Guerres d'indépendance en Amérique du Sud

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Guerres d'indépendance en Amérique du Sud
La bataille de Carabobo
Informations générales
Date 1810 - 1825
Lieu Amérique du Sud
Issue Victoire des insurgés
Fin de la domination espagnole sur le continent
Belligérants
Drapeau de l'Espagne Espagne Flag of the Gran Colombia (1819-1820).svg Grande Colombie
Flag of Argentina (alternative).svg Provinces-Unies du Río de la Plata
Flag of Chile.svg Chili
Flag of Bolivia (1826-1851).svg Bolivie
Flag of Peru (1822 - 1825).svg Pérou
Commandants
José Fernando de Abascal y Sousa
Joaquín de la Pezuela
José de la Serna
José Manuel de Goyeneche y Barreda
Miguel de la Torre
Mariano Osorio
Melchor de Aymerich
Rafael Maroto
Pablo Morillo
Simón Bolívar
José de San Martín
Antonio José de Sucre
Bernardo O'Higgins
Manuel Belgrano
José Gervasio Artigas
Francisco de Miranda
Guillermo Brown
José Prudencio Padilla
Thomas Cochrane
Batailles
Suipacha - San José - Las Piedras - Huaqui - Sorondo - Tucumán - Cerrito - Salta - Campagne Admirable - Ayohuma - Buceo - La Puerta (1814) - Rancagua - Tolú - Sipe-Sipe - Carthagène - Los Frailes - Chacabuco - La Puerta (1818) - Maipú - Vargas - Boyacá - Valdivia - Carabobo - Yaguachi - Pichincha - Lac Maracaibo - Ayacucho
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Les guerres d'indépendance en Amérique du Sud sont un ensemble de mouvements indépendantistes qui ont secoué le continent sud-américain au début du XIXe siècle et ont mis fin à la domination espagnole. Durant la guerre d'indépendance espagnole, à partir de 1808, l'Espagne se trouve coupée de son empire colonial et ne possède aucun gouvernement stable. La guerre en Europe et la restauration absolutiste persuadent les hispano-américains de se rendre indépendants de la mère patrie et diverses révolutions éclatent à travers le continent.

Ces conflits peuvent être considérées aussi bien comme des guerres civiles que comme des guerres de libération nationale puisque la majorité des combattants des deux camps sont hispano-américains mais que l'objectif recherché par les insurgés est l'indépendance des colonies espagnoles. De plus, ces guerres peuvent être rattachées au mouvement plus général des guerres d'indépendance en Amérique latine qui incluent les conflits au Mexique, au Brésil et en Amérique centrale. Mais surtout, ce processus d'indépendance prend place dans le climat général politique et intellectuel qui a émergé du siècle des Lumières et qui a influencé toutes les révolutions de l'Atlantique, y compris celles en France et aux États-Unis qui ont ouvert la voie aux révolutions d'Amérique du Sud.

Situation et facteurs déclenchants[modifier | modifier le code]

Plusieurs facteurs ont contribué au déclenchement des guerres d'indépendance. Tout d'abord, les réformes mises en œuvre par les Bourbons au milieu du XVIIIe siècle ont changé les relations des hispano-américains avec la Couronne. Dans un effort pour mieux contrôler l'administration et l'économie de ses colonies, le roi d'Espagne réintroduit la pratique de nommer des peninsulares à des postes officiels. Cela signifie que les hispano-américains perdent les avantages qu'ils avaient acquis en occupant et en vendant diverses charges officielles durant les 150 ans qui ont précédé.

Même si dans certains endroits, comme la Vice-royauté du Río de la Plata, ces réformes ont des effets positifs, améliorant l'économie locale et l'efficacité du gouvernement[1], elles conduisent souvent à des tensions avec les habitants, et parfois même à des révoltes, comme la révolte des Comuneros dans la Vice-royauté de Nouvelle-Grenade ou la rébellion de Túpac Amaru II au Pérou. Ces réformes et ces révoltes ne sont pas des causes directes des guerres d'indépendance, qui interviennent des décennies plus tard, mais elles sont des éléments importants de la situation politique dans laquelle ces conflits prennent place[2].

