Hans Günther von Kluge

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Günther von Kluge
Hans von Kluge
Günther von Kluge en 1936.
Günther von Kluge en 1936.

Surnom « Hans le Malin », ou « Hans l'Intelligent » (der Kluge Hans)
Naissance
Poznań, Allemagne
Décès (à 61 ans)
près de Metz
Origine Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Grade Generalfeldmarschall
Conflits Première Guerre mondiale,
Seconde Guerre mondiale
Commandement IVe armée allemande
Groupe d'armées Centre
Faits d'armes Bataille de France,
Opération Barbarossa
Famille Wolfgang von Kluge (frère)

Le titre de cet article comprend le caractère ü. Quand ce dernier n'est pas disponible ou n'est pas désiré, le nom peut être représenté comme Hans Guenther von Kluge.

Günther Adolf Ferdinand von Kluge, également connu avec le prénom additionnel « Hans », né le à Poznań et mort le près de Metz, est un militaire allemand, qui a atteint le grade de Generalfeldmarschall au début de la Seconde Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Première Guerre mondiale et entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Kluge sert dans l'artillerie de campagne pendant la Première Guerre mondiale puis reste dans l’armée à l'issue de la guerre.

En 1933, il est Generalmajor[N 1]. L’année suivante, il est nommé responsable du Wehrkreis VI en Westphalie.

En 1936, il est promu General der Artillerie[N 2].

En 1938[modifier | modifier le code]

Kluge en 1939.

En , comme la plupart de ses collègues qui ne sont pas favorables à une politique étrangère agressive vis-à-vis de la Tchécoslovaquie, Kluge est limogé. Il est cependant rapidement rappelé, et nommé le chef du Gruppenkommando 6. Il participe alors à la tête de ce corps à l’occupation de la région des Sudètes.

Campagnes de Pologne et de France[modifier | modifier le code]

Bâton de Generalfeldmarschall de Kluge, reçu en 1940.

En , il commande la IVe armée durant l’invasion de la Pologne et joue un rôle important dans les combats du corridor de Dantzig, puis ceux de la Vistule.

Le , il est promu Generaloberst[N 3]

C’est ensuite la bataille de France qui amène ses troupes de la Belgique au sud-ouest de la France. Ses qualités, sa grande intelligence, son énergie et son professionnalisme le font remarquer par Hitler, qui l’inclut dans la promotion des douze Generalfeldmarschall du 19 juillet 1940 (en).

Front de l'Est[modifier | modifier le code]

Opération Barbarossa[modifier | modifier le code]

Kluge (de dos) et Heinrici (à droite) en 1943, étudiant des cartes en Union soviétique.

Aux premiers jours de l’invasion de l'Union soviétique, le , Kluge donne pour consigne de fusiller non seulement tous les civils trouvés en possession d'une arme blanche mais aussi les femmes en uniforme (il annule toutefois cet ordre après la réception d’une consigne de l'OKH relative aux femmes soldats)[1], mais face aux excès provoqués par son ordre, il ordonne le suivant de traiter comme prisonniers de guerre les soldats soviétiques qui se rendent[2].

Sa IVe armée, forte de treize divisions, prend Smolensk en , puis est envoyée en Ukraine.

Trois mois plus tard, elle reçoit l’ordre d'attaquer Moscou, mais est finalement bloquée.

Kluge remplace Bock[N 4],[3] à la tête du groupe d’armées « Centre » à la fin 1941. Sa réputation est alors celle d’un stratège et d’un chef énergique, mais aussi d’un homme impulsif et de caractère difficile. Ainsi, après s’être opposé au Generaloberst Hoepner à qui il reproche son inactivité devant Moscou, ce qui vaut à ce dernier d'être congédié par Hitler, il s'en prend à Guderian, avec lequel il a déjà eu plusieurs différends au cours de la campagne[N 5], et qui subit le même sort en se faisant retirer le commandement de la 2e armée blindée. Une totale et durable inimitié se crée ainsi entre les deux hommes, qui va trouver son épilogue deux ans et demi plus tard, en pleine tourmente de Normandie.

Accident en Biélorussie et convalescence[modifier | modifier le code]

Après avoir dirigé son groupe d’armées pendant près de deux ans — ce qui constitue un record de longévité pour un commandement de cette importance — notamment lors de la bataille de Koursk, Kluge, qui rentre d’une permission passée à Berlin, est sérieusement blessé quand sa voiture se retourne sur la route reliant Orcha à Minsk, à la mi-.

