Hôpital général de Paris

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Sous l'Ancien Régime l'Hôpital Général de Paris n'était pas un établissement médical par destination mais un lieu de renfermement des pauvres. Voulu par des dévots laïcs (la Compagnie du Saint-Sacrement) sous le règne de Louis XIII, il entendait résoudre le problème de la mendicité et des cours des miracles.

La Fronde engendra une crise économique et un développement de la pauvreté lors du règne de Louis XIV. Le , le pouvoir royal créait l'Hôpital Général, qui avait pour objectif de mettre au travail les mendiants et de « sauver leurs âmes ». Il fut presque immédiatement considéré également comme une maison de correction et bientôt une « Force », c'est-à-dire une prison[1]. Mendiants, vagabonds et prostituées étaient internés dans des asiles publics placés sous le contrôle de l'Hôpital Général.

En 1670, dix ans après la mort de Vincent de Paul, il intégrera la Maison de Couche de Paris qui deviendra l'Hôpital des Enfants-Trouvés. À côté de l'Hôpital Général existaient de nombreux établissements relevant de l'Hôtel-Dieu de Paris qui avaient, eux, une fonction médicale. Les malades de l’Hôpital Général étaient envoyés à l’Hôtel-Dieu.

Le Grand Enfermement[modifier | modifier le code]

La progression de la pauvreté accrut la mendicité, le vagabondage, les agressions et la prostitution dans les grandes villes.

Au cours du XVIIe siècle, le pouvoir royal voulut régler ce problème en menant une politique d'enfermement systématique dans les établissements dépendant de l'hôpital général. Cette politique était avant tout l'expression d'une volonté d'ordre public sans aucun souci médical.

Ainsi, à Paris, dans les établissements de la Salpêtrière, la Pitié, Bicêtre, il s'agissait d'accueillir selon les termes mêmes de l'Édit de 1656 les pauvres « de tous sexes, lieux et âges, de quelques qualité et naissance, et en quelque état qu'ils puissent être, valides ou invalides, malades ou convalescents, curables ou incurables »[2].

De fil en aiguille, la population enfermée dans les établissements parisiens atteignit le seuil de 6 000 personnes, soit 1 % de la population de l'époque. Les provinces furent également gagnées par ce mouvement de pénalisation de la misère et, à la veille de la Révolution, on comptait 32 hôpitaux généraux dans tout le pays.

Mais ce mouvement dépasse largement la France, cette politique d'internement forcé des pauvres a affecté l'ensemble des États européens. En Angleterre, dès 1575, un acte d'Elisabeth Ire instituait des établissements visant « la punition des vagabonds et le soulagement des pauvres ». Les « Houses of Correction » qui auraient dû être présentes dans chaque comté vont laisser la place aux workhouses qui dans la seconde moitié du XVIIIe siècle trouveront leur véritable expansion. Foucault note qu'en « quelques années, c'est tout un réseau qui a été jeté sur l'Europe. » En Hollande, en Italie, en Espagne, en Allemagne se créent également des lieux d'internement de même nature[3].

Le fonctionnement de l'Hôpital général[modifier | modifier le code]

Le personnel était entièrement laïc, bien que les noms des officières (appelées les « sœurs ») prête à confusion. Dès sa fondation, l'Hôpital général fut dirigé par des magistrats du Parlement de Paris qui en avaient rédigé les statuts, à l'origine tous membres de la Compagnie du Saint-Sacrement[4] . Lors de la disparition de la compagnie en 1660, les directeurs, sauf ceux qui étaient membre de droit, comme le Lieutenant général de police, furent souvent recrutés, par cooptation, parmi les jansénistes. Pour tenter de combattre leur emprise, en 1673, le roi voulut que l'archevêque de Paris siège également[5]. Mais il ne put jamais contrer leur influence, qui resta prépondérante jusqu'à la Révolution. Les directeurs étaient tous bénévoles.

Un édit de 1662 ordonna la généralisation de l'institution à toutes les grandes villes de France. L'Hôpital général fut la seule destination autorisée non seulement pour l’accueil des pauvres mais également pour toutes donations et legs, excluant de ce fait l’Église de sa vocation à l'assistance. La guerre qui éclata entre les directeurs et l'archevêque de Paris fut victorieuse pour les premiers.

L'Hôpital Général bénéficiait de l'exemption des droits d'entrée sur les denrées qu'il utilisait et perçut rapidement une partie de tout ce que le roi taxait sur les produits de consommation courante.

