Haka

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Ne doit pas être confondu avec Hakka, Hakha, Aka ou Kapa haka.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Haka (homonymie).
Représentation d'un haka datant du XIXe siècle

Le haka est une danse chantée, un rituel des insulaires du Pacifique Sud pratiqué lors de conflits, de manifestation de protestation, de cérémonies ou de compétition amicales pour impressionner les adversaires, que les Māori ont rendu mondialement célèbre par l'intermédiaire de l'équipe de rugby à XV de Nouvelle-Zélande, les All Blacks, qui l'interprète avant ses matchs depuis 1905.

Origines[modifier | modifier le code]

Selon la mythologie māori, Tama-nui-to-ra, le dieu soleil, avait deux épouses : Hine-raumati, dame de l’été, et Hine-takurua, dame de l'hiver. L’enfant né de Tama-nui-to-ra et de Hine-raumati s’appelait Tane-rore[1]. Il fut crédité de l’origine de la danse. Tane-rore est le tremblement de l’air vu lors des journées chaudes de l’été et est représenté par le tremblement des mains lors de la danse.

Haka est un nom générique pour toutes les danses māori. Étymologiquement, le mot haka signifie « faire »[2]. Et ce type de danse se pratiquait dans toute l'Océanie polynésienne. Il n'était pas rare de trouver dans les paroles des haka des mots crus, et des insultes à destination de l'ennemi. Aujourd’hui, le haka est défini comme la partie du répertoire de danse où les hommes sont à l’avant et les femmes à l'arrière pour le support vocal. La plupart des haka présentés aujourd’hui sont des haka taparahi ou haka sans armes.

Plus que tout autre aspect de la culture māori, cette danse complexe est une expression de la passion, de la vigueur et de l'identité de ce peuple. Le haka, plus qu'un passe-temps, était une coutume d'importance, particulièrement au moment de souhaiter la bienvenue lors de rencontres sociales. La réputation des tribus reposait en partie sur leur habileté à faire le haka (hamana mahuika).

Usage actuel[modifier | modifier le code]

Le haka est devenue célèbre à travers le monde grâce au rayonnement de l'équipe néo-zélandaise de rugby à XV, les All Blacks. Les joueurs, en tenue noire, interprètent traditionnellement un haka avant le début de chacune de leurs rencontres, dans le but d'impressionner l'adversaire. L'interprétation systématique du haka date de 1987, lors de la première Coupe du monde de rugby. Il était auparavant réservé aux tournées des All Blacks dans les pays étrangers. Les Wheel Blacks, l'équipe nationale néo-zélandaise de rugby en fauteuil roulant, effectuent également un haka en début de match[3].

Mais les joueurs de rugby à XV ne sont pas les seuls à l'utiliser avant leur match sportif – les équipes de Nouvelle-Zélande de rugby à XIII[4] ou de basket-ball font de même[5]. Le haka occupe une part très importante dans la vie culturelle des Néo-Zélandais (qu'ils soient māori, métis ou anglo-saxons) et constitue un élément fondamental de leur identité nationale. On pratique le haka partout : dans les lycées, les universités, dans l'armée, etc.

Tana Umaga a conduit le Kapa o Pango, un haka d'un genre nouveau très impressionnant, lors du match Nouvelle-Zélande - Afrique du Sud le samedi à Dunedin.

Mais d'autres nations de la zone océanienne exécutent un haka avant d'entamer une rencontre de rugby à XIII ou à XV : ainsi, les Fidji (Cibi), les Samoa (Siva tau), les îles Cook, et les Tonga (Kailao ou Sipi tau) possèdent leur propre « danse » d'avant match. Dans ce cas, quand ces équipes se rencontrent en compétition officielle, les danses de chaque équipe sont exécutées simultanément selon le protocole, comme lorsque les Tonga et les Samoa se sont affrontés, lors de la Coupe du monde de rugby à XIII de 2017[6].

Dans le cadre des animations autour de la coupe du monde de rugby 2007, un haka géant a été organisé à Béziers sur la pelouse du stade de la Méditerranée le . 525 participants y ont reproduit les gestes de l'association wallisienne Lomipiau. Par ailleurs, lors de la venue des All Blacks au Pavillon noir d'Aix-en-Provence, le chorégraphe de danse contemporaine Angelin Preljocaj a composé spécialement un « haka » pour 15 danseuses[7].

Lors du défilé du 14 juillet à Paris en 2011, placé sous le signe de la France d'outre-mer, des militaires de la zone Pacifique ont effectué un haka devant la tribune présidentielle.

En 2015, 1700 élèves d'un lycée pour garçons en Nouvelle-Zélande, ont effectué un haka en l’honneur de leur professeur décédé, Dawson Tamatéa[8].

Les différents haka[modifier | modifier le code]

Réponses au haka[modifier | modifier le code]

Même si le rituel est actuellement très connu et documenté au sein du monde sportif mondial, il pose un problème certain de protocole d'avant-match[10].

En effet, en exécutant le haka face à une équipe qui ne le pratique pas, une équipe sportive prend un ascendant psychologique évident[11],[12], puisque son but est en autre de provoquer, ou d'impressionner son adversaire. Elle rompt ainsi une principe d'égalité que sous-tend le protocole, puisque en temps normal les deux équipes sont présentées à égalité à la tribune présidentielle, leurs hymnes nationales jouées. La seule entorse à l'égalité formelle étant que l'on joue pratiquement toujours l'hymne de l'équipe qui reçoit en second, par courtoisie pour l'équipe visiteuse. Toujours pour respecter l'égalité, le tirage au sort est par ailleurs retenu pour déterminer sur quel côté du terrain l'équipe gagnante du « toss  » va jouer ou si elle va engager ou recevoir en rugby ( à XV ou XIII). En compétition internationale à élimination directe , les tenues sont même tirées au sort ( tenue domicile ou extérieure). Le haka est donc une rupture de cette égalité formelle, puisque l'équipe qui l’exécute bénéficie d'un privilège en étant autorisée à accomplir un acte de plus que son adversaire.