Renvoyé en convalescence dans sa famille, il est remplacé le , par le Generalfeldmarschall Ernst Busch.

Retour sur le front de l'Ouest[modifier | modifier le code]

Kluge, qui vient d’être nommé commandant en chef sur le front de l'Ouest, est en visite sur la côte de la Manche en juillet 1944, à distance des zones où ont débarqué les Alliés.

Il ne reprend un service actif qu’au début du mois de en succédant au Generalfeldmarschall von Rundstedt[N 6] comme Oberbefehlshaber West[N 7] et chef du groupe d’armées D. Deux semaines plus tard, il prend aussi le commandement du groupe d’armées B à la suite de la blessure de Rommel, dont la voiture a été mitraillée par un avion allié.

Attentat contre Hitler[modifier | modifier le code]

Sollicité depuis plusieurs années par les opposants à Hitler — notamment Tresckow, Beck, Goerdeler et Olbricht — avec qui il entretient des liens d’amitié, Kluge se fait complice de ceux-ci à l’issue de l’attentat du 20 juillet 1944 en relayant trop vite l’annonce de la mort du Führer. Soupçonné par la Gestapo et fort des informations qui lui auraient été communiquées par Guderian[N 8], Hitler ordonne une enquête qui cependant n’aboutit pas. Kluge conserve son commandement pour quelques semaines encore.

Échec des contre-attaques en Normandie[modifier | modifier le code]

Kluge se montre incapable de mener à bien la contre-attaque de Mortain et d'enrayer l’encerclement des forces allemandes autour de Falaise qui la suit. Comprenant que la rupture du front ouest est maintenant inévitable, il transmet à l’OKW, depuis le QG de la VIIe armée, un memorandum proposant à Hitler l’évacuation totale de la France. Son plan consiste à évacuer le maximum d’hommes et de matériel, y compris les troupes du groupe d'armées G de Blaskowitz disposées dans le Sud de la France, afin de tenir une ligne de front statique sur la frontière allemande d’avant 1940[4].

Perte de confiance d'Hitler[modifier | modifier le code]

À la suite d’un incident qui isole Kluge de son état-major pendant plusieurs heures le , Hitler prend prétexte de ce qu’il soupçonne être une tentative de passer à l’ennemi, pour le relever de ses fonctions et le remplacer par le Generalfeldmarschall Model ; ce dernier, dès qu'il arrive en France, invite Kluge à rejoindre immédiatement Berlin pour qu'il s’explique devant le Führer.

Retour en Allemagne et décès[modifier | modifier le code]

Augurant d’une arrestation, Kluge préfère le suicide au déshonneur et s’empoisonne vers Metz[N 9] le alors que sa voiture roule vers l’Allemagne. Il laisse une lettre à Hitler[N 10]. Dans cette lettre, il se justifie de l'échec en Normandie et appelle le Führer à mettre fin à la guerre :

« ... alors, mon Führer, mettez un terme à cette guerre. Le peuple allemand a déjà tant souffert qu'il est temps d'arrêter ces horreurs[6]. ... »

— Dietrich von Choltitz, op. cit., p. 225

Selon l'historien militaire allemand Paul Carell :

« Ce fut aux environs de Metz que Kluge absorba une ampoule de cyanure. Model ne put bien entendu maîtriser la situation [NDLR : sur le front de Normandie] : il ne put rien changer au drame qui se déroulait dans l'immense nasse tendue entre Argentan et Falaise[7]. »

— Paul Carell, op. cit., p. 350

Pour ses funérailles, Hitler refuse les honneurs militaires à Kluge, honneurs qu'il accorde pourtant quelques semaines plus tard à Rommel après l'avoir contraint au suicide[N 11].

Origine de son prénom additionnel « Hans » et de son surnom « der kluge Hans »[modifier | modifier le code]

Le prénom « Hans » ne fait pas partie de son état-civil, mais à la suite d'un jeu de mots avec son nom de famille « Kluge[N 12] », ses troupes et ses collègues officiers ont inclus ce prénom dans le surnom qu'ils lui ont donné en raison de sa grande intelligence : der kluge Hans, ce qui donne en français : « Hans le Malin » ou « Hans l'Intelligent ».

Ce surnom der Kluge Hans n'a en effet pas été choisi au hasard car il s'agit du rappel du surnom d'un cheval du début du XXe siècle, réputé pour sa grande intelligence, en particulier sa capacité à effectuer des calculs arithmétiques, même en l'absence de son dresseur allemand.

