Helena Maleno

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Helena Maleno
Helena Maleno - Caminando Fronteras.jpg
Biographie
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Helena Maleno GarzónVoir et modifier les données sur Wikidata
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Helena Maleno Garzón (née le , à El Ejido) est une défenseure des droits de l'homme, journaliste, chercheuse, documentaliste et écrivaine espagnole.

Spécialiste en migrations et en traite d'êtres humains, elle est fondatrice du collectif Caminando Fronteras. Installée au Maroc d'où elle dénonce les violations des Droits Humains à la frontière sud espagnole et développe un travail de soutien et de capacitation des communautés migrantes subsahariennes durant le processus migratoire. Sur ses réseaux sociaux, elle avertit quotidiennement des embarcations à la dérive et des sauts de barrières qui se produisent, en coordinant le sauvetage et veillant à la garantie des droits fondamentaux.

Elle est actuellement persécutée par l'Unité Centrale des Réseaux d'Immigration Illégaux et Falsifications de Documents de la Police Nationale espagnole, faisant face notamment à une condamnation à perpétuité pour défendre le droit à la vie des personnes migrantes.

Trajectoire[modifier | modifier le code]

Née à El Ejido, la dénommée « mer de plastique », au sein d'une famille humble. S'y déroulera son premier contact avec les migrants en tant que conseillère professionnelle pour le Syndicat des Ouvriers Agricoles. En 2001, elle déménage au Maroc avec son fils Ernesto où elle commence à tisser amitiés et alliances avec les communautés migrantes organisées. Elle élabore des recherches sur l'externalisation des frontières, les déportations et l'asile pour des organisations comme SOS Racisme, Intermón Oxfam ou le Service Jésuite aux Réfugiés. Elle fut déléguée au Maroc pour la Commission Espagnole d'Aide aux Réfugiés (CEAR) entre 2007 et 2009.

Elle travaille pour Women's Link Worldwide sur différents rapports dans lesquels elle met en œuvre la perspective de genre à l'analyse du processus migratoire. Elle réalise des recherches sur terrain au Nigeria[1], en Colombie[2], en Allemagne, au Danemark, en France, au Maroc[3] et en Espagne[4],[5] dans lesquelles elle compare et fait état de la problématique de la Traite comme une structure internationale et industrielle d'esclavage contemporain. Elle le fait également pour le Défenseur du Peuple d'Espagne (Defensor del Pueblo de España) en tant que une des rares consultantes externes de l'institution, étant l'auteur du rapport Monographique National sur la Traite des Êtres Humains[6].

Elle fut consultante de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) pour la rapporteur des Nations unies sur le droit à la solidarité internationale.

Elle dispense des formations pour le Conseil général du pouvoir judiciaire, l'Union progressiste des procureurs (UPF), administrations publiques d'état et municipales et organisations sociales nationales et internationales.

Elle est chroniqueuse dans des médias comme eldiario.es et Público. En 2017, elle été choisie par le journal El País comme une des 10 femmes africaines de l’année[7].

Dans le domaine artistique, elle participe à des expositions comme « Géographie et mobilité » (Vienne), « Utopie » (Londres) et la Biennale de l'art politique au Caire. Elle a réalisé plusieurs video-rapports, éditrice du projet audiovisuel Frontera Sur[8], aide de production du documentaire de CNN et BBC Living with ilegals[9] et scénariste de Niños en el camino[10] pour Save The Children. En 2015 son collectif,  Caminando Fronteras, a projeté pour la première fois le documentaire Tarajal: Transformer la douleur en Justice[11],[12] duquel elle est scénariste et intervieweuse. Le documentaire relate les faits qui se sont produits lors de la polémique tragédie sur la plage espagnole du Tarajal au travers de la perspective des familles des victimes qui s'organisent dans un processus inédit en Afrique subsaharienne pour exiger responsabilités aux états européens et obtenir justice.

