Guerre de Bosnie-Herzégovine

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Guerre de Bosnie-Herzégovine
Description de cette image, également commentée ci-après
À gauche : le parlement de Sarajevo en flammes après avoir été touché par un tir d'artillerie ; en haut, à droite : Ratko Mladić avec des soldats serbes en et en bas, à droite : un soldat norvégien de l'ONU à Sarajevo.
Informations générales
Date -
(3 ans, 8 mois et 8 jours)
Lieu Bosnie-Herzégovine
Issue Accords de Dayton
Belligérants
1992 :
Drapeau de la Bosnie-Herzégovine République de Bosnie-Herzégovine
Drapeau de la Croatie Croatie
1992-1994 :
Drapeau de la Bosnie-Herzégovine République de Bosnie-Herzégovine
1994-1995 :
Drapeau de la Bosnie-Herzégovine République de Bosnie-Herzégovine
Drapeau de la Croatie Croatie
Drapeau de l'OTAN OTAN (en 1995)
1992-1994 :
Flag of the Croatian Republic of Herzeg-Bosnia.svg République d'Herceg-Bosna
Drapeau de la Croatie Croatie
Soutiens:
Drapeau du Vatican Vatican[2]
Drapeau de l'Argentine Argentine[3],[4],[5]
1992 :
Drapeau de la République serbe de Bosnie République serbe de Bosnie
République serbe de Krajina République serbe de Krajina
Drapeau de la République fédérative socialiste de Yougoslavie République fédérative socialiste de Yougoslavie
1992-1994 :
Drapeau de la République serbe de Bosnie République serbe de Bosnie
République serbe de Krajina République serbe de Krajina
Drapeau de la République fédérale de Yougoslavie RF Yougoslavie
Flag of the Republic of Western Bosnia (1995).svg Province autonome de Bosnie occidentale (à partir de 1993)
1994-1995 :
Drapeau de la République serbe de Bosnie République serbe de Bosnie
République serbe de Krajina République serbe de Krajina
Flag of the Republic of Western Bosnia (1995).svg Province autonome de Bosnie occidentale
Soutien:
Drapeau de la Russie Russie[1]
Commandants
Alija Izetbegović
Haris Silajdžić
Sefer Halilović
Rasim Delić
Leighton Smith
Franjo Tuđman
Gojko Šušak
Janko Bobetko
Mate Boban
Milivoj Petković
Dario Kordić
Slobodan Milošević
Radovan Karadžić
Ratko Mladić
Milan Babić
Goran Hadžić
Milan Martić
Momčilo Perišić
Vojislav Šešelj
Fikret Abdić
Forces en présence
100 chars
200 000 soldats
300 chars
200 pièces d'artillerie
70 000 soldats
650 chars
800 pièces d'artillerie
37avions
120 000 soldats
Pertes
30 906 soldats tués
31 107 civils tués
5 919 soldats tués
2 484 civils tués
20 775 soldats tués
4 178 civils tués
pertes totales 101 040[6]

Notes

101 soldats autres tués
470 civils autres tués, et 5 100 autres tués dont l'origine ethnique et le statut ne sont pas précisés

Guerre de Yougoslavie

La guerre de Bosnie-Herzégovine est un conflit armé international qui débute le avec la proclamation d'indépendance de la Bosnie-Herzégovine et s'achève avec les accords de Dayton le . Cette guerre est liée à l'éclatement de la Yougoslavie.

La guerre oppose des forces serbes, croates et bosniaques. Les Bosniaques se battent aux côtés de la République de Bosnie-Herzégovine. Les Serbes de Bosnie sont soutenus par la Serbie (d'abord en tant que République fédérative socialiste de Yougoslavie puis en tant que République fédérale de Yougoslavie). Enfin, les Croates de Bosnie sont soutenus par la Croatie.

Dès , le Conseil de sécurité des Nations unies autorise le déploiement des casques bleus en Bosnie-Herzégovine au sein de la Force de protection des Nations unies. En , l'opération Deliberate Force de l'OTAN contre les Serbes de Bosnie permet la fin du conflit.

