Hélène Jégado

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Hélène Jégado
Hélène Jégado.jpg

Dessin représentant Hélène Jégado vers 1851.

Biographie
Naissance
Décès
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RennesVoir et modifier les données sur Wikidata
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CuisinièreVoir et modifier les données sur Wikidata
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Condamnée pour

Hélène Jégado, née le à Plouhinec[1] (Morbihan) et morte le à Rennes, est une empoisonneuse française. Elle a été accusée d'avoir attenté à la vie de 97 personnes, dont soixante ont succombé. La justice n'a retenu que cinq meurtres pour cause de prescription, ce qui n'empêche pas qu'elle soit régulièrement présentée dans les médias comme la plus grande tueuse en série de l'histoire de France[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Née en 1803, la jeune Hélène, enfant choyée élevée dans une petite ferme d'une famille de cultivateurs pauvres, est nourrie des légendes de la Basse-Bretagne. Elle est notamment traumatisée par le personnage de l'Ankou, dont elle va devenir l'incarnation pour surmonter ses angoisses[3]. En 1810, après la mort de sa mère, elle est envoyée chez une tante qui travaille comme domestique dans un presbytère de Bubry, et devient elle-même domestique. Par la suite, dans différentes villes – Séglien, Auray, Bubry, Hennebont, Locminé, Lorient, Pontivy et, enfin, en 1849, Rennes[3] –, elle devient notamment cuisinière, un emploi idéal pour empoisonner à l'arsenic les plats de ses victimes : des clients d'un bordel militaire de Port-Louis, où elle se prostitue, des maîtresses de maison, des prêtres, des religieuses, jusqu'à des enfants.

Sa série de crimes s'arrête à Rennes. Parmi ses victimes : Albert Rabot mort le 30.12.1849 à 7 ans. Ses parents Victor Rabot (vérificateur de l'enregistrement) et Charlotte Brierre de Montvault vivaient alors Quai St Georges à Rennes avec les beaux-parents de l'époux. Ils employaient Hélène Jégado comme cuisinière. Celle-ci tenta également d'empoisonner la mère d'Albert et sa grand-mère maternelle. Après les meurtres de deux gouvernantes successives et d'une servante de son employeur, l'avocat et professeur de droit et expert en affaires criminelles, Théophile Bidard de la Noë, qui, soupçonneux, se décide finalement à enquêter et fait procéder à une autopsie qui révèle un empoisonnement à l'arsenic. Arrêtée le 2 juillet 1851, Hélène Jégado nie tout en bloc. Aussi, à défaut de preuves, la justice se contente de l'intime conviction du juge d'instruction et la chambre des mises en accusation de Rennes la renvoie devant la Cour d'assises d'Ille-et-Vilaine[4].

Croquis d'Hélène Jégado réalisé pendant son procès en 1851.

L'exécution d'Hélène Jégado sur le Champ de Mars à Rennes met fin à une carrière criminelle de dix-huit ans, facilitée par le fait qu'à cette époque la région est touchée par des épidémies de choléra dont les symptômes se rapprochent de ceux de l'empoisonnement à l'arsenic. Le nombre de ses victimes est impossible à déterminer avec précision, probablement 36[3], car la plupart de ses forfaits ayant été commis plus de dix ans avant son procès, ne peuvent plus être jugés du fait de la prescription légale de dix ans en vigueur à l'époque. Aussi son procès écartera-t-il 21 empoisonnements et 5 tentatives d'empoisonnement. Jean Teulé et plusieurs médias la considèrent comme la plus grande[5] tueuse en série du monde[6]. Son habitude de conserver des reliques de chacune de ses victimes permet aujourd'hui d'estimer qu'elle a tué environ soixante personnes, y compris des enfants, notamment la petite Marie Bréger au château de Soye, (à Plœmeur), en mai 1841, dix ans et un mois avant son arrestation, ainsi que deux tantes et son père[6].

Son acte d'accusation concerne cinq empoisonnements et cinq tentatives d'empoisonnement, ainsi que onze vols domestiques. Le procès de celle que la presse surnomme « la nouvelle Brinvilliers » s'ouvre devant la Cour d'assises d'Ille-et-Vilaine, le 6 décembre 1851, et se termine par la condamnation à mort, le 14 décembre, après une heure quinze de délibération. Le discours final de Me Magloire Dorange, jeune avocat de vingt-quatre ans chargé de la défense, qui plaide la folie, est un plaidoyer contre la peine de mort[7]. Femme pieuse, Hélène se confesse à l'abbé Tiercelin et avoue ses meurtres en prison, la veille de son exécution. Ces révélations qu'elle autorise à rendre publiques après son décès, se révèlent pourtant peu fiables, certains crimes ont été omis et d'autres probablement rajoutés[3].

