Guillaume Lejean

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Guillaume Lejean
Guillaume-Lejean-Portrait.jpg

Gravure de Charles-Joseph Mettais d'après une photographie (avant 1864).

Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activité

Guillaume Marie Lejean est un géographe et un explorateur français, né le et mort le à Plouégat-Guérand (Finistère).

Biographie[modifier | modifier le code]

Guillaume Lejean n'est pas connu du grand public, car c'était davantage un savant qu'un héros. Il ne fut ni Livingstone, ni Burton et Speke, ceux-là qui découvrirent les sources du Nil, mais en son temps, il est reconnu par ses pairs et devint célèbre[1]. Jules Verne le cite maintes fois dans Cinq semaines en ballon[2], de même qu'Élisée Reclus. Guillaume Lejean découvrit les Balkans[3], fit sortir la géographie des cabinets, fut ethnographe en s’intéressant au destin des peuples, aux langues et aux systèmes politiques, et lui, ce fils de petit fermier du Trégor, compatit aux souffrances des paysans de par le monde et dénonça toujours les injustices et le fanatisme rencontrés lors de ses pérégrinations. Derrière le savant, le travailleur acharné, qui usa sa vie sur les chemins du monde pour mourir à 47 ans, sans avoir achevé son œuvre, sans avoir recueilli toute la gloire de ses travaux, on découvre un homme éminemment attachant, intelligent, vif en même temps que juste et pondéré, ferme dans ses convictions démocratiques, un écrivain plein de probité.

Guérand Vihan, maison natale de Guillaume Lejean
Traon Dour, maison où Lejean finit ses jours

Guillaume Lejean, naît en 1824 au Guérand Vihan, à Plouégat-Guérand, près de Morlaix, dans une famille de petits paysans. Après de bonnes études classiques, on le destina à la prêtrise, mais, s'il était parfois sujet à des crises de mysticisme, il refusa cette voie. Il avait toutes les qualités du « kloarek[4] » qui, selon son compatriote Olivier Souvestre[5], est un « fils du peuple, et dont la devise est : Amour, Foi démocratique, Liberté ».

Tour à tour, enseignant, fonctionnaire à Nantes, Morlaix ou Quimper, archiviste de 1844 à 1847, il se livre à des études bretonnes, tenant à sa liberté et ne supportant la contrainte politique ; il collabore à des journaux locaux, rédige des notices pour les Biographies bretonnes du Brestois Prosper Levot, mais rêve déjà d'espaces plus vastes quitte à délaisser les situations assurées. Sans fortune et sans appuis, il se sent pourtant à l'étroit dans « le triangle officiel d'une administration de fer et la verge sournoise du clergé tout-puissant » et le climat conservateur de l'époque. Inspiré par ses mentors, les historiens Jules Michelet et Augustin Thierry, il publie en 1846, une histoire politique et municipale de la ville et de la communauté de Morlaix, tirée du manuscrit de Joseph Daumesnil[6], suivi en 1849, d'un fort volume sur la Bretagne, son histoire, ses historiens.

Favorable à la révolution de 1848, Lejean monte à Paris et collabore au quotidien politique Le Pays, dirigé par Lamartine, dont il fut secrétaire de 1850 à 1853 ; ce qui ne lui laissa pas que de bons souvenirs. Mais bientôt, il devient aussi le géographe attitré du Magasin pittoresque, il écrit dans le Tour du monde et la Revue des deux Mondes.

En 1856, Lejean devient membre de la prestigieuse Société de géographie[3], la première créée au monde, mais elle vivote car il s'y trouve trop de ces « géographes en pantoufles » à la « sédentarité frileuse ». Avec quelques autres, Lejean va changer tout cela et contribuer à sortir la géographie française des cabinets et des théories (système de Buache), et l’intéresser à l'humain.

Dès lors, ses contacts, ses amitiés, les deux audiences auprès de Napoléon III, par l'intermédiaire d’Hortense Cornu, amie de Napoléon, Lejean obtint huit missions en Orient et en Afrique, qui l'admirent définitivement parmi les géographes de son temps. Napoléon III, l'être falot décrit par la République, fut en réalité à l'origine d'un mécénat archéologique sans précédent, qui fit sortir des limbes la préhistoire, la civilisation celtique, l'ancienne Gaule de même qu'il créait le musée des antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye.