D'autres facteurs sont le développement des idées progressistes du siècle des Lumières et les exemples des révolutions française et américaine. De nouvelles idées telles que le libre-échange et la physiocratie se répandent et donnent le désir de procéder à des réformes sociales et économiques à travers l'Amérique latine. Les réformes politiques accomplies et les constitutions écrites pendant les guerres d'indépendance sont influencées par ces facteurs[3].

L'effondrement des Bourbons[modifier | modifier le code]

La guerre d'indépendance espagnole contre les troupes de Napoléon Ier est la principale cause des guerres d'indépendance. En effet, ce conflit marque le début d'une longue période d'instabilité pour la monarchie espagnole, période qui va durer jusqu'en 1823. En 1808, la chute de la dynastie des Bourbon provoquée par Napoléon, qui offre la couronne espagnole à son frère Joseph, déclenche une crise politique en Amérique du Sud car, même si le monde hispanique dans son ensemble est quasiment unanime pour rejeter le nouveau souverain, aucune alternative réelle n'est présentée.

Dans la grande tradition espagnole de théories politiques sur la nature contractuelle de la monarchie (voir la philosophie de Francisco Suárez), les provinces espagnoles répondent à la crise en établissant des juntes. Toutefois, ce mouvement entraîne encore plus de confusion car il n'y a pas d'autorité centrale et la plupart des juntes ne reconnaissent pas les revendications des autres juntes de représenter la monarchie dans son ensemble. La junte de Séville, en particulier, revendique toute autorité sur l'empire colonial en raison du rôle historique de cette province en tant qu'entrepôt exclusif du commerce colonial[4].

Création de nouveaux gouvernements[modifier | modifier le code]

Cette impasse est résolue grâce à des négociations entre les juntes et le Conseil de Castille et qui conduisent à la création d'une junte suprême centrale le 25 septembre 1808. Il est conclu que les provinces traditionnelles de la péninsule enverraient deux représentants chacune à cette junte centrale alors que les colonies d'outre-mer en enverraient un seul. Ces colonies sont organisées en quatre vice-royautés, de Nouvelle-Espagne, de Nouvelle-Grenade, du Pérou et du Río de la Plata, et en six capitaineries générales, de Cuba, de Porto Rico, du Guatemala, du Chili, du Venezuela et des Philippines[5].

Ce projet est critiqué car il fournit une représentation inégale pour les colonies mais, en dépit de cela, les capitales provinciales de la péninsule élisent des candidats dont les noms sont envoyés aux capitales des vice-royautés et des capitaineries générales au début de l'année 1809. Plusieurs villes importantes du continent sud-américain sont laissées sans aucun représentant à la junte centrale, en particulier Quito et La Plata qui sont indignées d'être incluses dans la Vice-Royauté du Pérou. Cette agitation conduit à l'établissement de juntes dans ces villes en 1809 mais ces mouvements sont réprimés par les autorités avant la fin de l'année[6].

Destitution du capitaine-général du Venezuela le 19 avril 1810

La dissolution de la junte centrale le 29 janvier 1810, à cause des revers subis par les troupes espagnoles dans la guerre contre Napoléon, déclenche une nouvelle vague de juntes qui se mettent en place en Amérique du Sud. L'armée française envahit le sud de l'Espagne et force la junte centrale à se réfugier à Cadix, qui est en état de siège. La plupart des hispano-américains ne voient pas de raison de reconnaître la validité d'un gouvernement qui est sous la menace d'être capturé par les français à n'importe quel moment, et ils commencent à travailler à la création de juntes locales pour préserver l'indépendance de la région vis-à-vis des français. Des juntes sont établies avec succès à Caracas, Buenos Aires, Bogota et Santiago du Chili mais échouent à s'implanter au Pérou, dans le Haut-Pérou (l'actuelle Bolivie) et à Quito, qui vont demeurer sous le contrôle des royalistes pendant toute la décennie[7]. La création de ces juntes est l'étape décisive vers les conflits qui vont faire rage à travers tout le continent pendant près de 15 ans.

