Guy de Pesteils

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Blason de Guy II de Pesteils

Guy II de Pesteils (v. 1344-1403), capitaine pontifical, chevalier du diocèse de Tulle, seigneur de Salers, des Tours de Merle, de Bonnieux, de la Valmasque et de Maubec est le fils d’Aymeric II de Pesteils et de Florence, sœur de Nicolas de Besse, le cardinal de Limoges[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Petit-neveu de Clément VI et cousin de Raymond de Turenne[2], il fut son second en Italie lors de la Ligue contre les Visconti et du retour de Grégoire XI à Rome. Tout au long de la guerre privée que le vicomte de Turenne mena en Provence contre la papauté d’Avignon et Marie de Blois, comtesse de Provence, Guy de Pesteils resta à ses côtés tant pour guerroyer que pour mener, en son nom, d’importantes négociations avec Clément VII et Benoît XIII.

Le népotisme de Clément VI[modifier | modifier le code]

Les Tours de Merle, fief de la famille de Pesteils

Guy II de Pesteils naquit à Avignon où son père et sa mère résidaient déjà depuis 1343. Clément VI le Magnifique, qui durant son pontificat éleva le népotisme au niveau d’une institution, fit d’abord de son neveu Nicolas de Besse un prince de l’Église en le nommant, le 19 mai 1344, cardinal-diacre de Sainte-Marie in Via Lata. Puis il s’occupa de l’avenir de la famille de sa nièce.

Aymeric de Pesteils, par un acte passé à Villeneuve-lès-Avignon, le 26 octobre 1346, reçut donation de la terre de Branzac. Un an plus tard, le 26 mai, il transigeait avec Rigaud de Carbonnières reconnaissant tenir en fief noble son hôtel de Pesteils dans les limites du château de Merle.

La mort de leur oncle, le 6 décembre 1352, ne mit pas un terme à l’acquisition de fiefs pour les Pesteils. Par la grâce au cardinal de Limoges, son beau-frère put acquérir du magnifique et puissant Arnaud Via, vicomte de Villemur, petit-neveu de Jean XXII, des rentes sur les châteaux de Salers et de Fontanges.

Cet acte fut paraphé le 17 février 1357, et Aymeric de Pesteils, le signa en tant que chevalier, seigneur de Merle et de Branzac. Un lustre plus tard, son fils Guy épousait la demoiselle Hélis de Fontanges.

La mort du cardinal de Limoges, le 5 novembre 1369, clôtura provisoirement l’acquisition de fiefs par les Pesteils. Mais l’élection sur le trône pontifical de leur cousin Grégoire XI fut leur seconde chance.

Guy II de Pesteils, capitaine pontifical[modifier | modifier le code]

À la fin de l’été 1371, Guy partit en Piémont et en Lombardie avec son cousin Raymond de Turenne faire la guerre contre les Visconti. Avant son départ, il reçut l’assurance que les armes de sa famille seraient placées en la cathédrale Notre-Dame des Doms d’Avignon[3]. Il prit ses quartiers à Demonte et fut chargé avec ses troupes, de tenir le passage du Val Stura qui contrôlait le col de Larche[4]. Guy ne revint en Avignon qu’à la fin de l’année 1373 pour apprendre par son frère Jean, devenu chapelain du pape Grégoire XI, la mort de son épouse[5].

Au début de l’été 1375, à Villeneuve-lès-Avignon, Guy de Pesteils convola en secondes noces avec Anne d’Albars[6]. Le retour de Grégoire XI à Rome, en 1376, mit un terme à son séjour avignonnais. Raymond de Turenne, capitaine général des armées pontificales, l’engagea comme l’un de ses lieutenants. En Italie, au cours du mois d’avril 1377, Guy fit partie de l’expédition contre Viterbe et Bolsena, deux des cités révoltées contre le pape, et fut fait prisonnier[7].

Au pied du Luberon, Maubec, fief de Guy de Pesteils, Capitaine pontifical

En récompense de ses services, en tant que recteur du Comtat Venaissin, son cousin Guillaume III Roger de Beaufort, au cours de l’année 1377, lui concéda des droits et revenus sur Bonnieux et la Valmasque, à Ménerbes.

