Guillaume Henri Dufour

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Guillaume Henri Dufour
Image illustrative de l'article Guillaume Henri Dufour

Nom de naissance Guillaume Henri Dufour[1]
Naissance
Constance, Allemagne
Décès (à 87 ans)
Genève, Suisse
Allégeance Drapeau de la Suisse Suisse
Drapeau de l'Empire français Empire français
Arme Artillerie et génie militaire
Grade Général
Années de service 18071867
Conflits Guerre du Sonderbund
Affaire de Neuchâtel
Campagne des cent jours
Défense de la République des Sept-Îles
Commandement Général en chef de l’armée confédérale et de l'armée suisse
Capitaine du génie de la Grande Armée
Faits d'armes Vainqueur de la guerre du Sonderbund
Distinctions Grand officier de la Légion d'honneur
Donne son nom à la Pointe Dufour
Autres fonctions Membre du comité fondateur de la Croix-Rouge
Directeur de l'École militaire centrale fédérale de Thoune
Cartographe
Ingénieur

Guillaume Henri Dufour[a], né à Constance le et mort le à Genève, est un général, ingénieur, cartographe et homme politique suisse. Il est la figure principale de la victoire sur le Sonderbund, guerre qui a joué un rôle clé dans l'émergence de la Suisse moderne. Il est aussi l'auteur de la première carte de la Suisse à relevé topographique précis, nommée carte Dufour, le cofondateur de la Croix-Rouge internationale et l'un des directeurs de l'École militaire centrale fédérale de Thoune. Personnage majeur de l’Histoire suisse, il a notamment donné son nom à la pointe Dufour, le plus haut sommet de Suisse.

Il a aussi été officier du génie dans la Grande Armée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Guillaume Henri Dufour est le fils de Bénédict Dufour, horloger et député à l’Assemblée nationale genevoise, et de Pernette Dufour, née Valentin. Sa famille avait alors trouvé refuge à Constance après les troubles de Genève en 1782 menés par le parti aristocratique genevois. Peu après la Révolution française, la révolution de Genève permet à sa famille de retourner y vivre et à l’enfant d'y faire ses études. Il a comme maître de physique Marc-Auguste Pictet, qui sait lui donner le goût des mathématiques et de la physique.

Jeune homme, il est formé en France et entre à l’École Polytechnique française[1] avec la promotion « X1807 », où il apprend les bases techniques civiles et militaires, puis il continue ses études à l’École d'application de l'artillerie et du génie[1] de Metz et en sort officier du génie dans le service actif français. Il est envoyé à Corfou, capitale de la république des Sept-Îles occupée par la France, exécuter des travaux défensifs contre les Anglais. Il y devient un maître dans l’art des fortifications[5], notamment auprès du major Baudrand. Le , il est blessé alors que le navire qui le ramène de Parga est attaqué par les Anglais. En 1814, le capitaine Dufour fait partie de la délégation qui négocie avec les Anglais la remise de Corfou, puis il rentre à Genève. Lors des Cent-Jours, il reprend le service dans l'armée française et travaille à la défense des fortifications de Lyon[6],[7].

Peu après la chute de Napoléon, son bonapartisme le fait mettre à l'écart par la dynastie royale des Bourbons. Il retourne alors à Genève qui avait cessé d'être française, et y devient coup sur coup professeur de mathématiques à l’Académie, chef du génie cantonal, puis ingénieur cantonal de Genève, comprenant les affaires militaires et l’urbanisme.

Dès 1817, Dufour propose un drapeau fédéral suisse, de couleur rouge, en forme de carré divisé en 25 secteurs carrés, dont les 5 secteurs centraux forment une croix blanche. Déployé pour la première fois en 1821 et adopté en Argovie en 1833, la diète le choisit pour l’armée fédérale en 1840 et la Constitution de 1848 le « consacre » après une petite modification[8].

En , il fait partie des fondateurs de l’École militaire centrale fédérale de Thoune[1], où il est capitaine instructeur des troupes du génie et des officiers d’artillerie. En 1827, il est promu au grade de colonel, et devient le directeur de l’École centrale de 1831 à 1834. Il a comme élève le futur Napoléon III.

