Guy de Larigaudie

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Guy de Larigaudie
Description de l'image Guy de Larigaudie 1932.png.
Nom de naissance Guillaume Boulle de Larigaudie
Naissance
Paris (75)
Décès (à 32 ans)
Musson (Belgique)
Nationalité Drapeau de la France France
Profession
Écrivain, conférencier et journaliste

Compléments

Guillaume Boulle de Larigaudie, connu sous le nom de Guy de Larigaudie, est un routier scout de France, écrivain, explorateur, conférencier et journaliste français, né à Paris, le 18 janvier 1908, et mort pour la France, tombé au champ d’honneur, le 11 mai 1940, à Musson, en Belgique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Une enfance aux « Gérauds ».[modifier | modifier le code]

Guy de Larigaudie passe une grande partie de son enfance dans la vieille demeure familiale, le manoir des Gérauds, à Saint-Martin-de-Ribérac, dans le Périgord. Il dit aimer cette vie au contact de la nature et la vie traditionnelle du Périgord, qu’il chantera plus tard dans Le Chant de vieux pays.

Lorsque ses parents s’installent à Paris, il fréquente d’abord l’école Rocroy Saint-Léon, puis à partir de la classe de troisième, le collège de la rue de Madrid, jusqu’au baccalauréat.

Il entre en scoutisme à la troupe Saint-Augustin 12e Paris en octobre 1923. Il prononce sa promesse dans une clairière de forêt d’Île-de-France six mois plus tard. Totémisé Panthère au beau soleil. Il s’interroge sur sa vocation et se demande s'il ne sera pas missionnaire. En 1926, il entre au Séminaire d’Issy-les-Moulineaux, mais étouffe bientôt entre ses murs. En l’été 1927, il est obligé de retourner dans le Périgord pour se reposer, et tâcher de trouver un équilibre entre ses aspirations et ses possibilités.

Une santé fragile.[modifier | modifier le code]

En 1929, ses parents l’envoient à Villard-de-Lans pour tenter d’accélérer une guérison problématique. L’air vivifiant des Alpes lui réussit et il quitte soudain la chaise longue pour une paire de skis ; il finit par retrouver la santé, en même temps qu’il se découvre une vocation pour l’écriture.

En octobre 1930, il effectue son service militaire au 6e Régiment de Cuirassiers stationné à Verdun. La vie au grand air lui convient très bien. Il se passionne pour les chevaux, trouvant les officiers « épatants » et ses camarades « de braves types ». Il fait un stage à Saumur et passe au 9e Dragons à Épernay. Guy pense à une carrière militaire. Finalement, il est démobilisé en 1931 et se retrouve sans travail.

Une période d’incertitude.[modifier | modifier le code]

En 1930, il refait un séjour à la montagne. C’est à ce moment que naît l’idée de son livre La Légende du ski qu’il publiera en 1940. Il revient ensuite à Paris, où il sera chef de troupe, à Montmartre.

Journaliste pour Le Scout de France.[modifier | modifier le code]

À partir de 1933, il collabore régulièrement à la revue Le Scout de France qui publie ses premiers petits contes. Yug - anagramme de son prénom -, son premier roman, est enfin édité.

En 1934, Guy de Larigaudie, représentant de la revue, rejoint la délégation française invitée au Jamboree scout de Frankston, en Australie. Il embarque à Toulon à l’âge de vingt-six ans sur l’Oronsay, un liner de classe, avec une vingtaine de camarades scouts : Port-Saïd, le canal de Suez, Aden, ColomboSydney ; puis le retour via la Nouvelle-Calédonie, Tahiti, Panama, les Antilles, etc.

En 1935, il s’embarque sur le paquebot Normandie à destination des États-Unis, un pays qu’il traversera par trois voies principales : la route d’est en ouest, de New York vers Los Angeles ; la route des Bois Rouges le long des côtes du Pacifique ; la route du Nord, par la grande Prairie, Minneapolis, Détroit jusqu’à Québec. Entre-temps, depuis San Francisco, il fera un voyage dans les îles du Pacifique en 1936.

