Hafiz (islam)

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Un hâfiz (arabe : حافِظ [ḥāfiẓ], gardien ; conservateur, pl. حُفاظ [ḥuffāẓ], variante Hafez, Hafiza au féminin) est une personne qui connaît le Coran par cœur et qui souvent aussi en récite au moins des parties à des occasions précises. On estime le nombre de hâfiz à 10 millions dans le monde[1].

Le mot devient un terme honorifique pour désigner une personne particulièrement savante en matière de Coran ou de hadiths.

Al Hafīdh ou al Hafîz الحفيظ est aussi l’un des attributs de Dieu en islam.

Par ailleurs, en tant qu’adjectif, hafiz signifie « rétenteur » en arabe.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Le prophète des musulmans Mahomet vivait au VIIe siècle en Arabie, à une époque où les lettrés étaient peu nombreux. Selon la tradition, lui-même ne savait pas lire. Les Arabes ont préservé leurs histoires, leurs généalogies et leurs poèmes uniquement par la mémoire. Quand Mahomet proclama les versets rassemblés ensuite pour former le Coran, ses disciples les conservèrent naturellement par mémorisation.

Les premiers récits de l’islam indiquent que les lettrés musulmans écrivaient également les versets quand ils les mémorisaient (sur des supports variés tels des os plats d’animaux, des feuilles de palmiers, des tessons de poterie, etc.)[2]. Les hafiz étaient également très appréciés pour leur récitation, dont la psalmodie (Tajwid) était accessible aussi aux foules illettrées. La mémorisation de versets ne requerrait pas de matière première coûteuse, à une époque où il n’y avait pas de papier dans le monde musulman, mais seulement du vélin. La mémorisation était aussi considérée comme plus sûre : si un manuscrit pouvait être facilement détruit, en revanche le Coran ne serait jamais perdu tant qu’il y aurait de nombreux hafiz qui le connaissaient.

Cependant, l’écriture arabe de l’époque était une écriture défective, qui n’incluait pas les marques des voyelles ou d’autres signes diacritiques nécessaires pour distinguer la prononciation des mots et dans les premières versions du Coran les versets n'étaient pas séparés[réf. nécessaire]. D'autre-part, selon la version sunnite courante, le calife 'Uthmân aurait été alerté que les musulmans répartis dans les provinces éloignées de l'empire récitaient certains passages du Coran de façon assez divergente[3]. C'est ce qui a conduit le calife Uthman ibn Affan à collecter les sourates et à les mettre par écrit dans une rédaction unique vers 650 - 656[3].

Le Coran dans sa version finale se présente comme un livre compact, composé en arabe littéraire dans un style particulier, dans une prose rythmée, cadencée, parfois assonancée[4]. La récitation de mémoire était donc toujours honorée et encouragée. En 324 de l’hégire (946 ap. J.-C.), Abu Bakr Ibn Mujāhid (en) fut le premier à rassembler sept différentes lectures en sélectionnant celles qui furent les mieux transmises et les plus fiables (Hafs, Nafii, etc.). À ces sept traditions de récitation officielles (qirâ’ât), d'autres ont par la suite été ajoutées. De dix à quatorze traditions différentes sont aujourd'hui reconnues. La plupart des hafiz ne connaissent qu’une tradition, mais les plus érudits peuvent réciter le Coran d’après plusieurs traditions.

Il est important de noter toutefois que dans le lexique de l’arabe classique, le terme hafiz n’était pas utilisé traditionnellement pour désigner quelqu’un qui a mémorisé le Coran. Le terme consacré était hamil (littéralement, « celui qui porte »). Hafiz était utilisé pour les érudits des hadiths, spécialement ceux qui connaissaient 100 000 hadiths par cœur (entre autres Al-Hafidh Ibn Hajar).