En tant qu’ingénieur, responsable de l’urbanisme, il fait effectuer à Genève des grands travaux, dont les nouveaux quais, plusieurs ponts et passerelles, les anciens bastions, l’aménagement de l’île aux Barques (île Rousseau). En 1823, il réalise avec Marc Seguin et Marc-Auguste Pictet, le premier pont suspendu à câble métallique d’Europe, la passerelle de Saint-Antoine[9], avec un pilier central sur lequel reposent six câbles porteurs, qui aboutissent à chaque extrémité à deux autres piliers, disposés de part et d’autre du fossé. Le pont pesait seulement huit tonnes et pouvait supporter jusqu’à dix tonnes et demie de trafic, sur une chaussée large de deux mètres.

Nommé quartier-maître en chef[1], il prend aussi la direction des missions de topographie et fonde en 1838 le Bureau topographique fédéral avec comme mission d’élaborer l’atlas des cartes nationales de la Suisse. Ce premier atlas topographique complet de la Suisse, appelé « carte Dufour », est terminé en . En son honneur, le plus haut sommet de Suisse est baptisé pointe Dufour le par décision du Conseil fédéral[10].

En 1847, il prend la tête de l’Armée suisse avec le grade de général. Cette même année, il mène la guerre du Sonderbund contre les sept cantons séparatistes catholiques et gagne la paix, grâce à ses talents de stratège, en vingt-sept jours de guerre, avec un minimum de pertes pour toutes les parties. Lors de cette guerre, il ordonne à ses soldats d’épargner les blessés, les prisonniers et ceux qui sont sans défense. La diète le désigne sous le vocable de « pacificateur » et une nouvelle Confédération suisse est fondée en 1848.

En 1852, il est un des fondateurs de la compagnie de chemin de fer Lyon-Genève, et il est mandaté pour la planification de la construction de la ligne.

La France le fait grand officier de la Légion d'honneur le [2].

Lors de l’affaire de Neuchâtel avec la Prusse en 1856, il essaie d’obtenir la conciliation de Napoléon III en tant que diplomate, mais le , le Conseil fédéral, trouvant les garanties de l’empereur insuffisantes, nomme un conseil de guerre présidé par le chef du département militaire fédéral, le colonel Friedrich Frey-Herosé et composé de lui-même et des colonels Adolf Fischer, Johann Konrad Egloff, Christoph-Albert Kurz, Frédéric Veillon, Eduard von Salis, Johann Jakob Stehlin, Louis-Henri Delarageaz et de Linden. Le , l’Assemblée fédérale le nomme à nouveau à la tête de l’Armée suisse.

Le général Dufour se retire définitivement de l’État-major fédéral en 1867 et de toutes ses fonctions publiques pour s’éteindre en 1875 à l’âge de 87 ans dans son domaine familial des Eaux-Vives à Genève, où il est enseveli au cimetière des Rois.

Guillaume Henri Dufour et la Croix-Rouge[modifier | modifier le code]

Guillaume Henri Dufour participe activement, dès sa création par Henri Dunant, au développement de la Croix-Rouge et à ses projets. Il est nommé président de l’assemblée du Comité de 1863 à 1864, et reste ensuite le président honoraire. Il organise la première conférence internationale à Genève pour l’assemblée du Comité en , dont est issue la « Convention pour l’amélioration du sort des militaires blessés dans les armées en campagne ». Cette première Convention comprend les premières recommandations pour la conduite de secours sur les champs de bataille, et détermine les droits des victimes, leur permettant d’être prises en charge et d’avoir accès à un soin de secours suffisant.

Henri Dunant et Guillaume Henri Dufour se connaissent depuis longtemps, malgré leur différence d’âge de quarante ans, car le général connaît bien la famille d’Henri Dunant[11] d’autant plus qu’en 1859, Guillaume Henri Dufour entre au conseil d’administration de la « Société anonyme des Moulins de Mons-Djémila » d’Henri Dunant.

Dans le développement de la Croix-Rouge, Dufour joue un rôle important et actif. On le dit souvent à l’écoute des autres. Sa capacité de négociateur lui permet de gérer les conférences ainsi que les débats. Issu d’une famille modeste, il a de la facilité à comprendre les plus démunis et à s’ouvrir aux gens, avec la même neutralité. Ce n’est donc pas étonnant qu’il soit nommé président du Comité de l’ancienne Croix-Rouge, dont il illustre bien la neutralité. Il est considéré comme « un disciple humble et fervent du Christ » dont la devise est « Honneur et Fraternité ». C’est un officier valeureux à la recherche de ce qui peut assurer la paix dans le monde[12].

