Hôpital des Quinze-Vingts

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Hôpital des Quinze-Vingts
Image illustrative de l'article Hôpital des Quinze-Vingts
Entrée de l'hôpital des Quinze-Vingts au 28 de la rue de Charenton.
Présentation
Coordonnées 48° 50′ 08″ nord, 2° 23′ 40″ est
Pays Drapeau de la France France
Ville Paris
Site web www.quinze-vingts.frVoir et modifier les données sur Wikidata

Géolocalisation sur la carte : 12e arrondissement de Paris

(Voir situation sur carte : 12e arrondissement de Paris)
Géolocalisation sur la carte : Paris/12e arrondissement de Paris

Le centre hospitalier national d’ophtalmologie des Quinze-Vingts est actuellement situé 28, rue de Charenton, dans le 12e arrondissement de Paris. L'hôpital a donné son nom au quartier des Quinze-Vingts, 48e quartier de Paris et l'un des quatre quartiers de cet arrondissement.

Ce site est desservi par la station de métro Bastille.

Historique[modifier | modifier le code]

Moyen Âge : le premier hôpital de la rue Saint-Honoré[modifier | modifier le code]

L'hôpital des Quinze-Vingts de la rue Saint-Honoré, entre Tuileries, Louvre et Palais-Royal, sur le plan de Jouvin de Rochefort, en 1672.
L'hôpital des Quinze-Vingts en 1567.

L'hospice des Quinze-Vingts a été fondé vers 1260 par saint Louis sans que l'on connaisse le détail et l'époque précise de cette fondation. Il était alors situé rue Saint-Honoré au coin de la rue Saint-Nicaise[1], sur une pièce de terre appelée « Champourri »[2]. Le nom de Quinze-Vingts veut dire trois cents (15 × 20 = 300) dans le système de numération vicésimal et, de fait, l'hospice comprenait trois cents lits. Le but était de recueillir les pauvres aveugles de Paris, des deux sexes, qui étaient fort en détresse.

« Aussi li benoiez roys fit acheter une piece de terre de les Saint-Ennouré, où il fist fere une grant mansion porce que les poures avugles demorassent ilecques perpetuellement jusques à trois cents ; et ont tous les ans de la borse du roy, pour potages et autres choses, rentes. En laquelle méson est une église que il fist fere en l'eneur de saint Remi, pour que lesditzs avugles oients ilecques le service Dieu[3]. »

Cette création a conduit directement à la fondation d'autres maisons d'aveugles, mais à l'initiative de bourgeois de la ville, comme l'hospice des Six-Vingts de Chartres ou celle de l'hôpital Jean-Rose de Meaux[4].

Louis IX aurait fait bâtir cette maison pour porter secours à 300 chevaliers faits prisonniers par les Sarrasins durant la septième croisade, et qui eurent les yeux crevés avant d'être libérés. Toutefois Jean de Joinville n'en parle pas, et aucune source de l'époque ne l'atteste. Selon l'historien des Quinze-Vingts, Léon Le Grand, il s'agirait d'une légende apparue au XVIe siècle[5].

Le pape Clément IV recommanda cette institution aux prélats dans une bulle datée de 1265, en les invitant à favoriser les quêteurs qui demandaient l'aumône pour ces pauvres[2]. La gestion de l'établissement semble toutefois avoir laissé à désirer :

« Je ne sais trop pourquoi le roi a réuni dans une maison trois cents aveugles, qui s'en vont par troupes dans les rues de Paris, et qui, pendant que le jour dure, ne cessent de braire. Ils se heurtent les uns contre les autres, et se font de fortes contusions ; car personne ne les conduit. Si le feu prend à la maison, il ne faut pas en douter, la communauté sera entièrement brûlée, et le roi obligé de la reconstruire à de nouveaux frais[6]. »

Depuis la fin du XVIIIe : l'hôpital de la rue de Charenton[modifier | modifier le code]

Caserne abritant l'Hôpital des Quinze-Vingts, estampe de 1809.

En 1779, sous le règne de Louis XVI, le cardinal de Rohan fit transférer l'établissement rue de Charenton, dans le faubourg Saint-Antoine. Par lettres patentes du 16 décembre 1779, le roi ordonne la création de plusieurs rues à l'emplacement de l'ancien hôpital des Quinze-Vingts : rue de Beaujolais-Saint-Honoré, rue de Chartres-Saint-Honoré, rue de Montpensier-Saint-Honoré, rue des Quinze-Vingts, rue de Rohan, rue de Valois-Saint-Honoré[7]. Toutes ces rues, à l'exception de la rue de Rohan, ont été supprimées lors du prolongement de la rue de Rivoli et l'achèvement du palais du Louvre dans les années 1850.

L'hôpital est aménagé dans l’ancienne caserne des Mousquetaires-Noirs, qui avaient été supprimés en 1775. Le cardinal de Rohan modifia le système d'administration et porta le nombre d'aveugles à huit cents[8].

En l'an IX de la république (1801), on réunit à l'hospice des Quinze-Vingts l'institut des jeunes aveugles fondé par Valentin Haüy en 1784. Devenue l'Institut national des jeunes aveugles (INJA), cette institution fut ensuite transférée rue Saint-Victor, puis au 56 boulevard des Invalides en 1843.

Dans les bâtiments reconstruits à partir de 1957, le Centre hospitalier national d’ophtalmologie (CHNO) des Quinze-Vingts est toujours un hôpital spécialisé dans les maladies des yeux. Il ne fait néanmoins pas partie de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Une partie de l'ancienne caserne des Mousquetaires-Noirs fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le [9].

