Hasankeyf

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Hasankeyf
Hasankeyf
Administration
Pays Drapeau de la Turquie Turquie
Région Région de l'Anatolie du sud-est
Province Batman
District Hasankeyf
Préfet Halûk İmga
2004
Indicatif téléphonique international +(90)
Plaque minéralogique 72
Démographie
Population 7 464 hab.
Géographie
Coordonnées 37° 42′ 51″ nord, 41° 24′ 47″ est
Localisation
Localisation de Hasankeyf
Districts de la province de Batman

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Liens
Site de la province http://www.batman.gov.tr
Sources
« Index Mundi/Turquie »

Hasankeyf (Heskîf en kurde, Hiṣn Kayfā, حصن كيفا en arabe, Hesno d-kifo en syriaque) est une ville kurde située à l'Est de l'Anatolie en Turquie. Elle possède un patrimoine historique particulièrement riche daté de plus de 12 000 ans. Cette cité touristique est située dans la région de Batman et est fréquentée par les touristes du monde entier. En plus d'abriter dans ses grottes un village troglodyte, habité sans discontinuité depuis des millénaires, Hasankeyf fut la capitale somptueuse de l'ultime branche de la dynastie des Ayyoubides de Saladin (dit "Salhadin le Kurde").

La ville est vouée à disparaître sous un lac artificiel, conséquence du barrage hydro-électric d'Ilisu construit en aval du tigre. Le barrage dont le chantier en 2006 (mais le projet a été imaginé dans les années 1960) a été inauguré en présence de Recep Tayyip Erdogan alors Premier ministre, est situé dans une zone hautement stratégique. Situé sur le Tigre, il permet de contrôler le flux d'eau qui traverse la Syrie, l'Irak et le Kurdistan. Ilisu est une pièce centrale de projet d'Anatolie du Sud-Est (GAP), un plan d'aménagement du territoire visant à doper d'après le gouvernement turque, l'économie de cette région longtemps négligée par Ankara en s'appuyant sur l'énergie et l'irrigation. La société Autrichienne Andritz (Hydroelectricité) participe activement à la construction du barrage.

Projet de barrage et engloutissement contesté :

Un premier projet a échoué, après que les investisseurs européens (allemands, suisses et autrichiens) se soient retirés, critiquant le non-respect des normes environnementales.

Le projet de barrage est vivement contesté en raison des dégâts environnementaux et humains liés au déplacement des populations: en effet le remplissage du réservoir et la mise en marche du barrage engloutira plusieurs villes dont celle de Dicle et engendrera une catastrophe écologique sans précédent.

Par ailleurs, la perte irrémédiable du patrimoine culturel et historique liés à cette région ainsi que les vestiges archéologiques ont fait réagir plusieurs ONG et chercheurs en archéologie. En 2019, une centaine d'ONG réunie dans "Pour Hasankeyf" a lancé un appel intitulé "il n'est pas trop tard pour sauver Hasankeyf et le fleuve du Tigre". Hasankeyf regroupe de nombreux critères pour être classé au patrimoine mondial, mais l'UNESCO et les autres organisations internationales restent muettes à ce sujet. En février 2019, la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) (dans laquelle siège la Turquie en tant qu'état membre) a pris la décision de rejeter la plainte déposée pour protéger le patrimoine culturel d'Hasankeyf.

L'instabilité du projet pendant plusieurs décennie a engendré une perte économique pour la population de Hasankeyf. La ville a été classée en zone spéciale de conservation en 1981 ce qui s'est accompagné d'une interdiction de construire qui a tenu les investisseurs à l'écart et poussé de nombreux habitants à quitter leur terre natale. Une ville nouvelle avec des infrastructures modernes, dont l'attribution des maisons seront tirées au sort, a été construite à 2 km mais est en 2016 toujours inhabitée[1].

Enfin, les menaces qui pèsent sur le sort des populations kurdes de la région ont mobilisé de nombreuses ONG, des militants, artistes et des partis politiques. Ce barrage constituerait un saccage de l'histoire et des civilisations autres que islamiques ou turques. En effet en juin 2017, le gouvernement turc a notamment fait démolir la statut de Ehmedê Xanî ou Ahmed Khani (1650-1707) écrivain, astronome et poète clerc sunnite et philosophe, érigée sur la place de la ville Dogubayazit dont la municipalité a été dissoute par le gouvernement.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Le nom est d'origine Syriaque : ܚܨܢܐ hesn= citadelle, ܟܐܦܐ kef= pierre.

