Hadja Lahbib

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Hadja Lahbib
Illustration.
Hadja Lahbib en 2024.
Fonctions
Ministre fédérale belge des Affaires étrangères, des Affaires européennes et du Commerce extérieur, et des Institutions culturelles fédérales
En fonction depuis le
(1 an, 10 mois et 14 jours)
Premier ministre Alexander De Croo
Gouvernement De Croo
Prédécesseur Sophie Wilmès
Biographie
Date de naissance (53 ans)
Lieu de naissance Boussu (Belgique)
Nationalité Belge
Parti politique MR
Diplômée de Université libre de Bruxelles
Profession Journaliste

Hadja Lahbib
Ministres des Affaires étrangères de Belgique

Hadja Lahbib, née le à Boussu, est une journaliste et femme politique belge, membre du Mouvement réformateur (MR). Elle est ministre fédérale des Affaires étrangères, des Affaires européennes et du Commerce extérieur, et des Institutions culturelles fédérales depuis le .

Jeunesse et famille[modifier | modifier le code]

Hadja Lahbib naît en à Boussu, dans une famille kabyle[1] algérienne[2]. Si ses parents sont musulmans pratiquants, elle se dit davantage attirée par le bouddhisme[3].

Carrière médiatique[modifier | modifier le code]

Hadja Lahbib est diplômée en journalisme de l'université libre de Bruxelles et a travaillé pour la Radio-télévision belge de la Communauté française (RTBF). Elle a notamment été envoyée spéciale en Afghanistan et au Moyen-Orient, et a présenté pendant deux décennies le journal télévisé[2].

En , elle présente en duo la finale du Concours Reine Élisabeth[4]. Elle est désignée en , en binôme avec l'ex-directeur du théâtre royal flamand de Bruxelles Jan Goossens, comme chargée de mission pour préparer la candidature de Bruxelles au titre de capitale européenne de la culture en 2030[5].

Ministre des Affaires étrangères[modifier | modifier le code]

Le , Hadja Lahbib est choisie par le président du Mouvement réformateur (MR), Georges-Louis Bouchez, pour remplacer Sophie Wilmès au poste de ministre fédérale belge des Affaires étrangères, des Affaires européennes et du Commerce extérieur, et des Institutions culturelles fédérales dans le gouvernement d'Alexander De Croo[6].

Georges-Louis Bouchez, président du parti a souligné que c'était son « premier et unique choix », évoquant un « parcours méritocratique », et ajoutant qu'on peut « naître dans un coron de Boussu et devenir ministre des Affaires étrangères ». Le libéral a ainsi opté pour un visage à la fois familier et respecté[7].

Elle est nommée puis prête serment devant le roi Philippe, le [8].

Sa nomination était considérée notamment en Flandre comme un surprenant « parachutage » (en raison du manque de parcours politique et d'assise électorale)[9].

Polémiques[modifier | modifier le code]

Voyage en Crimée en tant que journaliste[modifier | modifier le code]

En , Hadja Lahbib est invitée en tant que journaliste à la RTBF par l'association culturelle « Les saisons russes » à assister à un festival en Crimée, où elle se rend avec un visa délivré par la Russie. Elle y réalise un reportage radiophonique. Le problème de l’annexion est totalement évacué[10]. Quelques jours après sa nomination en tant que ministre des Affaires étrangères, ce voyage en Crimée a suscité la polémique[11]. La ministre des Affaires étrangères était par ailleurs aussi la cible de trolls ukrainiens extrêmement mordants et combatifs depuis le début des hostilités à l'est de l’Europe[12].

À l'époque, ce billet est passé complètement inaperçu. « Ce documentaire n’avait d'ailleurs jamais vu le jour et n’a même pas fait l’objet d’un pré-montage », a déclaré Hadja Lahbib au moment de la polémique. Selon l'entourage d'Hadja Lahbib, le documentaire envisagé avait été abandonné devant l’absence de garanties d’indépendance[13] et notamment devant la demande russe de financer tout le voyage et de mettre un cadreur à « disposition ». Hadja Lahbib avait uniquement tiré un billet radio du repérage. Des affirmations confirmées par la RTBF[12].

Dans une lettre adressée au ministre ukrainien des Affaires étrangères le , Hadja Lahbib exprime son soutien à l'Ukraine et qualifie d'« illégale » l'occupation de la Crimée par la Russie[14].

Une polémique est créée autour de ce voyage et les possibles conséquences pour les relations diplomatiques entre la Belgique et l'Ukraine. Selon le service public audiovisuel flamand (VRT), une source gouvernementale ukrainienne de confiance leur aurait indiqué, une semaine plus tard, que rien ne garantit que Hadja Lahbib puisse se rendre à Kiev[15]. Cette version est démentie par le ministre belge de la Justice, Vincent Van Quickenborne, selon qui la cheffe de la diplomatie belge a reçu une réponse au courrier du , de son homologue ukrainien, Dmytro Kouleba, ce qui en ferait l'interlocutrice des autorités de Kiev[15].

