Hélène Jégado

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Dessin représentant Hélène Jégado vers 1851.

Hélène Jégado (née à Plouhinec[1] le et morte à Rennes le ) est une empoisonneuse française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née en 1803, la jeune Hélène, enfant choyée élevée dans une petite ferme d'une famille de cultivateurs pauvres, est nourrie des légendes de la Basse-Bretagne. Elle est notamment traumatisée par le personnage de l'Ankou, dont elle va devenir l'incarnation pour surmonter ses angoisses[2]. En 1810, après la mort de sa mère, elle est envoyée chez une tante qui travaille comme domestique dans un presbytère de Bubry, et devient elle-même domestique. Par la suite, dans différentes villes – Séglien, Auray, Bubry, Hennebont, Locminé, Lorient, Pontivy et, enfin, en 1849, Rennes[2] –, elle sera notamment cuisinière, un emploi idéal pour empoisonner à l'arsenic les plats de ses victimes : des clients d'un bordel militaire de Port-Louis, où elle se prostitue, des maîtresses de maison, des prêtres, des religieuses, jusqu'à des enfants. Sa série de crimes s'arrête à Rennes, après les meurtres de deux gouvernantes successives et d'une servante de son employeur, l'avocat, professeur de droit et expert en affaires criminelles Théophile Bidard de la Noë, qui, soupçonneux, se décide finalement à enquêter[3].

L'exécution d'Hélène Jégado sur le Champ de Mars à Rennes met fin à une carrière criminelle de dix-huit ans, facilitée par le fait qu'à cette époque la région est touchée par des épidémies de choléra dont les symptômes sont proches de ceux de l'empoisonnement à l'arsenic. De plus Hélène Jégado ne vole pas ses victimes et les familles refusent les autopsies du corps de leurs parents. Le nombre de ses victimes est impossible à déterminer avec précision, probablement 36[2], car la plupart de ses forfaits ayant été commis plus de dix ans avant son procès, ne peuvent plus être jugés du fait de la prescription légale de dix ans en vigueur à l'époque. Aussi son procès écartera-t-il 21 empoisonnements et 5 tentatives d'empoisonnement. Jean Teulé la considère comme la plus grande[4] tueuse en série du monde[3]. Son habitude de conserver des reliques de chacune de ses victimes permet aujourd'hui d'estimer qu'elle a tué environ soixante personnes, y compris des enfants, notamment la petite Marie Bréger au château de Soye, (à Plœmeur), en mai 1841, dix ans et un mois avant son arrestation, ainsi que deux tantes et son père[3].

Son acte d'accusation comporte cinq empoisonnements et cinq tentatives d'empoisonnement, ainsi que onze comptes de vol domestique. Le procès s'ouvre devant la Cour d'assises d'Ille-et-Vilaine, le 6 décembre 1851, et se termine par la condamnation à mort, le 14 décembre, après une heure quinze de délibération. Le discours final de Me Magloire Dorange, jeune avocat de 24 ans chargé de la défense, qui plaide la folie, est un plaidoyer contre la peine de mort[5]. Femme pieuse, Hélène se confesse à l'abbé Tiercelin et avoue ses meurtres en prison, la veille de son exécution. Ces révélations qu'elle autorise à rendre publiques après son décès, se révèlent pourtant peu fiables, certains crimes ont été omis et d'autres rajoutés[2].

Mais les circonstances politiques d'après le coup d’État de Napoléon III du 2 décembre, font que le cas passe presque inaperçu dans les journaux nationaux[3]. Le député Jean-Baptiste Baudin, médecin spécialisé dans les maladies de l'estomac, cité à comparaître au procès, trouve la mort sur les barricades du faubourg Saint-Antoine le 3 décembre[2].

Hélène Jégado est guillotinée en 1852.

La culpabilité d'Hélène Jégado n'a jamais été mise en cause. Plusieurs mobiles ont été proposés sans vraiment convaincre, aucune explication raisonnable n'a pu être donnée à son action[2].

Sa méthode était simple : cuisinière dans les presbytères et les maisons bourgeoises, elle ajoutait de la « poudre blanche » dans la soupe ou les gâteaux qu'elle préparait, autrement dit de l'arsenic, sous la forme de « mort-aux-rats »[3].

Postérité[modifier | modifier le code]

« La Jégado » est le sujet d'une feuille volante en français (Complainte d'Épinal) et d'une complainte en langue bretonne de Jafferedo, imprimée à Hennebont (1900). Elle devient une espèce de croque-mitaine, personnage maléfique qu'on menaçait d'appeler pour forcer les enfants à manger leur soupe[6].

En janvier 1967, un épisode de la série En votre âme et conscience est consacré au cas d'Hélène Jégado.

En 2006, Pierre Mathiote réalise pour France 3 La Jégado, un docu-fiction avec Taïra Borée dans le rôle-titre.

Le Musée de Bretagne de Rennes possède le masque mortuaire d'Hélène Jégado dont on avait recherché la « bosse du crime » lors de l'autopsie par la Faculté de médecine[7].

En Bretagne aujourd'hui encore, plusieurs pâtisseries proposent des « gâteaux d'Hélène Jégado », à l'angélique pour imiter la couleur verte que prenait le gâteau arsénié à la cuisson, et aux amandes qu'Hélène utilisait pour masquer le goût amer de l'arsenic, mais garantie sans arsenic[3]. La recette a été signalée sous le nom de Gâteau breton d'Hélène Jégado par Simone Morand dans son livre Gastronomie bretonne d'hier et d'aujourd'hui en 1965.