Guy de Pesteils, sur ordre de Raymond de Turenne, resta en Italie après la mort de Grégoire XI. Selon les dernières volontés pontificales, dès mai 1378, il eut pour mission d’occuper militairement le château Saint-Ange à Rome. En compagnie de fidèles du Capitaine général des armées pontificales et d’autres membres de sa famille[8], il résista pendant quatorze mois aux troupes d’Urbain VI.

Le marasme créé par le Grand Schisme d’Occident fit supprimer les revenus comtadins de Guy en septembre 1378. Il ne les recouvra que le 1er mars 1379. Ses fiefs lui furent ensuite échangés contre celui de Maubec[9].

Le procureur de Raymond de Turenne[modifier | modifier le code]

Raymond de Turenne
par Girolamo di Benvenuto
fresque de l’Ospedale Santa-Maria della Scala à Sienne

Lors de la longue guerre que Raymond mena en Provence contre les deux antipapes et la régente du comté, Guy de Pesteils fut, au moins par deux fois, son plénipotentiaire auprès de la partie adverse.

La première fois, entre la mi et la fin septembre 1386, il fut chargé de mener, au nom du vicomte, des tractations secrètes avec la régente Marie de Blois et Clément VII[10].

Quand en juin 1398, des pourparlers s’ouvrirent cette fois entre Raymond de Turenne et Benoît XIII, ils le furent encore par procureurs interposés. Le vicomte choisi à nouveau son cousin Guy ainsi que deux autres négociateurs Pierre Chalon et Mérigot de Palisses[11].

L’homme de confiance du vicomte[modifier | modifier le code]

Le subtil négociateur pouvait soudainement se changer en homme de guerre. Ce fut le cas en décembre 1390. Dans le Luberon, Raymond de Turenne fut rejoint par Guy de Pesteils, qui arriva de Maubec à la tête d’un détachement de gens d’armes. Ensemble, les deux cousins entreprirent de mettre à sac les pays d’Apt et de Sault pour assouvir la vengeance du vicomte contre la famille Agoult / Simiane qui avait incité les Marseillais à attaquer ses fiefs et péages de basse Provence[12].

Au cours de l’été 1395, face à l’échec des négociations, dans le cadre des patis (ou suffertes) mis en place par Raymond de Turenne en Provence, Guy de Pesteils s’installa à Mison avec son épouse[13]. Son cousin lui avait donné comme charge de contrôler le bon fonctionnement des mises à rançon des villes et villages ordonnancés par Gantonnet d'Abzac ainsi que de régler les conflits pouvant éclater entre ses différents capitaines.