L'Institut de la vision[modifier | modifier le code]

Chapelle de l'hôpital des Quinze-Vingts : Vitrail du Martyre de Crépin et Crépinien (XVe siècle).

L’Histoire continue à faire de cet hôpital un précurseur en ophtalmologie avec la création de l’Institut de la vision, qui a ouvert ses portes en mars 2008 sur le site du CHNO, 17, rue Moreau à Paris. Il a été labellisé comme projet structurant du pôle de compétitivité d'envergure mondiale Medicen.

Cette « immense ruche de verre de 6 000 m2 » a été créée grâce à un partenariat : dès 2002, le Pr José-Alain Sahel (chef de service au CHNO des Quinze-Vingts et directeur de l’Institut) et son équipe ont œuvré aux côtés de trois institutions : l'Inserm, l'université Pierre-et-Marie-Curie et le CHNO des Quinze-Vingts, en liaison avec plusieurs services hospitaliers (Fondation ophtalmologique Rothschild, hôpital Lariboisière, Assistance publique), pour faire sortir de terre un pôle de recherche sur les maladies oculaires.

Sa réalisation a été assurée dans le cadre d'une participation public/privé avec le concours financier du CHNO des Quinze-Vingts, de l'Inserm, de l'université Pierre-et-Marie-Curie, du Conseil régional d'Île-de-France, de la Ville de Paris, de l'AFM, de la Fédération des aveugles et handicapés visuels de France, de la Foundation Fighting Blindness (États-Unis), de la Fondation ophtalmologique Rothschild, de la commission européenne, de la Fondation pour la recherche médicale, de l'Agence nationale de la recherche, de la fondation NRJ et de la fondation Bettencourt-Schueller avec l'appui de la Caisse des dépôts et consignations et de l'ICADE[10].

Il doit, dans un premier temps, accueillir douze équipes d’experts en ophtalmologie et huit entreprises dont les missions seront de découvrir et de tester des traitements innovants contre les pathologies oculaires.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

Le mur de l'Hôpital des Quinze-Vingts, témoin de la crue de 1740.
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  • Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les brouillards dans Paris furent si intenses qu'on s'avisa de louer à l'heure les services des aveugles des Quinze-Vingts pour guider les piétons et les voitures dans le dédale des rues de la capitale[11][réf. insuffisante].
  • Les Quinze-Vingts inspirèrent à Voltaire le conte Petite digression, aussi appelé Les aveugles juges des couleurs (1766), qui défend l'agnosticisme en comparant les religieux à des aveugles qui jugent de la couleur de tunique et à des sourds qui jugent de la musique[12].
  • On peut supposer une grande notoriété à l'hospice des Quinze-Vingts, jusque dans les paroisses éloignées telle que Romillé en Bretagne où le  : « a esté inhumé au cimetierre Louis Marecq mort subitement hier matin dans l'auberge du Pavillon royal au bourg de Romillé faisant la queste pour les quinze vingt, auquel il a été mis sur l'estomac une couronne de la Vierge qu'on lui a trouvé comme marque de christianisme […] »[réf. nécessaire]
  • À partir de 1817 jusqu'en 1827, Nicolas Appert reçoit des locaux dans l'enceinte de l'hôpital pour y installer sa conserverie[13].
  • Une rue de la ville de Troyes porte le nom de « rue des Quinze-Vingts » car l'hospice parisien possédait une maison au numéro 3 de cette rue.
  • La bataille maritime du cap Finistère qui vit le 22 juillet 1805, la déroute de la flotte franco-espagnole commandée par l'amiral Pierre de Villeneuve à l'anglaise de Robert Calder, est également appelée bataille des "quinze-vingt". En raison de l'épais brouillard dans lequel se perdaient nos navires[14]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Albert Lenoir et Adolphe Berty, Histoire topographique et archéologique de l'ancien Paris : feuille 3, Paris, Martin et Fontet [lire en ligne]
  2. a et b J-A Delaure et Gabriel Roux, Histoire de Paris, 1853, p. 132.
  3. Vie de Saint Louis (1303) - Guillaume de Saint-Pathus, confesseur de la reine Marguerite, A. Picard et fils, Paris, 1899, p. 87
  4. Pierre-louis Laget, L'hôpital en France, histoire et architecture, Lieux Dits, (ISBN 978-2-36219-054-4), p. 53.
  5. Léon Le Grand 1887, p. 11-22. Il s'agit du chapitre I consacré à l'examen critique de cette question.
  6. Rutebeuf, Les Ordres de Paris, poème écrit autour de 1260
  7. Félix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, édition de 1844, p. 578-581 lire en ligne
  8. J-A Delaure, Histoire de Paris, Gabriel Roux, 1853, p. 133.
  9. « Caserne des Mousquetaires-Noirs (ancienne), dans l'actuel Hôpital des Quinze-Vingts (Centre d'Ophtalmologie) », notice no PA00086564, base Mérimée, ministère français de la Culture
  10. Communiqué de presse de l'Inserm.
  11. Rapporté par Jean-François Parot dans son roman L'affaire Nicolas Le Floch, Éditions 10/18, 2002, p. 211
  12. Dans ce conte satyrique, les Quinze-Vingts ne sont qu'un prétexte pour localiser une communauté d'aveugles, la critique ne vise pas l'hospice en lui-même.
  13. Jean-Paul Barbier, Nicolas Appert inventeur et humaniste, éd. Royer, Paris, 1994
  14. Hubert Grannier, Histoire des marins français 1789-1815.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Léon Le Grand, Les Quinze-Vingts depuis leur fondation jusqu'à leur translation au faubourg Saint-Antoine (XIIIe-XVIIIe siècle), Paris, (lire en ligne)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]