Accident dans le désert[modifier | modifier le code]

Le 1er octobre 2005,  les communautés migrantes ont signalé à Helena des détentions massives dans des villes marocaines. Des centaines de personnes étaient déportées et abandonnées dans le désert où beaucoup d’entre elles sont mortes. Au travers du téléphone de la défenseur, ils dénonçaient une situation rendue totalement invisible: “Et tout le monde ignorait à Maleno quand la tragédie arrivait (…) Le Haut Comissariat aux Réfugiés des Nations Unies (UNHCR) à Rabat et Genève gardait le silence dans une attente préoccupante », relate le journaliste Luis de Vega pour ABC. “Parle-moi. Raconte-moi des choses pour que je puisse continuer à marcher”, lui disaient des appels de désespération les «24 heures du jour», ainsi le relate le journaliste.

Le 8 Octubre, Helena est sortie, avec une commission qu’elle avait organisé, pour amener depuis Tanger 500 rations de nourriture aux migrants abandonnés et aussi afin de pouvoir documenter la tragédie. Durant plusieurs jours, ils ont suivi les convois chargés de dizaines d’hommes, de femmes enceintes et d’enfants migrants qui continuaient à être déplacés dans le désert. «Information pertinente qui sortait du van vers le monde entier » relatait le journaliste de ABC.  

Cependant, après avoir parcouru plus de 6.000 kilomètres en voiture, un accident empêche la poursuite d’un autre convoi. Les plus mal en point Helena y son collègue Francisco sont hospitalisés à El Aaiún et transférés à Las Palmas de Gran Canaria. “ Et pendant que s’impriment ces pages, la femme mince mais forte, l’ange gardien des “illégaux », pense déjà revenir à Tanger. Avec une paire de. » conclut la couverture de Luis de Vega. Elle a eu besoin de plusieurs mois en chaise roulante pour se remettre de ses blessures[13].

Menaces et extorsions[modifier | modifier le code]

Son travail de critique et de dénonciation des politiques migratoires entre l'Union européenne et les gouvernements africains a reçu comme réponse menaces et extorsions depuis le début. L'activiste souffre, depuis des années, d'appels, de persécutions et d'agressions qui ont comme objectifs de mettre fin au travail qu'elle réalise au travers de son organisation et qui ont mis sa propre vie en danger. Un des épisodes les plus graves fut celui souffert dans le quartier de Boukhalef[14] (Tanger) en 2014. Des groupes organisés d'hommes marocains armés ont initié une rafle contre les migrants en collusion avec la police: ils attaquaient avec violence, ils brûlaient les maisons avec leurs affaires et agressaient sexuellement les femmes. Maleno a été avisée par les communautés pour se déplacer à la zone et dénoncer ce qui s'était passé. Après l'avoir documenté, les groupes violents réussirent à l'atteindre pour l'agresser au cri de « Pute espagnole, les immigrants doivent aller à l'eau ». Face à la passivité de la police, il est suspecté que derrière ces groupes organisés, un chauffeur de taxi réussit à la secourir[15]. La chercheuse avait mis en lumière, les jours antérieurs, des accords politiques sur les frontières entre gouvernement du Maroc et d'Espagne.

En août 2017, elle reçut la photo d'un revolver chargé d'une balle avec le message « Je vous suggère le silence ou vous mourirez. Vous incommodez les autorités ». Ce message lui arriva après que le Syndicat Unifié de Police ait alimenté des fils de conversation machistes dans lesquels était encouragé le viol de Maleno, dans les jours postérieurs à la critique de l'activiste sur l'action des forces de sécurité de l'état à la frontière de Ceuta. Les agressions par réseaux sociaux, les appels et finalement la menace de mort ont mené Caminando Fronteras à lancer la campagne « #DefenderAQuienDefiende ». Au communiqué du collectif, ont adhéré jusqu'à 500 organisations et entités nationales et internationales (parmi lesquelles se trouvent Amnesty International, Médecins du monde, le Défenseur du peuple andalou ou Podemos)[16].  L'Organisation mondiale contre la torture et la Fédération internationale des droits de l'homme ont ensuite émis  un communiqué exigeant aux Etats de régler les responsabilités politiques et garantir la sécurité de l'activiste[17]. La campagne prétendait visibiliser, non seulement le cas de Maleno, mais aussi ceux de tous les défenseurs et défenseures des Droits Humains dont l'activité se voit entravée par les intérêts politiques et économiques des États européens.

