Guillaume de Saint-Thierry

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Guillaume de Saint-Thierry
Signy-l'Abbaye (Ardennes) église, vitrail 13.JPG
Guillaume sur un vitrail de l'église de Signy.
Fonction
Abbé
Abbaye Saint-Thierry
Biographie
Naissance
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Guillaume de Saint-Thierry (Guillelmus Sancti Theodorici), né vers 1085 à Liège et mort le à l'abbaye de Signy, est un moine cistercien, théologien de la vie monastique et mystique du XIIe siècle. Abbé bénédictin de Saint-Thierry il renonca à sa charge pour devenir simple moine cistercien à Signy. Ami de saint Bernard il est considéré comme bienheureux par les cisterciens et est liturgiquement commémoré le 8 septembre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Guillaume naît à Liège vers 1085 dans une famille de la noblesse. Il étudie les arts libéraux dans une école cathédrale, sous la direction de l'écolâtre Anselme de Laon. Entré à l'abbaye bénédictine Saint-Thierry près de Reims en 1113[1], avec son frère Simon, Guillaume rencontre Bernard de Clairvaux pour la première fois en 1119 ou 1120. Il naît entre les deux hommes une profonde amitié, qui durera toute la vie. Guillaume souhaite vivre avec saint Bernard à Clairvaux, et entrer dans l'ordre cistercien, mais Bernard estime que son devoir est de diriger les âmes que la providence lui a confiées. En 1121, Guillaume est élu abbé de son abbaye, près de Reims. C'est là qu'il compose ses deux premiers traités : De contemplando Deo (De la contemplation de Dieu) et De natura et dignitate amoris (De la nature et de la dignité de l'amour) en 1121-1124[2],[3].

De 1128 à 1135, Guillaume compile plusieurs traités et commentaires, et tente de synthétiser la théologie et le mysticisme du christianisme oriental et occidental. Il s'inspire de la doctrine de saint Augustin, Origène, Grégoire de Nysse[1], mais également de l'enseignement du philosophe Plotin[4]. Les Meditativae Orationes (Oraisons méditatives) de Guillaume expriment des préoccupations spirituelles d'une intensité comparable à celle de saint Augustin dans les Confessions[1]. Au premier chapitre général des bénédictins en 1132, à Saint-Médard près de Soissons, Guillaume suggère de sages résolutions. Aspirant à une vie plus contemplative, il renonce à son titre et rang d'abbé bénédictin en 1135, et est admis comme cistercien à l'abbaye de Signy dans les Ardennes. Il y restera jusqu'à sa mort en 1148.

En 1140, il tombe par hasard sur un livre au sujet de la doctrine de Pierre Abélard. Il compose alors une lettre incendiaire, ainsi qu'un mémoire dirigé contre le philosophe. Ce mémoire, intitulé Disputatio adversus Petrum Abælardum (Dispute contre Pierre Abélard), contribuera à la condamnation d'Abélard au concile de Sens[5]. Il s'intéresse également au problème de la foi dans le Speculum fidei ('Miroir de la foi') et le Aenigma fidei ('Énigme de la foi')[1]. En 1144, il séjourne à la chartreuse du Mont-Dieu dans la forêt d'Ardenne et laisse une lettre, l’Epistola ad fratres de Monte Dei ('Lettre aux frères du Mont-Dieu'), une apologie de la vie monastique en solitaire surnommée aussi « Lettre d'or[6]». Guillaume meurt le [2].

Doctrine[modifier | modifier le code]

Dans une doctrine fondée sur le mysticisme, Guillaume propose que l'âme, bien qu'étrangère à Dieu, est aussi capable de connaître un « retour » mystique à son origine divine pendant son existence terrestre, par paliers successifs. L'homme est ainsi progressivement libéré des obstacles matériels et temporels, pour finalement poursuivre une expérience de Dieu à travers un processus de réminiscence, de conscience et d'amour[1].

« Voici toute la perfection des saints : la ressemblance divine. Or, refuser d’être parfait, c’est faillir. C’est pourquoi il faut sans cesse, en vue de cette perfection, entretenir la volonté, cultiver l’amour ; empêcher la volonté de se disperser sur des réalités étrangères ; veiller sur l’amour, de peur qu’il ne se flétrisse. C’est pour cela seul que nous avons été créés et que nous vivons : pour être semblables à Dieu car c’est à l’image de Dieu que nous avons été créés (cf. Gn 1,26). »

— Guillaume de Saint-Thierry, Lettre aux frères du Mont Dieu, 258-259[7].