Les hafiz aujourd’hui existent dans le monde entier, et enseignent la façon de réciter le Coran selon le tajwid, comme dans les madrassas. Ils doivent être sûrs de ce qu’ils récitent à la lettre près.

Formation et entretien du hafiz[modifier | modifier le code]

La plupart des hafiz ont été scolarisés dès l’enfance dans des écoles islamiques spéciales appelées madrassas. Ils y apprennent le tajwid (règle de récitation), et la vocalisation en plus de l’intégralité du Coran. À titre indicatif, le Coran est divisé en 114 sourates contenant 6 236 versets (âya), soit environ 80 000 mots. Toutefois, en raison des rimes et de la métrique, le Coran est relativement facile à apprendre en comparaison à sa longueur.

La mémorisation du Coran a été extrêmement importante dans le passé et est importante de nos jours encore pour les musulmans. Chaque année, de nombreux élèves étudient le Coran et complètent cet enseignement par le tafsir (exégèse du Coran) et la mémorisation. Le nombre total de hafiz et de hafiza aujourd’hui dans le monde est estimé en millions[1].

Une fois qu’un hafiz a mémorisé le Coran, il doit s’assurer de ne pas l’oublier. Pour cela, une pratique régulière est nécessaire. Les hafiz sont testés sur leurs connaissances. Par exemple, un test consiste à poursuivre la récitation d’un passage pris au hasard dans le Coran. Un autre test consiste à réciter les sourates contenant un mot ou un verset précis.

Un hafiz est très respecté parmi les musulmans, puisqu’il porte en lui-même la parole d’Allah. Des aveugles et d’autres handicapés physiques sont devenus ou deviennent souvent des hafiz, et peuvent ainsi obtenir des revenus réguliers et une haute considération.

Pratique de la récitation coranique[modifier | modifier le code]

Cette récitation suit des règles précises d’intonation et de prononciation, et de ce fait la récitation du Coran est une forme de cantillation.

Durant le mois sacré du ramadan, des prières quotidiennes spéciales appelées tarawih sont lues à la mosquée chaque soir. Les prières tarawih incluent la récitation du Coran. Un trentième du Coran (un juz') est récité par un hafiz chaque jour du ramadan. S’il y a beaucoup de monde, il peut y avoir plusieurs hafiz. Si un hafiz se trompe, il sera corrigé par un autre hafiz. Cela s’appelle une luqma.

Privilèges du hafiz selon la foi musulmane[modifier | modifier le code]

Plusieurs érudits indiquent des hadiths qui affirment que les hafiz seront récompensés le jour du Jugement (qiyamah), selon la volonté de leurs parents, et qu’ils recevront le pouvoir d’intercéder pour dix membres de leur famille :

« Celui qui apprend le Coran et qui le met en pratique, ses parents porteront une couronne le jour du Jugement, dont l’éclat surpassera celui du soleil si celui-ci était dans vos maisons mondaines. Ainsi, que pensez-vous d’une personne qui agit de la sorte ? » (Abu Dawoud)

« Quiconque lit le Coran et le mémorise, alors qu’il suit la loi selon la loi et rejette comme illicite ce qui est interdit, Allah Ta'ala l’admettra dans la Jannah et acceptera son intercession pour dix membres de sa famille qui furent destinés au feu de Jahannam. » (Tirmidhi)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Challenges of the muslim world: present, future and past (ISBN 0-444-53243-9, lire en ligne), p. 194.
  2. Mohammad Ali Amir-Moezzi & Pierre Lory, Petite histoire de l'islam dans Histoire des religions, Librio, 2008, p. 215.
  3. a et b Mohammad Ali Amir-Moezzi & Pierre Lory, Petite histoire de l'islam dans Histoire des religions, Librio, 2008, p. 216.
  4. Mohammad Ali Amir-Moezzi & Pierre Lory, Petite histoire de l'islam dans Histoire des religions, Librio, 2008, p. 216-217.

Voir aussi[modifier | modifier le code]