Hara-Kiri (journal)

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Hara-Kiri
Image illustrative de l’article Hara-Kiri (journal)

Pays France
Langue français
Périodicité mensuel
Genre presse satirique
Diffusion jusqu'à 250 000 ex. (1965-1966)
Fondateur Professeur Choron
François Cavanna
Date de fondation septembre 1960
Date du dernier numéro octobre 1989
Ville d’édition Paris

Hara-Kiri est un magazine, créé en 1960 par une équipe dont les principaux animateurs étaient François Cavanna et Georget Bernier dit « le professeur Choron »[1]. Ce journal satirique au ton cynique, parfois grivois, bénéficia d'un soutien télévisé discret de la part du réalisateur Jean-Christophe Averty (dont l'émission Les Raisins verts participait du même esprit) et connut un succès relativement important en France, à l'histoire riche en publicités radiophoniques provocantes (« Si vous ne pouvez pas l’acheter, volez-le ») et entrecoupée de quelques interdictions. Le magazine est d'abord vendu par colportage sur les trottoirs pour arriver dans les kiosques à la fin de la même année.

Une lettre irritée arrive un jour au courrier des lecteurs, qui dit en substance :

« Vous êtes bêtes. Et non seulement vous êtes bêtes, mais vous êtes méchants. »

Le sous-titre du magazine est immédiatement adopté : « Hara-Kiri, journal bête et méchant ». Dans chaque numéro, le « professeur Choron » proposera le jeu bête et méchant du mois.

Hara-Kiri a principalement paru sous forme de mensuel, mais il a également connu, de 1969 à 1970, une version hebdomadaire. Les différentes incarnations du journal ont plusieurs fois subi les foudres de la censure ; c'est l'interdiction de la version hebdomadaire qui a abouti à la naissance de Charlie Hebdo.

Historique[modifier | modifier le code]

Premières années : mensuel et hebdo[modifier | modifier le code]

Le professeur Choron en 1996.

Au milieu des années 1950, François Cavanna et Georget - dit « Georges » - Bernier se rencontrent dans la rédaction du journal Zéro où travaille également Fred[2]. Diffusé uniquement par colportage, le journal - renommé Cordées en 1958 - est dirigé par Jean Novi.

À la fin des années 1950, Jean Novi meurt brutalement d'un infarctus et sa veuve Denise Novi devient la nouvelle directrice. De son côté, Cavanna souhaite se lancer dans la création d'un nouveau magazine plus corrosif et qui s'inspirerait de la revue satirique américaine Mad[3]. Avec Fred et d'autres dessinateurs de Cordées, il parvient à convaincre Georges Bernier de se rallier à eux. En tant que directeur des ventes, Bernier est en effet essentiel pour s'assurer du soutien des colporteurs de Cordées[3].

En mai 1960, Bernier fait réunir l'ensemble de ses colporteurs au 4, rue Choron, un local dans le 9e arrondissement de Paris où il possède un bail, et leur propose de travailler pour lui seul et non plus pour la directrice de Cordées[3]. À la suite de ce « putsch », celle-ci perd donc tous ses vendeurs d'un coup et vend son stock de journaux quelques semaines plus tard[3].