Dans chacune des contrées traversées, Larigaudie évoluera avec son humeur joyeuse que stimule encore l’attrait du nouveau ; émerveillement, admiration mais, par-dessus tout, contemplation. De ces voyages, il tirera la matière de ses deux livres, Par trois routes américaines et Résonance du Sud.

Le Routier légendaire.[modifier | modifier le code]

En 1937, accompagné de Roger Drapier, scoutmestre de la 27ème Paris (Saint Philippe du Roule), Guy de Larigaudie se lance pour la grande aventure de sa vie : la première liaison automobile Paris-Saïgon, au volant d’une vieille Ford 19 CV 4 cylindres qui affichait 70 000 km, et baptisée Jeannette. Après Genève, Vienne, Budapest, Belgrade, Sofia, ils abordèrent la Palestine puis traversèrent l’Afghanistan et l’Inde avant de se lancer réellement dans l’inconnu, faute de renseignements ou de cartes précises et surtout aux abords de régions accidentées difficiles d’accès. À Saïgon enfin, en 1938, une étonnante fête scoute se déroula dans l’enceinte du grand stade en leur honneur. À son retour en France, le 4 juillet 1938 au port de Marseille, Guy raconte son voyage au journaliste de Radio Paris.[1]

Tombé au champ d’honneur le 11 mai 1940.[modifier | modifier le code]

À la déclaration de la guerre, en septembre 1939, Guy de Larigaudie rejoint le dépôt du 11e régiment de cuirassiers au camp de Mailly. Il est affecté sur sa demande à un groupe de reconnaissance à cheval.

Le 11 mai 1940, lors d’un combat rapproché avec les armées allemandes dans un bois près de Musson dans la région de Virton, en Belgique, Guy de Larigaudie tombe mortellement frappé.

La mémoire de Guy de Larigaudie est toujours vive aujourd’hui.[modifier | modifier le code]

Stèle de Guy de Larigaudie à Saint-Martin-de-Ribérac

Depuis 1940, des générations de scouts se sont succédé qui ont gardé la mémoire du « Routier de Légende ». Sa mémoire est honorée par les nombreux groupes scouts qui, en France, en Allemagne, en Italie, en Pologne, au Viêt Nam et ailleurs portent son nom.

La mémoire de Guy de Larigaudie est particulièrement entretenue à Saint-Martin-de-Ribérac, où sa dépouille a été transférée après la fin de la Seconde Guerre mondiale, autour de l'association Guy de Larigaudie. Cette association animée par des habitants des environs de Saint-Martin-de Ribérac a entrepris en l’an 2000 de rassembler les témoignages de ceux qui ont connu Guy de Larigaudie et de fédérer ceux qui veulent œuvrer à la perpétuation de son souvenir. Cette association compte aujourd’hui des adhérents à travers toute la France et même au-delà, en Europe et dans le monde. L’association a créé un musée qui rassemble de nombreux témoignages ou objets liés à Guy de Larigaudie : L’Escale Guy de Larigaudie, à côté de l’église de Saint-Martin-de-Ribérac. Un circuit pédestre qui traverse les lieux où Guy de Larigaudie passa sa jeunesse porte également son nom.

À l’occasion du centenaire de sa naissance en 2008, une stèle a été érigée au pied de l’église de Saint-Martin-de-Ribérac. À Ribérac, c’est une avenue qui porte son nom.

Le Clan Scout de France de Belfort Guy de Larigaudie.[modifier | modifier le code]

Le clan Guy de Larigaudie présente l'étonnante particularité d'être la seule unité des Scouts de France qui ait été décoré à titre collectif de la médaille de la Résistance.