Le quotidien flamand De Standaard, qui a pu consulter cette lettre, est moins catégorique, indiquant que Dmytro Kouleba réclame des explications à Hadja Lahbib quant à son voyage en Crimée[15]. Quelques jours plus tard, à la fin août, Hadja Lahbib rencontre Dmytro Kouleba lors d'une réunion européenne à Prague. Ils y discutent du voyage en Crimée. En septembre 2022, la ministre des Affaires étrangères Hadja Lahbib rencontre pour la deuxième fois en trois semaines sont homologue, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York. « Nous attendons le bon moment pour nous rendre en Ukraine. Nous ne voulons pas partir les mains vides », a déclaré Mme Lahbib après la réunion[16]. La question du voyage n'a été abordée qu'au début de la conversation. « La réunion a été cordiale. [M. Kouleba] m'a dit que le message avait été bien reçu par le peuple ukrainien. On peut dire que l'incident, comme vous l'appelez, s'il y en a eu un, est clos », a conclu Hadja Lahbib[16].

Le , Hadja Lahbib se rend en visite à Kiev, aux côtés du Premier ministre, et y rencontre son homologue[17]. C'était la première fois que le Premier ministre belge mettait les pieds en Ukraine, depuis le 24 février et le début de l’invasion du pays par la Russie. Volodymyr Zelensky a remercié la Belgique pour le soutien que le pays a apporté à l'Ukraine[18].

Visas à des officiels iraniens et russes[modifier | modifier le code]

À la suite de la démission de Pascal Smet, secrétaire d'État de la région de Bruxelles-Capitale, en raison de l'accueil de délégations russe et iranienne lors d'une rencontre internationale dans la capitale[19], la députée de la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA) Darya Safai — qui avait dévoilé cette affaire — affirme que Hadja Lahbib doit elle aussi renoncer à ses fonctions car l'octroi de visas est une compétence fédérale. Ridouane Chahid, président du groupe du Parti socialiste (PS) au Parlement de la région de Bruxelles-Capitale, formule la même requête[20],[21],[22].

Selon une chronologie des événements établie par le journal L'Écho, plusieurs mails émanant du cabinet de Pascal Smet indiquent que Hadja Lahbib a autorisé l'octroi des visas[23]. Interpellée lors des questions orales à la Chambre, le jeudi , la ministre des Affaires étrangères avait bien confirmé que les visas à territorialité limitée avaient été octroyés après les vérifications d’usage, notamment auprès des services de renseignement. « Dès le mois de mars, mon administration a souligné qu’une telle visite […] n’est pas du tout opportune dans les circonstances actuelles. Il serait recommandable – et je cite mes services – de ne pas inviter ces 14 personnes. Je ne pense pas qu’on pouvait être plus clair. », déclarait la ministre Lahbib le jeudi 15 juin en séance plénière du parlement fédéral[24].

Lors d'une audition en commission, la ministre Lahbib et le Premier ministre mettent en avant un lien entre l'octroi des visas à la délégation iranienne et le contexte des négociations avec l’Iran pour obtenir la libération d’Olivier Vandecasteele et des autres otages. Alexandre De Croo a martelé que son gouvernement était contre l’envoi de ces invitations, mais qu’une fois qu’elles avaient été envoyées, il était difficile de faire marche arrière, car il y a encore un espoir d’obtenir d’autres libérations d’otages européens en Iran ou une amélioration de leurs conditions de détention[24].

Le , confirmant des informations publiées par Le Soir et L'Avenir, le cabinet du Premier ministre fait savoir qu'il a été informé de l'octroi des visas par le cabinet de Hadja Lahbib et qu'il s'est « rangé à l’avis de la ministre des Affaires étrangères selon lequel la Belgique n’avait diplomatiquement pas d’autre choix que de délivrer un visa à la suite de l’envoi d’une invitation officielle du gouvernement bruxellois à Téhéran »[25].

Le Parti socialiste et Ecolo, membres de la majorité gouvernementale, estiment le lendemain que les explications données par Hadja Lahbib ne sont pas suffisantes, ce qui conduit à une nouvelle audition parlementaire, programmée le [26]. Selon des mails consultés par Le Soir, l'ambassade de Belgique en Iran a indiqué au service des visas du ministère des Affaires étrangères que l'Office des étrangers (ODE) du ministère de l'Intérieur s'était montré défavorable à l'octroi desdits visas, mais l'ODE a finalement donné son feu vert[27].De source diplomatique on rappelle que l’avis de l’Office n’était plus nécessaire avec un visa à territorialité limitée[28].