Écrits[modifier | modifier le code]

Le bienheureux Guillaume fut abbé de Saint-Thierry, près de Reims, puis moine cistercien à l'Abbaye Notre-Dame de Signy[8].

l'Abbaye Notre-Dame de Signy, vers 1613-16, gravure de Claude Chastillon.

Commentaire selon saint Matthieu (Mt 18, 12-14) :

Venu pour nous sauver

« Comment sommes-nous sauvés par toi, ô Seigneur, de qui vient le salut et qui répands sur ton peuple ta bénédiction, si ce n'est en recevant de toi de t'aimer et d'être aimés par toi ? Tu nous as aimés le premier (cf. 1 Jn 4, 10), afin que nous t'aimions. Ce n'est pas que tu aies besoin d'être aimé par nous, mais c'est que ce pour quoi tu nous as faits, nous ne pouvions pas l'être si ce n'est en t'aimant. C'est pourquoi, ayant jadis parlé à nos pères par les prophètes, bien des fois et de bien des manières, en ces derniers jours tu nous as parlé par le Fils (He 1, 1-2), par ton Verbe qui a établi les cieux et du souffle de sa bouche leur a donné leur puissance (Ps 32, 6).

Que tu parles en ton Fils ne fut rien d'autre que de mettre en lumière et en public combien et comment tu nous as aimés, toi qui n'as pas épargné ton Fils, mais l'as livré pour nous tous (Rm 8, 32), lui qui nous a aimé et s'est livré lui-même pour nous (Ga 2, 20). Voilà ta parole adressée à nous, Seigneur, ce Verbe tout-puissant, venu du trône royal au milieu du silence, c'est-à-dire des ténèbres de l'erreur, dans lequel était enfouie toute chose (cf. Sg 15, 14.15) ; il est venu en sa force combattre l'erreur, lui qui détenait le doux amour. Et tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a prononcé sur terre, jusqu'aux injures, aux crachats et aux gifles, jusqu'à la croix et au sépulcre, ne fut que ton Verbe adressé à nous dans le Fils, provoquant et éveillant par ton amour notre amour pour toi. »

— Bx Guillaume de Saint-Thierry. La Contemplation de Dieu, Paris, Cerf, 1959, p. 91 s.

Liste des œuvres[modifier | modifier le code]

D'après la Patrologia Latina (1890) de Migne :

  • Epistola ad fratres de Monte Dei de vita solitaria (Epistola aurea)
  • Meditativae Orationes
  • De contemplando Deo
  • De natura et dignitate divini amoris
  • Disputatio adversus Petrum Abælardum
  • Disputatio catholicorum Patrum adversus dogmata Petri Abælardi
  • De erroribus Guillelmi de Conchis
  • De sacramento altaris
  • Speculum fidei
  • Aenigma fidei
  • Brevis commentatio in priora duo capita Cantici cantic.
  • Commentarius in Cantica canticorum e Scriptis Ambrosii collectus
  • Excerpta in libris S. Gregorii papæ super Cantica canticorum
  • Expositio altera super Cantica canticerum
  • Expositio in Epistolam ad Romanos
  • De natura corporis et animae
  • Vita S. Bernardi

Éditions en latin[modifier | modifier le code]

Éditions en français[modifier | modifier le code]