Criminalisation politique et support international[modifier | modifier le code]

Le 5 décembre 2017, Helena Maleno a été convoquée par la justice marocaine à la cour d’appel accusée de “ trafic d’immigrants et aide à l’immigration illégale”. Elle risque, de par ses appels aux services de secours quand la vie de personnes en mer court danger, une peine de prison de plusieurs mois et una amende allant même jusqu’à une peine l'emprisonnment à perpétuité.

Le juge a confirmé que les accusations se fondent sur quatre dossiers criminels élaborés par la UCRIF de la Police Nationale espagnole. Une enquête qui commence en 2012, sans aucun contrôle judiciaire et portant atteinte aux droits fondamentaux de la défenseur comme le rapporte la Relateur Spéciale des Exécutions Extrajudiciaire et le Relateur des Défenseurs des Droits Humains des Nations Unies dans leurs rapports respectifs concernant l’affaire.

La persécution politique a eu comme réponse une campagne internationale de solidarité sous la consigne de  #DefendiendoAMaleno. Plus de mille organisations et deux cents personnalités, entre lesquelles figurent  Luis García Montero, Almudena Grandes, Javier Bardem o Joaquín Sabina, ont adhéré au manifeste de Helena Maleno.

Bien que l’affaire eût été classée par l’Audience Nationale espagnole en l’absence de délit, les dossiers criminels ont été envoyés au Maroc. À la suite de la dénonciation de ce cas, le soutien citoyen s’est traduit par l’envoi de 56.000 lettres en moins de 36 heures aux Ministères de l’Intérieur et de l’Extérieur espagnoles exigeant la notification du classement sans suite de l’affaire judiciaire contre la défenseur.

A la campagne se sont également jointes des institutions comme la Mairie de Madrid, le Parlement des Iles Baléares ou sa localité natale (connue pour ses épisodes racistes) qui ont adopté à l’unanimité de toutes les forces politiques des motions de soutien à la défenseur. Des institutions comme l’Église catholique ou Ararteko l’ont soutenue publiquement ainsi que la Présidente du Congrès des Députés, Ana Pastor, qui a déclaré: " Tu es une femme extraordinaire qui a tout laissé pour être présente là où il le faut et pour défendre la vie et les droits des personnes. Toute la société espagnole doit être avec toi”.

Après trois déclarations au tribunal marocain, l’apparition de problèmes administratifs et des mois de liberté restreinte, Helena Maleno continue d’exercer son travail en attendant une décision judiciaire.

Prix nationaux et internationaux[modifier | modifier le code]

