Guerre du Roussillon

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Guerre du Roussillon
Bataille du Boulou, du 30 avril au 1er mai 1794, pendant la Guerre du Roussillon, entre les troupes luso-espagnoles et les troupes françaises.
Bataille du Boulou, du 30 avril au 1er mai 1794, pendant la Guerre du Roussillon, entre les troupes luso-espagnoles et les troupes françaises.
Informations générales
Date 7 mars 1793 -
22 juillet 1795
Lieu Roussillon, frontière franco-espagnole
Issue Traité de Bâle
Belligérants
Drapeau de la France République française Drapeau de l'Espagne Royaume d'Espagne
Drapeau du Royaume du Portugal Royaume de Portugal
Flag of Royalist France.svg Royalistes français
Commandants
Dugommier
Pérignon
Dagobert
Moncey
Muller
Antonio Ricardos
Louis Firmin de Carvajal
José de Urrutia
Guerres de la Révolution française
Batailles
Le Boulou 1 — Mas Deu — Bellegarde (1re) — Perpignan — Peyrestortes — Trouillas — Fort-Liberté - Toulon — Le Boulou 2 — Les Aldudes — Bastan - Orbaitzeta - Roses - Montagne Noire — Golfe de Rosas

La guerre du Roussillon, aussi dénommée guerre des Pyrénées, guerre de la Convention, guerre franco-espagnole ou guerre du Roussillon et de Catalogne[1] est un conflit qui oppose, de mars 1793 à juillet 1795, l'Espagne, associée au Portugal, et la France révolutionnaire entre 1793 et 1795 (durant la Convention nationale). Ces affrontements correspondent au front pyrénéen oriental du conflit plus général entre la Première Coalition et la France.

Contexte[modifier | modifier le code]

Depuis avril 1792, la République française est en guerre contre l'Empire germanique et le Royaume de Prusse. L'Espagne, liée aux Bourbons par le Pacte de famille, s'efforce d'adopter une certaine neutralité, difficile à tenir dès lors que la situation de Louis XVI, parent du roi d'Espagne, se dégrade. Ce dernier a d'ailleurs averti Charles IV dès octobre 1789 qu'il n'est plus libre de ses mouvements[2].

Manuel Godoy, gravure de A. L. J de Laborde in Viaje histórico y pintoresco de España.

L'exécution de Louis XVI le 21 janvier 1793 est l'élément déclencheur. Indignés, les souverains espagnols et portugais rejoignent le Royaume-Uni dans son opposition à la France révolutionnaire. Manuel Godoy, le chef du gouvernement espagnol, renvoie l'ambassadeur français Jean-François de Bourgoing et rompt les relations diplomatiques avec la France, qui lui déclare la guerre le 7 mars. L'Espagne signe avec la Grande-Bretagne son adhésion à la Première Coalition (1792-1797) espérant récupérer la partie de la Catalogne (Roussillon, Conflent et Cerdagne) devenue française depuis le traité des Pyrénées en 1659. Dans la foulée, lié au Royaume-Uni par la vieille alliance anglo-portugaise, dans le courant du mois de mars 1793, le prince régent portugais Jean VI de Portugal s'allie militairement à l'Angleterre et à l'Espagne, et s'associe à la Première Coalition (1792-1797).

Le prince régent Jean VI de Portugal.

L'union des Monarchies ibériques contre la France révolutionnaire prend forme pendant la Guerre du Roussillon (7 mars 1793-22 juillet 1795) durant laquelle le Portugal, soutenu par le Royaume-Uni, joint ses forces à celles de l'Espagne dans son offensive en Catalogne. L'alliance entre les trois puissances est confirmée par deux traités bilatéraux, le traité de Madrid le 15 juillet 1793, et le traité de Londres le 26 septembre 1793.

Si le Royaume-Uni et l'Espagne sont officiellement en guerre contre la France, d'un point de vue diplomatique et militaire, l'engagement du Portugal est plus complexe. Tout en maintenant une Neutralité de façade vis-à-vis de la France, le prince régent Jean VI signe le 15 juillet 1793 une convention avec l'Espagne, qui définit les modalités pratiques de son engagement. Le pays s'engage à soutenir l'armée espagnole avec une division renforcée composée de 6 régiments d'infanterie, correspondant au quart de toute l'infanterie portugaise de l'époque, et avec des pièces d'artillerie. Après trois mois de recrutement, de réorganisation des troupes et de préparation du matériel, le 18 septembre 1793, le corps auxiliaire portugais part pour les Pyrénées, où il arrive le 9 novembre[3].