En 2013, le romancier français Jean Teulé, écrit une biographie romancée de la vie d'Hélène Jégado, Fleur de tonnerre, dont l'adaptation au cinéma est réalisée en 2016 par Stéphanie Pillonca-Kervern avec Déborah François, Benjamin Biolay, Jonathan Zaccaï, Féodor Atkine, Gustave Kervern, Miossec,Catherine Mouchet et Jean-Claude Drouot [8].

En 2015, le groupe de rock-celtique Kalffa écrit La Jégado, une chanson consacrée à Hélène Jégado.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anonyme, Affaire d'Hélène Jégado, accusée de nombreux empoisonnements [à l'arsenic et de vols au préjudice de ses patrons successifs]... Arrêt de la Cour portant condamnation à mort de la fille Hélène Jégado, Rennes, au bureau du "Progrès" et chez les libraires, 1851, 240 pages.
  • Anonyme, Crimes commis par Hélène Jégado, domestique, Agen, J.-B. Barrière, 1859, 4 p.
  • Anonyme, Exécution d'Hélène Jégado, Nantes, impr. de V. Mangin, 1852.
  • Anonyme, Hélène Jégado. Empoisonnements [à l'arsenic de Rosalie Sarrazin, Perrote Macé et Rose Texier]. Vols. Condamnation à mort, Nantes, impr. W. Busseuil, s. d., 2 p.
  • Anonyme, L'empoisonneuse Hélène Jégado accusée d'avoir attenté à la voie de 57 personnes dont 25 ont succombé, Joinville, A. Lebrun, 1863, 2 p.
  • Anonyme, L'empoisonneuse Hélène Jégado, Meaux, Impr. de A. Cochet, 1864.
  • Fouquier A, série Causes célèbres de tous les peuples, 32 pages, 1865.
  • Pierre Bouchardon, Hélène Jégado. L'empoisonneuse bretonne, Paris, Albin Michel, 1937, 252 pages.
  • Bouchardon Pierre, « La Brinvilliers du XIXe siècle : l'empoisonneuse Hélène Jégado », Revue internationale de criminologie et de police technique vol. V, 1951.
  • Le Saout Georges, Hélène Jégado, portrait d'une empoisonneuse, discours de rentrée à l'audience solennelle de la Cour d'appel de Rennes, 16 septembre 1968, Rennes, Les Nouvelles, 1968, 37 pages.
  • Parsons Jacques, Quelques empoisonneuses [Marie Lafarge, 1840; Mme Boursier, 1823; Euphémie Vergès, Mme Lacoste, 1843; Hélène Jégado et Jeanne Weber, 1906, Histoire de la médecine, 1974.
  • Meazey Peter, La Jégado, histoire de la célèbre empoisonneuse, La Plomée, 1999, 149 pages.
  • Meazey Peter, La Jégado, l'empoisonneuse bretonne, Astoure, 2006. (nouvelle édition du livre de 1999.)
  • Christophe Belser et Jacques Rouzet, Les Grandes affaires Criminelles d'Ille-et-Vilaine, De Borée, 2006 (OCLC 470597451).
  • Myriam Tsikounas (dir.), Éternelles coupables. Les femmes criminelles de l’Antiquité à nos jours, Paris, Autrement, 2008, 208 p.
  • Collectif, Les Grandes Affaires Criminelles de Bretagne, De Borée, 2009.
  • Anne-Emmanuelle Demartini, Figures de femmes criminelles : de l'Antiquité à nos jours, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. « Hommes et Société », , 352 p. (ISBN 978-2-85944-631-4), « La figure de l'empoisonneuse, de Marie Lafarge à Violette Nozière », p. 27 à 39.
  • Sylvain Larue, Tueurs en série de France, De Borée, Paris, 2010.
  • Serge Cosseron et Jean-Marc Loubier, Femmes criminelles de France, De Borée, 2012.
  • Chloé Chamouton, Histoires vraies en Bretagne, Papillon Rouge, 2012.
  • Jean Teulé, Fleur de tonnerre, Julliard, 2013.(Roman)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Etat civil de Plouhinec, Naissances 1802-1803, p. 19-24
  2. a, b, c, d, e et f « L’empoisonneuse et le Bâtonnier », Baro Magazine (le bulletin des avocats de Rennes), no 39,‎ , p. 22-23
  3. a, b, c, d, e et f Jacques Pradel, Hélène Jégado l'empoisonneuse, émission L'Heure du crime sur RTL, 7 mars 2013.
  4. Pourtant Miyuki Ishikawa est accusée d'avoir tué entre 85 et 169 personnes.
  5. Reconstitution du procès d'Hélène Jégado, vidéo INA
  6. Philippe Dagorn, médiateur au Musée de Bretagne, intervention au journal 12/13 sur France 3, 13 mars 2013
  7. Portail des collections des musées de France
  8. « Fleur de Tonnerre », Allociné (consulté le 22 septembre 2014).

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

  • « Hélène Jégado, L'empoisonneuse bretonne » de la série Des crimes presque parfaits, sur Planète+ CI.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]