Dans le cadre de cette affaire, elle est accusée le par la N-VA de laisser l'organisation terroriste chiite Hezbollah faire transiter des fonds depuis la Belgique en dépit des sanctions imposées par les États-Unis[29],[30].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Thibault Dejace, « Qui est Hadja Lahbib, nouvelle ministre des Affaires étrangères ? », Moustique,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  2. a et b Eric Steffens, « Hadja Lahbib remplace Sophie Wilmès au poste de ministre des Affaires étrangères », VRT,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  3. « Hadja Lahbib, ex-présentatrice du JT de la RTBF, succède à Sophie Wilmès: «J’aurai l’honneur d’être le visage de la Belgique à l’étranger» », Sudinfo,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  4. « Hadja Lahbib - Réalisatrice, Journaliste - Rédactrice - sur Cinergie.be », sur Cinergie.be (consulté le )
  5. « Bruxelles : Hadja Lahbib et Jan Goossens chargés du projet de capitale européenne de la culture 2030 », sur RTBF (consulté le )
  6. « Hadja Lahbib remplace Sophie Wilmès au gouvernement fédéral et devient ministre des Affaires étrangères », RTBF,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  7. Emmanuelle Jowa, « Portrait de la nouvelle ministre : Hadja Lahbib, la « rebelle » », sur parismatch.be, (consulté le )
  8. « Hadja Lahbib, nouvelle ministre des Affaires étrangères, a prêté serment devant le roi », Le Soir,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  9. Dorian de Meeûs (rédacteur en chef), « Un fait du prince contesté », La Libre Belgique,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  10. Dorian de Meeûs, « Le reportage d’Hadja Lahbib en Crimée pourrait l'empêcher de se rendre en Ukraine prochainement », La Libre Belgique,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  11. Flandreinfo be-L'Actu de Flandre, « Hadja Lahbib, dont un voyage en Crimée suscite la polémique, réitère la solidarité de la Belgique envers l'Ukraine », sur vrtnws.be, (consulté le )
  12. a et b « Guerre en Ukraine: la ministre Hadja Lahbib rattrapée par un voyage en Crimée comme journaliste », sur Le Soir, (consulté le )
  13. David Coppi et Bernard Demonty, « Guerre en Ukraine : la ministre Hadja Lahbib rattrapée par un voyage en Crimée comme journaliste », Le Soir,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  14. « Hadja Lahbib écrit une lettre à son homologue ukrainien : « La Crimée est illégalement occupée par la Russie » », sur Le Soir, (consulté le )
  15. a b et c (nl) « Oekraïense regeringsbron over minister Lahbib: "Geen enkele garantie dat bezoek Kiev mogelijk is" », VRT,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  16. a et b « Guerre en Ukraine : Hadja Lahbib a rencontré le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, à New York », sur RTBF (consulté le )
  17. « "L'Ukraine sait bien évaluer la Belgique à sa juste valeur", selon Alexandre De Croo », La Libre Belgique,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  18. « Guerre en Ukraine: Alexander De Croo et Hadja Lahbib ont rencontré Volodymyr Zelensky (photos) », sur Le Soir, (consulté le )
  19. Arnaud Bruckner, « Invité au Brussels Urban Summit, la présence du maire de Téhéran choque et interroge », sur BX1, (consulté le )
  20. « Darya Safai (N-VA) : « Hadja Lahbib doit démissionner » », sur Le Soir, (consulté le )
  21. Thibault Dejace, « Démissionnera ou démissionnera pas ? Pourquoi Hadja Lahbib est-elle sur la sellette ? », sur Moustique, (consulté le )
  22. « Après la démission de Pascal Smet, la ministre Hadja Lahbib dans le collimateur de l'opposition », sur vrtnws.be, (consulté le )
  23. Philippe Walkowiak, « Maire de Téhéran à Bruxelles : les courriels qui mettent la ministre Lahbib sur la sellette », Radio-télévision belge de la Communauté française,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  24. a et b « Affaire des visas iraniens : retour sur la chronologie des événements et des déclarations de la ministre Hadja Lahbib », sur RTBF (consulté le )
  25. « Lahbib avait reçu le feu vert de De Croo pour l'octroi de visas: la Belgique n’a pas voulu « humilier » l’Iran », 7sur7,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  26. « PS et Ecolo donnent 3 jours à Lahbib pour préparer sa défense : la ministre devra s’expliquer en commission lundi », La DH Les Sports+,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  27. « Délégation iranienne à Bruxelles : l’Office des étrangers attendait l’avis de la Sûreté de l’Etat », Le Soir,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  28. « Délégation iranienne à Bruxelles : l’Office des étrangers attendait l’avis de la Sûreté de l’Etat », sur Le Soir, (consulté le )
  29. La rédaction, « Un député N-VA se paye Hadja Lahbib : "Elle déroule le tapis rouge au Hezbollah. Il y a quelque chose qui cloche à sa boussole géopolitique" », La Libre Belgique,‎ (lire en ligne, consulté le )
  30. Fleur Mees, « N-VA laat Lahbib (MR) verder zweten: “België is financiële draaischijf voor Hezbollah omdat zij weigert organisatie op terreurlijst te zetten” », Het Laatste Nieuws,‎ (lire en ligne, consulté le )

Liens externes[modifier | modifier le code]