  • Septembre 1960 : Création du magazine Hara-Kiri, mensuel. La première de couverture est un dessin de Fred sur fond rouge représentant un samouraï éventré et surlégendé « honni soit qui mal y panse ». Il est initialement tiré à 10 000 exemplaires dans un petit format (15,5 × 23,5 cm) et vendu au prix de 1,90 franc par des colporteurs dans les rues. Il est vendu en kiosque à partir du numéro 3, dans un format un peu plus grand (21 × 27 cm). Le mensuel attire rapidement de jeunes dessinateurs : Cabu en décembre 1960, et en 1961 Gébé, Roland Topor et Wolinski. La devise journal bête et méchant apparaît en avril 1961 au numéro 7. Il est interdit deux fois, en 1961 puis en 1966[4]. Le mensuel connaît de sérieuses difficultés financières après l'interdiction de 1966 et sa reparution début 1967; la société éditant Hara-Kiri dépose le bilan et Bernier crée à sa place les Éditions du Square. La rédaction quitte les locaux historiques de la rue Choron. Delfeil de Ton fait son entrée dans le mensuel en 1967 à la fin de la période d'interdiction.
  • Février 1969 : Hara-Kiri crée, sans supprimer le mensuel, un hebdomadaire qu'il nomme alors Hara-Kiri Hebdo. Cavanna y indique dans son éditorial que le but est de mieux coller à l'actualité et que le journal a failli se nommer Vite fait, vite lu ou Hara-Kiri vite fait. Le journal est en vente en kiosque (et parfois même par colportage, boulevard Saint-Michel. Peut-être pour écouler un numéro interdit à la vente en kiosque soit en 1969, soit 1970) pour 1 franc, prix modeste qui contribuera d'ailleurs à son succès. Ce premier numéro montre le déjà célèbre petit bonhomme de Wolinski s'esclaffer en citant divers sujets, dont les « pendus de Bagdad ».
  • Mai 1969 : Le nom de l'hebdomadaire devient L'Hebdo Hara-Kiri.

Cavanna raconte l’histoire du journal dans toute la deuxième partie de son livre Bête et méchant.

Interdiction de l’hebdo et relève immédiate avec Charlie Hebdo[modifier | modifier le code]

Article principal : Charlie Hebdo.

Dans son no 94, daté du lundi 16 novembre 1970, la couverture de L'Hebdo Hara-Kiri titre : « Bal tragique à Colombey – 1 mort »[5] à la suite du décès du général de Gaulle dans sa propriété de La Boisserie à Colombey-les-Deux-Églises, le 9 novembre 1970. Le choix de ce titre faisait référence à un fait divers qui avait défrayé la chronique le 1er novembre précédent : l’incendie d'un dancing, le 5-7, à Saint-Laurent-du-Pont (Isère) où 146 personnes avaient trouvé la mort[6].

Dès le lendemain, le 17 novembre, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Raymond Marcellin censure le journal[7]. Si l'hebdomadaire n'est pas totalement interdit, la mesure prise par le pouvoir aboutit au même résultat, Hara-Kiri Hebdo étant « interdit à l'exposition et à la vente aux mineurs ».

Les Éditions du Square éditaient alors un mensuel de bandes dessinées intitulé Charlie — d'après Charlie Brown, héros des Peanuts, une des séries qui y étaient publiées — dont le rédacteur en chef était Wolinski. Une semaine après la censure de la version hebdomadaire d'Hara-Kiri, l'équipe relance le journal sous le titre Charlie Hebdo, le titre faisant référence à la fois à Charlie Brown et à Charles de Gaulle. Les premiers numéros de Charlie Hebdo contiennent des bandes dessinées (dont justement les Peanuts) sur une page à fond de couleur, comme pour signaler en somme qu’elles sont surajoutées au journal.

Le journal tire un parti comique de la situation :

« Comme l’avait signalé notre malheureux confrère l’hebdo Hara-Kiri, dont nous déplorons la disparition. »

« L’hebdo Hara-Kiri est mort. Lisez Charlie Hebdo, le journal qui profite du malheur des autres. »

Les rubriques sont rebaptisées de façon à rester parfaitement identifiables. Ainsi « Je ne l’ai pas lu, je ne l’ai pas vu, mais j’en ai entendu causer » devient « Si ce n’est pas vrai, je suis un menteur ». Certaines ne le sont même pas comme « Les lundis de Delfeil de Ton » ou « le petit coin de la culture » du même.

