Bugatti et le comte Bruno d'Harcourt.

Carrière de pilote[modifier | modifier le code]

Hellé Nice à Montlhéry en 1930, pour un record du tour de piste à 197,2 km/h.
Hellé Nice en 1934.

À l'époque, la région parisienne était l'un des principaux pôles de l'industrie automobile française et il y avait de nombreuses compétitions pour les amateurs d'automobiles. Hellé Nice aimait la sensation que procure la conduite de voitures rapides, elle sauta sur l'occasion de participer à une course organisée par la jet set parisienne de l'époque. Femme athlétique, elle a également été une passionnée de ski alpin, mais un accident sur les pistes endommagea gravement son genou et mit fin à sa carrière de danseuse. Peut-être inspirée par Charlotte Versigny qui avait participé sur une Talbot au Grand Prix automobile de La Baule en 1927, Hellé Nice décida de tenter sa chance en tant que pilote professionnel.

En 1929, le 2 juin[1], au volant d'une Omega-Six, elle remporta une course de Grand-Prix féminin sur l'Autodrome de Montlhéry.

Le 2 décembre, sur le même circuit, elle atteint au volant d'une Bugatti 35C, la vitesse de 197,708 km/h sur un tour et 194 km/h de moyenne sur les 10 tours de l'épreuve [2] en établissant un nouveau record du monde de vitesse féminin[3].

Profitant de sa notoriété, l'année suivante, elle fit une tournée aux États-Unis, elle participa à partir du 10 août 1930 à de nombreuses courses sur une Miller, une voiture de fabrication américaine[1].

Hellé-Nice en 1932.

Peu de temps après son retour d'Amérique, dans un café sur les Champs-Élysées à Paris, Philippe de Rothschild se présenta à elle. Pendant quelque temps, ils partagèrent un lit et l'amour de la course automobile. Rothschild qui engageait sa Bugatti présenta Hellé à Ettore Bugatti. Le propriétaire de la fameuse marque pensa qu'Hellé Nice serait la personne idéale à ajouter à la liste de pilotes masculins de sa ligne de véhicules de course. Après avoir ouvertement annoncé son désir de rivaliser avec les hommes, elle atteignit son objectif après une troisième place lors du Grand Prix Bugatti de juin 1930 organisé au Mans[4], quand elle pilota en 1931 une Bugatti Type 35C dans cinq grandes courses dont les Grand Prix en France, d'Italie et de Monza.

Hellé Nice est facilement reconnaissable dans sa voiture de course bleu clair, gardant la bouche ouverte en course. Elle a adoré chaque minute de sa vie et exploité sa féminité, se décrivant elle-même comme une concurrente ne craignant pas de piloter contre les hommes. Elle séduisait les foules partout où elle courait tout en augmentant ses revenus avec une variété de produits dérivés. Bien que n'ayant pas remporté un seul Grand Prix, elle a été une concurrente légitime, et a souvent terminé devant quelques-uns des meilleurs pilotes masculins.

Au cours des années suivantes, comme seule femme sur le circuit du Grand Prix, elle a continué de piloter des Bugatti et Alfa Romeo contre les plus grands pilotes du moment comme Tazio Nuvolari, Robert Benoist, Rudolf Caracciola, Louis Chiron, Bernd Rosemeyer, Luigi Fagioli, et Jean-Pierre Wimille, entre autres. Comme la plupart des pilotes, Hellé Nice courut non seulement dans les courses de Grand Prix, mais prit également part à des courses de côtes et des courses de rallyes sur route partout en Europe, y compris le célèbre rallye de Monte Carlo, dont elle remporta la Coupe des Dames en 1936, avec Mme Marinovitch sur Matford Alsace V8 no 50 (équipage classé dix-huitième au général). Elle s'imposa aussi au Rallye Paris - Saint-Raphaël Féminin, en 1932 sur Bugatti Type 35B suralimentée[5] (en gagnant au passage la côte de Pougues-les-Eaux sur 1 kilomètre[6]), puis en 1933 elle concourut dans la même course avec Odette Siko, qui avait terminé quatrième des 24 Heures du Mans 1932.

Le 10 septembre 1933, elle participa à l'une des courses les plus tragiques de l'histoire. Au cours du Grand Prix d'Italie 1933 à l'Autodromo Nazionale di Monza, Giuseppe Campari, Baconin « Mario Umberto » Borzacchini et le comte polonais Stanisław Czaykowski, trois des plus grands pilotes de course de l'époque, se tuèrent. L'année suivante elle participe notamment à la Targa Abruzzi (de) avec Marcel Mongin sur Alfa Romeo 8C 2300 Monza (abandon).

L'accident[modifier | modifier le code]

L'accident au GP São Paulo, Brésil.