La guerre a fait près de 100 000 morts — dont la moitié sont des victimes civiles — et deux millions de réfugiés. Le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie a prononcé quatre-vingt-dix condamnations pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide. Il s'agit du conflit le plus meurtrier en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Préludes[modifier | modifier le code]

La guerre en Bosnie a pour cause la gestion par les pouvoirs politiques en place de la dislocation de la République fédérative socialiste de Yougoslavie, elle-même liée à la chute des régimes communistes en Europe de l'Est en 1989. La renaissance des idées nationalistes en Yougoslavie a fragilisé le rôle central du Parti communiste. Les arrivées au pouvoir de Slobodan Milošević en Serbie en 1986, et de Franjo Tuđman en Croatie en 1990, accentuent la crise[7],[8]. En , la Slovénie déclare son indépendance, et la Croatie en fait de même. Après un rapide conflit en Slovénie, l'Armée populaire yougoslave (JNA) sous commandement serbe, appuyée par les para-milices serbes, et les Serbes de Krajina en Croatie, attaque la Croatie. Le symbole du début de cette guerre est certainement la bataille de Vukovar.

La Bosnie ne voulant pas participer à ce conflit contre la Croatie, décide de déclarer sa souveraineté en . Cependant, la commission Badinter précise alors qu'elle ne reconnaîtrait l'indépendance de la Bosnie que si un référendum était organisé à cet effet en Bosnie.

Un référendum d'autodétermination est alors organisé le . Il est boycotté par la plupart des Serbes de Bosnie, qui constituent 32 % de la population. Les Croates et les Bosniaques votent, à savoir 68 % de la population. Le résultat du référendum est de 99 % des voix en faveur de la Bosnie indépendante. L'indépendance de la Bosnie est en conséquence proclamée par le Parlement bosniaque le .

Comme il a été prévu par la commission Badinter, à la suite de ce référendum, la Communauté européenne reconnaît la Bosnie en tant qu'État indépendant, le . Cette reconnaissance est suivie de celle des États-Unis. La Bosnie adhère ainsi le à l'Organisation des Nations unies, avec la Croatie et la Slovénie.

La République serbe de Bosnie, l'entité des Serbes dirigée par Radovan Karadžić, déclare à son tour, mais sans aucune procédure constitutionnelle, son indépendance. Cette république ne sera jamais reconnue en tant que telle par la communauté internationale. Si, à la suite des accords de Dayton, il existe dans les faits une république serbe de Bosnie, aucune personnalité morale de droit international n'a été reconnue à cette dernière.

Tentatives de paix[modifier | modifier le code]

En , le diplomate portugais José Cutileiro et le britannique Peter Carington proposent un projet de cantonalisation de la Bosnie-Herzégovine (sur le modèle suisse des cantons), où chaque canton se verrait attribuer une ethnicité croate, bosniaque ou serbe. Le , Alija Izetbegović pour les Bosniaques, Radovan Karadžić pour les Serbes et Mate Boban pour les Croates signent l’accord avant qu'Izetbegović ne retire sa signature le en déclarant son opposition à toute partition ethnique de la Bosnie-Herzégovine.

Le , la Serbie et le Monténégro, c'est-à-dire les deux seules républiques non-sécessionistes, forment la République fédérale de Yougoslavie, mais celle-ci n'est pas reconnue comme successeur et noyau restant de l'ancienne Yougoslavie (comme ce fut le cas pour la Russie lors de l'implosion de l'URSS), en vertu des conclusions de la commission Badinter. L'ONU tente de pacifier en vain la situation en dépêchant des Casques bleus. La Bosnie-Herzégovine connaît trois ans et demi d'une guerre d'agression et d'extermination des populations bosniaques, croates et serbes.

Le plan de David Owen et de Cyrus Vance connu sous le nom plan de paix Vance-Owen propose en une partition de la Bosnie-Herzégovine en 10 régions semi-autonomes. Le plan est approuvé par Radovan Karadžić avant d'être rejeté par l’assemblée des Serbes de Bosnie le , et marquera la désolidarisation de Slobodan Milošević vis-à-vis du nationalisme serbe en Bosnie-Herzégovine[réf. nécessaire].

