Hôtel de préfecture du Val-d'Oise

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Hôtel de préfecture du Val-d'Oise
Cergy Grand Centre Parc François Mitterrand©L Pages.jpg

L'hôtel de préfecture de Cergy et le parc François-Mitterrand, en 2016.

Présentation
Type
Hôtel de préfecture (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Architecte
Construction
1967-1970
Localisation
Pays
Région
Département
Commune
Coordonnées

L'hôtel de préfecture du Val-d'Oise est un bâtiment édifié à la fin des années 1960 dans la ville nouvelle de Cergy-Pontoise pour accueillir les services préfectoraux d'un des départements qui venaient d'être créés en Île-de-France : le Val-d'Oise. Cas unique en France métropolitaine, il est situé sur le territoire de la commune de Cergy, alors que le chef-lieu du département est la commune limitrophe de Pontoise.

Histoire[modifier | modifier le code]

La construction de cet édifice fait suite à la création du département du Val-d'Oise, dans le cadre de la réorganisation de la région parisienne. Décidée en 1964, cette création n'est devenue effective que le 1er janvier 1968 ; durant l'intervalle, un préfet délégué a été nommé en la personne d'André Chadeau.

Dans un premier temps, ses services préfectoraux ont occupé des préfabriqués à Pontoise (commune choisie comme chef-lieu du département en 1965), sur un terrain que le conseil général de Seine-et-Oise avait acheté pour y construire une école normale d'instituteurs[1].

Pour remplacer ces locaux provisoires, Paul Delouvrier, alors délégué général au district de la région de Paris, s'est vu proposer plusieurs édifices par le sénateur de Seine-et-Oise et maire de Pontoise, Adolphe Chauvin, parmi lesquels[2],[3],[4] :

L'emplacement de la préfecture a été choisi par Paul Delouvrier au cours d'une reconnaissance par hélicoptère.

Delouvrier, qui n'était pas satisfait de ces propositions, a décidé de bâtir un nouvel édifice, dont il a choisi l'emplacement au cours d'une reconnaissance par hélicoptère[2]. À l'époque, l'emplacement était occupé par des champs. Ce choix, acte fondateur transcrivant territorialement un projet politique[5], résulte d'une vision audacieuse consistant à bâtir d'abord la préfecture afin que le reste suive, commerces, services, logements[6]. La construction de la préfecture fut ainsi le premier chantier de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise[7].

La préfecture a été bâtie sur les plans de l'architecte Henry Bernard (assisté de Robert Decosse et Pierre Mougin), et décoré par Joseph-André Motte, avec des sculptures de François Stahly[8].

Bernard a présenté les études préliminaires au préfet Chadeau en novembre 1965[9]. La construction a débuté après que les agriculteurs de Cergy, opposés à l'expropriation des terres qu'ils exploitaient pour permettre la construction de la ville nouvelle, eurent évacué le 14 juillet 1967 le terrain destiné à accueillir la préfecture, qu'ils occupaient depuis le 29 mars. Devant l'échec des négociations sur le montant des indemnisations, ils ont réitéré leur action en mars 1969 en interrompant le chantier, entraînant l'intervention des CRS[3],[10]. Le bâtiment a finalement été inauguré le 2 juillet 1970[11] par le ministre de l'Intérieur de l'époque, Raymond Marcellin[3] (une plaque commémore cette inauguration[12]), et a ensuite donné son nom au quartier qui s'est construit autour de lui : Cergy-Préfecture.

Son parc a été créé en 1973 par le paysagiste Allain Provost[13]. Il a depuis reçu le nom de François Mitterrand, ancien président de la République française, et a bénéficié d'une rénovation en 2012-2013[14].

Architecture[modifier | modifier le code]

Description[modifier | modifier le code]

Le bâtiment utilise l'encorbellement de manière à former une pyramide renversée, le tout posé sur un socle vitré[15]. L'ensemble mesure 20 mètres de haut, sur six étages, et occupe au sol un carré de 60 mètres de côté[16], pour un total de 27 600 m2 de plancher[17]. Fait de béton précontraint, d'aspect poli, ses fenêtres ont un châssis d'aluminium[16].

Critique[modifier | modifier le code]

Le motif de la pyramide inversée est semblable à l'hôtel de ville de Boston[18],[19],[20].

