Guerres xhosas

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La frontière est de la colonie du Cap en 1835

Les guerres Xhosas, appelé aussi guerres cafres ou guerres de frontière, désignent une série de neuf guerres de 1779 à 1879 entre les peuples Xhosa et les autorités coloniales du Cap, d'abord néerlandaises puis britanniques. Ces guerres ont eu lieu dans l'actuelle province du Cap-Oriental en Afrique du Sud principalement dans les régions situés entre les rivières Fish et Kei. Elles ont débouché sur l'annexion des territoires formant le Ciskei et le Transkei à la colonie du Cap.

Les trois premières guerres cafres[modifier | modifier le code]

À la fin du XVIIIe siècle, l'expansion des Boers commencée au Cap avait atteint une région de peuplement bantouphone dont les habitants étaient les amaXhosa et qui étaient alors désignés sous le terme de Cafre.

Les Xhosas avaient par essaimage peuplé progressivement la région située entre les fleuves Kei et Great Fish, expulsant les populations d'origines qu'étaient les Khoïkhoï. Le royaume Xhosa s'était fragmenté en deux au milieu du XVIIIe siècle provoquant une nouvelle avancée vers l'ouest des groupes xhosas pionniers, notamment sur la rive ouest de la Great Fish river, dans une zone appelée Zuurveld. Cet espace fut le lieu de compénétration de deux populations agricultrices, celles des Boers venant de l'ouest et celle des Xhosas venant de l'Est[1].

La concurrence entre les Boers et les Xhosas pour obtenir les meilleurs pâturages du Zuurveld fut intense. La région offrait d'excellents pâturages de septembre à janvier qui devenaient nocifs pour le bétail le reste de l'année en raison de l'acidité du sol. Les Xhosas exploitèrent alors cette zone sur le mode transhumant, ce qui fit croire aux trekboers que les sols étaient libres de toute propriété[2]. Les premières escarmouches entre Boers et Xhosas commencèrent en 1779 et prirent la forme d'expéditions punitives et de raids mutuels contre le bétail.

Les premières guerres (1779-1781, 1793 et 1799) ne débouchèrent sur aucun résultat probant, les Xhosas parvenant à chaque fois à contenir l'avancée boer en détruisant leurs fermes. À la fin de la première guerre cafre, la frontière de la colonie est fixée entre la rivière Fish et la rivière Sundays. Après la deuxième guerre cafre, elle est repoussée sur la rive ouest de la rivière Sundays puis celle-ci devient la frontière à la fin de la troisième guerre cafre.

La quatrième guerre cafre[modifier | modifier le code]

La quatrième guerre cafre en 1811-1812 marque un tournant car c'est la première menée sous l'égide des Britanniques qui ont remplacé les Néerlandais en tant que puissance tutélaire de la colonie du Cap. Le gouverneur John Cradock décide d'envoyer la troupe britannique combattre les Xhosas. Assistées d'unités composés de Boers et de Khoï, les troupes britanniques expulsent les Xhosas installés à l'ouest de la rivière Fish, confisquent leur bétail et détruisent leurs villages. À leur place se met en place un maillage de fermes détenues par des Boers qui commencent à défricher les terres de la région.

La cinquième guerre cafre[modifier | modifier le code]

Cependant, en 1818, la toute jeune ville de Grahamstown fondée dans le Zuurveld, défendue par 350 soldats, fut attaquée par 10 000 Xhosas menés par le chef Makana. L'assaut fut repoussé et les Xhosas confinés au-delà de la rivière Keiskamma. Il fut décidé que la zone entre la Fish et la Keiskamma devait devenir une zone de tampon entre territoires xhosas et colonie du Cap. En 1819[3], le Zuurveld devient le district d'Albany, peuplé de quelques 5000 nouveaux immigrants britanniques. Le chef Makana fut détenu à Roben Island. Il mourut noyé en essayant de s'évader à la nage pour rejoindre le continent.

La sixième guerre cafre[modifier | modifier le code]

Les chefferies Xhosas s'étaient organisées sous la direction du chef du clan Gcaleka et envahirent le Zuurveld en 1834 pour stopper le processus de colonisation britannique de la région. Une armée de 10 000 guerriers, conduits par Maqoma, pilla et brûla les habitations de la frontière, tuant tous ceux qui résistaient notamment des Khoi-Khoi. Une expédition britannique mit fin une nouvelle fois à la révolte, avec l'aide des Khoï. Un traité de paix fut signé le 17 septembre 1835 en vertu duquel toute la région entre le Keiskamma et le Kei était annexée à la colonie du Cap sous le nom de province de la Reine Adélaide. Au total, quarante agriculteurs (Boers) avaient été tués et 416 fermes incendiées. En outre, 5700 chevaux, 115 000 têtes de bovins et 162 000 ovins avaient été pillés par les Xhosas. En représailles, 60 000 têtes de bétail appartenant aux Xhosas furent pris par les fermiers blancs. En 1837, la province de la Reine Adélaide fut rétrocédée aux Xhosas sur injonction du Parlement britannique au grand dam des Boers de la région qui se sentirent trahis d'autant plus qu'ils furent accusés d'être les instigateurs du conflit. Plusieurs milliers d'entre eux tels Piet Retief décidèrent alors de s'affranchir de la puissance coloniale et entamèrent le grand trek vers des terres plus lointaines.

