Hasbara

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Stand de soutien à Israël
Exemple d'un communiqué de l'armée israélienne

Hasbara ( en hébreu : הסברה) est un terme utilisé par l'État d'Israël pour décrire ses relations publiques et sa diplomatie publique. Le terme signifie littéralement « explication ».

La diplomatie publique israélienne, est considérée par un certain nombre de critiques comme de la « propagande ».

Terminologie[modifier | modifier le code]

Le terme hasbara signifie littéralement « explication » en hébreu[1].

L'État d'Israël et ses partisans utilisent ce terme pour décrire les efforts visant à expliquer les politiques gouvernementales et à promouvoir Israël face à une presse négative, et pour contrer ce qu'ils considèrent comme des tentatives de délégitimation d'Israël[2]. Pour le diplomate israëlien Gideon Meir, il n'y a pas de traduction « réelle et précise » du mot hasbara en anglais ou dans toute autre langue, et il l'assimile en 2005 à la diplomatie publique[3].

Dans sa critique, le terme est fréquemment associé, en Israël et ailleurs, à une activité de plaidoyer, ou de propagande officielle de l'État[1],[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Selon l'analyste politique Jonathan Cummings, qui publie en 2016 l'ouvrage Israel's Public Diplomacy: The Problems of Hasbara, 1966–1975, le terme «  hasbara » est introduit dans le débat public par Nahum Sokolow, pionnier du sionisme. Cummings définit le terme comme : « une tentative instinctivement défensive et tactique, persuasive et juive pour obtenir et maintenir un soutien international à la politique israélienne »[5].

Pour Cummings, l'opinion publique israélienne prend la diplomatie publique très au sérieux. Elle considère qu'une communication de mauvaise qualité est à la racine des difficultés internationales de l'État, et qu'il suffirait de pouvoir mieux s'expliquer pour obtenir le soutien de la communauté internationale sur des points controversés de la politique israélienne[5].

Gershon Agron joue un rôle pionnier dans la définition de la hasbara, en suggérant de s'inspirer du modèle du ministère britannique de l'Information. Dans les premières années d'Israël, et jusqu'aux années 1960, la presse nationale était ainsi étroitement contrôlée et censurée par des responsables politiques sous la houlette de David Ben Gourion[5].

Communication sur internet[modifier | modifier le code]

En 2014, pendant l'opération Rempart, quatre cents étudiants de l’Interdisciplinary Center d’Herzliya mènent jour et nuit à tour de rôle une stratégie d'influence sur les réseaux sociaux et déclarent contrer « la désinformation propagée en ligne par le Hamas et reprise par les médias internationaux »[4][réf. à confirmer].

Le site web InfoEquitable[modifier | modifier le code]

Depuis 2016 le site francophone InfoEquitable, décrit par The Times of Israel comme un site « militant pro-israélien »[6], indique apporter « une couverture juste et précise de l’actualité sur Israël dans les médias francophones »[7]. Le site se consacre exclusivement au fact-checking des articles francophones sur l'actualité en Israël[8]. Ainsi, à la demande d'Infoéquitable, le médiateur de Radio France a reconnu que Netiv HaAsara est un village agricole situé à quelques centaines de mètres de la frontière avec la bande de Gaza et non une colonie[9].

Selon Tony Le Pennec du site web Arrêt sur images, InfoEquitable « adopte un ton très pro-Israël, commet régulièrement erreurs et imprécisions, tout en dégainant rapidement les accusations à peine voilées d'antisémitisme »[10].

Communiqués du ministère des Affaires étrangères[modifier | modifier le code]

En 2009, le ministère des Affaires étrangères israélien encourage des volontaires à intervenir en faveur d’Israël dans les sites web de commentaire d'actualité en relation avec la Guerre de Gaza de 2008-2009[11].

Le vice-ministre Michael Oren estime en 2016 que l'action de hasbara des ministères devrait être repensée, car « la bonne hasbara prend l’histoire de l’État juif, et émeut les gens avec »[12]. Le ministère lance la même année un concours de vidéos pour faire la promotion du pays[13].

Le ministère des Affaires étrangères israélien affirme en 2018, qu'il mène une diplomatie publique compétente : « A tous ceux qui prétendent, sans posséder les informations de base, que la ‘hasbara‘ israélienne n’a pas fonctionné correctement ces derniers jours : plus de 160 interviews de nos représentants dans d’importantes capitales [ont conduit à] faire connaître le message d’Israël sur les réseaux sociaux à des millions de personnes à travers le monde »[14]. Il fournit également une liste de 20 groupes qui travailleraient « constamment et ouvertement à délégitimer l'état juif », et suggère la création d'un organisme qui développerait des actions de campagnes publiques, de lobbying, l’arrangement de visites de solidarité en Israël, et qui travaillerait également à renforcer la présence sur les réseaux sociaux, ainsi que le réseau de groupes pro-israéliens dans le monde pour mener des actions coordonnées, en se focalisant particulièrement sur l’Europe[15].