  • Prix Droits Humains 2014 de l'Union Progressiste des Procureurs[18]
  • Prix des Droits Humains 2015 du Conseil Général du Barreau espagnol[19]
  • Distinction pour la Défense des Droits des Femmes Migrantes de l'Institut Andalou de la Femme (2016)[20]
  • Distinction pour la Défense des Droits des Femmes Victimes de Traite de la Fondation Amaranta (2017).
  • Mention spéciale aux Prix Dignité 2017 de la Mairie de Grenade 
  • Prix Monde Noir à la Fraternité 2017[21]
  • Prix Puñetas Periféricas 2018 de l'Association des Communicateurs et Informateurs Juridiques.[22]
  • Prix Gernika pour la Paix et la Réconciliation 2018 au 81ème anniversaire du bombardement.
  • Prix Valors 2018 du Conseil du Barreau Catalan.[23]
  • Prix Etnosur 2018 du Festival de Rencontres Ethniques du Sud.
  • Prix Séan McBride 2018 du International Peace Bureau.[24]
  • Reconnaissance Ànima 2018 du Centre des Initiatives Solidaires Ángel Olarán.[25]
  • Prix Nationaux de Journalism et Droits Humains 2018 de l'Association de Droits Humains d'Espagne.[26]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (es) « La trata de mujeres y niñas nigerianas: esclavitud entre fronteras y prejuicios »
  2. (es) « La trata y la explotación en Colombia: No se quiere ver, no se puede hablar. »
  3. (es) « Mujeres migrantes en la clandestinidad: el aborto en Marruecos »
  4. « Mujeres en los Centros de Internamiento: Realidades entre rejas »
  5. (es) « Almería: la historia que nadie cuenta »
  6. (es) « La Trata de Seres Humanos en España: Víctimas Invisibles. - Defensor del Pueblo de España »
  7. (es) Ángeles Jurado, « Las 10 mujeres africanas de 2017 », El País,‎ (ISSN 1134-6582, lire en ligne, consulté le 19 décembre 2018)
  8. « "Frontera Sur" (2003) »
  9. [vidéo] « Living with illegals (2005) »
  10. (es) « Dibujos de luz »
  11. (es) « Caminando Fronteras. Tarajal. Transformar el dolor en justicia. »
  12. [vidéo] « Caminando Fronteras. Trailer Tarajal: Transformar el dolor en justicia. »
  13. « La odisea de Helena Maleno - Tortuga », sur www.grupotortuga.com (consulté le 19 décembre 2018)
  14. (es) « Marroquíes contra subsaharianos en Tánger, a golpe de machete. El Confidencial. »
  15. (es) « Agreden a la activista española Helena Maleno en Tánge. »
  16. (es) « Caminando Fronteras. Comunicado "Defender A Quien Defiende". »
  17. (es) « Comunicado OMCT y FIDH en apoyo a Helena Maleno. »
  18. (es) « Premio de Derechos Humanos Jesús Vicente Chamorro 2014 para el colectivo "Ca-minando Fronteras". », sur Unión Progresista de Fiscales, (consulté le 22 janvier 2019)
  19. Modèle {{Lien web}} : paramètre « titre » manquant. https://www.abogacia.es/2015/12/22/helena-maleno-si-me-ahogo-en-un-mar-de-lagrimas-permitidme-que-lo-haga/, sur www.abogacia.es (consulté le 22 janvier 2019)
  20. (es) « Entregados en Las Mariposas los ‘Distintivos por la Igualdad’ del IAM », sur www.lavozdealmeria.com (consulté le 22 janvier 2019)
  21. (es) « Helena Maleno y Mussie Zerai: Premio Mundo Negro a la Fraternidad 2017 », sur Mundo Negro, (consulté le 22 janvier 2019)
  22. (es) « Sonia Gumpert y Helena Maleno, premios "Puñetas" de ACIJUR 2017 », sur europapress.tv, (consulté le 22 janvier 2019)
  23. (ca) redacció, « La Fundació Arrels, Eva Labarta i Helena Maleno, premis Valors - 15 juny 2018 », sur El Punt Avui (consulté le 22 janvier 2019)
  24. (es) Agencia EFE, « La activista Helena Maleno, premio Seán McBride por la Paz 2018 », sur COPE, (consulté le 22 janvier 2019)
  25. (ca) J.GÓMEZ, « L'activista Helena Maleno, premi Ànima de Mollerussa », sur Segre.com, (consulté le 22 janvier 2019)
  26. (es) Desalambre, « La activista Helena Maleno, premio Periodismo y Derechos Humanos de la APDHE », sur eldiario.es (consulté le 22 janvier 2019)

Liens externes[modifier | modifier le code]