Première phase : 1810 - 1813[modifier | modifier le code]

Au Venezuela, le capitaine-général est déposé le 19 avril 1810 et, sous l'influence de leaders tels que Francisco de Miranda et Simón Bolívar, le congrès réuni par la junte de Caracas proclame l'indépendance le 5 juillet 1811. Néanmoins, certaines provinces du pays (comme Coro et Maracaibo) restent fidèles à la couronne espagnole et le nouveau gouvernement, qui connaît vite de grandes difficultés financières, ne peut les soumettre. Le 26 mars 1812, un tremblement de terre dévastateur secoue la région de Caracas, tuant des milliers de personnes, et est considéré par de nombreux habitants comme un signe du courroux divin envers les républicains. Une armée royaliste se constitue et triomphe des forces de Miranda, qui capitule le 25 juillet 1812[8]. Cette capitulation est vue comme une trahison par Bolívar et celui-ci livre Miranda aux royalistes avant de se réfugier en Nouvelle-Grenade.


Processus d'indépendance sud-américain
  •      Gouvernement traditionnaliste espagnol
  •      Gouvernement loyal à la Junte Centrale Suprême
  •      Junte locale ou mouvement insurrectionnel
  •      État indépendant déclaré ou établi
  •      Contrôle français en Espagne

La Nouvelle-Grenade (qui correspond plus ou moins aux actuels États de Colombie, de l'Équateur et de Panamá) a elle-même déposé son vice-roi en 1810 et un congrès de représentants a proclamé les « Provinces-Unies de Nouvelle-Grenade » le 27 novembre 1811. Mais le pouvoir central de cette nouvelle entité est faible et les provinces se gouvernent plus ou moins elles-mêmes, sans compter celles qui sont restées fidèles à l'Espagne (comme celle de Quito). Bolívar obtient le soutien du congrès de Nouvelle-Grenade pour combattre la menace que représente les royalistes du Venezuela et, à partir de février 1813, mène ce que l'on nommera plus tard la Campagne Admirable à l'issue de laquelle, après avoir remporté plusieurs batailles, il entre dans Caracas le 6 août 1813 et restaure la république du Venezuela. C'est au cours de cette campagne que Bolívar proclame la « guerre à mort » (Decreto de Guerra a Muerte) où il promet la mort pour tout natif d'Espagne qui ne soutiendrait pas la cause de l'indépendance, mesure prise pour créer un fossé entre espagnols et hispano-américains et pour répondre aux atrocités commises par les espagnols après la chute de la première république[9].

Au Chili, le gouverneur doit démissionner en 1810 et un congrès national gouverne le pays de façon autonome. Inquiet de la progression des idées indépendantistes à l'intérieur de ce congrès, le vice-roi du Pérou, José Fernando de Abascal y Sousa, envoie au mois de février 1813 une expédition militaire gagner le Chili par voie de mer. Cette expédition débarque à Concepción mais, après quelques succès initiaux, les royalistes piétinent et s'installent à Chillán où ils restent inactifs pendant plusieurs mois.

Manuel Belgrano

À Buenos Aires, la junte démet de ses fonctions le vice-roi du Río de la Plata lors de la révolution de mai 1810 et prend fermement le contrôle de la région. Dans la Banda Oriental (l'actuel Uruguay), les insurgés commandés par José Gervasio Artigas remportent le 18 mai 1811 une victoire décisive lors de la bataille de Las Piedras et viennent mettre le siège devant Montevideo, où s'est réfugié le vice-roi. En revanche, la junte échoue au début de l'année 1811 dans sa tentative d'invasion du Paraguay mais, quelques mois plus tard, le 17 mai 1811, le Paraguay brise de lui-même ses liens avec l'Espagne et se déclare indépendant, indépendance qui ne sera jamais remise en cause. L'armée du nord des Provinces-Unies du Río de la Plata envahit quant à elle les plateaux du Haut-Pérou mais est sévèrement battue le 20 juin 1811 à la bataille de Huaqui par les troupes de José Manuel de Goyeneche y Barreda et doit regagner les plaines du nord de l'Argentine.

Manuel Belgrano est alors nommé à la tête de l'armée du nord et la réorganise. Il sauve le nord de l'Argentine d'une invasion en triomphant des royalistes lors de la bataille de Tucumán, le 24 septembre 1812[10], et emmène une contre-attaque avec l'aide du matériel pris à l'ennemi. Le 20 février 1813, l'armée de Belgrano est victorieuse lors de la bataille de Salta où près de 3 000 soldats ennemis sont capturés[11]. Suite à cette grande victoire, une seconde invasion du Haut-Pérou est lancée mais Belgrano est cette fois battu par les royalistes à la bataille d'Ayohuma, le 14 novembre 1813, et l'armée du nord doit une nouvelle fois regagner les plaines, Belgrano étant peu après démis de son commandement.