Guy de Pesteils revint dans le Limousin avec son cousin Raymond VIII en 1399. Il testa en 1403. De ses mariages, il avait eu trois enfants dont Guinot, alias Guy III de Pesteils, qui hérita de ses fiefs limousins et auvergnats.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Florence et Nicolas de Besse étaient les neveux de Clément VI par leur mère Delphine de Roger qui avait épousé Jacques de Besse.
  2. Régis Veydarier affirme que Guy de Pesteils et Raymond de Turenne furent élevés ensemble. Cf. R. Veydarier, Raymond de Turenne, la deuxième maison d’Anjou et de Provence : étude d’une rébellion nobiliaire à la fin du Moyen Âge, thèse de l’Université de Montréal (Québec), 1994.
  3. Archives d’Anglars de Bassignac au château de Branzac. Copie datée du 2 mai 1779 indiquant pour l'année 1371 : À Avignon, quittance donnée à Guy de Pesteils par les frères mineurs d’Avignon pour 1 000 florins légués à eux par son oncle le chanoine Guy, pour sa fondation à la chapelle Saint-Martial [de Notre-Dame des Doms] à charge de célébrer deux anniversaires par an, de refaire la voûte de l’église et y mettre les armes des seigneurs de Pesteils.
  4. En décembre 1373, lorsque Grégoire XI rappela en Avignon Raymond de Turenne et ses Capitaines, Nicola Spinelli, le sénéchal de Provence et du Piémont, nomma Franceschino Bolleris, seigneur de Roccasparvera, châtelain de Demonte en remplacement de Guy de Pesteils (Archivio di stato di Torino, inv. 20, liv. 2 Cuneo, mazzo 6, fasc. 14 Demonte, p. 74).
  5. Jean de Pesteils, archidiacre de Gérone, était devenu archiprêtre de Mauriac en 1372 puis chapelain du pape en 1373. Il testa en 1378.
  6. Ce fut en cette occasion, le 4 août 1375, que Guy II de Pesteils, chevalier, et son épouse noble dame Anne d’Albars reçurent de la part de Grégoire XI un autel portatif (Archives d’Anglars de Bassignac au château de Branzac).
  7. L’attaque de Bolsena par le Capitaine Général se solda par un cuisant échec. Francesco di Vico, le préfet de Rome, averti de la venue des troupes pontificales, tendit un guet-apens et fit prisonnier Raymond de Turenne avec vingt chevaliers, tous parents du pape et des cardinaux. Cf. G. Mollat, Lettres secrètes et curiales du pape Grégoire XI intéressant les autres pays que la France, Bibliothèque des écoles françaises d’Athènes et de Rome, 1962 – 1965. Les deux lettres du pape sont datées du 24 et du 25 août 1377. Elles furent envoyées d’Anagni à Pierre d'Estaing, cardinal d’Ostie, et à Nicola Spinelli, chancelier de Naples.
  8. Avant sa mort, Grégoire XI avait donné ordre de ne rendre le château Saint-Ange que sur décision personnelle des cardinaux restés à Avignon. Outre Guy de Pesteils, la forteresse romaine était défendue par Pierre Mauroux et Yvon Trébignon, écuyers de Raymond de Turenne, Tristan, le Bâtard de Beaufort, son oncle, Hugues de la Roche et son fils Gérald, ses oncle et cousin.
  9. C’est ce que nous apprend Francesco Boninsegna, le facteur de Francesco di Marco Datini à Avignon, par un courrier qu’il fait parvenir à Prato, en date du 24 septembre 1389. Bonninsegna devant se rendre à Pertuis auprès de Guillaume III Roger de Beaufort pour une sombre histoire de droit de péage impayé par son commis Filippo s’arrêta en chemin chez Messire Guy à Maubec. Cf. R. Brun, Annales avignonnaises de 1382 à 1410 extraites des archives Datini, Mémoire de l’Institut historique de Provence, 1935-1938.
  10. Dans son Journal, Jean le Fèvre indique à la date du 14 septembre : Item, a la requeste du chamberlan du Pape, j’ai scellé un saulf-conduit à XV jours pour messire Gui de Pesteil. Cf. Journal de Jean Le Fèvre, évêque de Chartres, chancelier des rois de Sicile Louis 1er et Louis II d’Anjou, Éd. Henri Moranvillé, Paris, 1887.
  11. Le vicomte exigeait la libération de Paul Triboulet et Jean David. Ses deux fidèles avaient été chargés, en février 1395, de transmettre au Siège Apostolique d’Avignon les Demandes que Moussen Raimon, viconte de Turenne, fait à nostre Saint Père le pape et à son chambellan. Sur le chemin de retour, ils avaient été arrêtés ès vignes d’Avignon par les gens de Jean Allarmet de Brogny, le cardinal de Viviers. Ils furent d’abord incarcérés à Mondragon puis en Savoie. Cf. Archives Nationales, série K 1144, n° 37, sous l’intitulé Demande d’indemnités de Raymond de Turenne à Benoît XIII, 1395.
  12. Cette affaire avait été déclenchée par le pèlerinage de Raymond d’Agoult, seigneur de Sault, sur le tombeau d’Urbain V à Marseille (Cf. Le peuple des Saints, Mémoires de l’Académie du Vaucluse, Colloque d’Avignon, 1984). Ce fut au cours de celui-ci, qu’au nom de Clément VII, l’ancien sénéchal de Provence incita le Conseil de Ville de Marseille à attaquer le Puy-Sainte-Réparade, et les Pennes, péages du vicomte, ainsi que le port de Bouc qui les desservait. Le vicomte, en représailles, se jeta sur Gardanne, Apt, Castellet, Rustrel, Villars, Lioux, Sault, Revest-du-Bion et autres lieux appartenant aux Agoult / Simiane.
  13. Cf. Cf. Testament de Hélie, alias Gantonnet d’Abzac, publié dans le Bulletin du Périgord (nov. déc. 1912).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • R. Brun, Annales avignonnaises de 1382 à 1410 extraites des archives Datini, Mémoire de l’Institut historique de Provence, 1935-1938
  • R. Veydarier, Raymond de Turenne, la deuxième maison d’Anjou et de Provence : étude d’une rébellion nobiliaire à la fin du Moyen Âge, thèse de l’Université de Montréal(Québec), 1994.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]