  • Meditativae Orationes, éd. M.-M. Davy, Vrin, Paris, 1934.
  • Lettre aux frères du Mont-Dieu, éd. M.-M. Davy, Vrin, Paris, 1946.
  • Commentaire sur le Cantique des Cantiques, éd. M-M. Davy, Vrin, Paris, 1958.
  • Deux traités sur la foi: Le miroir de la foi; L’énigme de la foi, éd. M.-M. Davy. Vrin, Paris, 1959.
  • La Contemplation de Dieu, éd. Dom Jacques Hourlier, Éditions du Cerf, 1959. Nouvelle éd. 1976, 164 p. (ISBN 978-2-2040-6244-2)Document utilisé pour la rédaction de l’article.
  • Exposé sur le Cantique des Cantiques éd. J.-M. Déchanet & Maurice Dumontier, éditions du Cerf, 1962. Nouvelle éd. 2007, 420 p. (ISBN 978-2-2040-8464-2).
  • Lettre aux frères du Mont-Dieu, éd. Jean Déchanet, éditions du Cerf, 1975.
  • Le Miroir de la foi, éd. Jean Déchanet, éditions du Cerf, 1982.
  • Oraisons méditatives, éd. Dom Jacques Hourlier, éditions du Cerf, 1986, 282 p. (ISBN 978-2-2040-2509-6).
  • De la nature du corps et de l'âme, éd. Michel Lemoine, Les Belles Lettres, 1988.
  • Guillaume de Saint Thierry, textes choisis par Nicolas Blanc, éd. Artège, Perpignan, 2010.
  • Exposé sur l'Épître aux Romains, éd. Yves-Anselme Baudelet (coll. « Sources chrétiennes »), Paris, éditions du Cerf, t. I (livres I-III), 2011 ; t. II (livres IV-VII), 2014.
  • De la contemplation de Dieu, trad. et intro. par Sr Pascale-Dominique Nau, Rome, 2013.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Adam, Guillaume de Saint-Thierry, sa vie ses œuvres : Thèse de doctorat présentée à la Faculté de théologie de Lyon, Bourg-en-Bresse, Imprimerie du Journal de l'Ain, .
  • Yves-Anselme Baudelet, L'expérience spirituelle selon Guillaume de Saint-Thierry, Paris, Cerf, coll. « Thèses », .
  • Georges Bavaud, « Guillaume de Saint-Thierry, docteur de l'Assomption ? », Revue Bénédictine, no 70,‎ , p. 641-651.
  • Jean-Marie Déchanet, Guillaume de Saint-Thierry, l'homme et l'œuvre, Bruges, C. Beyaert, coll. « Bibliothèque médiévale. Spirituels préscolastiques 1 », .
  • Jean-Marie Déchanet, « Guillaume de Saint-Thierry », dans Dictionnaire de spiritualité : Ascétique et mystique. Doctrine et histoire. Tome 6 : Gabriel - Guzman, Paris, Beauchesne, , col. 1241-1263.
  • Jean Déchanet, Guillaume de Saint-Thierry : aux sources d'une pensée, Paris, Beauchesne, coll. « Théologie historique 49 », , 160 p. (ISBN 978-2-7010-0082-4, lire en ligne).
  • Monique Desthieux, Désir de voir Dieu et amour chez Guillaume de Saint-Thierry, Bégrolles-en-Mauges, Abbaye de Bellefontaine, coll. « Vie monastique. Série Monachisme ancien 45 », .
  • Jacques Heerinckx, « Les sources de la théologie mystique de Saint Antoine de Padoue », Revue d'ascétique et de mystique, no 13,‎ , p. 225-256.
  • B. Lohr, « Vie ancienne de Guillaume de Saint-Thierry », dans Mélanges Godefroid Kurth, recueil de mémoires relatifs à l'histoire, à la philologie et à l'archéologie : Tome 1 : Mémoires historiques, Liège - Paris, Vaillant-Carmanne - H. Champion, coll. « Bibliothèque de la Faculté de philosophie et lettres de l'Université de Liège. Serie grand in-8 (jésus) 1 », .
  • Robert Thomas, Guillaume de Saint-Thierry : Homme de doctrine, homme de prière, Notre Dame du Lac, , 301 p. (ISBN 978-2-8912-9110-1).
  • Matthieu Rougé, Doctrine et expérience de l'Eucharistie chez Guillaume de Saint Thierry, Editions Beauchesne, , 339 p. (ISBN 978-2-7010-1394-7).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e (en) « William of Saint-Thierry », Encyclopædia Britannica, 2010.
  2. a et b (en) Antoine Dégert, « William of St-Thierry », Catholic Encyclopedia, New York, 1912 [lire en ligne]
  3. Rougé 1999, p. 18-27.
  4. Déchanet 1978, p. 138-139. [lire en ligne]
  5. Rougé 1999, p. 84.
  6. Rougé 1999, p. 18.
  7. Abbaye de la Trappe
  8. Guillaume de Saint-Thierry - Association pour le rayonnement de la culture cistercienne.

Liens externes[modifier | modifier le code]