Reconquête royaliste et progrès des insurgés : 1814 - 1819[modifier | modifier le code]

En 1814, Ferdinand VII est rétabli sur le trône d'Espagne et une expédition militaire de 10 000 hommes est mise sur pied au début de l'année suivante dans le but de reconquérir la Nouvelle-Grenade[12]. Mais, avant même cette date, le Venezuela est revenu sous contrôle espagnol à la suite d'une guerre sans merci menée par les troupes irrégulières de José Tomas Boves, qui détestent l'élite sud-américaine. Au mois de juin 1814, la seconde république de Simón Bolívar connaît une défaite décisive à La Puerta et Caracas, ainsi que la plus grande partie du pays, retourne sous la domination royaliste. Quant à Bolívar, il est une nouvelle fois obligé de s'exiler, d'abord en Jamaïque, puis en Haïti.

Au mois d'avril 1815, l'expédition militaire espagnole sous les ordres de Pablo Morillo débarque sur le nouveau continent et met le siège devant Carthagène, qui capitule au mois de décembre après un siège de cinq mois. L'armée espagnole marche ensuite en direction du sud et, avec l'aide des forces du vice-roi du Pérou, reconquiert la Nouvelle-Grenade en quelques mois, Bogotá tombant à son tour le 6 mai 1816. Tout le nord du continent est donc à nouveau sous contrôle espagnol et va le rester jusqu'en 1819.

Au sud du continent, les choses ne se présentent de prime abord pas mieux pour les insurgés, même si, devant Montevideo, la flotte espagnole, qui dominait jusqu'alors la mer, est entièrement détruite ou capturée par l'escadre de Guillermo Brown et que cette victoire navale des insurgés entraîne la chute de la ville, désormais privée de ravitaillement, le 20 juin 1814. Au Chili, après une période durant laquelle plusieurs combats, dont aucun n'est décisif, sont livrés, une trêve est signée au mois de mai 1814 mais celle-ci ne dure guère. Le vice-roi du Pérou envoie en effet une nouvelle expédition, forte de 5 000 hommes et commandée par Mariano Osorio, qui débarque au Chili au mois d'août et qui, profitant des graves dissensions divisant les insurgés, remporte le 2 octobre la bataille de Rancagua sur les troupes de Bernardo O'Higgins. Peu après, Santiago est reprise par les royalistes et le Chili regagne le giron de la couronne espagnole.

Les Provinces-Unies du Río de la Plata connaissent elles aussi leurs propres conflits internes car le pouvoir central de Buenos Aires est en désaccord avec les fédéralistes de la Banda Oriental et décide d'imposer son autorité par la force. Mais les fédéralistes de José Gervasio Artigas triomphent des forces centralistes et proclament leur indépendance en 1815, effrayant à la fois Buenos Aires et le Portugal qui, en août 1816, envahit la Banda Oriental à partir du Brésil avec la complicité tacite des Provinces-Unies du Río de la Plata. Après une longue alternance de victoires et de défaites, les forces fédéralistes sont finalement vaincus de façon décisive lors de la bataille de Tacuarembó, livrée le 22 janvier 1820, et la Banda Oriental est intégrée au Brésil (elle ne retrouvera son indépendance qu'en 1828 à l'issue de la guerre de Cisplatine).