Selon la légende que relate Cheref-Ouddine, prince kurde de Bitlis, dans son livre, les Fastes de la Nation Kurde, ou Cheref-Nameh, écrit il y a plus de cinq cents ans (en 1497), un prisonnier arabe du nom de Hasan qui allait être mis à mort, demande une dernière faveur au seigneur qui avait construit cette forteresse dominant de façon vertigineuse les eaux du Tigre : pourrait-il monter son cheval bien-aimé pendant quelques instants dans la cour de la forteresse ? Cette faveur lui fut accordée, et le prisonnier fit avec son cheval un bond dans le Tigre de 150 mètres. Le cheval mourut en s’écrasant dans les flots, mais le prisonnier put s’échapper, et tous les spectateurs s’exclamèrent : Hasan Keif (« Hasan, comment »), et selon la légende, ce nom resta attaché à la forteresse[2].

Présence chrétienne[modifier | modifier le code]

L'islam n'est d'ailleurs pas la seule religion qui a marqué Hasankeyf de son empreinte. Hier comme aujourd'hui, la présence chrétienne y est très forte. Dès le Ve siècle, Hasankeyf abritait un évêché syrien et les chrétiens bénéficièrent à la fin du Moyen Âge, sous les sultans turcs, d'un certain régime de faveur. En effet, nouvellement arrivés, les tribus turcomanes se ménagèrent les bonnes grâces des populations chrétiennes, grecques et syriaques, pour faire face à l'hostilité des Kurdes et des Arabes musulmans de la région, qui acceptaient mal de perdre leur suprématie politique et militaire[3].

Monuments historiques[modifier | modifier le code]

La citadelle et la ville haute[modifier | modifier le code]

La citadelle construite par les Ayyoubides au XIIIe siècle et remaniée par de nombreux chefs kurdes au cours des siècles gît en ruine au sommet d’une falaise de calcaire monumentale qui se dresse verticalement au-dessus du Tigre. La ville ancienne de Hasankeyf, construite à côté de la vieille mosquée de la forteresse, est aussi en ruine : dans les années 1970, ses habitants ont été forcés par le gouvernement turc d’abandonner leurs maisons centenaires, souvent creusées dans la roche, et de venir s’installer plus bas, dans la vallée, près du vieux pont[2].

Le petit palais[modifier | modifier le code]

Les ruines du petit palais construit sur l’éperon de la falaise dominent la vallée du Tigre. Les chefs kurdes y vivaient jusqu'à la fin du XIXe siècle et on peut y admirer le Tigre et la vallée qui s'étend en contrebas[2].

Le grand palais[modifier | modifier le code]

Il ne reste plus rien du grand palais, à l’exception d’un pilier de son ancien portail[2].

La mosquée Ulu[modifier | modifier le code]

La vieille mosquée Ulu, construite en 1325 par les Ayyoubides sur les ruines d’une église antique, se dresse toujours au milieu des ruines de la ville, et l’on peut lire une inscription très ancienne sur le socle de son minaret[2].

Le vieux pont[modifier | modifier le code]

Construit par le seigneur artukide Fakreddine Karaaslan (1144 - 1167), c’est le pont ayant l’arche la plus large (40 mètres) construite au Moyen Âge. Selon certaines sources, la partie centrale de l’arche médiane était en bois, et elle était retirée quand un ennemi s’approchait de la ville[2].

Le tombeau de Zeynel bey[modifier | modifier le code]

Zeynel bey, le fils de Uzun Hasan, appartenait à la dynastie Akkoyunlu qui régna brièvement sur Hasankeyf au XVe siècle. Décoré de carreaux de céramique vernissés de couleur turquoise et bleu sombre, ce tombeau constitue un des rares exemples de son genre en Anatolie. Il est actuellement (2010) en restauration et sera déplacé pour échapper aux eaux du barrage.

Population[modifier | modifier le code]

La population actuelle de Hasankeyf est à majorité kurde. Cependant, il y a longtemps eu une présence assyrienne/syriaque et arabe dans la ville. La population chrétienne syriaque a été presque entièrement anéantie pendant le génocide assyrien de 1915 lors de la Première Guerre mondiale. Jusque dans les années 1990, des populations chrétiennes assyriennes/syriaques étaient présentes autour de leur village et église situés sur les hauteurs de la ville. L'État turc les a contraint à quitter leur village.


Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Vue panoramique
Vue du bord du Tigre