Guy Poitevin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Guy Poitevin
Description de cette image, également commentée ci-après

Guy Poitevin en 2002 lors d'une représentation de théâtre rural dans l'ouest du Maharashtra en Drapeau de l'Inde Inde.

Naissance
Bierné, France
Décès
Puna, Inde
Nationalité Drapeau de la France France, Drapeau de l'Inde Inde
Profession
Formation
Famille
Hema Rairkar, sa conjointe

Guy Poitevin, né en 1934 à Bierné (Mayenne) et mort le à Pune (Inde), est un docteur en sociologie, chercheur spécialiste des processus endogènes de développement, de la mémoire sociale des communautés marginalisées, et fondateur de la démarche « coopérative » de recherche-action en sciences sociales. Il a consacré sa vie au service des plus défavorisés dans le milieu rural du Maharashtra (Inde).

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Bierné dans la Mayenne, Guy Poitevin a d’abord suivi un cursus à Laval et à Rome pour devenir prêtre. Après une licence en philosophie à la Sorbonne (Paris) et en théologie à l'université grégorienne de Rome, il a enseigné la philosophie pendant 12 ans, de 1958 à 1970, dans un séminaire de l’ouest de la France.

Son premier contact avec l’Inde a été (selon ses termes) de nature intellectuelle, visant à intégrer à son enseignement des fragments des traditions religieuses et philosophiques de l’Inde, notamment les Upanishads. Toutefois, il a été aussi l’occasion d’une prise de contact avec la société, la culture et l’histoire indiennes, en 1967, lors d’un séjour d’un mois dans une famille de Pune (Maharashtra). Guy Poitevin a été encouragé à faire une autre visite en 1969, après avoir commencé à étudier le sanskrit à Paris. C’est aussi en 1969 qu’il s’est mis au marathi, ayant l'intention de revenir à Pune pour une longue durée, ses amis l’ayant convaincu qu’il pourrait ainsi garder le contact avec les étudiants. Il a réalisé ce projet, en 1972, lorsque ses amis ont obtenu pour lui un visa résidentiel.

Les premières années à Pune ont été principalement pour Guy Poitevin l’occasion de travailler avec les étudiants dans le cadre de leur association d’entraide, tout en offrant occasionnellement ses services à l’Alliance Française comme enseignant et membre du comité directeur. Au-delà des objectifs pédagogiques, ce contact s’est développé sous la forme d’un travail de recherche académique systématique en anthropologie culturelle. Une étude de terrain a été conduite à grande échelle pour décrire les attitudes et les attentes des étudiants provenant de milieux défavorisés. Les résultats de cette étude ont fait l’objet d’une thèse en sciences sociales du développement qu’il a soutenue en 1978 à l'Université de Paris, EHESS, ainsi que d’un ouvrage centré sur le thème de l’idéologie de la pauvreté.

Plusieurs terrains de recherche ont par la suite fait l’objet d’études : processus endogènes de développement, action sociale, migrations, programmes d’action sur la santé, études féministes, recherche participative, autobiographies de dalits en marathi, femmes portefaix, etc. Guy Poitevin était alors associé à un groupe international de chercheurs animé par le Professeur Paul-Henry Chombart de Lauwe (ARCI). Les résultats de ces études ont été présentés par Guy Poitevin à ce groupe et publiés dans divers journaux, des rapports de l’UNESCO, ainsi que des ouvrages. Sa connaissance du marathi lui a permis de traduire en français et publier des documents sur l’histoire sociale marathe, la littérature dalit et les traditions orales. Son centre intérêt s’est peu à peu focalisé sur les traditions orales populaires, comme la tradition féminine des chants de la mouture, les mythes qui circulent oralement dans les basses couches sociales, la mémoire sociale des communautés marginalisées, le savoir indigène des sages-femmes traditionnelles et, sur un plan méthodologique, l’expérimentation de l'approche coopérative en sciences sociales.

Guy a décidé de s’établir en Inde pour entreprendre un projet de conscientisation dans les zones rurales éloignées. Il a obtenu la nationalité indienne par naturalisation en 1978 et s’est marié la même année avec Hema Rairkar.

Par la suite, il s’est engagé dans deux formes d’action, articulées théoriquement, dans le cadre de deux associations fondées avec des collaborateurs et amis : Village Community Development Association (VCDA, Association pour le développement de communautés rurales) en 1978, pour l’action sociale et culturelle dans les zones rurales éloignées, et le Centre for Cooperative Research in Social Sciences (CCRSS, Centre de recherches cooperatives en sciences sociales) en 1980, avec le soutien local de chercheurs confirmés. L'association VCDA assurait le soutien logistique et financier du réseau informel d'animateurs sociaux désigné comme « Collectif des pauvres de la montagne » (Garīb Dhongarī Sangatnā, गरीब डोंगरी संघटना, GDS).