Mais les circonstances politiques d'après le coup d’État de Napoléon III du 2 décembre, font que le cas passe presque inaperçu dans les journaux nationaux[6]. Le député Jean-Baptiste Baudin, médecin spécialisé dans les maladies de l'estomac, cité à comparaître au procès, trouve la mort sur les barricades du faubourg Saint-Antoine le 3 décembre[3].

Hélène Jégado est guillotinée au petit matin, le , place du Champ-de-Mars (aujourd'hui Esplanade Charles-de-Gaulle). Sa dépouille et notamment son cerveau sont autopsiés par le premier chimiste de la faculté des sciences de Rennes, Faustino Malaguti[8], [9]. Ses restes sont ensuite déposés dans la fosse commune du Cimetière du Nord.

La culpabilité d'Hélène Jégado n'a jamais été mise en cause. Plusieurs mobiles ont été proposés sans vraiment convaincre, aucune explication raisonnable n'a pu être donnée à son action[3].

Sa méthode était simple : cuisinière dans les presbytères et les maisons bourgeoises, elle ajoutait de la « poudre blanche » dans la soupe ou les gâteaux qu'elle préparait, autrement dit de l'arsenic, sous la forme de « mort-aux-rats »[6].

Postérité[modifier | modifier le code]

« La Jégado » fait l'objet de nombreuses estampes, complaintes, biographies plus ou moins romancées. Elle est notamment le sujet de nombreux « canards », feuilles volantes en français diffusées par colportage (Complainte d'Épinal) et de complaintes en langue bretonne (complainte de P.M. Jafferedo, imprimée à Hennebont en 1900). Elle devient une espèce de croque-mitaine, personnage maléfique qu'on menaçait d'appeler pour forcer les enfants à manger leur soupe[10].

En janvier 1967, un épisode de la série En votre âme et conscience est consacré au cas d'Hélène Jégado.

En 2006, Pierre Mathiote réalise pour France 3 La Jégado, un docu-fiction avec Taïra Borée dans le rôle-titre.

Le Musée de Bretagne de Rennes possède le masque mortuaire d'Hélène Jégado dont on avait recherché la « bosse du crime » lors de l'autopsie réalisée à la Faculté de médecine de Rennes[11],[12].

En Bretagne aujourd'hui encore, plusieurs pâtisseries proposent des « gâteaux d'Hélène Jégado », à l'angélique pour imiter la couleur verte que prenait le gâteau arsénié à la cuisson, et aux amandes qu'Hélène utilisait pour masquer le goût amer de l'arsenic, mais garantis sans arsenic[6]. La recette a été signalée sous le nom de Gâteau breton d'Hélène Jégado par Simone Morand dans son livre Gastronomie bretonne d'hier et d'aujourd'hui en 1965.

En 2013, le romancier français Jean Teulé, écrit une biographie romancée de la vie d'Hélène Jégado, Fleur de tonnerre, dont l'adaptation au cinéma est réalisée en 2016 par Stéphanie Pillonca-Kervern avec Déborah François, Benjamin Biolay, Jonathan Zaccaï, Féodor Atkine, Gustave Kervern, Miossec,Catherine Mouchet et Jean-Claude Drouot [13].

En 2015, le groupe de rock-celtique Kalffa écrit La Jégado, une chanson consacrée à Hélène Jégado.

En 2016, le groupe de thrash metal Hexecutor se sert de l'empoisonneuse bretonne pour composer une chanson, intitulée « Hélène Jégado ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sylvain Larue, Tueurs en série de France, De Borée, (ISBN 978-2-84494-827-4), p. 26.
  2. Bruno Fuligni, Folle histoire. Les gourmands mémorables, Éditions Prisma, , p. 47.
  3. a, b, c, d, e et f « L’empoisonneuse et le Bâtonnier », Baro Magazine (le bulletin des avocats de Rennes), no 39,‎ , p. 22-23
  4. Pierre Drachline, Le fait divers au XIXe siècle, Éditions Hermé, , p. 81.
  5. Pourtant Miyuki Ishikawa est accusée d'avoir tué entre 85 et 169 personnes.
  6. a, b, c, d et e Jacques Pradel, Hélène Jégado l'empoisonneuse, émission L'Heure du crime sur RTL, 7 mars 2013.
  7. Reconstitution du procès d'Hélène Jégado, vidéo INA
  8. Sylvaine Salliou, « Connaissez-vous l'histoire de la Jégado ? », sur france3-regions.francetvinfo.fr,‎ (consulté le 12 janvier 2017).
  9. Arthur Mangin, « Les poisons (pages 147 à 151) », sur gallica.bnf.fr,‎ (consulté le 12 janvier 2017).
  10. Philippe Dagorn, médiateur au Musée de Bretagne, intervention au journal 12/13 sur France 3, 13 mars 2013
  11. Portail des collections des musées de France
  12. Espace des sciences, « La faculté des sciences à la maire », sur espace-sciences.org (consulté le 21 janvier 2017).
  13. « Fleur de Tonnerre », Allociné (consulté le 22 septembre 2014).

