Hôtel Lebas de Montargis

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Hôtel Lebas de Montargis
Façade sur la place de l'hôtel Lebas de Montargis 2017.jpg
La façade sur la place depuis le sud-est, de nuit.
Présentation
Type
Destination initiale
Logement privé
Style
Architecte
Construction
1708
Hauteur
24,50 m
Statut patrimonial
Localisation
Pays
Région
Commune
Adresse
Coordonnées
Localisation sur la carte de France
voir sur la carte de France
Red pog.svg
Localisation sur la carte de Paris
voir sur la carte de Paris
Red pog.svg
Localisation sur la carte du 1er arrondissement de Paris
voir sur la carte du 1er arrondissement de Paris
Red pog.svg

L'hôtel Lebas de Montargis, dit aussi hôtel de Créqui ou Créquy, hôtel de La Garde, hôtel de Fleurieu et hôtel de l'État-major de la Place est un hôtel particulier situé 7 place Vendôme, dans le 1er arrondissement de Paris. Il occupe le pan coupé du coin ouest de la place. Du bâtiment d'origine ne subsiste aujourd'hui que la façade.

Histoire[modifier | modifier le code]

De la construction de la place à celle de l'hôtel[modifier | modifier le code]

Répartition des lots de la place. Parmi les deux lots de Mansart, en bas le no 7, au-dessus le no 9.

La place Louis-le-Grand, actuelle place Vendôme, voit le jour à partir de 1699. Elle est l'œuvre d'un groupe de spéculateurs parmi lesquels l'architecte Jules Hardouin-Mansart, qui fut l'un des architectes majeurs du règne de Louis XIV à qui l'on doit notamment une partie du château de Versailles et de la place des Victoires, et qui fut lui-même l'urbaniste et l'architecte de la place. Ce groupe de spéculateurs achète au cours des années 1690 et jusque dans les premières années du XVIIIe siècle les parcelles correspondant aux différents numéros de la future place. Ainsi le 3 février 1703, Hardouin-Mansart acquiert auprès de la ville de Paris les terrains correspondant aux numéros 7 et 9. La parcelle mesure alors 433 toises. Il revendra quelques années plus tard ces deux lots à son gendre Claude Lebas de Montargis, qui est trésorier de l'extraordinaire des Guerres et qui a épousé en 1693 la fille de Jules Hardouin-Mansart, Catherine Henriette Hardouin-Mansart (1671-1748). Il fait ériger au numéro 7 un hôtel pour son propre usage et revend le la parcelle du numéro 9, telle qu'il l'a achetée, à Jean Bonaventure Le Lay de Villemaré (1659 - 29 novembre 1743). Le premier devint l'hôtel Lebas de Montargis et le second l'hôtel de Villemaré.

Neuf ans auparavant, Hardouin-Mansart avait donné les plans de la façade de la parcelle, identique à toutes celles de la place Louis-le-Grand. Le 17 juin 1702, celle-ci est quasi-achevée lors de la visite de la place par Nicolas II Delespine et Pierre Lemaistre[1], architectes du roi et membres de l'Académie royale d'architecture. Grâce à de puissants contre-forts maintenant les façades des hôtels en cours de construction, la place est rapidement achevée, lui donnant provisoirement un aspect de scène théâtrale.

L'hôtel particulier et ses salons[modifier | modifier le code]

En 1708, Claude Lebas de Montargis vend l'usufruit de l'hôtel, le temps de sa vie, à Anne-Charlotte d'Aumont, marquise de Créquy, veuve de François-Joseph de Créquy mort six ans plus. Dès 1719, la marquise résilie le contrat, et le propriétaire vend alors l'hôtel à son gendre le président Hénault. Le président de la première chambre des Enquêtes du parlement de Paris a épousé Catherine Lebas de Montargis, fille de Claude, en 1714 et il devient donc le locataire de son beau-père. En ce temps-là, le bâtiment est connu sous le nom d’hôtel de Créquy.

L'hôtel abrita de 1724 à 1731 les célèbres dîners du club de l'Entresol, fondé en 1724 par l'abbé Pierre-Joseph Alary, qui réunissait tous les samedis, de cinq heures du soir à huit heures, au domicile du président Hénault, une vingtaine de participants férus de lettres et de politique. Le nom du cercle est une référence à l'étage de l'hôtel Lebas de Montargis auquel se tenaient les réunions. Parmi les habitués se trouvaient le marquis d'Argenson, Montesquieu, le marquis de Balleroy, l'abbé de Saint-Pierre, l'abbé de Bragelonne, l'abbé de Pomponne, Mme du Deffand, Mme de Luxembourg, Mme de Pont de Veyle, Claude-Adrien Helvétius, Mme de Rochefort, Mme Bernin de Valentinay, marquise d'Ussé, Mme de Pompadour, Mme de Forqualquier, le chevalier de Ramsay et plusieurs gentilshommes comme le maréchal-duc de Coigny, le maréchal de Matignon, le marquis de Lassay, le duc de Noirmoutiers, et François Dominique de Saint-Contest. Malgré la grâce dont jouissaient individuellement la plupart de ces membres à la cour, ces dîners finirent par être interdits en 1731 par le cardinal de Fleury, Premier-ministre de Louis XV, du fait de l'esprit libéral qui y régnait.

C'est ensuite Anne-Charlotte Lebas de Montargis (1697-1767), fille aînée de Claude, qui récupéra l'hôtel. Elle a épousé Louis d'Arpajon (1667-1736), lieutenant général et chevalier de la Toison d'or, en 1715, et de leur union est née Anne Claude Louise d'Arpajon. Anne-Charlotte était dame de compagnie de la duchesse de Berry, la fille du régent.

