Héphestion

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Héphaestion
La Famille de Darius devant Alexandre, Véronèse, 1565-1570, National Gallery. Alexandre montre Héphaestion à Sisygambis : « Lui aussi est Alexandre ».
La Famille de Darius devant Alexandre, Véronèse, 1565-1570, National Gallery. Alexandre montre Héphaestion à Sisygambis : « Lui aussi est Alexandre ».

Naissance 356 av. J.-C.
Décès 324 av. J.-C.
Origine Royaume de Macédoine
Allégeance Alexandre le Grand
Grade Chiliarque
Conflits Conquête de l'empire perse
Faits d'armes Bataille du Granique
Bataille d'Issos
Bataille de Gaugamèles
Bataille de l'Hydaspe
Autres fonctions Sômatophylaque
Hipparque

Héphaestion, Héphaistion ou Héphestion (en grec ancien Ἡφαιστίων / Hêphaistíôn), né à Pella en 356 av. J.-C. et mort à Ecbatane en 324, est un général macédonien, favori d'Alexandre le Grand. Ami d'enfance du futur souverain, il débute comme officier dans la cavalerie des Compagnons puis commande la garde équestre au commencement de la conquête de l'empire perse. Par la suite, il devient sômatophylaque (garde du corps) d'Alexandre et profite de la mort de Philotas en 330 pour obtenir le titre d'hipparque de la cavalerie. Vers 327, au moment de la conquête de l'Inde, il est désigné chiliarque, soit chef de la cavalerie et équivalent du vizir achéménide ; ce qui fait de lui le second dans la hiérarchie. Sa mort de cause naturelle en 324 plonge Alexandre dans une profonde affliction et un culte héroïque lui est dédié. Une tradition historique remontant aux auteurs antiques fait d'Héphaestion l'amant d'Alexandre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le début de sa carrière[modifier | modifier le code]

Fils de l'aristocrate Amyntas, il est élevé auprès d'Alexandre, qui est né la même année, et reçoit lui aussi l'enseignement philosophique d'Aristote. Officier dans la cavalerie des Compagnons (hétaires), il commande l'escadron de la garde royale (agèma équestre). À l'arrivée en Asie en 334 av. J.-C., il dépose avec Alexandre une couronne sur les tombes d'Achille et de Patrocle près de Troie. Élien explique ainsi qu'Héphaestion « laissait ainsi entendre qu'il était l'amant d'Alexandre, comme Patrocle avait été celui d'Achille »[1].

La famille de Darios devant Alexandre, Giusto Sustermans, Biblioteca Museu Víctor Balaguer.

À la suite de la bataille d'Issos en 333, la famille royale perse est capturée. Selon la Vulgate d'Alexandre, Sisygambis, la mère de Darius III, aurait alors confondu Héphaestion, qui « l’emportait par la taille et la beauté », avec Alexandre, qui aurait rétorqué : « Lui aussi est Alexandre »[2]. Cette fable proviendrait de l'historien Clitarque, sachant que le thème de la ressemblance vestimentaire entre Alexandre et Héphaestion est commun à Alexandrie à la fin du IVe siècle av. J.-C. Arrien considère cet épisode comme une invention[3]. La scène a inspiré à Paul Véronèse le tableau La Famille de Darius devant Alexandre.

L'affirmation d'Héphaestion[modifier | modifier le code]

En 332, il obtient le titre de sômatophylaque (garde du corps) parmi sept compagnons d'Alexandre[4]. Il est plusieurs fois blessé en combattant auprès d'Alexandre, notamment à la bataille de Gaugamèles. Il participe à l'interrogatoire et au supplice de Philotas et profite de sa mort pour monter en grade. En 330, il est nommé hipparque (chef d'une des hipparchies de cavaliers)[5]. Après la mort de Philotas, Alexandre procède en effet à une réforme de la cavalerie qui est d'abord scindée en deux hipparchies commandées par Héphaestion et Cleitos [6].

En 328, il est chargé de peupler avec des indigènes et des colons gréco-macédoniens, les cités fondées nouvellement en Bactriane et Sogdiane[7].

Chiliarque et vizir[modifier | modifier le code]

Peu avant la conquête de l'Inde, vers 327, Héphaestion est désigné chiliarque, soit chef de la cavalerie des Compagnons mais aussi équivalent du vizir achéménide[8], ce qui en fait le second dans la hiérarchie, obtenant en plus le commandement d'une garde formée de 1 000 nobles perses[9]. Cette désignation correspond à la volonté d'Alexandre de confier les postes clefs à ses fidèles dans le contexte de l'adoption des usages achéménides[9] : Héphaistion soutient par exemple son roi dans sa tentative d'introduire à la cour l'usage de la proskynèse, très contestée parmi les officiers macédoniens.