Opérations militaires[modifier | modifier le code]

Organisation[modifier | modifier le code]

L'ex-Yougoslavie, et surtout la Bosnie-Herzégovine, ont alors connu plusieurs années de guerre, marquées par des épisodes particulièrement violents : crimes de guerres, massacres, viols, déplacements forcés de populations, des crimes commis par chaque partie. Ces crimes de guerre ont pris une tournure raciste[réf. nécessaire][9],[10], selon le principe de purification ethnique. Toutefois, les déplacements de populations ont souvent été davantage un enjeu stratégique. En effet, ils désorganisaient notamment le camp adverse en lui imposant de prendre en charge des populations civiles supplémentaires et instauraient un climat de terreur. Dans bien des cas, cela a été suffisant pour faire fuir les populations locales avant l'arrivée des troupes ennemies.

Les dirigeants ont aussi fait appel à des groupes paramilitaires et des groupes du crime organisé, comme les Tigres du Serbe Arkan ou les Scorpions. De nombreux combattants étrangers ont aussi participé à cette guerre, notamment des Turcs et des Saoudiens venant aider les musulmans et des Russes, Grecs, mais également de pays comme la France[11],[12].

De nombreux néonazis européens s’enrôlèrent du côté croate. Cela était dû, notamment, à la décision du gouvernement croate de reprendre comme emblèmes les symboles utilisés durant la Seconde Guerre mondiale par l'État indépendant de Croatie, régime fasciste inféodé au Troisième Reich. Des milliers de volontaires étrangers ont également rejoint le côté bosniaque, dont des vétérans du djihad mené en Afghanistan contre le communisme[13].

Déroulement[modifier | modifier le code]

En 1992, les Serbes de Bosnie, qui ont pris pour capitale Pale, à proximité de Sarajevo, entreprennent donc un long et violent siège de la ville, le plus long que l'Europe moderne ait connu. Les premiers bombardements des forces serbes frappent la ville le , le lendemain de la déclaration d'indépendance. Sarajevo est soumise à un blocus complet. Les convois de nourriture et de médicaments sont bloqués sur les routes, l'eau et l'électricité sont coupés. Le siège de Sarajevo devient une guerre d'usure.

L'armée des Serbes de Bosnie est commandée par Ratko Mladić et principalement formée par les unités bosno-serbes de l'Armée fédérale yougoslave (JNA). Elle s'empare progressivement des principales villes (en dehors de Sarajevo) et des zones peuplées par des Serbes au début de la guerre et pratique une méthode dite d'épuration ethnique contre la population bosniaque.

Le , dans la déclaration de Petersberg, les ministres des affaires étrangères et de la défense de l'Union de l'Europe occidentale confirment leur volonté de participer dans des opérations de maintien de la paix sous l'autorité politique de la CSCE ou de l'ONU. Les efforts de la communauté internationale pour mettre fin au conflit et protéger les populations civiles sont sans résultats, malgré l'envoi de plus de 38 000 militaires aux couleurs de l'ONU. 167 hommes de la Forpronu sont tués et plus de 700 d'entre eux sont blessés, dont environ la moitié appartenant à l'armée française.

En , un accord est signé entre les dirigeants croates et musulmans de Bosnie, sous la pression de la communauté internationale, surtout celle des États-Unis envers le président croate Tudjman. Opposées depuis près d'un an, d' (notamment lors des combats durant lesquels fut détruit le pont ottoman du XVe siècle de Mostar) à , les deux communautés forment dès lors un front commun contre les Serbes de Bosnie.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

La guerre de Bosnie-Herzégovine a été caractérisée par des bombardements aveugles de villes et des villages[14],[15], des camps de concentration[16],[17],[18], viols massifs systématiques[19],[20], des exécutions sommaires[21],[22],[23], et le nettoyage ethnique[24],[25],[26], principalement perpétré par les Serbes[27], et dans une moindre mesure, les forces croates, et bosniaques[28]. Des événements tels que le siège de Sarajevo[29],[30],[31] et le génocide de Srebrenica[32],[33],[34] sont devenus emblématiques du conflit.

