Hégésippe Simon

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Illustration de la plaquette Hégésippe Simon, précurseur, publiée par L’Éclair et signée Paul Birault en janvier 1914.

Hégésippe Simon, « éducateur de la démocratie », est un personnage inventé par le journaliste Paul Birault en décembre 1913 pour les besoins d’une mystification dont furent « victimes » de nombreux parlementaires de l’époque[1].

Le montage du canular[modifier | modifier le code]

Le Rire illustre l'« affaire Hégésippe Simon » par Albert Guillaume en montrant l’embarras de certains parlementaires en pleine campagne législative (7 février 1914, BnF).

Forgeant le nom d'une personnalité supposée et calqué sur celui du poète Hégésippe Moreau, mort « oublié et de faim » en 1838, et du républicain Jules Simon[2], Paul Birault avait en effet créé en décembre 1913 le « Comité du centenaire d'Hégésippe Simon » et envoyé une invitation à cent parlementaires du Parti radical (choisis au hasard) et à un ministre, leur demandant de bien vouloir prendre connaissance d'un monument commémoratif entièrement souscrit, de rejoindre le comité en tant que « membre d'honneur » et de se rendre le 31 mars 1914 à Poil, dans la Nièvre, prétendument la ville natale d'Hégésippe Simon (donc « né à Poil »), pour l’inauguration de la statue de « ce grand précurseur qu’était Hégésippe Simon »[1] né le 31 mars 1814. Ne réalisant pas que le compte rendu de cette inauguration fictive sur un personnage fictif aurait lieu la veille d'un 1er avril, certains députés n’avaient pas repéré le canular puisque Paul Birault reçut pas moins de dix-sept réponses positives, dont celle d’un député, qui deviendra par la suite président du Conseil, prétendant avoir « connu personnellement ce précurseur, ce grand Français paré de toutes les vertus républicaines »[1],[3]. Il s’ensuivit donc ce genre de réponse : « Je vous autorise bien volontiers à m’inscrire parmi les membres d’honneur, mais à mon vif regret je prévois qu’il me sera sans doute difficile de me trouver à Poil le 31 mars 1914[4],[5]. »

Par la suite, il relance des invitations à cent sénateurs, tout en changeant pour chacun d'entre eux le mieux[Quoi ?] de l'élévation de la statue[6].

Hégésippe Simon était, d'après son créateur, un « précurseur », un « éducateur » de valeurs aussi génériques que la liberté, la démocratie, et surtout l'auteur de la phrase : « Les ténèbres s'évanouissent, quand le soleil se lève[1]. » Cette devise, véritable lapalissade (quoique proche de la devise latine Post tenebras lux), avait été découverte par Birault dans l'article d'un quotidien signé par un célèbre vulgarisateur de l'astronomie, l'abbé Moreux[7].

Cependant, certains élus et ministres lancent une enquête pour établir la véracité du personnage[3]. Ami de Guillaume Apollinaire, imprimeur de livres d'art, Paul Birault révèle finalement le canular dans l’édition du 21 janvier 1914 du quotidien L'Éclair (qui fit un tiré à part), non sans regret : « J'avais fini par croire à son existence à force d'entendre des hommes d'État prononcer son nom », disait-il[1]. Toutefois, cette révélation passa suffisamment inaperçue pour qu'un magazine comme Je sais tout publié par Pierre Lafitte s'amuse à insérer en page de son sommaire au 15 mars 1914, l'annonce officielle de « l'inauguration [du] monument élevé à la gloire du précurseur Hégésippe Simon », suivie des noms de vingt personnalités dont Sacha Guitry, réputé alors pour son esprit farceur[8].

Le Journal des débats politiques et littéraires du 14 mai 1914 rapporte dans un compte rendu du résultat des élections législatives sur la première circonscription de Cambrai, que des bulletins au nom de « Hégésippe Simon, précurseur » avait été déposés près des urnes, et que le décompte des voix en donna 8 495 pour celui-ci, contre le candidat radical-socialiste M. Le Roy, qui l’emporta avec 20 533 voix sur 31 018 inscrits : soit près de 27,5 % des voix pour un candidat fictif. Prévenue dans la journée seulement, la police serait intervenue pour retirer les bulletins et arrêter les distributeurs[9].

Postérité[modifier | modifier le code]

Alain Mellet, auteur du canular de la Poldévie en 1929, a rendu hommage à son prédécesseur en nommant « Cimon et Jésipe » deux évangélisateurs de ce pays imaginaire.

En 2014, un comité célébrant le centenaire de ce canular et le bicentenaire de cette personnalité supposée fut créé en France et en Italie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Birault, Hégésippe Simon, précurseur, Paris, Éditions de L’Éclair, 1914.
  • « Le baptême d'Hégésippe Simon », dans Le Cri de Paris, 21 juillet 1918, no 1112, p. 10, cf. aussi no 1125 sur Gallica.
  • Paul-Marcel Birault, Avec Hégésippe Simon, L. Soulanges, Paris, 1960.
  • Jacques Franju, Le Grand Canular, Seghers, 1963.
  • « Hégésippe Simon, précurseur de la démocratie » par Guy Breton, dans Historama, hors série no 47, « Énigmes et mystifications de l'Histoire », Paris, janvier 1980, p. 111-115.
  • Pierre Bellemare, C'est arrivé un jour, 2005, page 39[10].
  • Philippe Di Folco, Les Grandes Impostures littéraires, Paris, Écriture/L'Archipel, 2006, p. 48-52 (ISBN 978-2909240701).
  • Jean-Louis François, 1914, un centenaire. Le dernier éclat de rire avant la Grande Guerre, Mille et une nuits, 2014, (ISBN 978-2755505542).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e [PDF] Guy Breton, Hégésippe Simon, précurseur de la démocratie, citant comme source : Historama, hors série no 47, p. 111-115.
  2. Bruno Fuligni, « Quand les parlementaires se montraient à Poil », sur L'Hémicycle, (consulté le 25 juin 2017).
  3. a et b Jean-Claude Bourdais, « Hégesippe Simon », sur Le Journal de Jean-Claude Bourdais, (consulté le 25 juin 2017).
  4. Paul Colmar, « Un élu creusois victime du poisson « Hégesippe Simon » », sur Le Populaire du Centre, (consulté le 25 juin 2017).
  5. Gérard H. Goutierre, « Célébrera-t-on le bicentenaire d'Hégésippe Simon? (sic) », sur Les Soirées de Paris, (consulté le 25 juin 2017).
  6. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées JCB_2416.
  7. Le Cri de Paris ibid., 1918.
  8. Page du sommaire, Je sais tout, 15 mars 1914, numéro en partie conçu par Sacha Guitry, en ligne sur Gallica.
  9. « Le Saviez-vous ? », dans Comité d'initiative pour le bicentenaire, en ligne
  10. Pierre Bellemare, C'est arrivé un jour, 2005.

Liens externes[modifier | modifier le code]