Associés aux Espagnols, les 5400 militaires portugais sont placés par le prince régent Jean VI sous le commandement du lieutenant-général d'origine écossaise John Forbes-Skellater (en), qui travaille en coordination avec les officiers supérieurs espagnols. L'état-major du corps envoyé par Lisbonne est composé d'une multitude d'étrangers, le duc de Northumberland, général et pair d'Angleterre, le prince de Montmorency-Luxembourg, le comte de Chalons, le comte de Liautau. Parmi les officiers portugais encadrant les troupes, se trouvent le colonel du régiment du marquis des Minas Gomes Freire de Andrade, le commandant de la 2eme Division d'Artillerie António Teixeira Rebelo, le lieutenant-colonel du 5e Régiment d'infanterie de Peniche Bernardim Freire de Andrade, João Correia de Sá et le général de division Manuel Inácio Pamplona Corte Real. Dès leur arrivée, les troupes portugaises sont agrégées à l'armée espagnole dans une grande armée ibérique placée sous commandement suprême espagnol.

Historique[modifier | modifier le code]

Les premiers succès du général Ricardos[modifier | modifier le code]

Mobilisée la première, dès le 7 mars, la République française attaque la capitainerie générale de Catalogne en traversant la frontière catalane. Placé à la tête de l'armée destinée à reprendre les territoires catalans perdus par l'Espagne plus d'un siècle auparavant (le Roussillon), le général Antonio Ricardos dirige la contre-attaque.

Alors qu'une flotte anglo-espagnole opère à Toulon en soutien aux royalistes français, les 25 000 hommes de l'armée de Ricardos envahissent le Roussillon le 17 avril à Saint-Laurent-de-Cerdans (Sant Llorenç de Cerdans en catalan). Après avoir occupé diverses localités frontalières le , l'armée espagnole vainc le 19 mai l'armée française dirigée par le général Luc Siméon Auguste Dagobert à la bataille de Mas Deu. Si elle se heurte à la défense de Dagobert à Perpignan du 15 au 17 juillet, elle parvient jusqu'en septembre à prendre toutes les zones fortifiées de la région frontalière ainsi que les localités de la vallée du Tech, Banyuls-dels-Aspres, Céret, Arles-sur-Tech, etc.

Battu à Peyrestortes le 17 septembre, le général Ricardos prend une revanche éclatante lors de la bataille de Trouillas le 22 septembre. Au cours de celle-ci, l'armée espagnole reçoit des renforts envoyés par les Comtes d'Osuna et de l'Union. Elle sait qu'elle va bénéficier de l'arrivée des troupes et de l'artillerie portugaises, tout juste envoyées par Lisbonne. Et elle a l'appui de l'escadre anglo-espagnole qui croise le long des côtes méditerranéennes. Les pertes infligées à l'armée française sont d'environ 3 000 morts, blessés ou prisonniers. Cependant, faute de ravitaillement, le général Ricardos ne peut exploiter pleinement sa victoire, et doit se retirer, avec près de 20 000 hommes et 106 pièces d'artillerie. Malgré un certain nombre de difficultés, il bat à nouveau les troupes révolutionnaires dans les Aspres, conquiert les localités de Port-Vendres ainsi que le Fort Saint-Elme, dominant ainsi toute la côte roussillonnaise.

Très vite, les troupes portugaises arrivent et prennent part aux opérations. Les régiment de Freire de Andrade et de Cascais chargent les français avec brio lors de la bataille du 13 décembre 1793. L'armée espagnole appuyée par les portugais prend Collioure, le 27 décembre. Le régiment de Freire de Andrade et celui de Cascais constituent la 2e brigade que Gomes de Andrade commande, qui prend ses quartiers d'hiver à Le Boulou.

Les contre-offensives de Dugommier et la victoire française[modifier | modifier le code]

Progressivement, le manque de moyens espagnols et une mobilisation massive en France modifient le cours de la guerre. Alors qu'il est parti à Madrid chercher du soutien, le général Ricardos meurt le victime d'une pneumonie. Il est remplacé brièvement par le général Las Amarillas, puis définitivement par le comte de L'Union Luis Firmin de Carvajal. Peut-être parce qu'il est plus jeune et moins expérimenté que Ricardos, celui-ci connait une série de revers.