Le clan de Belfort fut très actif dans la Résistance : renseignements, liaison, distribution de tracts et de journaux clandestins dont Témoignage chrétien. A partir du début de 1944, le clan participa à la réception des parachutages d'armes autour de la commune d'Etobon, près de Belfort, transportant le matériel parachuté, des explosifs et des détonateurs. C'est notamment sous l'action de leur aumônier, Pierre Dufay, qui était également aumônier du lycée de Belfort, et officier lors de la campagne de 1940 que le clan s'engagea dans la Résistance. Pierre Dufay, qui avait aussi été l'un des introducteurs du scoutisme dans la région à la fin des années 1920, était depuis l'été 1943 chef départemental des Forces françaises de l'intérieur sous le pseudonyme de Raten. C'est après le débarquement qu'un grand nombre de routiers rejoignent les maquis et participent aux très violents combats autour de Belfort pendant cinq semaines en novembre 1944. 105 maquisards sont tués durant les combats.

Chez les scouts du clan Guy de Larigaudie, 11 des 24 scouts tombent au combat. Une plaque à la citadelle de Belfort rappelle leur sacrifice. Bernard Braun, agent de liaison du père Dufay est arrêté à Auxelles-Haut le 16 septembre 1944. Torturé durant deux jours, il meurt à 20 ans le 15 avril 1945 en camp de concentration. Charles Clavey, commissaire de district Scouts de France de Belfort en 1938-1939, fondateur de la 3ème Belfort, héros de la Résistance responsable d'un dépôt d'armes, meurt le 5 janvier 1945 au camp de concentration de Gross-Rosen. Les frères Hartweg, Pierre et Claude, moururent d'épuisement tous les deux en camps de concentration : Pierre le 24 janvier 1944 à Buchenwald et Claude le 7 mars 1945 au camp de Flossenburg. Tous deux avaient été arrêtés alors qu'ils tentaient de franchir la frontière espagnole pour rejoindre la France libre. Yves Hennin, 16 ans, diffuseur de journaux clandestins, meurt le 21septembre 1944 lors de la libération de Belfort, tué par un éclat d'obus. Pierre Kammerlocher est tué le 20 novembre 1944 après avoir traversé les lignes ennemies alors qu'il guide une unité des commandos d'Afrique qui tente de s'emparer d'une usine où les Allemands sont retranchés. Il sera décoré à titre posthume de la croix de guerre avec palmes. Salvador Serena est tué le 27 septembre 1944 alors qu'il participe à l'attaque d'un convoi allemand. Pierre Dupont, chef de la troupe 2ème Belfort, est tué au maquis le 16 septembre 1944. L'abbé Pierre Dufay meurt le 31 décembre 1944 dans un accident de voiture alors qu'il inspecte les postes de combat sur le Rhin. Il avait à ce moment intégré la brigade Alsace Lorraine d'André Malraux. Le 21 juillet 1946, devant des milliers de personnes, Edmond Michelet, ministre des armées, remet la médaille de la résistance au fanion du clan routier de Belfort. Lors de la même cérémonie, le corps des pompiers de Belfort était également décoré de la médaille de la Résistance.

La spiritualité de Guy de Larigaudie.[modifier | modifier le code]

Bien plus que son œuvre romanesque et journalistique, c’est essentiellement le message spirituel que Guy de Larigaudie a laissé à ses contemporains et aux générations futures, qui a marqué durablement des milliers d’hommes et de femmes.