Le travail de l'architecte Henry Bernard répond à la demande d'un « témoignage d'architecture contemporaine » formulée par le ministère de la Culture (dirigé à l'époque par André Malraux), chargé de la maîtrise d'ouvrage[18].

Bernard résume en ces termes sa volonté de l'ouvrir sur l'extérieur : « plutôt que de faire la préfecture au fond d'une place, j'ai tenté de faire une place au milieu de la préfecture »[21] ; il souhaite en faire une « maison de verre », qui est « transparente et accessible en permanence »[22].

Pourtant, Ionel Schein commente ainsi son œuvre dans Paris construit : « L'ensemble des préfectures construites ou actuellement en construction gardent, toutes, une fidélité, un attachement à la notion napoléonienne de représentativité et de « gardiennage » de l'ordre public assumée par le haut fonctionnaire, maître des lieux. Faire une préfecture en forme de pyramide posée sur sa pointe, est-ce une prouesse idéologique ? Est-ce un renversement des valeurs ? Non, pas ici : bien au contraire. L'architecture est ici contemporaine du temps historique de sa construction. Toute autre interprétation est vaine. »[23]. D'autres auteurs soulignent la parenté de la forme pyramidale avec les pyramides d'Égypte et le pouvoir pharaonique[24]. Et même si la référence n'est probablement pas délibérée, il reste la volonté d'imposer une forme clairement identifiable[25]. D'autres enfin, voient dans le travail de Bernard un « style pompier » et une « architecture-cendrier » en référence à la forme de l'édifice[19].

Quoi qu'il en soit, l'architecture du bâtiment, diversement reçue, n'a pas vraiment permis de rassembler les habitants, la ville se développant autour de plusieurs pôles sur des modèles urbains distincts[5].

Lors de la Biennale d'architecture de Venise en 2012, Rem Koolhaas a présenté la préfecture avec d'autres bâtiments publics construits dans divers pays européens, dans son exposition intitulée Public Works: Architecture by Civil Servants[26].

Cinématographie[modifier | modifier le code]

Dans le film I... comme Icare, sorti en 1979, la préfecture tient lieu de palais du gouvernement pour l'État fictif dans lequel se déroule l'action[27],[28],[29].