La septième guerre cafre[modifier | modifier le code]

Connue comme la Guerre de la Hache (War of the Axe), la septième guerre commença en mars 1846 par l'attaque meurtrière par les Xhosas d'une escorte militaire Khoikhoi. Après la défaite des guerriers Xhosas par le Général Somerset le 8 juin 1846 à Gwanga, la guerre dura encore quelque temps jusqu'à la reddition de Sandili, le chef Xhosa de la tribu des Ngqika. Le 17 décembre 1847, le chef-lieu du district de la Reine Adélaide fut déplacé à King William's Town. Le district fut annexé et prit alors le nom de Cafrerie britannique. Harry Smith, nouvellement nommé gouverneur, annonça qu'elle sera administrée séparément de la colonie du Cap en tant que possession de la Couronne britannique.

La huitième guerre[modifier | modifier le code]

En 1850, les Xhosas se soulevèrent de nouveau après que Smith eut fait destituer le récalcitrant Sandili de sa fonction de chef de la tribu Ngqika pour le remplacer temporairement par un magistrat britannique. Le 24 décembre, l'escorte du Colonel George Mackinnon fut attaquée par les Xhosas alors que les colons établis dans les villages frontaliers étaient attaqués par surprise. La plupart furent tués et leurs fermes incendiées alors que la majorité des membres de la police de la Caffrerie britannique désertaient leurs postes. Le gouverneur Harry Smith, présent dans la région, fut lui-même encerclé avec son escorte à Fort Cox. Il parvint à s'échapper avec 150 cavaliers de régiments commandés par le Colonel Mackinnon pour se réfugier à King William’s Town, à 19 km de distance, sous le feu des guerriers Xhosas, armés des carabines emportées par les troupes auxiliaires qui avaient fait défection. Dans le même temps, plus de 900 Khoikhois, jusque là d'anciens soldats loyalistes envers les Britanniques, rejoignirent les guerriers Xhosas. Ils en voulaient aux Britanniques pour l'inégalité de traitement en regard de leurs homologues blancs qu'ils avaient subie lors de leur passage dans l'armée coloniale. Leur but était d'établir une république Khoikhoi.

La guerre dura quelques années, avec les montagnes Amatolas pour principal champ de bataille. Entre temps, en 1852, Sir Harry Smith avait été rappelé en Grande-Bretagne. Le Lieutenant-Général Cathcart lui succéda. Le Xhosas furent finalement expulsés des montagnes Amatolas et en mars 1853, la frontière était solidifiée. Les chefs Xhosas furent alors placés sous la tutelle des conseillers britanniques.

Article détaillé : Nongqawuse.

En 1856, une jeune fille xhosa nommée Nongqawuse annonça avoir eu la vision que la puissance des Xhosas serait restaurée, le bétail renouvelé et les Blancs chassés. Il fallait pour cela mettre un terme à la méchanceté des Xhosas, les malheurs antérieurs étant attribué à celle-ci [4].

À la date attendue du 16 août 1856[4], la prédiction ne se réalisa pas. Au lieu de vendre le bétail, on se décida à l'abattre [4], en accord avec les prévisions de Nongqawuse, pour qui tout le bétail devait désormais être abattu, les récoltes brulées et les réserves alimentaires détruites[4]. Membre d'une famille xhosa importante, elle fut entendue et les chefs xhosas ordonnèrent de procéder à la destruction du bétail et des récoltes, « dans l'attente de troupes invisibles qui viendraient d'au-delà des mers pour les aider à chasser les Anglais »[5]. La mort du lieutenant-général Cathcart en Crimée fut interprétée comme un signe annonciateur[6]

La faute en fut imputée aux récalcitrants et de violentes querelles achevèrent de plonger la région dans la misère et la famine. Pour survivre, plusieurs milliers de Xhosas n'eurent d'autres choix que de recourir au cannibalisme alors que d'autres fuyaient vers la colonie du Cap pour implorer des secours. En fin de compte, cette famine meurtrière tua plus de 40 000 Xhosas[4], ce qui signa la fin des guerres cafres sur la frontière orientale de la colonie. La population de la Caffrerie passa en deux ans de 105 000 à moins de 27 000 individus[7].

La neuvième guerre cafre 1877-1879[modifier | modifier le code]

La neuvième guerre se termine par l'annexion des derniers territoires xhosas à la colonie du Cap. Ainsi, en quelques années, les territoires Xhosas d'Idutywa, de Fingoland (Mfenguland) et de Galekaland (Gcalekaland), tous situés en amont de la rivière Kei, sont progressivement annexés et restructurés en division de Butterworth, Tsomo, Nqamakwe, Kentani, Willowvale et Idutywa.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Le Seuil, 2006, p 234 et s.
  2. François-Xavier Fauvelle-Aymar, p 235
  3. Date issue du livre Conversation avec moi-même, Nelson Mandela et de l'historien et écrivain Tim Couzens
  4. a, b, c, d et e Françoise Héritier, « Réflexions pour nourrir la réflexion », in F. Héritier (séminaire de), De la violence, éd. Odile Jacob, 1996, p.13-53 (en part. p.38-44)
  5. Isabelle Surun (dir), Les sociétés coloniales à l'âge des Empires (1850-1960), Atlande, 2012, p. 332.
  6. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Le Seuil, 2006, p 264
  7. Death of a civilisation de David Deming (Université d'Oklahoma)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]