En 1936, elle s'est rendue au Brésil pour participer à deux courses de Grand Prix. Au cours du Grand Prix de São Paulo, alors qu'elle était en deuxième position derrière le champion brésilien Manuel de Teffé, un terrible accident faillit la tuer. Les causes de l'accident restent floues, mais une botte de paille se retrouva sur la piste et Hellé Nice la percuta à plus de 160 km/h ce qui lui fit perdre le contrôle de son bolide. Son Alfa Romeo fut projetée dans les airs et s'écrasa dans les tribunes, tuant quatre spectateurs et en blessant plus de trente autres. Hellé Nice éjectée de sa voiture, percuta un soldat de plein fouet, ce qui lui sauva la vie. La force de l'impact tua cependant le soldat et la laissa inconsciente. Elle sortit du coma trois jours plus tard et après deux mois en convalescence, sortit de l'hôpital.

La tragédie fit d'elle un héros national pour la population brésilienne. De nombreuses familles donnèrent à leurs enfants le prénom Helenice ou Elenice. Aujourd'hui, un grand nombre de femmes portent ce prénom au Brésil[7]. Bien que Hellé Nice n'en ait jamais parlé publiquement, cet accident a eu un profond impact et la mémoire des événements la hanta pour le restant de sa vie.

Le retour[modifier | modifier le code]

En 1937, elle tenta un retour en course, dans l'espoir de participer aux Mille Miglia en Italie et au Grand Prix de Tripoli qui offraient de très importantes sommes d'argent.

Toutefois, elle ne put obtenir le soutien nécessaire et elle se résigna à participer aux essais d'endurance Yacco réservé aux femmes à l'autodrome de Montlhéry en France au volant d'une Matford. Là, en alternance avec trois autres femmes, Hellé Nice conduisit pendant dix jours et dix nuits d'affilée, battant elle-même dix records mondiaux, qu'elle détient encore à ce jour (voir détails à Odette Siko).

Les deux années suivantes, elle participa à des rallyes en espérant rejoindre l'équipe Bugatti. Toutefois, en août 1939, son ami Jean Bugatti se tua lors de l'essai d'un véhicule de la société familiale et un mois plus tard, les courses automobile prirent fin en Europe avec le début de la Seconde Guerre mondiale. Elle eut le temps de remporter la seconde et dernière manche du Championnat féminin de l'Union Sportive Automobile, organisé sur le Circuit du Comminges le dimanche 6 août à bord d'une Juvaquatre Renault face à neuf autres concurrentes nationales (épreuve du championnat intitulé « Les Comminges 1939 », en fait un critérium automobile féminin), avec en prime le meilleur temps au tour. Quelques semaines plus tôt elle avait terminé deuxième le 11 juin de la première épreuve sur le circuit de Péronne, derrière Yvonne Simon (dans le cadre du Grand Prix de Picardie)[8].

En 1943, au milieu de l'occupation allemande de la France, elle déménagea sous le doux climat de la Côte d'Azur et y acheta une villa dans la ville de Nice, où elle vécut avec l'un de ses amants pour le reste de la guerre.

Accusations[modifier | modifier le code]

En 1949, le premier Rallye de Monte Carlo d'après la guerre eut lieu dans la principauté de Monaco et Hellé Nice était là pour prendre part à la manifestation. Lors d'une grande fête organisées pour célébrer le retour à la course, Louis Chiron, un multiple champion de Grand Prix, tout à coup traversa la salle et accusa Hellé Nice d'être un agent de la Gestapo durant la guerre. À l'époque, une telle accusation pouvait déjà être un sérieux revers pour la carrière de quelqu'un, mais ici, venant d'un homme aussi puissant que Louis Chiron, et même s'il ne fournit aucune preuve, cela marqua la fin carrière de pilote d'Hellé Nice. Lâchée par ses sponsors elle n'a jamais recouru et à cause de l'accusation, son nom et ses grandes réalisations ont été virtuellement effacée des annales de l'histoire des courses.

Délaissée par ses amis et connaissances, son amant l'abandonna également. Avec lui, s'envolait une grande partie de son argent et rapidement les maigres fonds qu'ils lui restaient se réduisirent au point qu'elle dut accepter la charité de La Roue tourne, un organisme parisien privé qui a été mis en place par des artistes pour venir en aide aux anciens artistes nécessiteux.

Aucun des faits de l'accusation de Louis Chiron n'a jamais été éclairci et des recherches récentes faites par Miranda Seymour, auteur de la biographie de Hellé Nice publiée en 2004, n'ont jamais prouvé sa culpabilité. Biographe respecté, Seymour est même allée jusqu'à vérifier les documents officiels à Berlin et a été informée par les autorités allemandes que Hellé Nice n'a jamais été un agent. Ironie du sort, Chiron lui-même, conduit par le désir d'une voiture plus performante, a piloté pour l'équipe Mercedes-Benz que les nazis ont utilisé comme un objet de propagande en faveur de leur philosophie de la supériorité raciale, à un moment où son collègue juif et rival René Dreyfus ne le pouvait pas.