La désignation d'Héphaestion au poste de chiliarque provoque une vive concurrence avec le chancelier Eumène de Cardia qui a autorité sur les correspondances royales et l'intendance de l'armée[10] ; plusieurs différends d'ordre financier et protocolaire les opposent[11]. Mais son plus grand rival est Cratère[12], principal commandant de la phalange. Les deux hommes en viennent à se battre durant l'expédition en Inde. Afin notamment d'éloigner les deux rivaux, Alexandre ordonne à Cratère de retourner en Macédoine avec une troupe de vétérans afin de remplacer Antipater à la tête de la régence. Diodore de Sicile fait dire à Alexandre : « Cratère, certes, aimait son roi, mais Héphaestion aimait Alexandre »[13]. Enfin, Olympias aurait également témoigné une certaine hostilité envers le favori.

Au printemps 326, il dirige le gros de l'armée jusqu'à l'Indus, avec l'aide de Taxilès, pendant qu'Alexandre et Cratère soumettent les populations de la vallée du Kophen autour de Kaboul[14]. À la fin de l'année, il conduit la troupe avec Cratère le long des rives de l'Indus tandis qu'Alexandre descend le fleuve à la tête d'une flotte de 1 000 navires[15].

Lors des noces de Suse en février 324, il épouse Dryptéis, la fille cadette de Darius, montrant sa position de « premier après le roi »[16].

Funérailles et héroïsation[modifier | modifier le code]

Héphaestion tombe malade à la suite d'excès de nourriture et de boisson et meurt le 10 novembre 324 av. J.-C. à Ecbatane, probablement de la fièvre typhoïde. Alexandre serait resté à pleurer une journée entière sur le corps de son défunt favori, comme Achille devant Patrocle, et ordonne que Glaucos, le médecin d'Héphaestion, soit crucifié. Toujours en l'honneur de son favori, Alexandre aurait fait raser l'acropole et les remparts d'Ecbatane[17].

Après avoir consulté les oracles d'Ammon[18], il « jeta des armes dans son bûcher, fit fondre de l'or et de l'argent avec le mort et mit dans le feu ce célèbre habit [du Grand Roi] considéré comme très précieux chez les Perses. Il coupa ses boucles à la manière des héros homériques, geste par lequel il imitait l'Achille du Poète »[19].

Alexandre impose immédiatement l'héroïsation d'Héphaestion au sein de l'empire asiatique et des cités grecques d'Europe dont Athènes[20]. Alexandre ordonne, le temps du deuil, que l'on éteigne à travers l'empire les feux sacrés entretenus par les Mages, comme les Perses ont coutume de faire à la mort du Grand Roi. L'oracle de Zeus Ammon à Siwa, habituellement consulté pour les cultes funéraires, prescrit de sacrifier au « dieu Héphaestion ». Enfin, Alexandre demande au satrape d'Égypte que l'on élève à Alexandrie et sur l'île de Pharos deux hérôa et qu'on inscrive le nom du favori sur les contrats officiels[21]. D'abord honoré en tant que héros, Héphaestion est l'objet à la mort d'Alexandre d'un culte divin à Alexandrie où sa popularité est grande[22].

Sous l'influence d'Eumène de Cardia, l'habile chancelier, tous les officiers contribuent à la construction à Babylone d'un tombeau majestueux, de forme pyramidale ou cubique selon les sources[23]. Les cérémonies fastueuses prévues pour Héphaestion (elles auraient coûté la somme considérable de 12 000 talents) servent en fait, plus tard, aux funérailles d'Alexandre, mort le 13 juin 323 av. J.-C.

Postérité[modifier | modifier le code]

Alexandre, à gauche, et Héphaestion, à droite, musée de la Villa Getty.

Dans l'art antique[modifier | modifier le code]

Héros divinisé, Héphaestion bénéficie d'une grande popularité à Alexandrie à la fin du IVe siècle av. J.-C. ; il est associé à Alexandre dans la statuaire locale comme en témoigne deux statuettes alexandrines formant groupe qui représentent Alexandre et Héphaestion vêtus du même costume (Musée national archéologique d'Athènes). Cette popularité à Alexandrie peut expliquer le rôle de premier plan que joue Héphaestion dans la Vulgate d'Alexandre issue de Clitarque (via Diodore de Sicile, Quinte-Curce et Trogue-Pompée), historien à la cour de Ptolémée Ier.