L’arrivée au pouvoir de la gauche en 1981 semble avoir été fatale à Charlie Hebdo première manière, qui disparaît à la fin de l'année pour cause de manque de lecteurs. Ironie du sort : les premiers numéros du journal disaient : « Vous pouvez vous abonner, mais on aimerait mieux pas parce que ça nous oblige à vous l’envoyer. »

Dernières années et tentatives de relance[modifier | modifier le code]

Le mensuel continue à paraître jusqu'en 1989. On y retrouve tous les collaborateurs de l'hebdomadaire (y compris Delfeil de Ton qui avait quitté l'hebdomadaire en 1975). Avant-gardiste, Hara-Kiri ouvre ses pages régulièrement à des auteurs ou dessinateurs non conformistes, à l'humour absurde, noir ou outrancier, souvent rejetés par les autres publications ou tout simplement impubliables à l'époque[8]. Le journal se voulait un espace de liberté et proposa diverses innovations dans la presse française, comme le premier cadeau gadget et les premiers détournements photos. Les détournements salaces de publicités ou de tableaux de maître feront la gloire du journal, lequel multipliait des images et photos à caractère pornographique mais sous couvert de dérision, à l'instar de L'Écho des savanes.

Fin 1985, Choron dépose le bilan des Éditions du Square et de Hara-Kiri. Le journal est alors racheté par un éditeur italien, Sandro Fornaro, qui crée une nouvelle société, les Éditions des trois portes, et relance le journal en conservant Choron comme rédacteur en chef. L'équipe du journal crée en parallèle une nouvelle version de Zéro. En 1987, Choron entre en conflit avec Fornaro et tente de reprendre le contrôle d'Hara-Kiri dont il édite le numéro 302 via une autre société. Fornaro lui fait alors un procès. Choron, évincé, lance son propre magazine, intitulé Professeur Choron, tandis que Fornaro continue, avec une autre équipe, de publier Hara-Kiri dont il sort trois numéros en 1988, puis quatre numéros en 1989. Le journal est ensuite mis en faillite - Choron, en tant qu'ancien gérant, est alors condamné à régler un passif de 500 000 francs - et son titre racheté aux enchères par un psychiatre[9], qui le loue par la suite au plus offrant[10].

Lorsque Charlie Hebdo est relancé en 1992 sous la direction de Philippe Val, Choron, se sent trahi car on ne lui a pas proposé de poste à sa convenance. Il sort alors, en 1993, un Hara-Kiri hebdomadaire pour faire concurrence au nouveau Charlie. La nouvelle équipe inclut Schlingo, Bruno Blum, Patrick Eudeline, Cécile (Legros-Tiche), Nat (avec les aventures de Pifo), tandis que les couvertures sont dessinées par Vuillemin. Cette nouvelle mouture cesse de paraître, faute de moyens, au bout de dix numéros. Des tentatives éphémères de relance, par d'autres équipes, ont lieu en 1996 et 1997[11]. Le Professeur Choron continue de son côté le magazine La Mouise, qui contient principalement des dessins de Vuillemin et est vendu par des colporteurs volontaires, comme l'était [Hara-Kiri à ses débuts[12].

André Bercoff rachète le titre Hara-Kiri en 1998 puis relance le journal en mars 2000, avec le soutien de Choron mais contre l'avis de Cavanna, qui s'insurge notamment contre le fait que Bernard Tapie soit annoncé comme chroniqueur. Cavanna porte alors l'affaire en justice pour faire valoir son droit d'auteur sur le titre[13]. La version de Bercoff est arrêtée au bout de quatre numéros[11]. En mai 2002, le tribunal tranche en faveur de Cavanna. Ce dernier, auquel la justice avait déjà reconnu la paternité du titre Charlie Hebdo, obtient également d'être considéré comme créateur et propriétaire d’Hara-Kiri[10]. Selon le témoignage de la compagne de Choron, Cavanna aurait ensuite tenté de renouer avec ce dernier en l'associant au projet - finalement abandonné - d'une nouvelle relance d'Hara-Kiri, mais se serait heurté au refus de son ancien compère[14].

Une anthologie, Le Pire de Hara-Kiri 1960-1985, est publiée en 2010[15].