Jugement du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie[modifier | modifier le code]

Prises de position internationales[modifier | modifier le code]

Les déclarations d'indépendance de la Slovénie et de la Croatie en , pourtant annoncées six mois avant, prennent la diplomatie française au dépourvu. Cette dernière s'accroche au principe essentiel de la guerre froide : le statu quo, le refus de toute modification de frontières. L'attitude française envers la Bosnie-Herzégovine sera identique : le Quai d'Orsay parle toujours des « belligérants », montrant une volonté claire de les renvoyer dos à dos, de ne pas prendre parti. La France s'illustrera surtout par des discours humanitaires, par une volonté de protéger les populations en faisant abstraction de la guerre en cours. Cette position atteindra son paroxysme avec la visite du Président François Mitterrand aux Casques bleus français à Sarajevo lors de laquelle il prononcera sa célèbre phrase : « Il faut laisser du temps au temps. »

La Bosnie-Herzégovine attire l'attention des pays occidentaux. Certains intellectuels (comme Bernard-Henri Lévy) et hommes politiques présentent la Bosnie-Herzégovine comme un succès du multiculturalisme, et un exemple réussi d'intégration d'une population musulmane en Europe. À leurs yeux, soutenir la Bosnie-Herzégovine, c'est avant tout soutenir les musulmans, non pas les « musulmans », fidèles de l'islam, mais les « Musulmans » (ou Bosniaques), nationalité créée par Tito en 1971 pour atténuer le désir des intellectuels bosniaques, souhaitant que leur peuple puisse être enfin reconnu et revenir à son nom historique de « Bosniaques »[réf. nécessaire]. Les Musulmans deviennent en ces temps de guerre une nationalité à protéger. Il y a toutefois des nuances à apporter à cette description. La Bosnie-Herzégovine est partagée en communautés distinctes, malgré le nombre important de mariages mixtes (5,5 % de la population se déclarant « yougoslave » selon un recensement de 1991, le taux le plus élevé en Yougoslavie). Bernard-Henri Lévy reçoit Alija Izetbegović à Paris en [35] et est nommé avec Bernard Kouchner docteur Honoris causa de l'université de Sarajevo.

Le conflit attire des personnes de diverses nationalités venues défendre le camp musulman comme les djihadistes Khalid Cheikh Mohammed, Oussama Ben Laden ou Aimen Dean, dont certains formeront ensuite des cadres du mouvement terroriste al-Qaïda[36][source insuffisante].

Dénouement[modifier | modifier le code]

Le dénouement du conflit intervient après un nettoyage ethnique mené par les Serbes de Bosnie et une reconquête menée par les Croates : le massacre de Srebrenica en et l’opération Tempête en .

Du 13 au , l'armée des Serbes de Bosnie, commandée par Ratko Mladić, s'empare de Srebrenica, une enclave bosniaque encerclée depuis le début du conflit où se sont réfugiés des milliers de personnes. Jusqu'à cette offensive serbe, Srebrenica était sous la protection des Casques bleus. Les forces serbes commettent un massacre (8 000 personnes massacrées). Devant l'inefficacité des Casques bleus, les forces de l'Alliance atlantique (OTAN) sont alors intervenues en 1995 directement contre les milices serbes de Bosnie. En août de cette même année, la Croatie reconquiert la Krajina lors d'une opération-éclair de trois jours, l'opération Tempête, appuyée par des bombardements de l'OTAN. L'opération fait un millier de victimes et 200 000 réfugiés serbes sont alors déplacés. Dans le même temps, les forces bosniaques et croates acculent les Serbes à la défensive et reprennent le contrôle d'importants territoires. Les accords de Dayton signés le par Izetbegovic (bosniaque), Tudjman (croate) et Milosevic (serbe), mettent fin au conflit. La Bosnie-Herzégovine devient une confédération de deux entités, la Fédération croato-bosniaque (51 % du territoire, 65 % de la population) et la République serbe de Bosnie (49 % du territoire, 35 % de la population). Le TPIY créé durant la guerre a arrêté tous les dirigeants serbes incriminés (Ratko Mladić étant le dernier et a été arrêté le ), jugé et condamné des criminels de guerre. Le massacre de Srebrenica est considéré comme le « pire massacre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ». Environ 400 Casques bleus néerlandais étaient sur place au moment du massacre, ceux-ci n'ont pas pu protéger les habitants comme ils le devaient, puisque le général français Bernard Janvier a refusé initialement le soutien aérien crucial pour les Néerlandais. En deuxième instance, quand il fut donné la permission pour les avions d'appui aérien en question, ils auraient déjà regagné leur base en Italie par manque de carburant. Pourtant, le , le tribunal de la Haye estime que l'État néerlandais est civilement responsable de 300 morts à Srebrenica. Aujourd'hui encore, des corps sont retrouvés en état de décomposition avancée sur les terres de Srebrenica. Ils sont examinés puis enterrés, chaque année à la même date, le , en présence de dizaines de milliers de personnes.