En dehors d'Alexandrie, sont connus deux bustes d'Alexandre et d'Héphaestion provenant de Cymé d'Éolide (Villa Getty). On sait aussi que Lysippe, le portraitiste attitré d'Alexandre, a sculpté un portrait d'Héphaestion[24]. Enfin la statue datant du IVe siècle av. J.-C. connue sous le nom de « lion de pierre » (Sang-e-Shir en persan), que l'on peut encore voir à Hamadan (ancienne Ecbatane), serait peut-être un présent fait par Alexandre pour commémorer Héphaestion.

Selon Katerina Peristeri, directrice des fouilles du colossal tombeau d'Amphipolis mis au jour en 2014[25], Alexandre aurait commandité la construction de ce tombeau pour Héphaestion, car le monogramme H est présent sur plusieurs trouvailles réalisées dans le tombeau[26]. Mais cette hypothèse, avancée sans autres preuves documentaires, suscite la réprobation de l'Association des archéologues grecs.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Dans le film Alexandre réalisé par Oliver Stone en 2004, Héphaestion est incarné par Jared Leto (ainsi que par l'Irlandais Patrick Carroll dans le rôle d'Héphaestion adolescent). Conseillé par l'historien américain Robin Lane Fox, professeur à Oxford, Oliver Stone dresse le portrait d'un Héphaestion effacé, attentionné et fidèle à Alexandre ; les deux personnages sont présentés comme amants.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Élien, Histoires variées, XII, 7. La thèse d'une relation homosexuelle est notamment développée par Robin Lane Fox, Alexander the Great, 1974, p. 113.
  2. Diodore, XVII, 37, 6. On retrouve cette citation chez Quinte-Curce, Plutarque et Justin.
  3. Arrien, II, 2, 16.
  4. Il convient de ne pas confondre le titre de commandant de la garde équestre et celui de garde du corps.
  5. Arrien, III, 27, 10
  6. Goukowsky 1993, p. 282. À la fin du règne il existe jusqu'à quatre hipparchies de Compagnons.
  7. Goukowsky 1993, p. 288.
  8. Arrien, VII, 14, 10.
  9. a et b Goukowsky 1993, p. 277.
  10. Plutarque, Vie d'Eumène, 7, 13. Eumène est à cette époque lié par l’amitié à Cratère
  11. Plutarque, Vie d'Eumène, 2, 1-10.
  12. Goukowsky 1993, p. 328.
  13. Diodore, XVII, 114, 2.
  14. Goukowsky 1993, p. 295.
  15. Goukowsky 1993, p. 298.
  16. Goukowsky 1993, p. 304, 316.
  17. Élien, Histoires variées, VII, 8.
  18. Goukowsky 1993, p. 307.
  19. Élien, Histoires variées, VII, 8. D'après la traduction de A. Lukinovitch et A.F. Morand, Belles Lettres, 2004.
  20. Arrien, VII, 3, 26 ; Lucien de Samosate, De Calumnia, 17 ; Hypéride, Epitaphios, 21. Sur le culte d’Héphaestion voir Paul Goukowsky, Essai sur les origines du Mythe d’Alexandre, Université de Nancy, 1978, I, p. 204-205 et les notes complémentaires dans la traduction française de Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XVII, CUF, coll. « Les Belles Lettres », 1976.
  21. Arrien, VII, 23, 6.
  22. Justin, XII, 2.
  23. Diodore, XVII, 115, 1-5 ; Plutarque, Vie d'Eumène, 2, 10 ; Arrien, VII, 4, 15. On doit à Diodore une description précise, mais conjecturale, de ce monument.
  24. Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne], XXXIV, 61.
  25. Le mystère d'Amphipolis résolu ?, Sciences et Avenir, , p. 21
  26. (en). Greek Reporter - Anastasios Papapostolou, « Hephaestion’s Monogram Found at Amphipolis Tomb (Le monogramme d'Héphaestion trouvé dans le tombeau d'Amphipolis). », sur greece.greekreporter.com, (consulté le 8 octobre 2015).

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources antiques[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Battistini (dir.) et Pascal Charvet (dir.), Alexandre le Grand, Histoire et dictionnaire, Paris, Laffont, coll. « Bouquins », (ISBN 222109784X).
  • Paul Goukowsky, Le monde grec et l'Orient : Alexandre et la conquête de l'Orient, t. 2, PUF, coll. « Peuples et Civilisations », (1re éd. 1975), 702 p. (ISBN 2-13-045482-8)