Éric Rohmer, qui qualifie la préfecture de « chose à l'envers »[30], a tourné L'Ami de mon amie en 1987 dans le quartier ; le film s'ouvre ainsi sur le parvis du bâtiment[31].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Hirsch 1990, p. 54.
  2. a et b Bernard Hirsch (préf. Jean-Eudes Roullier et Guy Salmon-Legagneur), L'invention d'une ville nouvelle, Cergy-Pontoise, 1965-1975 : Récit d'un témoin, Paris, Presses de l'École nationale des ponts et chaussées, , 293 p. (ISBN 2-85978-140-4), p. 34.
  3. a, b et c Vincent Girard, C'était la ville nouvelle : Récit de la fondation de Cergy-Pontoise, Paris, Somogy, , 143 p. (ISBN 2-85056-617-9), p. 21.
  4. Bernard Hirsch, Institut Paul-Delouvrier et Programme d'histoire et d'évaluation des villes nouvelles françaises, L'aménagement de la région parisienne, 1961-1969 : Le témoignage de Paul Delouvrier accompagné par un entretien avec Michel Debré, Paris, Presses de l'École nationale des ponts et chaussées, , 220 p. (ISBN 2-85978-374-1), p. 105.
  5. a et b Alain Charre, Ateliers de maîtrise d'œuvre urbaine de Cergy-Pontoise, Maîtrise d'œuvre urbaine : La théorie voilée, Sprimont, Mardaga, , 180 p. (ISBN 2-87009-832-4), p. 39.
  6. (en) Beth S. Epstein, Collective Terms: Race, Culture, and Community in a State-Planned City in France, New York, Berghahn, coll. « Berghahn Monographs in French Studies » (no 10), , 190 p. (ISBN 978-0-85745-084-5), p. 44–45.
  7. Gilles Plum, « Inventaire des préfectures et sous-préfectures », Monuments historiques, no 178,‎ , p. 117–133 (133).
  8. Jacques Lucan, Architecture en France, 1940-2000 : Histoire et théories, Paris, Le Moniteur, coll. « Architextes » (no 11), , 375 p. (ISBN 2-281-19146-X), p. 211.
  9. « Préfecture du Val-d'Oise », Annales de l'Institut technique du bâtiment et des travaux publics, vol. 22, no 258,‎ .
  10. Caroline de Saint-Pierre, La fabrication plurielle de la ville : Décideurs et citadins à Cergy-Pontoise, 1990-2000, Paris, Créaphis, , 311 p. (ISBN 2-913610-12-9), p. 35.
  11. « Cergy : la préfecture du Val-d'Oise a 45 ans ! », Le Parisien,‎ (lire en ligne).
  12. Laurent Kruszyk, « Plaque commémorant l'inauguration de la préfecture de Cergy, le 2 juillet 1970 par Raymond Marcellin, ministre de l'Intérieur », IVR11_20159500016NUC4A, illustration de Cueille, Noyer-Duplaix et Philippe 2012.
  13. Corinne Meynial et Pascale Hermann pour l'IAURIF, « Parc de la préfecture », inventaire général du patrimoine culturel (jardins remarquables, documentation préalable), notice no IA95000046, 1989, sur la base Mérimée, ministère de la Culture.
  14. « La rénovation du parc François Mitterrand », Communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise, .
  15. Joseph Abram et Gérard Monnier (dir.), L'architecture moderne en France de 1889 à nos jours, vol. 2 : Du chaos à la croissance, 1940-1966, Paris, A. et J. Picard, coll. « Librairie de l'architecture et de la ville », , 327 p. (ISBN 2-7084-0556-X), p. 201.
  16. a et b Alice Morgaine, « Architecture : Le grand chambardement des préfectures », L'Express, no 842,‎ 7-13 août 1967, p. 31.
  17. Dominique Amouroux, Marco Crettol et Jean-Pierre Monnet, Guide d'architecture contemporaine en France, Paris, L'Architecture d'aujourd'hui, Technic-Union, , 407 p., p. 358, notice no 442.
  18. a et b de Saint-Pierre 2002, p. 48.
  19. a et b Hirsch 1990, p. 82.
  20. Christian Dupavillon, « Architecture officielle : La façade des institutions », L'Architecture d'aujourd'hui, no 208,‎ , p. 41–46 (45).
  21. Jean-Yves Andrieux et Marie Lavin (pistes pédagogiques) (préf. Jean-François Sirinelli), L'architecture de la République : Les lieux de pouvoir dans l'espace public en France, 1792-1981, Paris, SCÉRÉN-CNDP, coll. « Patrimoine références », , 301 p. (ISBN 978-2-240-02631-6), p. 184.
  22. Sophie Cueille, Léo Noyer-Duplaix et Emmanuelle Philippe, « Préfecture du Val-d'Oise », , pour l'Inventaire général du patrimoine culturel, sur le site du Conseil régional d'Île-de-France, notice no IA95000410.
  23. Cité dans Louis Valensi, « Paris Construit ou d'une exposition qui l'est insuffisamment », L'Information d'histoire de l'art, vol. 16, no 5,‎ novembre-décembre 1971, p. 229.
  24. Marcel Cornu, Conversations avec Bobigny, Paris, Messidor, , 189 p. (ISBN 2-209-06126-1).
  25. Bertrand Lemoine, « Les préfectures contemporaines », Monuments historiques, no 178,‎ , p. 32–37 (36).
  26. (en) Bernd Nicolai, « New Monumentalism in Contemporary Architecture », Anglia (en), vol. 131, no 2–3,‎ , p. 297–313 (300–301) (DOI 10.1515/anglia-2013-0038).
  27. Éric Bureau, « Le président d'« I... comme Icare » a été assassiné à Cergy », Le Parisien,‎ (lire en ligne).
  28. Jacques Bayle et Marie-Claire Gautier, « Tournage du film de Verneuil à Cergy-Pontoise », FR3 Paris, 15 mai 1979, sur le site de l'INA.
  29. Marc Lemonier, Guide des lieux cultes du cinéma en France, Paris, Horay, coll. « Guide Horay », , 423 p. (ISBN 2-7058-0421-8), p. 209 et 228.
  30. Antoine de Baecque, « Architecture-fiction », Libération,‎ (lire en ligne).
  31. Françoise Puaux, Architecture, décor et cinéma, Condé-sur-Noireau, Charles Corlet, et Paris, Télérama, coll. « Cinémaction » (no 75), 1995, 216 p. (ISBN 2-85480-879-7), p. 184.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]