Hamida Djandoubi

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Hamida Djandoubi
Proxénète et meurtrier
Image illustrative de l'article Hamida Djandoubi
Information
Nom de naissance Hamida Djandoubi
Naissance
Tunis
Décès (à 27 ans)
Prison des Baumettes à Marseille
Surnom « Le tueur maquereau »
Cause du décès Décapitation (guillotine)
Condamnation
Sentence Peine de mort
Proxénétisme, viol, tortures, homicide volontaire
Victimes Élisabeth Bousquet
Période Début 1973-
Pays Drapeau de la France France
Régions Provence-Côte d’Azur
Ville Marseille, puis dans la campagne environnante
Arrestation

Hamida Djandoubi (en arabe : حميدة جندوبي), né le à Tunis et mort le à Marseille, est un Tunisien, condamné à mort en France pour crime. Il est la dernière personne au monde à avoir été exécutée au moyen d'une guillotine et le dernier condamné à mort exécuté en France[1], dans la prison des Baumettes[2], pour la torture et le meurtre d'une jeune femme.

Histoire[modifier | modifier le code]

En , Hamida Djandoubi, employé chez un pépiniériste, est victime d'un accident du travail : il a une jambe prise dans la chenille d'un tracteur et doit subir une amputation sur place[2]. Séducteur, cette infirmité l'atteint dans son orgueil. Il souffre de douleurs fantômes et prend des médicaments lourds ainsi que de l'alcool. C'est à cette époque, alors qu'il est hospitalisé, qu'il fait la connaissance d'Élisabeth Bousquet, âgée de dix-huit ans. Elle devient sa compagne.

Affaire[modifier | modifier le code]

Assassinat[modifier | modifier le code]

Un soir de , Djandoubi contraint Élisabeth à avoir des relations sexuelles tarifées avec huit autres hommes. La jeune femme porte plainte pour proxénétisme en mai 1973. Après avoir été convoqué au commissariat de police, où il est obligé de se justifier, Djandoubi jure de se venger. La plainte est classée sans suite. Il rencontre la même année deux adolescentes, Annie et Amaria, auxquelles il promet, à l'une et à l'autre, le mariage. Commence alors une relation à trois, dans laquelle progressivement la violence vient s'immiscer.

Djandoubi retrouve Élisabeth, presque par hasard. Il l'invite chez lui, où elle se rend le . Élisabeth y subit une longue séance de torture, en présence d'Anna et Amaria, au cours de laquelle elle est frappée à coups de bâton et de ceinture et brûlée sur certaines parties du corps[1]. Élisabeth est ensuite transportée, nue et sans connaissance, dans la campagne, près de Salon-de-Provence, à une quarantaine de kilomètres de Marseille. Djandoubi l'entraine dans un cabanon de pierres, où il l'achève en l'étranglant. Le corps non identifiable est retrouvé par des enfants quelques jours plus tard. Le , il recueille une adolescente en fugue âgée de 15 ans, Houria, la séquestre et la viole.

Arrestation et instruction[modifier | modifier le code]

Le , Amaria et Houria qui ont fui portent plainte au commissariat du VIe arrondissement de Marseille pour viol aggravé sur une adolescente de quinze ans, séquestration, coups et blessures et menaces de mort[1]. Deux jours plus tard, Djandoubi est arrêté. Il reconnait les faits et accepte de collaborer avec les autorités, notamment lors d'une reconstitution le , espérant ainsi obtenir la clémence. Lors de son discours de 1981, Robert Badinter voit en Hamida Djandoubi un « unijambiste […] qui, quelle que soit l'horreur – et le terme n'est pas trop fort – de ses crimes, présentait tous les signes d'un déséquilibré[3] ». Le procureur général Chauvy parle à l'époque d'« une âme démoniaque », les experts psychiatres considérant qu'il avait « une intelligence supérieure à la normale mais constituait un colossal danger social ».

Condamnation[modifier | modifier le code]

Ses avocats, Émile Pollak et Jean Goudareau, ne peuvent lui éviter d'être condamné à mort, le 25 février 1977, par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône siégeant à Aix-en-Provence, pour « assassinat après tortures et barbarie, viol et violences avec préméditation ». L'affaire commence alors à être médiatisée sur le plan national : des articles lui sont consacrés dans des quotidiens comme Le Figaro ou Libération. Le pourvoi en cassation est rejeté le 9 juin de la même année[4]. Le , la grâce lui est refusée par le président de la République de l'époque, Valéry Giscard d'Estaing. L'exécution est prévue pour le lendemain[5].