Après l'attentat de 2015 contre Charlie Hebdo, un éditeur de presse lance plusieurs titres imitant le style et la présentation de Charlie Hebdo, dont en 2016 un faux Hara-Kiri réalisé sans l'autorisation des propriétaires du titre[16]. En novembre 2016, l'éditeur de ce plagiat est condamné à payer 52 700 euros d'amende aux ayant-droits de Cavanna[17],[18].

Contributeurs[modifier | modifier le code]

Textes[modifier | modifier le code]

Dessins[modifier | modifier le code]

Photos[modifier | modifier le code]

  • Beauvais
  • Chenz
  • Cinello
  • Foulon
  • Lépinay
  • Arnaud Baumann
  • Xavier Lambours

Publications[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le siège du journal est alors situé au 4, rue Choron.
  2. Mazurier, 2008, p. 7.
  3. a b c et d Mazurier, 2008, p. 8.
  4. C'est Yvonne de Gaulle découvrant par hasard ses petits-enfants en train de lire Hara-Kiri qui intervient auprès de son mari le Général de Gaulle pour réclamer l'interdiction du journal en 1961 source la censure même pas morte sur www.liberation.fr consulté le 18 février 2014
  5. Bal tragique à Colombey, fac-similé de la célèbre couverture d'Hara-Kiri dans La Dépêche du 3 novembre 2011.
  6. « Il y a 40 ans, le drame de la discothèque du 5-7 à Saint-Laurent-du-Pont  », sur lepoint.fr, .
  7. « Ces gens-là nous ignoraient » : Charlie Hebdo et la presse « sérieuse », article publié le 27 avril 2009 par Stéphane Mazurier dans Acrimed
  8. Il s'offre parfois l'occasion de brocarder en même temps les deux bêtes noires du magazine : la publicité et la religion. Ainsi, une marque de lessive s'y vante d'avoir réussi à blanchir le Saint-suaire et donc d'arriver à enlever « même les taches de Christ ».
  9. « HARA KIRI MENSUEL : Année 1988-1989 - La Fin », sur harakiri-choron.com (consulté le 10 octobre 2018)
  10. a et b «Charlie Hebdo» retrouve «Hara-Kiri», Libération, 8 mai 2002
  11. a et b « HARA KIRI MENSUEL : Année 1990 et ensuite », sur harakiri-choron.com (consulté le 10 octobre 2018)
  12. « LA MOUISE - 1994 à 2006 », sur harakiri-choron.com (consulté le 10 octobre 2018)
  13. « Hara-Kiri reparaît malgré l'opposition de son fondateur Cavanna ».
  14. Sylvia Lebègue, Choron et moi, Editions de l'Archipel, 2015, pages 188-189
  15. "Le Pire de "Hara Kiri" 1960-1985" : être bête et méchant, avec panache, Le Monde, 27 octobre 2010
  16. Satire Hebdo, Hara Kiri, les faux semblants, Iconovox.com, 14 janvier 2016
  17. Des plagiaires d’Hara Kiri condamnés, Livres Hebdo, 25 novembre 2016
  18. Le faux Hara Kiri condamné, Iconovox.com, 27 novembre 2016

Annexes[modifier | modifier le code]

Documentation[modifier | modifier le code]

  • François Cavanna, Bête et méchant, Belfond, 1981.
  • Bernard Joubert, « Hara-Kiri et le premier Charlie Hebdo à travers 30 années de procès et d'interdictions », Bananas (3e série), no 8,‎ , p. 18-29 (ISSN 1261-9507).
  • Stéphane Mazurier, « Hara-Kiri de 1960 à 1970, un journal d’avant-garde », Histoires littéraires, no 26,‎ (lire en ligne).
  • Stéphane Mazurier, Hara-Kiri : une histoire bête et méchante (1960 - 1985). Dans : Hara-Kiri : les belles images, éd. Hoëbeke, 2008, Paris, 6-27, (ISBN 9782-84230-333-4).
  • Odile Vaudelle, Moi, Odile, la femme à Choron, Mengès, 1983.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]