Ma Sœur,
Me voici maintenant au grand baroud. Peut-être n’en reviendrai-je pas. J’avais de beaux rêves et de beaux projets, mais n'était la peine immense que cela va faire à ma pauvre maman et aux miens, j’exulterais de joie. J’avais tellement la nostalgie du ciel et voilà que la porte va bientôt s’ouvrir. Le sacrifice de ma vie n’est même pas un sacrifice, tant mon désir du ciel et de la possession de Dieu est vaste.
J’avais rêvé de devenir un saint et d’être un modèle pour les louveteaux, scouts et routiers. L’ambition était peut-être trop grande pour ma taille, mais c'était mon rêve.
Je suis dans une formation à cheval et suis heureux que ma dernière aventure soit à cheval.
Je vous remercie, ma sœur, d'avoir tant prié pour moi et d'avoir si bien suivi pendant douze ans la marche parfois bien tâtonnante de mon âme. Cette prière fidèle qui montait de votre Carmel a été mon soutien et ma sauvegarde. Voulez-vous, lorsque vous apprendrez ma mort, écrire à ma maman pour la consoler. Vous lui direz qu'il ne faut pas qu'elle pleure. Je serai tellement heureux là-haut. Qu'elle pense que je suis parti pour une terre lointaine bien plus belle encore que les îles de corail, où je posséderai la lumière, toute la beauté, tout l'amour dont j'avais tellement, tellement soif.
Voilà, ma sœur, ce que je voulais vous dire. Il n'est plus maintenant que de courir joyeusement ma dernière aventure.
Votre frère en N.S.,
Guy de Larigaudie [2]

C’est l’ultime message que laisse Guy de Larigaudie, adressé à la carmélite qui était sa confidente spirituelle, à la veille de l’assaut qui allait lui être fatal le 11 mai 1940, dans un petit bois près de Musson.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Guy de Larigaudie raconte « Paris-Saïgon » sur Radio Paris. « Interview de Guy de Larigaudie », 4 juillet 1938, Institut national de l’audiovisuel-Paris. - Cote 86INA8504PK107.
  2. Étoile au grand large, Seuil, Paris, 1943

L'œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

  • Yug, J. de Gigord / Collection le feu de camp, 1934. Réédition Édit. Delahaye, 2004. (ISBN 9782350470009)
  • Raa la buse, J. de Gigord, coll. « Le Feu de camp », 1935.
  • Vingt scouts autour du monde, éd. Desclée de Brouwer, 1935.
  • L’Îlot du grand étang, J. de Gigord, coll. « Le Feu de camp », 1936.
  • Le Tigre et sa panthère, Alsatia, coll. « Signe de piste », 1937.
  • Par trois routes américaines, Desclée de Brouwer. 1937.
  • Yug en terres inconnues, J. de Gigord, coll. « Le Feu de camp », 1938.
  • La Frégate aventurière, Alsatia, coll. « Signe de piste », 1938.
  • Résonances du Sud. Récit de son voyage en Polynésie. Plon, Paris, 1938.
  • Harka le barzoï, J. de Gigord, coll. « Le Feu de camp », 1939
  • La Route aux aventures. Récit de son raid automobile de Paris à Saïgon. Plon, Paris, 1939
  • La Légende du ski, ill. de Samivel, éd. Delagrave, 1940.
  • Étoile au grand large, suivi du Chant du vieux pays, Seuil, Paris, 1943) (ISBN 2020029650) - (ISBN 978-2020029650) (testament spirituel de Larigaudie).
  • Le Beau Jeu de ma vie, recueil de correspondances, Seuil, Paris, 1948. (ISBN 9782020029810)

Les tirages cumulés de « Yug » et du « Tigre et sa panthère » ont atteint plus de 1 200 000 exemplaires ![réf. nécessaire]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Les biographies[modifier | modifier le code]

Ces biographies, anciennes, sont les uniques sources qui ont servi de base à l’écriture de cet article. Elles sont rédigées de manière hagiographique, le but de l’Église et des Scouts de France à l’époque de leur publication étant avant tout d’édifier la jeunesse.

  • Routiers de France, de Jean Peyrade, éd. Xavier Mappus, Le Puy en Velais, 1944.
  • Guy de Larigaudie, routier de légende, de Jean Vaulon, éd. La Hutte, coll. Amitié des héros. Lyon, 1944.
  • Guy de Larigaudie, de Pierre Croidys, Plon, Paris, 1947.
  • Guy de Larigaudie ou l'aventure intérieure, de Jean Peyrade, éd. Casterman, 1948 (nombreuses rééditions).

Des recherches historiques selon des normes contemporaines restent à effectuer.

Liens externes[modifier | modifier le code]