Hélène Bessette

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Hélène Bessette
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Hélène Bessette, née le à Levallois-Perret et morte le au Mans, est une romancière et dramaturge française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille d'une parfumeuse divorcée d'un chauffeur de taxi, Hélène Bessette est institutrice, à Roubaix, à Saint-Prest et à Saint-Georges-sur-Eure, après un séjour en Nouvelle-Calédonie, où elle était partie trois ans avec son mari pasteur, décidé à évangéliser l'île. Il est infidèle, le couple divorce ; elle revient en France en 1949 avec l'un de ses fils, l'autre ayant été confié au père. Installée au Havre dans une petite chambre d'hôtel, elle se met à écrire. En quatre ans, cinq manuscrits sont rédigés. L'ethnologue Maurice Leenhardt, qui l'avait repérée alors qu'elle écrivait pour un journal protestant en Nouvelle-Calédonie, parle d'elle à l'écrivain Michel Leiris, lequel fait de même avec Raymond Queneau. Conquis, ce dernier lui fait signer un contrat le chez Gallimard, pour dix livres à venir[2].

Hélène Bessette publie treize romans, et en écrit d'autres restés non-publiés. Elle obtient le prix Cazes de la brasserie Lipp pour son premier livre, Lili pleure, en 1954, qui raconte l'histoire d'une femme empêchée dans ses amours par sa mère. Ses autres romans sont régulièrement retenus sur les listes du prix Goncourt, dont Queneau est membre de l'académie[2].

Son roman Les Petites Lilshart est une version remaniée des Petites Lecocq, qui avait été retiré des ventes en 1956 après un procès pour outrage aux bonnes mœurs et diffamation. Le livre raconte l'éveil sentimental et sexuel de deux sœurs d'une famille bourgeoise ; une ancienne camarade de classe s'était reconnue. Ce livre était accessible au grand public mais les suites judiciaires ont marqué Hélène Bessette et ont pu la pousser à se réfugier dans une littérature plus exigeante note Le Monde[2]. Elle publie également une pièce de théâtre, au Manteau d'Arlequin.

Elle peut être considérée comme l’une des pionnières du roman poétique[3]. Son œuvre est présentée par Le Monde comme « âpre et compliquée » mais qui peut être appréciée pour « sa radicalité, son originalité, son inventivité, sa musicalité ». Les thèmes qu'elle aborde vont par ailleurs à contre-courant de l'optimisme et du consumérisme bourgeois des Trente Glorieuses, par exemple dans La Tour (1959), où elle s'en prend à la société de consommation. « Elle parle de sexualité, de violences familiales, de classes sociales, d’argent, elle parle des tromperies, des lâchetés, des hommes, des femmes, de leurs liens qui se tissent et se défont »[2].

Bien que soutenue et admirée par des écrivains comme Marguerite Duras, Nathalie Sarraute, Simone de Beauvoir ou Dominique Aury, et par les critiques Alain Bosquet et Claude Mauriac, elle reste cependant méconnue du grand public qui n'achète pas ses œuvres. Au total, seuls quelques milliers de livres seront vendus au cours de sa carrière, la plupart des ouvrages plafonnant à 500 exemplaires. En 1959, elle fonde le Gang du roman poétique mais il s'agit d'une entreprise solitaire la maintenant à l'écart des grands réseaux littéraires[2].

Elle démissionne de l'Éducation nationale en 1962 pour se consacrer entièrement à l’écriture. Elle n'aimait pas ce métier, entretenant des rapports houleux avec sa hiérarchie et les parents d'élèves, ce dont témoigne MaternA (1955), un livre acerbe sur l'école maternelle et les adultes qui y gravitent (enseignants, parents). Connaissant une situation financière difficile, elle enchaîne ensuite les petits métiers (« gouvernante à Londres, garde-malade en Suisse, concierge dans un temple protestant, femme de ménage, ouvrière »). Queneau sollicite le ministre des Affaires culturelles André Malraux. Elle obtient des aides et des bourses pour subsister[2].