Critiques[modifier | modifier le code]

Simon Anholt, créateur de l'indicateur Nation Brands Index mesurant l'image de marque nationale, estime en 2020 que si la communication d'État est bien une affaire de sécurité nationale, en revanche « l'utilisation par Israël du hasbara pour promouvoir sa version des faits [...] peut en fait aggraver la situation en rappelant aux gens une question troublante à laquelle ils préféreraient ne pas penser. [...] Tenter de s'attaquer à une image nationale négative par le biais des relations publiques produit souvent l'effet inverse, en rappelant simplement aux gens le pays dont ils savent déjà qu'ils se méfient »[16].

L'organisation israélo-arabe de défense des droits de l'homme Adalah estime en 2019 que le ministère de l’Éducation israélien contraint les élèves qui souhaitent effectuer un séjour à l'étranger à suivre d'abord un cours spécifique, nommé harasba. L'organisation dénonce cette contrainte ainsi que le caractère du cours, qui représente selon elle une « propagande raciste »[17].

Certains opposants à Israël, comme Edward Said[18] et Noam Chomsky[19], considèrent la hasbara comme un programme de « propagande pro-israélienne »[20]. Selon Chomsky « le mot « hasbara » […] désigne la propagande israélienne, exprimant la thèse que la position d’Israël est toujours juste quelle que soit la question considérée, et qu’il est seulement nécessaire de l’expliquer »[21].

En 2017, le cinéaste israélien Eyal Sivan et la productrice Armelle Laborie publient l'ouvrage Un boycott légitime, dans lequel ils exposent les mécanismes de la propagande, en indiquant qu'elle « sert à présenter une image démocratique, libérale, dynamique — et fausse — d’un État d’exception permanent, hors-la-loi pour le droit international »[22],[23],[24].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Sébastien Leban, « Presse en Israël : le tabou de l’occupation », sur parismatch.com, (consulté le )
  2. « mfa.gov.il », sur www.mfa.gov.il (consulté le )
  3. (en) Gideon Meir, « What “Hasbara” Is Really All About », sur Ministère israëlien des Affaires étrangères, (consulté le )
  4. a et b Benoît Theunissen, « Des activistes israéliens en cellule de crise », sur Les Echos, (consulté le )
  5. a b et c Robbie Sabel, « Israel's Public Diplomacy: The Problems of Hasbara, 1966–1975 », Israel Journal of Foreign Affairs, vol. 11, no 1,‎ , p. 109–112 (ISSN 2373-9770, DOI 10.1080/23739770.2017.1287249, lire en ligne, consulté le )
  6. « Les inexactitudes du Monde au sujet de Salah Hamouri », sur fr.timesofisrael.com, (consulté le )
  7. « Qui sommes nous ? », sur Infoéquitable (consulté le )
  8. « L’AFP épinglée pour mensonges et militantisme par InfoEquitable », sur The Times of Israel,
  9. « « Ces colons en mal de sécurité que Netanyahu a déçus ». Ce titre d’un article consacré aux élections législatives en Israël. Titre qui a fait réagir les auditeurs. »,
  10. Tony Le Pennec, « Infoequitable, gardien (approximatif) d'Israël », sur arretsurimages.net, (consulté le )
  11. (en) Jonathan Beck, « Latest hasbara weapon: 'Army of bloggers' », sur The Jerusalem Post | JPost.com, (consulté le )
  12. Raphaël Ahren, « Michael Oren veut combattre le boycott avec des poètes et des écrivains », sur fr.timesofisrael.com, (consulté le )
  13. « Israël lance un concours vidéo de hasbara », sur fr.timesofisrael.com, (consulté le )
  14. Raphaël Ahren, « Les diplomates israéliens ont dominé les médias pendant les émeutes de Gaza », sur fr.timesofisrael.com, (consulté le )
  15. « Israël crée une liste noire des groupes de BDS interdits dans le pays », sur fr.timesofisrael.com, (consulté le )
  16. (en) Simon Anholt, « Why Israel should drop hasbarah », sur www.thejc.com, The Jewish Chronicle, (consulté le )
  17. « Adalah dénonce la « propagande raciste » de cours obligatoires pour des enfants », sur fr.timesofisrael.com, (consulté le )
  18. (en)Propaganda and war par Edward Said, 2001.
  19. (en) Noam Chomsky, Fateful triangle: the United States, Israel, and the Palestinians, Pluto Press, 1999, p. 154.
  20. (en) Guttman, Nathan, Dancing the Hasbara, Moment (magazine), août 2006.
  21. (en) Noam Chomsky, Pirates and Emperors, Old and New: International Terrorism in the Real World, South End Press, 2002, p. 182.
  22. Françoise Feugas, « Derrière la vitrine culturelle israélienne, une intolérable occupation - « Un boycott légitime » », sur Orient XXI, (consulté le )
  23. Emmanuel Riondé, « Eyal Sivan : « Israël ne veut plus convaincre, mais devenir attractif » », sur regards.fr, (consulté le )
  24. Baudouin Loos, « Eyal Sivan : « L’image d’Israël subit une vraie érosion » », sur Le Soir, (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Robert I. Friedman, Selling Israel to America: the Hasbara Project Targets U.S. Media, Mother Jones, février/.

Articles connexes[modifier | modifier le code]