José de San Martín et Bernardo O'Higgins traversant la cordillère des Andes

Pour parachever cette série de désastres pour les insurgés, une nouvelle tentative d'invasion du Haut-Pérou par l'armée du nord finit en déroute, le 28 novembre 1815, à la bataille de Sipe-Sipe où l'armée du nord perd environ 2 000 hommes. À ce moment-là, la cause indépendantiste en Amérique du Sud paraît perdue malgré la proclamation de l'indépendance des Provinces-Unies du Río de la Plata le 9 juillet 1816. C'est alors que José de San Martín, un général argentin alors gouverneur de la province de Cuyo, met au point un nouveau plan pour vaincre les armées royalistes du Pérou. Au lieu de passer par le Haut-Pérou, où les insurgés ont été à chaque fois vaincus, il décide, avec l'aide des restes de l'armée chilienne de son ami Bernardo O'Higgins, d'organiser une armée des Andes dont le but est de traverser la cordillère des Andes et d'entrer par surprise au Chili. Il obtient le soutien du Directeur suprême Juan Martín de Pueyrredón et, le 12 janvier 1817, il débute avec une armée de plus de 5 000 hommes divisée en quatre colonnes une incroyable traversée de près de 500 kilomètres à travers la cordillère, qui s'achève le 8 février[13]. L'armée des Andes a perdu lors de la traversée près du tiers de ses effectifs mais elle prend totalement par surprise les troupes royalistes qui sont vaincues le 12 février lors de la bataille de Chacabuco[14]. Le lendemain, l'armée des Andes entre triomphalement dans Santiago du Chili et les royalistes sont repoussés dans le sud du pays. Bernardo O'Higgins est placé à la tête du pays dont il proclame l'indépendance un an jour pour jour après la bataille de Chacabuco. Peu après, le 5 avril 1818, l'armée de José de San Martín assure définitivement cette indépendance en triomphant des forces de Mariano Osorio à la bataille de Maipú où environ 3 500 royalistes sont pris ou tués. Valdivia, la dernière possession espagnole au Chili, est capturée le 4 février 1820 par l'amiral Thomas Cochrane.

Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres plus au nord, Simón Bolívar n'a pas renoncé à son projet de libérer le nord du continent. Après une première tentative avortée de débarquement au Venezuela en 1816, il organise, avec l'aide du gouvernement haïtien, une nouvelle force expéditionnaire de plus de 4 000 hommes qui débarque près de l'embouchure de l'Orénoque en janvier 1817. Bolívar met ensuite le siège devant Angostura et la ville finit par tomber au mois d'août 1817[15]. Après avoir sécurisé ses positions dans le sud-est du Venezuela, Bolívar met au point un plan audacieux pour s'emparer de la Nouvelle-Grenade en attaquant par surprise pendant la saison humide. En juin 1819, il emprunte avec son armée (dont une légion britannique) un passage montagneux réputé infranchissable à travers la cordillère orientale et, malgré de lourdes pertes, réussit à passer, gagnant ainsi un considérable effet de surprise. Le 7 août, Bolívar remporte sur les royalistes la bataille de Boyacá, victoire décisive qui lui ouvre les portes de Bogotá et permet la libération de la Nouvelle-Grenade. L'indépendance de la Grande Colombie est proclamée le 17 décembre 1819 et Simón Bolívar en devient le président.

Simón Bolívar

Consolidation de l'indépendance : 1820 - 1825[modifier | modifier le code]

En 1819, l'Espagne organise une seconde expédition militaire, composée de 10 bataillons, pour reconquérir ses colonies mais le commandant de l'un de ses bataillons, Rafael del Riego, va déclencher une mutinerie en réclamant un retour à la constitution de 1812 et la révolte va se répandre dans tout le pays, contraignant Ferdinand VII à gouverner de façon plus libérale[16]. Cette période va durer jusqu'en 1823, date à laquelle l'expédition française en Espagne va rétablir l'absolutisme. Cette situation troublée en Espagne a de fortes conséquences sur les évènements en Amérique du Sud car non seulement la nouvelle expédition espagnole ne voit jamais le jour mais, de plus, le moral des troupes royalistes sur le continent américain chute considérablement, entraînant de nombreuses désertions. Au niveau politique, les Cortes Generales qui détiennent le pouvoir en Espagne de 1820 à 1823 cherchent plus à négocier avec les insurgés hispano-américains qu'à les combattre, pensant naïvement que le retour du libéralisme en Espagne peut les convaincre de renoncer à leurs projets d'indépendance[17].

Après avoir assuré l'indépendance du Chili, José de San Martín fait construire une flotte dans le Pacifique pour contester la domination navale des espagnols. Au milieu de l'année 1820, une flotte de 8 navires de guerre et de 16 navires de transport est assemblée sous les ordres de Thomas Cochrane. Cette flotte met à la voile depuis Valparaíso jusqu'à la péninsule de Paracas, au sud du Pérou, où les troupes transportées débarquent le 7 septembre, prenant peu après la ville de Pisco. Après cela, San Martín, qui espère que la présence de ses troupes va susciter une rébellion généralisée au Pérou, choisit d'éviter la confrontation militaire directe avec l'armée du vice-roi Joaquín de la Pezuela. Il engage des négociations qui échouent et ses troupes gagnent alors la ville de Huacho, qui est une meilleure position stratégique. Pendant les mois suivants, une campagne terrestre et maritime contre les royalistes lui permet de sécuriser sa nouvelle position[18].