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

  • « Hélène Jégado, L'empoisonneuse bretonne » de la série Des crimes presque parfaits, sur Planète+ CI.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anonyme, Affaire d'Hélène Jégado, accusée de nombreux empoisonnements [à l'arsenic et de vols au préjudice de ses patrons successifs]... Arrêt de la Cour portant condamnation à mort de la fille Hélène Jégado, Rennes, au bureau du "Progrès" et chez les libraires, 1851, 240 pages.
  • Anonyme, Crimes commis par Hélène Jégado, domestique, Agen, J.-B. Barrière, 1859, 4 p.
  • Anonyme, Exécution d'Hélène Jégado, Nantes, impr. de V. Mangin, 1852.
  • Anonyme, Hélène Jégado. Empoisonnements [à l'arsenic de Rosalie Sarrazin, Perrote Macé et Rose Texier]. Vols. Condamnation à mort, Nantes, impr. W. Busseuil, s. d., 2 p.
  • Anonyme, L'empoisonneuse Hélène Jégado accusée d'avoir attenté à la voie de 57 personnes dont 25 ont succombé, Joinville, A. Lebrun, 1863, 2 p.
  • Anonyme, L'empoisonneuse Hélène Jégado, Meaux, Impr. de A. Cochet, 1864.
  • Fouquier A, série Causes célèbres de tous les peuples, 32 pages, 1865.
  • Pierre Bouchardon, Hélène Jégado. L'empoisonneuse bretonne, Paris, Albin Michel, 1937, 252 pages.
  • Pierre Bouchardon, « La Brinvilliers du XIXe siècle : l'empoisonneuse Hélène Jégado », Revue internationale de criminologie et de police technique vol. V, 1951.
  • Le Saout Georges, Hélène Jégado, portrait d'une empoisonneuse, discours de rentrée à l'audience solennelle de la Cour d'appel de Rennes, 16 septembre 1968, Rennes, Les Nouvelles, 1968, 37 pages.
  • Parsons Jacques, Quelques empoisonneuses [Marie Lafarge, 1840 ; Mme Boursier, 1823 ; Euphémie Vergès, Mme Lacoste, 1843 ; Hélène Jégado et Jeanne Weber, 1906, Histoire de la médecine, 1974.
  • Meazey Peter, La Jégado, histoire de la célèbre empoisonneuse, La Plomée, 1999, 149 pages.
  • Meazey Peter, La Jégado, l'empoisonneuse bretonne, Astoure, 2006. (nouvelle édition du livre de 1999.)
  • Christophe Belser et Jacques Rouzet, Les Grandes affaires Criminelles d'Ille-et-Vilaine, De Borée, 2006 (OCLC 470597451).
  • Myriam Tsikounas (dir.), Éternelles coupables. Les femmes criminelles de l’Antiquité à nos jours, Paris, Autrement, 2008, 208 p.
  • Collectif, Les Grandes Affaires Criminelles de Bretagne, De Borée, 2009.
  • Anne-Emmanuelle Demartini, Figures de femmes criminelles : de l'Antiquité à nos jours, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. « Hommes et Société », , 352 p. (ISBN 978-2-85944-631-4), « La figure de l'empoisonneuse, de Marie Lafarge à Violette Nozière », p. 27 à 39.
  • Sylvain Larue, Tueurs en série de France, De Borée, Paris, 2010.
  • Serge Cosseron et Jean-Marc Loubier, Femmes criminelles de France, De Borée, 2012.
  • Chloé Chamouton, Histoires vraies en Bretagne, Papillon Rouge, 2012.
  • Jean Teulé, Fleur de tonnerre, Julliard, 2013.(Roman)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]