En conséquence, des équipes sportives ont parfois choisi d'ignorer les joueurs performant le haka, soit en s'échauffant[13], soit en positionnant ses joueurs sur le terrain pour le début de la partie, dans l'attente du coup de sifflet d'engagement, ou en quittant le terrain[14].

Les australiens, en rugby à XIII, ont une sorte de champ de combat appelé le « chant des kangourous » ou « Wallee Mullara Choomooroo Tingal » [15].

La plupart des équipes se contentent d'aligner les joueurs ou les joueuses derrière la ligne de milieu de terrain, ceux-ci ou celles-ci se tenant par les épaules, bras dessus, bras dessous, et regardant les adversaires interpréter leur danse. L’équipe de Galles de rugby à XV ayant parfois de choisi de rester alignée quelques minutes, après que les joueurs néo-zélandais ont terminé le haka[16].

Par le passé, l’Équipe de France de rugby à XV, a choisi plusieurs façons de répondre aux hakas néo-zélandais : alignement des joueurs, port des couleurs nationales, ou comme en coupe du monde, franchissement de la ligne de milieu du terrain[17], en s'inspirant des Irlandais[18], ce qui lui vaut parfois des amendes[19]. Cela va parfois encore plus loin avec un avancement et rapprochement des joueurs presque au contact des joueurs adverses.

Ce défi est également fréquent entre équipes océaniennes en rugby à XIII, certains joueurs allant au contact physique des joueurs adverses.

Quant au public, s'il apprécie toujours ce moment particulier et ce spectacle que constitue le haka, il est édifiant de constater qu'il peut siffler ou se manifester bruyamment pendant son déroulé, et cela même dans les pays anglo-saxons. En Angleterre, les supporters de rugby à XV peuvent même chanter Sweet Chariot[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Le Haka à travers les âges : du mythe fondateur au terrain de rugby », sur ina.fr, (consulté le 5 juin 2018)
  2. « Nouvelle Zélande-Australie. VIDÉOS. L'histoire et les secrets du Haka », sur ouest-france.fr, (consulté le 5 juin 2018) : « littéralement, le mot Haka signifie à la fois « danse » et « faire » en maori. Il désigne en fait les danses chantées rituelles pratiquées par l’ensemble des peuples polynésiens, que ce soit pour des cérémonies, des fêtes de bienvenue, ou avant de partir au combat. »
  3. (en) "'Murderball' crashes the Paralympics", Agence France-Presse, 14 septembre 2008
  4. Avec une différence pour l'équipe de rugby à XIII néo-zélandaise, puisque la personne qui mène le haka, tient une sorte de bâton tribal
  5. (en) FIBA, « Video of Tall Blacks' Haka surpasses one million views in less than 24 hours », sur fiba.com, (consulté le 8 septembre 2014)
  6. (en) « Tonga and Samoa have epic pregame faceoff at Rugby League World Cup », sur youtube.fr,
  7. Vidéo intégrale d'Haka d'Angelin Preljocaj.
  8. https://www.20minutes.fr/insolite/1658807-20150728-video-nouvelle-zelande-1700-eleves-effectuent-haka-honneur-professeur-decede
  9. « Haka : que veulent dire les paroles du "Ka Mate" chanté par les All Blacks ? », sur telestar.fr, (consulté le 5 juin 2018)
  10. « France-Nouvelle-Zélande : quelle réponse face au haka ? », sur europe1.fr, (consulté le 5 juin 2018)
  11. « Pourquoi le haka aide à gagner », sur slate.fr, (consulté le 5 juin 2018)
  12. « Coupe du monde - "Vous n'aimez pas notre haka ? Inventez donc le vôtre !" : MONDIAL 2015 - De plus en plus de critiques émergent au sujet du Haka et bon nombre de personnes essaient de trouver une parade pour éviter que les All Blacks notamment soient les seuls à pouvoir intimider leur adversaire avec leur danse guerrière. Certains ont déjà essayé... avec plus ou moins de succès. », sur rugbyrama.fr, (consulté le 5 juin 2018)
  13. (en) « 10 DAYS TO GO David Campese ignores Haka and warms up on the try line », sur youtube.fr, (consulté le 5 juin 2018)
  14. « VIDEO. Le "haka" des basketteurs néo-zélandais n'impressionne pas la team USA : Les Turcs ont choisi d'ignorer le "haka", jugé "obscène" », sur francetvinfo, (consulté le 5 juin 2018)
  15. (en) « The Kangaroos World Cup War Cry: Tradition or Token? », sur sbs.com, (consulté le 5 juin 2018)
  16. « Les 5 meilleures réponses au haka des All-Blacks : Numéro 2 : l'insolence galloise de 2008 », sur sudradio.fr, (consulté le 5 juin 2018)
  17. a et b « https://www.lequipe.fr/Rugby/Actualites/Les-meilleures-repliques-face-au-haka/514216 », sur lequipe.fr, (consulté le 5 juin 2018)
  18. « Les 5 meilleures réponses au haka des All-Blacks : Numéro 4 : le défi Irlandais de 1989 », sur sudradio.fr, (consulté le 5 juin 2018)
  19. « Le XV de France puni pour son comportement pendant le haka », sur atlantico.fr, (consulté le 5 juin 2018)
  • Juster, Alexandre, 2010. La transgression verbale en Océanie. Paris : L'Harmattan.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]