Dès 1857, Guillaume Lejean partit étudier les plus turbulentes régions d'Europe : la Valachie, la Moldavie et la Bulgarie, l’Albanie, le Monténégro et la Bosnie… la future poudrière des Balkans. Il en étudia la géographie et l'ethnographie, et publia une carte ethnographique dans la célèbre revue allemande Petermanns Geographische Mitteilungen de Petermann (1861) qui révélait l’extrême intrication des peuples et des religions dans la Turquie d’Europe.

Dans l'intervalle, de 1860 à 1863, Lejean participe à la quête des sources du Nil. À partir de Khartoum, il visita tout d'abord le Kordofan et le Darfour (ancienne province de l'est du Soudan), puis contraint de revenir à Khartoum, il rejoint la ville de Gondokoro (près de l'Ouganda actuel) par le Nil blanc, mais il ne put la dépasser, en raison d'un état permanent de guerre entretenu par les esclavagistes. Il n'était plus qu'à 600 km du lac Victoria, non loin des sources du Nil. Au retour, il explore la région marécageuse de Bahr el-Ghazal. En 1862, il est nommé vice-consul de France en Abyssinie (Éthiopie actuelle), mais il en est expulsé en septembre 1863 avec d'autres Européens. En 1864, il explora le Kassala (est Soudan) et le pays des Bogos (Soudan). Rentré à Paris, il publia Voyage aux deux Nils et Théodore II : le nouvel empire d'Abyssinie et les intérêts français dans le Sud de la mer Rouge (1865). Il repartit en 1865 vers l'Asie Mineure, marchant sur les traces d’Alexandre, muni de son Arrien, voyageant de conserve avec Plutarque et Quinte-Curce, longeant les mêmes côtes que Néarque, parcourant la Mésopotamie, le golfe Persique et le bassin de l'Indus, partout fustigeant tyrans, négus, maharajah ou pachas, sans céder à un orientalisme à la mode. Sa dénonciation vigoureuse de l'esclavage le porte au rang d'Albert Londres ou d'André Gide. En 1879, lors d'un banquet, Victor Hugo déclara abruptement que « l’Afrique n'a pas d'histoire », que « cette Afrique farouche n'a que deux aspects : peuplée, c'est la barbarie ; déserte, c'est la sauvagerie »[7] ; contre ces phrases fatidiques, sinistres et prophétiques, Lejean, ce parfait honnête homme, donna au cours de sa vie, des leçons de modération à notre génie des lettres.

En 1871, miné par la défaite de la France, affaibli par des fièvres et 14 années de voyages, Guillaume Lejean s’éteignait à 47 ans, dans le berceau des siens et sa jolie maison de Traon Dour.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Image représentant Guillaume Lejean
Carte ethnographique de la Turquie d'Europe et des états vassaux autonomes, dans Ethnographie de la Turquie d'Europe par Guillaume Lejean, 1861
En uniforme de vice-consul avec la croix de la Légion d'honneur. Cénotaphe près de l'église de Plouégat-Guérand

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le Grand Larousse du XIXe siècle consacre 55 lignes à Guillaume Lejean
  2. Cinq semaines en ballon de Jules Verne, Lejean est cité 7 fois en p 6-17-20-49-63-111-120. Wikisource. Exemple : Ch. 19 « ce jeune voyageur, M. Lejean, auquel nous sommes redevables des meilleurs travaux sur le haut Nil. »
  3. a et b La carte ethnographique de la Turquie d'Europe, après la guerre de 1914-1918, p 146, p 153, joua un rôle décisif au cours des traités de Sèvres et de Saint-Germain
  4. En breton, clerc, séminariste.
  5. Poète de Morlaix, auteur de Mikaël, kloarek breton
  6. Bnf, Joseph Daumesnil (1701-1771), maire de Morlaix (1733-1737).
  7. Actes et paroles, Victor Hugo, tome III, depuis l'Exil 1870-1885. « Discours sur l'Afrique »
  8. Cité par Michel Lagrée dans Persée

Sources[modifier | modifier le code]

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