Racontant la vie d'une domestique ignorée par ses patrons jusqu'à sa mort dans un accident de la circulation, Ida ou le délire (1973) est son dernier roman publié de son vivant. Ses manuscrits suivants seront tous refusés, en raison des ventes médiocres des précédents. Recluse à Niort, puis au Mans, elle ne veut plus voir personne[2]. Dans les années 1990, elle écrit son autobiographie, On ne vit que deux fois, publiée de façon posthume en 2018[4].

« Emportée par la folie à la fin de sa vie » raconte Le Monde, elle meurt en 2000 dans l'anonymat. L'année suivante, Julien Doussinault entame un mémoire de maîtrise sur Hélène Bessette, dont est tirée une biographie publiée en 2008. Il travaille notamment sur les archives que conservaient ses deux fils, Éric et Patrick (désormais conservées à l'Institut mémoires de l'édition contemporaine). Ce dernier explique : « Je l'appelle l’inventeur d’Hélène Bessette, parce que sans lui, elle aurait été complètement oubliée »[2].

Gallimard rend ses droits aux héritiers. En 2006, la collection Laureli (dirigée par Laure Limongi, qui avait découvert l'écrivaine de façon impromptue dix ans plus tôt), aux Éditions Léo Scheer, réédite ses livres[5],[6],[7],[8],[9] ainsi que des inédits. En 2011, le flambeau est repris par Le Nouvel Attila[2], qui réédite (ou édite) à partir de 2017 Vingt minutes de Silence (2017), Garance Rose (2017), On ne vit que deux fois (2018), Ida (2018), Histoire du chien (2018), La Grande Balade (2019), Lili pleure (2020), La Tour (2021).

Elle est également traduite en italien (Venti minuti di silenzio, Lili, Ida o il delirio, La rottura), allemand (Ist Ihnen nicht kalt, Ida oder das Delirium) et espagnol (Ida, Veinte minutos de silencio).

Les défenseurs de l'écrivaine s'appellent entre eux les « Bessettiens »[2].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • Lili pleure, Gallimard, 1953
  • MaternA, Gallimard, 1954 ; rééd., Éditions Léo Scheer, coll. « Laureli », 2007[10]
  • Vingt minutes de silence, Gallimard, 1955 ; rééd. Le Nouvel Attila, coll. « Othello », 2017
  • Les Petites Lecocq, Gallimard, 1955.
  • La Tour, Gallimard, 1959 ; rééd. avec une postface de Noëlle Renaude, Éditions Léo Scheer, coll. « Laureli », 2010
  • La Route bleue, Gallimard, 1960
  • La Grande Balade, Gallimard, 1961
  • N'avez-vous pas froid, Gallimard, 1963. Réed, Editions Léo Scheer, coll. « Laureli », 2011
  • Si, Gallimard, 1964; réédition, Léo Scheer, coll. « Laureli », 2012
  • Suite suisse, Gallimard, 1965 ; rééd. avec une postface de Florence Giorgetti et Robert Cantarella, Éditions Léo Scheer, coll. « Laureli », 2008[11]
  • Garance Rose, Gallimard, 1965 ; rééd. Le Nouvel Attila, coll. «Othello», 2017
  • Les Petites Lilshart, Gallimard, 1967
  • Ida ou le Délire, Gallimard, 1973 ; rééd. suivie de Le Résumé, Éditions Léo Scheer, coll. « Laureli », 2009[12]
  • Le Bonheur de la nuit, avec une postface de Bernard Noël, Éditions Léo Scheer, coll. « Laureli », 2006[13]
  • On ne vit que deux fois, Le Nouvel Attila, coll. « Othello », 2018

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Le Divorce interrompu, Gallimard, coll. « Le manteau d'Arlequin », 1968

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Luc Bronner, « Hélène Bessette, écrivaine, novatrice, dévorée par ses démons », Le Monde, 24 aout 2021 [lire en ligne]
  • « Hélène Bessette. Cycle autrices oubliées », BnF, avril 2021 [lire en ligne]
  • Julien Doussinault, Bessette. Biographie, Éditions Léo Scheer, 2008[14].
  • Revue IF no 30 consacrée à Hélène Bessette, avec des inédits (2007).
  • Dossier consacré à Hélène Bessette dans La Revue Littéraire no 28 (Éditions Léo Scheer, 2006)[15].
  • Marianne Desroziers, « Hélène Bessette ou l'indifférence persistante », Tombeau pour les rares, no 1, éd. La Clé sous la porte, .