Du 4 au , sur décision du président de la Croatie, Franjo Tudjman, l’armée croate placée commandée par les généraux Ivan Cermak, Mladen Markac et Ante Gotovina reprend la Krajina au cours de l’opération Tempête (Oluja en croate). De 1991 à 1995, 250 000 Croates et non-serbes avaient été chassés d'un tiers du territoire croate par les milices alliées de l’armée serbe[37], provoquant des représailles commises par des irréguliers croates dont le résultat fut de faire fuir 80 000 serbes de la région[38]. La préparation de l’opération est assurée par la société militaire privée Military Professional Resources Incorporated (MPRI) qui forme officiers et personnel de l’armée croate pendant quatorze semaines de janvier à , leur enseignant les derniers développements tactiques tirés de la guerre du Golfe par l’armée américaine[39]. En moins de 100 heures que dure l’opération Tempête, l'arc formé du sud au nord par la Lika, la Dalmatie septentrionale, la région de Kordun et la Banovine (une dizaine de milliers de km2) est conquis et nettoyé, moyennant des pertes peu importantes pour l’armée croate : 200 soldats tués et environ un millier de blessés sur 100 000 engagés. Mais au cours de cette offensive et dans les semaines suivantes, des exactions sont commises par des membres de l’armée et de la police croates. Selon les sources, le bilan est de 324 (selon l’acte d’accusation du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie dans les affaires Gotovina et Markac), 677 (selon lpar la section croate du Comité Helsinki)[40] ou 1 200 civils tués (associations serbes de victimes) et de 150 000 à 250 000 personnes déplacées[41] soit l’intégralité de la population serbe de Krajina désormais dispersée entre la Slavonie orientale et la Voïvodine[38]. La condamnation des responsables militaires serbes par le TPIY après le massacre de Srebrenica et l’acquittement[42],[43],[44] des généraux croates de l’opération Tempête en Krajina suscite la polémique, la communauté internationale étant accusée par les Serbes d’avoir pris parti pour les croates[41]. Cette polémique est ravivée chaque année dans un combat mémoriel, les deux évènements étant commémorés à des dates proches l’une de l’autre[40],[45].

Victimes et bilans[modifier | modifier le code]

À la fin de la guerre, les estimations du nombre de victimes oscillent entre 25 000 et 329 000 morts. Les variations sont en partie le résultat de l'utilisation de définitions incohérentes de qui peut être considéré comme victime de la guerre, car certaines recherches n'ont calculé que les victimes directes de l'activité militaire tandis que d'autres recherches ont inclus ceux qui sont morts de faim, de froid, de maladie ou d'autres conditions de guerre. Ces chiffres ont depuis été revus à la baisse.

Pertes humaines 1991–1995
Chiffres des tués selon TPIY[46]
Total tués
104 732
Bosniaques 68 101
Serbes 22 779
Croates 8 858
Les autres 4 995
Civils tués
36 700
Bosniaques 25 609
Serbes 7 480
Croates 1 675
Les autres 1 935
Soldats tués
68 031
Bosniaques 42 492
Serbes 15 298
Croates 7 182
Les autres 3 058
Chiffres morts et disparus selon Centre de recherche et de documentation à Sarajevo[6]
Total tués
101 040
(au total comprend un statut inconnu de 5 100)
Bosniaques 62 013
Serbes 24 953
Croates 8 403
Les autres 571
Civils tués
38 239
Bosniaques 31 107
Serbes 4 178
Croates 2 484
Les autres 470
Soldats tués
57 701
Bosniaques 30 906
Serbes 20 775
Croates 5 919
Les autres 101