De son côté, Simón Bolívar prépare désormais la libération du Venezuela, aidé en cela par la politique de négociations que prône désormais les autorités espagnoles. Une trêve de six mois est conclue le 26 novembre 1820, date à laquelle Bolívar renonce également à la « guerre à mort », s'accordant avec ses adversaires pour établir des règles de guerre plus conventionnelles. Mais, le 28 janvier 1821, le cabildo de Maracaibo, constatant l'affaiblissement de la cause royaliste, se déclare comme une province indépendante et choisit de rejoindre le nouvel État de Grande Colombie. Miguel de la Torre, qui a succédé à Pablo Morillo à la tête des forces espagnoles du Venezuela, prend cela pour une violation de la trêve et les deux camps se préparent à reprendre le conflit. Bolívar entre au Venezuela au mois d'avril à la tête d'une armée de 7 000 hommes et, le 24 juin 1821, triomphe de l'armée royaliste lors de la bataille de Carabobo, où plus de la moitié des troupes espagnole sont tuées ou capturées, s'assurant ainsi le contrôle du pays, mis à part Puerto Cabello qui ne tombera qu'en 1823. Bolívar peut désormais concentrer ses efforts sur la libération du sud de la Nouvelle-Grenade, et en particulier de la province de Quito[19].

Au Pérou, le vice-roi est renversé par un coup d'État des libéraux et remplacé par José de la Serna le 29 janvier 1821. Deux mois plus tard, San Martín fait déplacer ses forces jusqu'à Ancón, tout près de Lima. De nouvelles négociations sont entamées mais elles ne mènent à rien et de la Serna, jugeant sa position à Lima trop faible, abandonne la capitale péruvienne le 8 juillet pour gagner les hauteurs et s'établir à Cuzco. Le 12 juillet 1821, San Martín fait son entrée à Lima, où il est déclaré protecteur du pays dont il proclame l'indépendance le 28 juillet[20].

Antonio José de Sucre

Le 9 octobre 1820, la ville de Guayaquil s'est libérée d'elle-même de sa garnison espagnole et, pour aider la ville et sa province dans sa lutte contre les forces loyalistes basées à Quito, lutte qu'elle est sur le point de perdre, Bolívar lui envoie au mois de février 1821 du matériel ainsi qu'une armée dirigée par son lieutenant, Antonio José de Sucre. Durant presque un an, Sucre essaie vainement de s'emparer de Quito, connaissant une alternance de succès et de défaites, jusqu'à ce que, au mois de novembre, les deux camps, épuisés, signent une trêve de 90 jours. Sucre reprend l'offensive au mois de février 1822 et reçoit le renfort de 1 200 hommes que lui a envoyé San Martín. Le 24 mai 1822, l'armée de Sucre connaît une victoire décisive à la bataille de Pichincha et entre dans Quito le lendemain. Les provinces de Quito et de Guayaquil sont intégrées à la Grande Colombie et, le 26 juillet 1822, Simón Bolívar et José de San Martín se rencontrent à Guayaquil. La teneur des discussions entre les deux hommes sur le futur de l'Amérique du Sud est restée secrète mais, quoi qu'il en soit, ils n'arrivent pas à se mettre d'accord et San Martín, égal de Bolívar au niveau du génie militaire mais manquant de son charisme et de son ambition, décide peu après de renoncer à ses fonctions et retourne à la vie civile en Argentine.

La région andine du Pérou et le Haut-Pérou demeurent donc les derniers bastions espagnols en Amérique du Sud. Deux armées envoyées les conquérir sont successivement mises en déroute en 1822 et en 1823 mais, suite à l'arrivée de la nouvelle de l'intervention française en Espagne et au rétablissement de l'absolutisme par Ferdinand VII, un conflit éclate entre le vice-roi de la Serna et une partie de ses officiers partisans de l'absolutisme. Durant toute la première moitié de l'année 1824, libéraux et absolutistes se combattent entre eux et offrent aux patriotes sud-américains l'occasion de terminer la guerre[21]. Bolívar confie à Sucre une armée composée en grande partie de vétérans qui, le 9 décembre 1824, détruit l'armée supérieure en nombre mais moins expérimentée de José de la Serna lors de la bataille d'Ayacucho. Suite à cette victoire, les seuls ennemis qui restent aux insurgés sont les troupes absolutistes qui tiennent le Haut-Pérou et celles-ci capitulent le 2 avril 1825 après la mort de leur commandant, ce qui met fin aux guerres d'indépendance en Amérique du Sud. Bolívar est alors favorable à une union entre le Pérou et le Haut-Pérou mais les principaux leader de la région se réunissent en congrès où ils se déclarent favorables à l'indépendance. Bolívar laisse alors la décision finale à Sucre et ce dernier, en accord avec le congrès, proclame l'indépendance du Haut-Pérou le 6 août 1825, ce nouveau pays étant baptisé Bolivie[22].

