Heinrich Tessenow

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Heinrich Tessenow
Présentation
Naissance
Rostock (Allemagne)
Décès
Berlin
Nationalité Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Activités architecte, urbaniste, enseignant
Diplôme diplômé de l'Université technique de Munich
élève de Martin Dülfer et Friedrich von Thiersch
Formation assistant de Martin Dülfer à l'Université technique de Dresde
Ses élèves Otto Königsberger, Albert Speer
Œuvre
Réalisations cité-jardin d'Hellerau, Dresde
cité-jardin Falkenberg, Berlin-Bohnsdorf
Sächsische Landesschule, Klotzsche (Dresde)
Internationale Kunstausstellung, Dresde
Siedlung Glückauf, Brieskow-Finkenheerd
Distinctions doctorat honoris causa de l'Université de Rostock et de l'Université technique de Stuttgart
Compléments
enseignant à l'Institut de technologie de Berlin-Charlottenburg, 1926-1934, professeur émérite de l'Université de Berlin après 1945

Heinrich Tessenow (né le à Rostock et mort le à Berlin) est un architecte allemand, enseignant et urbaniste particulièrement actif durant la République de Weimar.

Biographie[modifier | modifier le code]

Tessenow est considéré comme une des personnalités marquantes du panorama architectural allemand durant la période de la République de Weimar, aux côtés de Bruno Taut, Hans Poelzig, Peter Behrens, Fritz Höger, Ernst May, Erich Mendelsohn, Walter Gropius and Mies van der Rohe. Il appartient à ce titre au courant de la Nouvelle Objectivité (Neue Sachlichkeit) [réf. nécessaire].

Il est né à Rostock, dans le Grand-duché de Mecklembourg-Schwerin. Son père était charpentier. D'abord apprenti dans l'atelier de son père, il étudie ensuite l'architecture à l'école des métiers du bâtiment de Leipzig puis à l'université technique de Munich, où il enseignera plus tard. Il y suit l'enseignement de Martin Dülfer (de), dont il sera un temps l'assistant, et de Friedrich von Thiersch.

En 1908, Tessenow, Hermann Muthesius et Richard Riemerschmid réalisent la cité-jardin d'Hellerau, près de Dresde, le premier résultat tangible en Allemagne de l'influence du mouvement des cités-jardins initié en Angleterre. L'inspiration du projet, à la fois attaché à l'humain mais également au respect d'un plan urbain déjà fonctionnaliste, annonce les projets urbains radicaux emblématiques du mouvement moderne d'Ernst May et Bruno Taut dans les années 1920. Il influence directement l'urbaniste Otto Koeningsberger, élève de Tessenow, qui travaillera en Asie, en Amérique Latine, en Afrique (on notera particulièrement le plan de la ville indienne de Bhubaneswar en 1948.

Durant les années suivantes, sous la République de Weimar, Tessenow devient membre de la Bund Deutscher Architekten (de)(l'association des architectes allemands) et du Deutscher Werkbund (l'association allemande des artisans). À la même époque, il est récipiendaire d'un doctorat honoris causa de l'université de Rostock, puis de l'université technique de Stuttgart. En 1919, son livre Handwerk und Kleinstadt fait l'apologie de l'artisanat et de la petite ville. En ce sens, il peut difficilement être qualifié de moderniste, et se rattache plutôt au courant völkisch [1]. Ceci, toutefois, ne l'empêchait pas d'être membre du groupe moderniste Der Ring [2].

Tessenow enseigne à l'Institut de technologie de Berlin-Charlottenburg de 1926 à 1934, époque à laquelle il est remercié par l'administration nazie. Il a alors comme élève Albert Speer, devenu brièvement son assistant en 1927 à l'âge de 23 ans. Les Mémoires de Speer, qui devint l'un des proches de Hitler puis son ministre de l'Armement, décrivent la personnalité originale de Tessenow, son enseignement informel et sa préférence pour une architecture qui exprime une continuité de la culture nationale, mais au travers de formes simplifiées. Il était connu pour cette réflexion : «La forme la plus simple n'est pas toujours la meilleure, mais la meilleure forme est toujours simple»[3].

Admirateur de l'œuvre de Schinkel, c'est à lui que sera confié, à la toute fin du régime de Weimar, la conversion de la Neue Wache, considérée comme un chef-d'œuvre du classicisme allemand, sur l'avenue Unter den Linden à Berlin, en « mémorial aux victimes de la Première Guerre mondiale » (monument consacré depuis 1993 aux « victimes de la guerre et de la tyrannie »).

Evoquant l'éviction, en 1934, de Tessenow, Speer déclare:

« Après 1933 on reprit tous les reproches qu’on avait faits à Tessenow au cours de cette réunion [pendant laquelle on insulta le groupe Der Ring ]en y ajoutant les relations qu’il entretenait avec l’éditeur Cassirer et son cercle. Devenu suspect, il fut suspendu et perdit sa chaire. Mais, grâce à ma position privilégiée, je pus obtenir du ministre de l’Éducation national-socialiste [c'est-à-dire Goebbels] qu’il fût réintégré et conservât sa chaire à la Haute École technique de Berlin jusqu’à la fin de la guerre. »

Jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est souvent retiré dans sa maison de campagne, passant la plus grande partie de son temps à étudier la reconstruction des centres urbains de la Poméranie et du Mecklembourg. Après la guerre, il enseigne à l'Université de Berlin, à la demande de l'administration soviétique, où il est nommé professeur émérite. Il continue jusqu'à sa mort à travailler sur des projets ambitieux qui ne seront jamais réalisés.

La Médaille Heinrich-Tessenow est un prix d'architecture créé en 1963 en mémoire de Heinrich Tessenow à l'initiative d'Alfred Toepfer, sur proposition de la Fondation Heinrich Tessenow. Il a récompensé de nombreux architectes allemands mais aussi étrangers, tels que Giorgio Grassi et David Chipperfield.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir par ex. la citation dans les Mémoires d'A. Speer (Au cœur du Troisième Reich), à la fin du chap. I: « Peut-être y a-t-il autour de nous des héros méconnus, véritablement grands, qui, forts de leur volonté et de leur savoir supérieur, sont fondés à accepter même les situations les plus sinistres, les considérant comme des péripéties sans importance, et s’en moquant. Peut-être, avant que l’artisanat et la petite ville puissent s’épanouir à nouveau, faudra-t-il qu’il pleuve du soufre. Leur floraison exige peut-être des peuples ayant traversé l'enfer. »
    Voir aussi ce que Speer déclare dans le chap. II: « C’était précisément à l’idéalisme de cette jeunesse en effervescence que s’adressait le parti de Hitler. Et Tessenow lui-même ne les avait-il pas prédisposés à cette crédulité ? Lorsque vers 1931 il déclarait : « Il y en aura bien un qui viendra et qui pensera très simplement. Aujourd’hui on pense de façon trop compliquée. Un homme sans culture, un paysan, résoudrait tout cela beaucoup plus facilement parce qu’il ne serait pas encore pourri. Il aurait l’énergie, lui, de réaliser ses idées toutes simples. » Cette remarque, dont l’action souterraine ne fut pas négligeable, nous semblait pouvoir s’appliquer à Hitler. »
  2. A. Speer, op.cit., chap. II
  3. Albert Speer, Au cœur du Troisième Reich, chapitre 1, p. 27

Liens externes[modifier | modifier le code]