Le caractère médical de l’Hôpital général[modifier | modifier le code]

Bien que l'Hôpital Général comptât dès sa création un médecin, un chirurgien et un apothicaire, il n'était pas un établissement médical. En revanche, il comportait, comme plus tard l'Hôtel des Invalides, un service de santé minimal pour les pensionnaires. Il semble qu'une infirmerie ait été construite à partir de 1658[6], en revanche les malades sérieux devaient être envoyés à l'Hôtel-Dieu, dont la destination proprement médicale s'affirma progressivement à partir de 1656.

L'affaire de l'Hôpital général[modifier | modifier le code]

Lieu de toutes les exactions contre les pauvres sans défense et de la corruption la plus effrénée, l’Hôpital général fut au cœur d'un scandale qui ébranla le trône. Pour mettre fin à des disputes et violences qui opposaient à Bicêtre le personnel laïc aux prêtres chargés des enfants de chœur, le roi demanda en 1747 à l'archevêque de Paris nouvellement nommé, Christophe de Beaumont, d'aller y mettre de l'ordre. Les tentatives du prélat de regarder ce qui s'y passait déclenchèrent une fronde parlementaire qui vit même en novembre 1751 le Parlement de Paris se mettre en grève[7].

L'affaire de l'Hôpital général, qui avait débuté lors de la nomination de Madame de Moysan, une amie de l'archevêque, au poste de supérieure de la Salpêtrière en 1749, ne prit fin qu'après une totale reculade du roi qui accepta de rendre aux magistrats leurs prérogatives originales, exilant l'archevêque à l'autre bout de la France.

Il semble que les magistrats ont été soupçonnés de vouloir cacher que des abus sexuels répétés sur les enfants et même un véritable trafic d'enfants auraient eu lieu dans l'institution, ce que la présence de l'archevêque n'aurait pu que perturber[8].

L'Hôpital et la Révolution[modifier | modifier le code]

Nommé par l'assemblée nationale pour faire l'état des lieux et proposer des solutions à la mendicité, le duc de La Rochefoucauld-Liancourt rendit en 1790 un rapport qui entretint pendant longtemps la confusion entre hôpital général et soins aux malades[9].

De plus, son rapport, repris par divers auteurs, fait totalement l'impasse sur le pouvoir dictatorial des magistrats laïcs[réf. nécessaire] et laisse entendre que l'Église y avait le pouvoir, ce qui fut repris par les historiens anti-cléricaux, Michelet notamment[10].

Autres Hôpitaux généraux[modifier | modifier le code]

  • Le "Sanitat" a été construit en 1500-1510 dans le faubourg Taillegrain de Bourges, Il est transformé en "Hôpital Général" en 1657 conformément à l'Edit de Colbert de 1662.
  • Hôpital général de Douai bâti de 1756 à 1760.
  • Ils prennent progressivement le nom de Maison de la charité au XIXe siècle[11].
  • Hôpital général de Caen, dit plus communément hospice Saint-Louis.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir, disponible sur Gallica, Code de l'Hôpital général, table pages 31 et 32
  2. Édit du roi portant établissement de l'hôpital général, Code de l’Hôpital général p 262.
  3. Voir Michel Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique
  4. Voir « La Marche rouge, les enfants perdus de l'Hôpital général », par Marion Sigaut, éditions Jacqueline Chambon, Paris 2008.
  5. Déclaration du roi du 22 avril 1673, voir Code de l'Hôpital général p. 95
  6. Sainte Fare Garnot Nicolas. « L'Hôpital Général de Paris. Institution d'assistance, de police, ou de soins ? » In: Histoire, économie et société. 1984, 3e année, no 4. pp. 535-542.
  7. La Marche rouge, chapitres 1 et 3
  8. La Marche rouge, p. 173 et suivantes.
  9. La Rochefoucauld-Liancourt, Rapport, fait au nom du comité de mendicité, des visites faites dans divers hôpitaux, hospices et maisons de charité de Paris. Par M. de La Rochefoucauld-Liancourt, député du département de l'Oise. Imprimé par ordre de l'Assemblée nationale. (15 juillet 1790).
  10. Jules Michelet, Histoire de France, tome 17
  11. Patrice Bourdelais et Olivier Faure, Les nouvelles pratiques de santé (XVIIIe-XXe siècles), Belin, 2005

Voir aussi[modifier | modifier le code]