Guillaume Henri Dufour participe au total à 214 des 227 réunions de la Croix-Rouge. Il est très attaché à l’association et en fait partie jusqu’à sa mort en 1875.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'ensemble des pièces originales du XIXe siècle montre que les prénoms « Guillaume » et « Henri » ne sont pas liés par un trait d’union :
    • les informations issues de la base Léonore[2] (consulter le dossier en bas de la page Internet qui s'affiche : il est constitué de six pages, la première page est le dossier de couverture qui comporte les deux prénoms détachés l'un de l'autre, la deuxième page est son « état des services » (même observation), la troisième page est un « extrait du registre des enfans [sic] des citoyens de la république de Genève nés en pays étrangers » établi le qui mentionne « Le quinze septembre mil sept cent quatre vingt sept, est né à Constance, Guillaume Henri, fils de Benedict Dufour, citoyen, et de Pernette Valentin, sa femme, présenté [sic] par Guillaume Henri Valentin, batisé [sic] le sept octobre de la susdite année par Spectable Gasc, pasteur de l'Église réformée de Constance », la quatrième page est la suite du document précédent et mentionne « ... certifions que Monsieur Guillaume Henri Dufour, capitaine du génie et membre de l'ordre royal de la Légion d’honneur est bien le même que celui désigné dans l'extrait de batême [sic] ci-dessus », la cinquième page est un registre du baptême qui mentionné à nouveau « ... Guillaume Henri, fils de Benedict Dufour, ... », la sixième page est une validation des pages précédentes par le « ministre de France en Suisse ») ;
    • les endroits où Dufour signe ne montrent pas de trait d’union non plus entre ses deux initiales, il signe en effet « G. H. Dufour[3],[4] » ;
    • l'extrait du registre manuscrit de l'École polytechnique[1] commencé en 1807, au moment de son admission, mentionne les deux prénoms mais reliés par une virgule « Guillaume, Henri » ; en outre la typographie utilisée par le site de l'École polytechnique (Dufour Guillaume Henri) montre que l'École considérait que son prénom courant était « Guillaume » et non « Guillaume Henri » ;
    • de même, l'annuaire (papier) du bicentenaire de l'École polytechnique édité en 1994 par l’association des anciens élèves et diplômés de l'École polytechnique mentionne clairement, aux registres alphabétique puis par promotion : « Dufour Guillaume Henri » ;
    • le site de la « fondation pour la conservation de la maison du général Guillaume Henri Dufour » à Genève adopte la seule graphie « Guillaume Henri Dufour ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Ouvrir la « Page d’accueil », sur le site de la bibliothèque de l’École polytechnique, Palaiseau (consulté le 30 mars 2016), sélectionner l’onglet « Catalogues » puis cliquer sur « Famille polytechnicienne », effectuer la recherche sur « Guillaume Dufour », résultat obtenu : « Dufour, Guillaume Henri (X 1807 ; 1787-1875) ». Le document manuscrit de 1807 et années suivantes est consultable en cliquant sur l’icône représentant ce document en format « tiff ».
  2. a et b « Notice no LH/833/60 », base Léonore, ministère français de la Culture.
  3. Voir la page 7 de la Convention de Genève de 1864.
  4. Voir aussi la dernière page du document titré « Dufour, de Corfou à Genève ».
  5. André Berthelot, Hartwig et Derenbourg, La grande encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts, t. 15, Paris, Henri Lamirault, 1885-1902, 31 cm (lire en ligne), « Dufour (Guillaume-Henri) ».
  6. Guillaume-Henri Dufour dans son temps 1787-1875, Droz (ISBN 9782600050692, lire en ligne).
  7. « Dufour, de Corfou à Genève » (consulté le 8 novembre 2013).
  8. « À pas savants dans les rues de Genève », Le Temps, . Une exposition commémorant le 450e anniversaire de l’université de Genève.
  9. Pont de Saint-Antoine sur Structurae, consulté le 17 avril 2009.
  10. « Dufour, Pointe » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne. consulté le 30 mars 2016.
  11. Micheline Tripet, Guillaume-Henri Dufour dans son temps 1787-1875, Genève.
  12. Le Journal de Genève, Le Temps, archives, 1937, Art. « Le général Dufour et la vie internationale » [(letempsarchives.ch)]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]