En , le Centre de recherche et de documentation basé à Sarajevo (CDR) a publié des recherches approfondies sur les morts de la guerre en Bosnie, également appelées The Bosnian Book of the Dead, une base de données qui a initialement révélé un minimum de 97 207 victimes de Bosnie-Herzégovine confirmés. Le chef de l'unité démographique du tribunal des crimes de guerre de l'ONU, Ewa Tabeau, l'a qualifiée de la plus grande et la plus fiable base de données existante sur les victimes de la guerre de Bosnie-Herzégovine. Plus de 240 000 données ont été collectées, vérifiées, comparées et évaluées par une équipe internationale d'experts afin de produire la liste de 97 207 noms de victimes[47].

Le bilan du Centre 2007 indiquait qu'il s'agissait de chiffres confirmés et que plusieurs milliers de cas étaient encore en cours d'examen. L'étude n'inclut pas les décès dus à des accidents pendant la guerre, ou dus à une manipulation imprudente des armes, à la famine ou au manque de médicaments[48].

Le CDR a publié des mises à jour périodiques de ses chiffres jusqu'en , date à laquelle elle a publié son rapport final[49].

Les chiffres de 2012 ont enregistré un total de 101 040 morts, dont 61,4 % étaient des Bosniaques, 24,7 % étaient des Serbes de Bosnie, 8,3 % étaient des Croates de Bosnie et moins de 1 % appartenaient à d'autres ethnies, avec 5 % supplémentaires dont l'appartenance ethnique n'était pas précisée. Les décès de civils ont été établis à 38 239, ce qui représente 37,9 % du total des décès. Les Bosniaques représentaient 81,3 % de ces morts parmi les civils, contre 10,9 % pour les Serbes de Bosnie et 6,5 % pour les Croates de Bosnie[6]. La proportion de victimes civiles est d'ailleurs un minimum absolu car le statut de 5 100 victimes n'était pas établi, et parce que les familles avaient inscrit leurs proches décédés comme victimes militaires afin d'obtenir des prestations pécuniaires d'ancien combattant[50].

La validité du bilan des morts présenté par le Centre (CDR) est confirmée par l'étude distincte de Zwierzchowski et Tabeau (2010), basée sur l'estimation de systèmes multiples et réalisée sous les auspices du Bureau du Procureur du TPIY, qui place le nombre estimé de victimes à 104 732[46]. Ewa Tabeau a noté que les chiffres ne doivent pas être confondus avec "qui a tué qui", car, par exemple, de nombreux Serbes de Bosnie ont été tués par l'armée serbe lors du bombardement de Sarajevo, Tuzla et d'autres villes multiethniques. Les auteurs de ce rapport ont déclaré que le nombre réel de morts pourrait être légèrement plus élevé.

En 2012 Amnesty International a estimé que 30 000 personnes ont été portées disparues, et le sort d'environ 10 500 personnes, dont la plupart sont des musulmans bosniaques, reste inconnu[51].

La CIA estimait en 2013, le bilan du conflit en Bosnie-Herzégovine à 97 207 morts recensés, et environ 40 500 personnes disparues, dont 10 496 disparus dont le sort reste inconnu, soit au total, 2,5 % de la population de la Bosnie-Herzégovine en 1995.

La Commission des droits de l’homme des Nations unies a déclaré que le conflit en Bosnie-Herzégovine a forcé plus de 2,2 millions de personnes à fuir leur foyer, ce qui en fait le plus grand déplacement de personnes en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale[52].