La bataille d'Ayacucho

Effets de l'indépendance et réactions[modifier | modifier le code]

Comme il devenait clair que le processus d'indépendance en Amérique du Sud n'allait pas pouvoir être inversé par l'Espagne, plusieurs des nouveaux États reçurent la reconnaissance internationale. Ainsi, dès 1822, les États-Unis reconnaissent le Chili, les Provinces-Unies du Río de la Plata, le Pérou et la Grande Colombie. Le Royaume-Uni attend pour sa part la bataille d'Ayacucho pour reconnaître la Grande Colombie et les Provinces-Unies du Río de la Plata, ainsi que les autres nouvelles nations du continent dans les années suivantes[23]. L'Espagne va avoir durant quelques années des velléités de reconquérir ses anciennes colonies mais, après la mort de Ferdinand VII en 1833, finit elle aussi par reconnaître l'indépendance de ces nouveaux États. Par ailleurs, devant cette vague indépendantiste en Amérique du Sud et en Amérique centrale, le président américain James Monroe énonce le 2 décembre 1823 sa fameuse doctrine où il met en garde les nations européennes contre toute tentative de nouvelle colonisation sur le continent américain.

En 1826, lors du Congrès de Panama, Simón Bolívar propose, devant des représentants de la Grande Colombie, du Pérou, du Mexique et des Provinces-Unies d'Amérique centrale, la création d'une ligue républicaine avec une assemblée parlementaire et un pacte militaire de défense communs. Mais les barrières géographiques et les intérêts nationaux divergents font capoter le projet, mettant fin au rêve de Bolívar d'une Amérique latine unifiée. Bolívar, déçu et malade, se retire du pouvoir en 1830 et la Grande Colombie se divise alors peu après en trois États séparés, la Colombie, le Venezuela et l'Équateur.

Effets économiques[modifier | modifier le code]

L'économie sud-américaine a beaucoup souffert du long et douloureux processus d'indépendance du continent, ce qui a contribué à son instabilité au niveau politique. La rupture des liens avec l'Espagne a entraîné la fin de la protection contre la concurrence européenne que le monopole commercial espagnol fournissait et la disparition des tarifs protectionnistes, en particulier dans le secteur textile, a amené les importations à étouffer peu à peu la production locale. Les guerres ont également affecté le secteur minier, principale force économique du continent, la production d'argent en Bolivie chutant par exemple de moitié après l'indépendance[24]. Pour compenser le manque de capitaux, l'investissement de la part de partenaires étrangers, en particulier du Royaume-Uni, fut recherché mais il ne fut pas suffisant pour initier une reprise économique. Les nouvelles nations d'Amérique du Sud eurent la malchance d'acquérir leur indépendance au moment où l'économie européenne se relevait après les guerres de la Révolution et de l'Empire et cherchait à conquérir de nouveaux marchés. Ainsi, elles virent très vite leur rôle économique se réduire à exporter des matières premières (sucre, café, minerais, viande) et à devoir importer les produits manufacturés[25].