Le 27 septembre 1759, l'hôtel quitte la famille Lebas de Montargis puisqu'Anne-Charlotte le vend à Nicolas Dedelay dit de Delley, seigneur de La Garde et du Blancmesnil (1709-1783), fermier général et secrétaire du roi pour la somme de 200 000 livres, dont 24 000 de mobilier. L'hôtel s'appelle alors hôtel de La Garde. Après la mort de Dedelay, sa veuve, née Élisabeth de Ligniville, l'occupe, y compris après son second mariage avec le comte Polercski, jusqu'à la Révolution.

L'état-major de la place et l'Histoire[modifier | modifier le code]

À partir de 1794, l'hôtel est loué à l'état-major de la place de Paris. En 1809, il revient à Xavier Dedelay de Blancmesnil (1782-1852), petit-fils de Nicolas.

Depuis 1806, le général Doucet est chef d'état-major de la place de Paris, et à ce titre occupe l'hôtel, qui porte alors le nom d’hôtel de l'état-major de la place. Le 1er avril 1812, c'est dans le bureau de Doucet que prend fin la tentative de coup d'État de Malet, lorsque le général Malet est capturé par les dragons sur ordre de Doucet.

Article détaillé : coup d'État de Malet.

L'hôtel change de famille le 6 août 1823 lorsque Jean-Jacques Claret de Fleurieu l'acquiert pour 320 100 francs. Fleurieu renouvelle aussitôt le bail de l'état-major de la place pour un loyer annuel de 23 000. Il meurt en 1826 et son fils Alphonse-Robert Claret de Fleurieu hérite de l'hôtel. Lorsqu'il meurt à son tour, en 1846, c'est son troisième fils (parmi huit enfants mineurs), Henri Claret de Fleurieu, qui se voit attribuer la totalité, en vertu du testament.

Locataire depuis soixante-sept ans, l'État finit par exproprier Henri Claret de Fleurieu et, le 12 mai 1862, en prend possession pour le prix de 1 060 000 francs. À cette occasion, la façade de l'hôtel est classée monument historique[2]. En 1899, l'état-major est transféré aux Invalides. L'hôtel est alors vendu 1 250 100 francs à la compagnie d'assurance La France.

La Compagnie Foncière Vendôme et son projet immobilier[modifier | modifier le code]

En 1915, le 7 place Vendôme est acheté par la maison de couture Beer pour 2 074 930 francs qui occupait les lieux depuis 1900[3]. Lorsqu'est constituée la société Compagnie Foncière Vendôme, en 1930, à seul effet d'exploiter l'hôtel, la Maison Beer fait apport de l'immeuble à la nouvelle société. Parmi les actionnaires de la Compagnie se trouvait aussi l'escroc suédois Ivar Kreuger, qui s'est suicidé en 1932[4].

Le projet de la Compagnie a consisté à construire un immeuble moderne de bureaux en maximisant la surface de plancher sur la parcelle. L'hôtel est presque entièrement détruit et le plan est totalement redessiné et une parcelle voisine, sur la rue Saint-Honoré, est adjointe. Dans l'un des premiers projets parisiens de façadisme, seule la façade sur la place de l'hôtel Lebas de Montargis, classée monument historique pour préserver l'unité de l'ensemble urbain, est préservée. La Compagnie confia la construction du nouvel immeuble à André Ventre dès 1930. Il s'agit de construire un siège à la Banque de Suède et de Paris qu'a fondée Ivar Kreuger[5]. Ainsi, le rez-de-chaussée doit être occupé par une salle des guichets et le sous-sol est dévolu à la salle des coffres, qui est gardée par une porte blindée de douze tonnes. La BNP occupa le site après la Banque de Suède et de Paris (qui, après l'effondrement de l'empire Kreuger, fusionna avec d'autres établissements sous le nom d'Union de Banques à Paris)[4].

À l'occasion du chantier, un passage public a été aménagé au rez-de-chaussée de l'hôtel, qui prit en 1934 le nom de cour Vendôme. Il relie la place à la rue Saint-Honoré, jusqu'où s'étend désormais la parcelle unifiée[6].

L'hôtel abrita, peu avant la Seconde Guerre mondiale, le salon d'Elizabeth Arden, dirigé par sa sœur, Gladys Graham, épouse du vicomte Henri de Maublanc[7].

Décors[modifier | modifier le code]

Le Louvre conserve des pièces du décor d'origine de l'hôtel Lebas de Montargis comme un trumeau de glace. Une partie a été restaurée en 1962 à l'occasion de la présentation dans les salles du musée, une autre a été restaurée dans les années 2010[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives nationales, Z1J460
  2. « Notice de l'Hôtel Lebas de Montargis », notice no PA00085821, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  3. « Gustave Beer, Grand Couturier et Eventailliste », conférence de M. Héliot, Le Cercle de l'éventail, juin 2017.
  4. a et b Ferdinand de Saint-Simon, La Place Vendôme : trois siècles d'Histoire de France, Albatros, 1983, p. 213-225.
  5. « Pavillon Vendôme », poteletchabot.com, consulté le 7 juillet 2017.
  6. « Cour Vendôme », Nomenclature officielle des voies de Paris, paris.fr.
  7. (D. Thuret- Archives familiales), v. 2013
  8. « Hôtel Lebas de Montargis : trumeau de glace », Centre de recherche et de restauration des musées de France.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fernand de Saint Simon (préf. duc de Castries), La Place Vendôme, Paris, Éditions Vendôme, Document utilisé pour la rédaction de l’article

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Articles connexes[modifier | modifier le code]