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Une des plus illustres femmes pilotes, symbolisant l'émancipation féminine au XXe siècle, ayant participé avec succès à plus de soixante-dix événements au plus haut échelon de la course automobile, était désormais totalement ruinée. Elle a passé tristement ses dernières années totalement incognito à Nice, mais loin des luxueux palaces de la Riviera, dans un minuscule logement situé dans le quartier ouvrier de Riquier (rue Edouard-Scoffier). Éloignée de sa famille pendant des années, elle est morte sans le sou en 1984, sans ami, et complètement oubliée par le milieu mondain, huppé et aisé gravitant autour des courses automobile dont elle faisait autrefois partie. Sa crémation fut payée par La Roue tourne l'organisme de charité qui l'avait aidée, et les cendres ont été envoyés à sa sœur dans le village de Sainte-Mesme près de son lieu de naissance où ses parents étaient déjà enterrés. Néanmoins, sa sœur, qui n'avait jamais apprécié son mode de vie très libre « à la garçonne » (sic), ne prit même pas la peine de faire graver son nom sur la tombe familiale.

Il fallut attendre 2010, pour qu'à l'initiative de Miranda Seymour, sa biographe et, d'admiratrices américaines qui avaient créé la Hellé Nice Foundation, ce « méchant oubli » fut rectifié et qu'une plaque commémorative honore désormais sa mémoire, tandis qu'une rue de son village natal porte maintenant son nom.

Principaux résultats en Grand Prix[modifier | modifier le code]

Hellé Nice au Grand Prix Bugatti de 1930.
Hellé Nice sur Alfa Romeo 8C-2300, au Grand Prix du Comminges 1934 (8e).

Voitures utilisées en course[modifier | modifier le code]

Ces résultats ont été obtenus avec les voitures suivantes :

- une Bugatti 35 B, 8 cylindres (châssis no 4863) immatriculation 2066 RD9 pour la course du Mans en 1930 et les courses de 1931[9],[10],[11].
- une Bugatti 35 C, 8 cylindres (châssis no 4921) immatriculation 2678 RB6[12] pour les autres courses[13],
- une Alfa Romeo 8C 2300 Monza à partir de septembre 1933 [14](châssis no 2311213)[15].

Hellé Nice a possédé aussi une Bugatti 43 A immatriculée 2066 RD[9]

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Hellé Nice » (voir la liste des auteurs).

  1. a et b Collectif Sarka-SPIP, « Hellé Nice, championne de course automobile - APHG Aix Marseille », sur www.aphgaixmarseille.com (consulté le 1er mars 2017)
  2. [1]
  3. https://www.beaulieu.co.uk/news/women-in-motorsport-social-history-helle-nice/
  4. Edmond Cohin, L'historique de la course automobile 1894 - 1965, éd. Larivière, (ASIN B0014XQ1YG).
  5. (es) « Renée Friderich – con armiño », sur PilotosMuertos.com
  6. « Épreuves de montagne de 1931 à 1936 », sur LaBerezina.com
  7. (en) Marco R. Della Cava, « Sale of female racing pioneer Hellé Nice's '27 Bugatti brings belated appreciation », sur Auto Yahoo!, (consulté le 21 mars 2016).
  8. « Les Juvaquatre dans la course », sur Site.JRHP.fr
  9. a et b (en) Daniel Vaughan, « 1927 Bugatti Type 35B chassis 4863 information », conceptcarz.com,‎ (lire en ligne)
  10. Voiture acquise en mars 1930 en seconde main à l'usine Bugatti
  11. (en) « 1927 Bugatti Type 35 Grand Prix for sale: Anamera », sur www.finecars.cc (consulté le 1er mars 2017)
  12. [2]
  13. (en) « Hellé Nice's Bugattis », sur www.bugattibuilder.com (consulté le 1er mars 2017)
  14. « THE GOLDEN ERA OF GP RACING 1934-40 - DRIVERS (H) », sur www.kolumbus.fi (consulté le 1er mars 2017)
  15. (en) « Marcel Mongin - Complete Archive - Racing Sports Cars », sur www.racingsportscars.com (consulté le 1er mars 2017)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Femmes pilotes de Grand Prix avant-guerre :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Mlle Hellé-Nice pilote de course », L'Automobiliste, no 41,‎ (spécial L'automobilisme au féminin)
  • (en) Miranda Seymour, The Bugatti Queen : in search of a motor-racing legend, éd. Simon & Schuster (New Edition), , 320 p. (ISBN 978-0-7434-7859-5, OCLC 53391032)
  • (es) Miranda Seymour (trad. de l'anglais par Juan Abeleira), Helle Nice : la reina del Bugatti : en busca de una leyenda de las carreras de coches [« The Bugatti Queen »], Barcelone, éd. Circe, coll. « Biografía Circe », , 344 p. (ISBN 978-8-4776-5235-9, OCLC 433883890) (même ouvrage, non édité à ce jour en français).
  • Emanuelle Dechelette, « La femme la plus rapide du monde », Automobile historique, no 51,‎ , p. 52-56
  • (en) Miranda Seymour, Bugatti Queen : In Search of a French Racing Legend, New York, Random House, (ISBN 1-4000-6168-7)

Liens externes[modifier | modifier le code]