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « https://portail-collections.imec-archives.com/ark:/29414/a0114488925640pnLDV »
  2. a b c d e f g h i et j Luc Bronner, « Hélène Bessette, écrivaine avant-gardiste dévorée par ses démons », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  3. Hélène Bessette, Le Résumé, Édité à compte d'auteur, réédité par Les éditions Léo Scheer, 1960 pour la première édition, 2009 pour léo scheer
  4. Bibliothèque nationale de France BnF, « Autrices oubliées de l'histoire littéraire – Hélène Bessette », sur YouTube, (consulté le )
  5. « Hélène Bessette, furieusement moderne », Claire Paulhan, Le Monde, .
  6. « Une écriture extraordinairement singulière et libre. (…) Hélène Bessette brise le récit, invente des formes, jette les phrases, les mots, sur les pages dans de savants arrangements : et toujours l’essentiel est dit, de la nature humaine, de ses vices, de ses vertus, de sa drôlerie, de son ordinaire ». Martine Lecoeur, Télérama, .
  7. « Découverte grâce à Michel Leiris et Jean Paulhan, publiée grâce à Queneau (…) Hélène Bessette fut considérée de son vivant par ses pairs les plus illustres comme une écrivaine de tout premier plan ». Jean-Claude Perrier, Livres-Hebdo, .
  8. « L’œuvre d’Hélène Bessette est fort, novatrice, originale, cohérente. (…) Il suffit de laisser au vestiaire le lecteur de littérature de confort que nous sommes et de se laisser guider. Comme au théâtre. Embarqués avec Bessette, nous ne pouvons pas plus nous arrêter sur le toboggan des mots que le spectateur de Phèdre ou Hamlet ». Alain Nicolas, L’Humanité, septembre 2006.
  9. « Neuf ans après la mort d’Hélène Bessette, la réédition de ses livres permet de découvrir l’une des écrivains françaises les plus excitantes de la seconde moitié du XXe siècle ». Raphaëlle Leyris, Les Inrockuptibles, .
  10. « [maternA] est l’histoire d’une révolte, celle de l’employée contre la direction, de la femme libre contre la femme du siècle. (…) Son œuvre, étonnamment moderne, ne ressemble à rien de connu, et ceux qui l’ont lu s’en souviennent. Alors reprenons : lisez Hélène Bessette, voilà enfin du nouveau. » Jean Perrier, Standard magazine, été 2007.
  11. «Dans la veine de l’autofiction mélancolique, Suite suisse se présente comme un constat de ce statut marginal auquel l’écrivain est réduit. » Emily Barnett, Les Inrockuptibles, 10 juin 2008.
  12. « La voix caustique d’Hélène Bessette prend le relais de cette de Gertrude (triste) ou de Madame Besson (épouvantée), ce qui fait d’Ida ou le délire un réjouissant roman de satire sociale, où des dames papotent autour d’un mystère : le vol plané de huit mètres d’une vieille domestique épuisée heurtée par un camion ». Claire Devarrieux, dans Libération, .
  13. « Voilà un “olni” nerveux et saccadé, qui met en pièces une certaine idée du récit et démembre ses personnages, façon cut-up, en ricanant. (…) Pas de leurre sentimental, ni même de psychologie, mais le théâtre sans syntaxe d’une société à nu ». Fabrice Gabriel, dans Les Inrockuptibles, .
  14. «Dans cette biographie indépassable côté doc, Julien Doussinault tente de contrebalancer le mouvement d’oubli de l’auteur en citant abondamment l’œuvre et en analysant son esthétique. » Éric Loret, Libération, 20 novembre 2008.
  15. La Revue Littéraire n°28, automne 2006.

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]