Dispositif des forces de paix après 1995[modifier | modifier le code]

  • Sous commandement de l'OTAN
    • IFOR : opération « Joint Endeavour » de à (60 000 hommes).
    • SFOR : opérations « Joint Guard » et « Joint Forge » jusqu'en (de 32 000 à 7 000 hommes).
  • Sous commandement de l'Union européenne
    • EUFOR : opération « Althea » (7 000 hommes). 33 nations participent à l'opération Althea, dont onze nations hors Union européenne. La France est le 5e pays contributeur, avec 460 hommes[53].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources universitaires[modifier | modifier le code]

Sources journalistiques[modifier | modifier le code]


Essais[modifier | modifier le code]

Romans et bandes dessinées[modifier | modifier le code]

  • Hermann, Sarajevo-Tango, bande dessinée, 1995.
  • Christophe Girard, Pays Kaki 92/08, bande dessinée, édition Les enfants Rouges, 2008
  • Zlata Filipović, Le journal de Zlata (journal intime), Robert Laffont, 1993.

Films et documentaires[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hunter 2016, p. 119.
  2. « Le Vatican et l’ex-Yougoslavie », Monde Diplomatique
  3. « Militares Argentinos por el mundo, los héroes no reconocidos », sur seprin.info,
  4. « Las armas Argentinas pararon la guerra de Croacia », La gaceta Tucumán,
  5. « Cómo se usaron los FAL en Croacia », La Nación,
  6. a b et c (en) Marie–Janine Calic, « Ethnic Cleansing and War Crimes, 1991–1995 », dans Ingrao, Charles W.; Emmert, Thomas A, Confronting the Yugoslav Controversies: A Scholars' Initiative, West Lafayette, Purdue University Press, (ISBN 978-1-55753-617-4, lire en ligne), p.139-140
  7. Rémy Ourdan, « Le journal de guerre de Mladic, document exceptionnel sur la guerre de Bosnie », sur lemonde.fr,
  8. Marc Semo, « La Yougoslavie ne pouvait pas être sauvée », sur liberation.fr,
  9. « « Ce fascisme qui vient... », de Jacques Julliard »,
  10. Jacques Julliard, Ce fascisme qui vient..., Seuil, (ISBN 978-2020221474)
  11. Georges Moréas, Dans les coulisses de la lutte antiterroriste, Paris, First, , page 261 à 280.
  12. « France : il y a vingt ans, les « islamo-braqueurs » du « Gang de Roubaix » », rfi.fr, .
  13. « L'extrémisme de droite d'aujourd'hui s'est forgé dans les Balkans durant les années 1990 », sur Slate.fr,
  14. « Communiqué de la CEE, sur les bombardements serbes en Bosnie Herzégovine, Bruxelles le 14 juillet 1992 »,
  15. « Le conflit dans l'ex-Yougoslavie Investie par les Serbes, Bihac est menacée de famine »,
  16. « Nations Unies, Conseil de Sécurité, Rapport final de la Commission d’experts constituée conformément à la Résolution 780, S/1994/674, p.41-43 »,
  17. « Le Tribunal international pour l’ex-Yougoslavie inculpe 21 Serbes pour des atrocités commises à l’intérieur et à l’extérieur du camp de la mort d’Omarska »,
  18. Roy Gutman, Bosnie : Témoin du génocide, Desclée de Brouwer, (ISBN 978-2220035512), p96-136, 158-178, 216-236, 267-281
  19. « Nations unies, résolution du Conseil de sécurité, 1034(1994) »,
  20. Ina Histoire, « Viols, Bosnie, Simone Veil, 16 juil. 2012, Ina Histoire »
  21. TPIY, « Résumé du jugement rendu dans l’affaire Radovan Karadžić »,
  22. « Srebrenica : quand les bourreaux parlent », sur nouvelobs.com, 27mai 2011
  23. RSF, Le livre noir de l'ex-Yougoslavie : Purification ethnique et crimes de guerre, Arléa, (ISBN 978-2869591646), p.10,11
  24. « Nations unies, Commission des droits de l’homme E/CN.4/1992/S-1/10 »,
  25. « Nations Unies, Résolution A/RES/47/121 »,
  26. « Bosnie : « Le nettoyage ethnique n’était pas la conséquence de la guerre, mais son objectif » »,
  27. (en) Roger Cohen, « C.I.A. Report on Bosnia Blames Serbs for 90% of the War Crimes »,
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Yougoslavie "Suicide d'une nation européenne" Un film de Brian Lapping, production BBC, sorti en 1995, part: 1, 2, 3, 4, 5, 6,

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]