Exécution[modifier | modifier le code]

Le 9 septembre, le procureur de la République de Marseille adresse aux avocats de Djandoubi une notification pour les informer que la grâce a été rejetée et que la date de l'exécution est fixée au lendemain à h 15, afin qu'ils puissent « assister leur client ». Le , à h 40, Djandoubi est guillotiné dans la cour de la prison des Baumettes par l'exécuteur Marcel Chevalier.

Après cette exécution, plus d'une dizaine de criminels seront encore condamnés à mort en France, mais aucun ne sera exécuté : ils ont soit vu la sentence revue en cassation, soit bénéficié de la grâce présidentielle. L'abolition de la peine de mort en octobre 1981 fait définitivement de Djandoubi le dernier exécuté de France et d'Europe de l'Ouest.

Témoignage[modifier | modifier le code]

Le quotidien Le Monde publie le 10 octobre 2013 la retranscription d'un témoignage de Monique Mabelly (1924-2012), à l'époque doyenne des juges d'instruction à Marseille. Dans ce manuscrit, plus tard transmis à son fils[6], elle relate sa désignation d'office par le président du tribunal, le 9 septembre 1977, comme témoin de l'exécution, puis fait brièvement état de ses réticences et, enfin, rend compte du déroulement des faits[7], tôt le lendemain, à la prison des Baumettes.

Ce document, transmis au cours de l'été 2013 par le fils de Mabelly à Robert Badinter, avocat puis ministre de la Justice de François Mitterrand dans le gouvernement de Pierre Mauroy, qui avait porté à l'automne 1981 la loi abolissant la peine de mort en France, est ensuite communiqué au journal Le Monde[8], avec l'accord de la famille de Mabelly. Le quotidien y voit un « document historique de premier plan », et Badinter considère que « son authenticité et sa qualité sont indiscutables ».

L’ancien garde des Sceaux Robert Badinter a remis le ce document historique à l’École nationale de la magistrature à l’occasion du 35e anniversaire de l’abolition de la peine de mort[9].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Il y a 30 ans, avait lieu la dernière exécution », Le Nouvel Observateur,‎ (lire en ligne).
  2. a et b « La dernière exécution capitale date de 30 ans », Radio France internationale, 10 septembre 2007.
  3. [PDF] Séance de l'Assemblée nationale du 17 septembre 1981, Journal officiel de la République française, 18 septembre 1981, p. 1140.
  4. Cass. crim., pourvoi no 77-91008, 9 juin 1977, sur Légifrance.
  5. Cédric Condom et Jean-Yves Le Naour, Le Dernier Guillotiné (voir Filmographie).
  6. Nicolas Truong, « La dernière exécution en France », Le Monde, no 21376,‎ , p. 18 (lire en ligne)
  7. Monique Mabelly, « C'est à ce moment qu'il commence à réaliser que c'est fini », Le Monde, no 21376,‎ , p. 19 (lire en ligne)
  8. Robert Badinter et Nicolas Truong (auteur de l'interview), « Comme la torture hier, la peine de mort est vouée à disparaître », Le Monde, no 21376,‎ , p. 18 (lire en ligne)
  9. « Peine de mort : Robert Badinter remet un document historique à l’ENM », sur enm.justice.fr, (consulté le 7 décembre 2016)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Yves Le Naour, Le Dernier Guillotiné, Paris, First,
  • (en) Jeremy Mercer, When the Guillotine Fell : The Bloody Beginning and Horrifying End to France's River of Blood, 1791-1977, New York, St. Martin's Press, , 312 p. (ISBN 978-0-312-35791-7)

Articles de presse[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Cédric Condom (réalisateur) et Jean-Yves Le Naour (scénariste), Le Dernier Guillotiné (documentaire), Kilahom et Planète+Justice, 2011, 56 min
  • Peter Dourountzis, Le Dernier Raccourci, Année Zéro, 2015, 18 min

Émission radiophonique[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]