Guy Poitevin s’est consacré entièrement à l’animation et à la coordination de ces activités : organisation de séminaires nationaux ou internationaux, recherche, publication d’articles et d’ouvrages en français et en anglais.

Les objectifs scientifiques du CCRSS étaient liés aux domaines mentionnés ci-dessus, plus particulièrement le droit de produire un savoir sociologique pertinent, la pertinence du discours des sans-voix, les traditions orales populaires en tant que réservoirs du savoir indigène et des formes cognitives qui lui sont associées, les processus de communication des gens de terrain, et la recherche coopérative envisagée comme un mode d’auto-investigation à travers la communication. Le Centre a organisé des séminaires internationaux sur les thèmes de la culture populaire, du pouvoir face à la culture et à la communication, de la culture populaire dans le champ de l’action culturelle, des processus de communication, de la tradition et de la modernité. Une présentation de ces activités a été publiée en 1996 par Jean Pacquement et Pierre Lachaier : « À propos et autour du séminaire “Communication Processes and Social Transformation” (Poona, 8-13 /1/1996) » dans le Bulletin de l’EFEO, tome 83, p. 336-346.

En mars 2004, Guy Poitevin avait pris une part très active dans l’animation d’un atelier de jeunes chercheurs en sciences sociales, lieu de rencontre et de réflexion de doctorants, ou étudiants en DEA ou maîtrise, travaillant sur le sous-continent indien, à l’initiative de l’Association des Jeunes Etudes Indiennes (AJEI).

Plusieurs projets du CCRSS et de VCDA ont bénéficé du soutien de la Fondation Charles-Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme (FPH). Dans ce contexte, Guy Poitevin a été l’auteur, le traducteur ou le coordinateur de plusieurs ouvrages, dont Ma vie d’intouchable, Parole de femmes intouchables, Femmes coolie en Inde. Il a coédité, avec Vibodh Parthasarathi, la version anglaise d’un ouvrage trilingue sur la communication intitulé « L’idiot du Village Mondial - les citoyens de la planète face à l’explosion de la communication ». Il a aussi participé à un programme d’échanges entre l’Inde et de la Chine, soutenu par la FPH, qui l’avait amené à recevoir, du 9 au 15 janvier 2004, une délégation chinoise et vietnamienne pour une première approche de l’Inde rurale et urbaine. En janvier 2004 il est intervenu, avec une délégation de GDS, au Forum social mondial de Mumbai.

Plusieurs séminaires sur le thème de la communication, la culture et le pouvoir, organisés à Pune et New Delhi avec le soutien de la FPH et du Centre de Sciences Humaines de New Delhi, ont donné lieu à la publication d’un ouvrage en trois volumes, Communication Processes, qu’il a coédité avec Bernard Bel, Jan Brouwer, Biswajit Das et Vibodh Parthasarathi[1].

Guy Poitevin est décédé à Pune le 29 août 2004. Il venait de mettre la dernière touche au manuscrit de son ouvrage « Le chant d’Ambedkar, mémoire de soi de paysannes intouchables », édité par Bernard Bel à titre posthume.

Approche coopérative en sciences sociales[modifier | modifier le code]

La méthodologie de « recherche-action coopérative », désignée aussi comme « démocratisation active » par les animateurs sociaux de GDS, réhabilite la notion d’expertise en s'appuyant sur une démarche (auto-)éducationnelle de production d'un savoir endogène[2]. En cela, elle s’oppose radicalement au populisme consensuel de la démocratie participative. Il ne suffit pas de faire le choix entre une participation « descendante » (top-down) et « ascendante » (bottom-up) selon que les initiatives proviennent des « experts » ou des « bénéficiaires » ; l’approche coopérative est plutôt un processus dynamique d’acquisition de pouvoir (empowerment) que l’on peut qualifier de « chaotiquement constructif », alors que l'approche participative ne fait qu’ordonnancer la répartition et la délégation des pouvoirs.

Il ne s’agit pas seulement, pour l’individu, de s’adapter à des conditions nouvelles qui lui ont été imposées, mais « d’intégrer » les niveaux de réalité, au sens de Paolo Freire (2002 [1973], p. 4) : L’intégration résulte de la capacité de s’adapter à la réalité plus la capacité critique de faire des choix et de transformer cette réalité[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1], [2], [3]
  2. Voir Approche participative, approche coopérative (Bernard Bel)
  3. Freire, Paolo. Education for Critical Consciousness. New York : Continuum, 2002. (1re édition 1973) (ISBN 0-8264-1276-9)

Ouvrages de référence[modifier | modifier le code]

Documents sonores[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]