Le général Jacques François Dugommier.

Durant les campagnes de 1794 et 1795, les troupes françaises, dirigées par le général Dugommier prennent le dessus sur les Espagnols du Roussillon au cours des batailles du Tech () et des Albères (30 avril). Le 1er mai 1794, l'armée française sous les ordre des généraux Augereau et Dugommier prend position face au camp ibérique du Boulou. En l'absence d'un commandement fort et expérimenté, les forces luso-espagnoles fléchissent devant les attaques françaises. Au terme de la bataille du Boulou, les Espagnols et leurs alliés portugais, vaincus, sont contraints d'effectuer leur retraite. Alors que les Ibériques refluent derrière les Pyrénées, les troupes françaises pénètrent en Espagne, en Catalogne, au Pays basque et en Navarre, arrivant jusqu'à Miranda de Ebro. En novembre 1794, lors de la bataille de la Sierra Negra, les troupes françaises des généraux de Pérignon et Dugommier, battent les troupes espagnoles du général Luis Firmin de Carvajal[4]. Tué pendant les combats (en même temps que Dugommier, qui décède également), le comte de L'Union est remplacé, par intérim, par Jeronimo Morejon Giron y Moctezuma marquis des Amarillas (es), puis par Don José de Urrutia y de las Casas (es). En décembre, le lieutenant-colonel portugais Bernardim Freire de Andrade est blessé lors de l'attaque de la position de Magdalena, en Catalogne.

Paniqué devant l'avancée de la France, dont il avait sous-estimé les forces, Manuel Godoy signe de façon séparée la paix de Bâle (), dont le Portugal est exclu. En échange de l'arrêt des hostilités, le gouvernement espagnol reconnaît la République française. L'Espagne cède à la France deux tiers de l'ouest de l'île d'Hispaniola (aujourd'hui Haïti) en échange de la réincorporation du Guipuzcoa à la couronne espagnole. Les relations commerciales entre les deux puissances sont normalisées. Pour la signature de ce traité Manuel Godoy reçoit le titre de Príncipe de la Paz, « prince de la Paix ».

Revenue au système d'alliance du Pacte de famille, l'Espagne se désolidarise du Royaume-Uni et du Portugal. La neutralité de façade et les tentatives de négociations n'y changent rien, le Portugal reste désormais la seule puissance ibérique en état de guerre face à la France révolutionnaire.

Divers[modifier | modifier le code]

  • Pour le triomphe de la bataille de Trouillas, la veuve du général Antonio Ricardos reçoit le titre de Comtesse de Trouillas.
  • La guerre du Roussillon contribue à la promotion des cousins Freire de Andrade, deux figures majeures de l'armée portugaise pendant la Guerre péninsulaire :
    • Le 17 décembre 1794, le lieutenant-colonel portugais Bernardim Freire de Andrade est promu colonel du 5e Régiment d’infanterie de Peniche pour son action lors de l'attaque de la position de Magdalena en Catalogne.
    • De retour au Portugal, le colonel Gomes Freire de Andrade est promu maréchal de camp en 1795 au sein l'armée portugaise, où on lui donne le sobriquet de "général russe". Suite aux combats qu'il vient de mener, il propose que soit créée une brigade légère. Sa proposition est acceptée, mais son commandement en est confié au marquis d'Alorna.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire de la guerre entre la France et l'Espagne pendant les années de la Révolution Française par Louis de Marcillac
  2. Joseph Pérez, Histoire de l'Espagne, Fayard 1996, p.485
  3. (pt) Manuel Amaral, Portugal e as guerras da Revolução, de 1793 a 1801 : do Rossilhão ao Alentejo, comunicação ao Congresso Guerra Peninsular - Da Europa dividida à União Europeia, Instituto da Defesa Nacional,‎ 28 a 30 de novembro de 2002 (lire en ligne)
  4. (es) « Historia Militar de España », sur www.ingenierosdelrey.com (consulté le 14 mai 2011)

Annexes[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

  • Fervel, Joseph Napoléon 1811-1877, Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées orientales. 1793-1794-1795, Paris, Dumaine,‎ 1851-1853, 710 p. (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Émile Darnaud, Notice que prit le département de l'Ariège à la guerre de la République française contre le roi d'Espagne, Éditions Lacour, Nimes, 2004