Effets sociaux[modifier | modifier le code]

Les débats politiques entre libéralistes et conservateurs furent souvent houleux, déclenchant même parfois des guerres, car, alors que les conservateurs cherchaient à maintenir les structures sociales traditionnelles, les libéralistes voulaient créer une société plus dynamique en mettant fin aux distinctions sociales basées sur les ethnies. Dans leur quête de transformation de la société, les libéralistes adoptèrent souvent des politiques qui ne furent pas les bienvenues parmi les communautés amérindiennes, qui avaient jusqu'alors bénéficié d'avantages accordés par les Espagnols[26]. Toutefois, l'indépendance permit l'abolition de l'esclavage en Amérique latine car beaucoup d'anciens esclaves avaient gagné leur liberté en rejoignant les armées des insurgés. Dans les pays où l'esclavage n'était pas très répandu (comme au Chili), l'émancipation des esclaves fut proclamée très peu de temps après l'indépendance. Dans les pays où les esclaves étaient une force de travail importante (en Colombie, en Argentine, au Pérou et au Venezuela), le processus d'émancipation fut appliqué par étapes durant trois décennies, par des lois qui assuraient la liberté aux nouveau-nés et par des compensations financières offertes aux propriétaires d'esclaves qui les libéraient. L'esclavage avait entièrement disparu dans les nouvelles nations d'Amérique du Sud au début des années 1850[27].

Effets politiques[modifier | modifier le code]

À l'exception de quelques pays, l'indépendance ne procura pas des régimes politiques stables. En premier lieu, ces nouvelles nations n'avaient pas d'identités bien définies, ces identités devant être créées à travers de nouveaux symboles nationaux pour briser les liens avec le passé. De plus, les frontières n'étaient pas fermement établies et le combat entre fédéralistes et centralistes, qui avait débuté dès l'indépendance, continua durant tout le XIXe siècle. Ainsi, le continent fut régulièrement secoué par des guerres civiles ou opposant les nouveaux États (grande guerre en Uruguay, guerre péruano-équatorienne de 1858, guerre fédérale au Venezuela, guerre de la Triple Alliance, guerre du Pacifique, guerre civile chilienne de 1891).

Les guerres d'indépendance mirent fin à la vieille bureaucratie espagnole, des institutions telles que les audiencias étant éliminées. L'Église catholique, qui avait été une importante institution politique et sociale pendant toute la période coloniale, sortit tout d'abord diminuée de ces conflits. Les évêques venus d'Europe abandonnèrent leurs diocèses et ne furent pas remplacés durant des décennies, jusqu'à ce que de nouveaux prélats soient nommés et que les relations entre le pape et les nouvelles nations se régularisent. L'Église récupéra alors le terrain perdu et son pouvoir économique et politique devint la cible des attaques des libéralistes[28].

En dépit du fait que la période des guerres d'indépendance a été marquée par une rapide expansion de la démocratie représentative, plusieurs des nouveaux États furent très souvent gouvernés par des militaires en raison du manque d'institutions politiques bien définies. Les nouvelles armées et leurs officiers voulaient s'assurer d'être récompensés pour leur lutte et la plupart de ces armées ne se dispersèrent pas à la fin de la guerre, leur stabilité les assurant de leur influence au niveau politique. De là vint la tradition des caudillos, des hommes forts ayant réuni entre leurs mains des pouvoirs à la fois économique, militaire et politique[29].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) John Lynch, The Spanish American Revolutions, 1808-1826, W. W. Norton & Co,‎ 1986 (ISBN 0393955370), p. 17-19
  2. (en) Jaime E. Rodriguez, The Independence of Spanish America, Cambridge University Press,‎ 1998 (ISBN 0521626730), p. 24-25
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Timothy Anna, Spain & the Loss of Empire, Lincoln, University of Nebraska Press, 1983
  • Christon I. Archer, The Wars of Independence in Spanish America, Willmington, SR Books, 2000
  • John Charles Chasteen, Americanos: Latin America's Struggle for Independence, Oxford University Press, 2008
  • Michael P. Costeloe, Response to Revolution: Imperial Spain and the Spanish American Revolutions, 1810-1840, Cambridge University Press, 1986
  • Jorge I. Domínguez, Insurrection or Loyalty: The Breakdown of the Spanish American Empire, Cambridge, Harvard University Press, 1980
  • John Lynch, The Spanish American Revolutions, 1808-1826 (2nd edition), New York, W. W. Norton & Company, 1986
  • Jay Kinsbruner, Independence in Spanish America: Civil Wars, Revolutions, and Underdevelopment (Revised edition), Albuquerque, University of New Mexico Press, 2000
  • Jaime E. Rodríguez, The Independence of Spanish America, Cambridge University Press, 1998
  • Matthew Brown, Adventuring through Spanish Colonies: Simón Bolívar, Foreign Mercenaries and the Birth of New Nations, Liverpool University Press, 2006

Voir aussi[modifier | modifier le code]