Hadjaraï

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Un village Hadjaraï dans le Guéra au Tchad

Les Hadjaraï (var. orth. Hadjarai, Hadjeraï ou Hadjeray) forment un groupe ethnolinguistique comptant plus de 150 000 personnes[1] et représentant environ 6,7 % de la population du Tchad[2].

Le nom « Hadjaraï » est un exonyme arabe initialement à connotation péjorative signifiant littéralement « [ceux] des pierres » et par extension « ceux de la montagne », « les montagnards ». Il fédère aujourd'hui des peuples aux coutumes et aux langues disparates[3] vivant dans les massifs montagneux du Guéra, au centre du Tchad[4].

Sous-groupes et culture[modifier | modifier le code]

Les quinze[5] groupes ethniques hadjaraï comprennent les Daju, les Kenga, les Junkun, les Dangaleat, les Mogoum, les Sokoro, les Saba, les Barain, les Bidio, les Yalna[1], les Bolgo, les Koffa, les Djongor[6] et les Mokilaguie.

La plupart des Hadjaraï sont des agriculteurs[1]. Plus de 90 % des femmes Hadjaraï ont subi des mutilations génitales[7].

Si les groupes Hadjaraï parlent plusieurs langues, ils partagent de nombreux traits culturels[5]. L'un des plus répandus est la croyance aux margais, à savoir des esprits invisibles contrôlant les éléments naturels. Cette croyance a survécu à la conversion rapide de la plupart des Hadjaraï à l'Islam au cours de la domination coloniale français sur le Territoire du Tchad, ce malgré les efforts déployés par les autorités françaises pour éviter l'islamisation par la promotion de missions chrétiennes[1],[4],[6].

Histoire[modifier | modifier le code]

Bien qu'il n'ait jamais été unifié par le passé[4], le peuple Hadjaraï partage un fort esprit d'indépendance, forgé au cours de la période pré-coloniale lors d'affrontements répétés avec des groupes esclavagistes effectuant des razzias sur son territoire, en particulier des groupes soutenus par le royaume du Ouaddai[8]. Cette tradition d'autonomie a conduit à de fréquents différents avec le gouvernement central après l'indépendance du Tchad en 1960, en grande partie dus à des tentatives de déplacer les populations des montagnes vers les plaines. Les Hadjaraï comptaient parmi les plus fervents soutiens des rebelles sous le Gouvernement d'Union nationale de transition durant la guerre civile[6].

Bien que les Hadjaraï aient joué un rôle crucial dans l'arrivée au pouvoir de Hissène Habré en 1982, ils se sont éloignés de lui après la mort de leur porte-parole Idriss Miskine. Ils ont beaucoup souffert en 1987, quand Habré lança une campagne de terreur contre eux en réponse à la formation du mouvement rebelle MOSANAT[9]. Des membres du groupe furent massivement arrêtés et même tués[10]. Il apparaît que 840 personnes ont fait l'objet d'exécutions sommaires[11] .

Les Hadjaraï ont ensuite soutenu la rébellion d'Idriss Déby contre Habré et ont contribué à la chûte de ce dernier en 1990[12]. Une crise entre les dirigeants Hadjaraï et Déby a éclaté en 1991 après une prétendue tentative de coup d'État. D'innombrables Hadjaraï ont été incarcérés quand les combats ont touché leur territoire, malgré les efforts déployés par Déby pour rassurer la population locale du Guéra[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Olson, James Stuart, The Peoples of Africa: An Ethnohistorical Dictionary, Greenwood Press, (ISBN 0-313-27918-7), p. 213.
  2. "Chad", The World Factbook.
  3. Jean-Pierre Magnant, « Peter Fuchs, La religion des Hadjéray [compte-rendu] », Journal des Africanistes, no 68,‎ (lire en ligne, consulté le 18 février 2019).
  4. a b et c Decalo, Samuel, Historical Dictionary of Chad, Scarecrow Press, (ISBN 0-8108-1937-6), p. 160.
  5. a et b William T. Chesley (mai 1994). « Une enquête sociolinguistique parmi les sokoro du Guera » Société Internationale du Linguistique. .
  6. a b et c Chapelle, Jean, Le Peuple Tchadien: ses racines et sa vie quotidienne, L'Harmattan, , 178–179 p. (ISBN 2-85802-169-4).
  7. Chad - Country Reports on Human Rights Practices - 2006, Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, U.S. Department of State, March 6, 2007.
  8. Buijtenhuijs, Robert, Le Frolinat et les révoltes populaires du Tchad, 1965-1976, Mouton Éditeur, (ISBN 90-279-7657-0), p. 45.
  9. Nolutshungu, Sam C., Limits of Anarchy: Intervention and State Formation in Chad, University of Virginia Press, (ISBN 0-8139-1628-3), p. 234.
  10. Brody, Reed, « The Prosecution of Hissène Habré - An "African Pinochet" », New England Law Review, vol. 35,‎ , p. 321–335 (lire en ligne[archive du ] [– Scholar search])
  11. S. Nolutshungu, Limits of Anarchy, 236
  12. Pierre M. Atlas et Roy Licklider, « Conflict among Former Allies after Civil War Settlement: Sudan, Zimbabwe, Chad, and Lebanon », Journal of Peace Research, vol. 36,‎ , p. 35–54 (DOI 10.1177/0022343399036001003).
  13. S. Nolutshungu, Limits of Anarchy, 249-252

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Peter Fuchs, La Religion des Hadjeray, L'Harmattan, Paris 1997, 261 p. (ISBN 2-7384-5248-5), traduction de Kult und Autorität. Die Religion der Hadjerai, Reimer, Berlin, 1970 (thèse)
  • Peter Fuchs, Les Contes oubliés des Hadjeray du Tchad, L’Harmattan, Paris, 2005, (ISBN 2-7475-9757-1).
  • Jean Pouillon, « La structure du pouvoir chez les Hadjeraï (Tchad) », L'Homme, IV, 3, sept.-déc. 1964, p. 18-70, [lire en ligne]
  • Jeanne-Françoise Vincent, Les Margaï du pays hadjeraï (Tchad) : contribution à l'étude des pratiques religieuses, IRSC, Brazzaville ; ORSTOM, Paris, 1962, extrait du Bulletin de l'Institut de recherches scientifiques au Congo, 1962, volume 1, p. 64-86, [lire en ligne]
  • Jeanne-Françoise Vincent, Cultes agraires et relations d'autorité chez les Saba (Hadjeraï du Tchad) : rapport de missions au Tchad (mai 1965, avril-décembre 1966), s.n., Yaoundé, 1967, 141 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]