Promotions[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Équivalent de général de brigade en français.
  2. Équivalent de général de corps d'armée, en français, avec en outre l'indication de son arme d’appartenance, l'artillerie.
  3. Équivalent de général d'armée, en français.
  4. Bock est officiellement indisponible pour raisons de santé mais, en fait, il fait partie des quarante officiers de haut rang relevés de leur fonction à la suite de leur échec devant Moscou.
  5. Kluge reproche notamment à Guderian d'avoir fréquemment désobéi à ses ordres.
  6. En effet, Hitler remplace Rundstedt qui préconise des négociations avec les Alliés.
  7. Commandant en chef sur le front de l’Ouest, en français.
  8. À la suite de l’attentat du qui a blessé Heusinger, Guderian lui succède en tant que chef d'état-major adjoint de l'Armée de terre.
  9. Kluge se suicide au cyanure dans la descente de Rozérieulles aux portes de Metz.
  10. Cette lettre de Kluge à Hitler est publiée dans l'ouvrage de Choltitz[5].
  11. Kluge, par son suicide, échappe aux sbires de Hitler et a en outre l'impertinence de lui faire la morale. Dietrich von Choltitz traite Hitler de « fou dangereux[8] ».
  12. klug veut dire « intelligent » en allemand.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Baechler 2012, p. 252.
  2. Baechler 2012, p. 253.
  3. (en) Battle of Russia, Battlefield : Battles that Won the Second World War — Series 2. Universal Pictures Video. .
  4. Caboz 1984, p. 90.
  5. Choltitz 1969, p. 222-226.
  6. Choltitz 1969, p. 225.
  7. Carell 1962, p. 350.
  8. Choltitz 1969, p. 205 et 302.
  9. a, b et c Scherzer 2007, p. 451.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christian Baechler, Guerre et exterminations à l'Est : Hitler et la conquête de l'espace vital. 1933-1945, Paris, Tallandier,‎ , 528 p. (ISBN 978-2-84734-906-1)
  • (de) Berger, Florian (2000). Mit Eichenlaub und Schwertern. Die höchstdekorierten Soldaten des Zweiten Weltkrieges. Selbstverlag Florian Berger. ISBN 3-9501307-0-5.
  • René Caboz, La bataile de Metz : 25 août - 15 septembre 1944, Sarreguemines, Pierron,‎ , 383 p. (ISBN 978-2-70850-022-8)
  • Paul Carell (trad. R.M, ill. cartes Roger Grosjean), Ils arrivent : la bataille de Normandie vue du côté allemand [« Sie Kommen »], Paris, Robert Laffont,‎ , poche, 384 p.
  • Dietrich von Choltitz (trad. A.-M. Bécourt, Martin Briem, Klaus Diel, Pierre Michel, préf. Pierre Taittinger), De Sébastopol à Paris : Un soldat parmi les soldats [« Soldat unter Soldaten »], Paris, Éditions J’ai lu, coll. « J’ai lu leur aventure » (no A203),‎ (1re éd. 1964), poche, 320 p.
  • (de) Fellgiebel, Walther-Peer (2000). Die Träger des Ritterkreuzes des Eisernen Kreuzes 1939–1945. Friedburg, Allemagne: Podzun-Pallas. ISBN 3-7909-0284-5.
  • (en) Hoffman, Peter, (tr. Richard Barry) (1977). The History of the German Resistance, 1939–1945. Cambridge, MA: MIT Press. ISBN 0-7735-1531-3.
  • (de) Knopp, Guido (2007). Die Wehrmacht: Eine Bilanz. C. Bertelsmann Verlag. München. ISBN 978-3-570-00975-8.
  • (de) Schaulen, Fritjof (2004). Eichenlaubträger 1940–1945 Zeitgeschichte in Farbe II Ihlefeld – Primozic. Selent, Allemagne: Pour le Mérite. ISBN 3-932381-21-1.
  • (de) Veit Scherzer, Ritterkreuzträger 1939–1945 Die Inhaber des Ritterkreuzes des Eisernen Kreuzes 1939 von Heer, Luftwaffe, Kriegsmarine, Waffen-SS, Volkssturm sowie mit Deutschland verbündeter Streitkräfte nach den Unterlagen des Bundesarchives, Jena, Allemagne, Scherzers Miltaer-Verlag,‎ (ISBN 978-3-938845-17-2)
  • (en) Shirer, William L. (1990). The Rise and Fall of the Third Reich. New York: Simon and Schuster. ISBN 0-671-72868-7.

Liens externes[modifier | modifier le code]