Guerre du Bush de Rhodésie du Sud

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Géographie raciale de la Rhodésie en 1965

Entre 1972 et 1979, la guerre du Bush de Rhodésie du Sud opposa les forces de sécurité de la République de Rhodésie du Sud aux guérilleros de la ZIPRA et de la ZANLA. Elle provoqua la disparition de la Rhodésie de Ian Smith au profit du Zimbabwe de Robert Mugabe.

Le cadre[modifier | modifier le code]

La géographie physique est composées de hauts plateaux sans accès à la mer. Le lac Kariba et le fleuve Zambèze délimitent la majeure partie de la frontière avec la Zambie (au nord-ouest). Les paysages naturels sont la savane sèche ou arborée. Parmi les ressources naturelles se trouvent : le charbon, le chrome, l’amiante, l’or, le nickel, le cuivre, les minerais de fer, le vanadium, le lithium, l’étain, et les métaux du groupe du platine. La capitale était Salisbury et la langue officielle était l'anglais. La population d'ascendance européenne y formait une minorité dominante (possession de l'essentiel de la terre arable) et citadine.

Causes et action politique[modifier | modifier le code]

Voir l'article détaillé Histoire de la Rhodésie du Sud : cet article ne traitant que de la phase militaire du conflit (NdA).

Les adversaires[modifier | modifier le code]

Les forces gouvernementales[modifier | modifier le code]

La guerre de Rhodésie en 1977 (photo: J. Ross Baughman)
Interrogations de villageois par un soldat de l'armée rhodésienne dans un village à la frontière du Botswana en 1977 ((photo: J. Ross Baughman)
Soldats noirs des Rhodesian African Rifles en patrouille sur le lac Kariba en 1976

L'armée rhodésienne et les forces de sécurité étaient relativement bien équipées pour ce type de conflit.

Voici quelques-unes des unités de l'armée de terre :

Armée de l'air : Rhodesian Air Force

Service de renseignement : Central Intelligence Organization

Unité de la police : British South Africa Police

Les insurgés[modifier | modifier le code]

Au cours des années, l'insurrection met en jeu un total approximatif de 50 000 guérilleros, rarement plus de 10 000 à la fois (sauf la dernière année), soutenus par des infrastructures politico-militaires locales très actives. En plus de leurs armes blanches et fusils de chasse détenus avant 1960, la ZIPRA armée par l'URSS détenait des (PPSh-41, AK-47, SKS et Degtyarev RPD ou des armes tchécoslovaques comme les Carabine Vz 52/57, SA 23 et Sa Vz 58), reçurent ensuite des RPG-2/-7. Ils eurent la chance de recevoir des missiles sol-air (SA-7). Les combattants de la ZANLA pro-chinois eurent droit à des copies produites par l'industrie de l'armement de la République populaire de Chine (Carabine type 56, fusil Type 56 et mitrailleuse légère Type 56). Des mortiers russes et chinois complétaient cela de même que des armes prises sur les FSR. Leurs instructeurs furent cubains, est-allemands, russes ou chinois.

Le déroulement[modifier | modifier le code]

Une guérilla sporadique et difficile[modifier | modifier le code]

En 1966, eurent lieu les premières actions de la guérilla noire, divisée en deux mouvements, la ZAPU qui recrute chez les Ndebeles (14 % de la population africaine) et la ZANU (Shonas). Le , la ZAPU et la ZANU annonçaient la création d’un commandement militaire unifié sous les ordres de Herbert Chitepo. Des bases de la ZIPRA, branche militaire du ZAPU, furent installées en Zambie et en Tanzanie, essentiellement pour former des troupes de guerre classique et des unités de police, alors que Josiah Tongogara, commandant de la ZANLA (branche militaire de la ZANU), partait en Chine pour y apprendre les techniques de guérillas maoïstes.

La population africaine est alors ciblée par des techniques de guerre révolutionnaire adaptées aux conditions locales. Dans les régions de fermage européen, la terreur vise à obliger les Blancs à quitter leur exploitation, mais aussi à interdire aux Africains locaux ou immigrés de fournir la main d'œuvre indispensable. Dans les Tribal Trust Lands (réserves indigènes), elle vise à détruire l'administration officielle (affaires indigènes, écoles, dispensaires, travaux publics) et à imposer l'autorité des structures clandestines développées par les insurgés.

Les missions proches de la frontière étaient touchées. Une fois les missionnaires tués, les enfants étaient emmenés de l’autre côté de la frontière où ils devenaient des enfants soldats, renvoyés ensuite en mission en Rhodésie du Sud. Les incursions à partir de la Zambie étaient les plus courantes. L’activité principale consistait alors à poser des mines entre les Chutes Victoria et Chirundu.

Cependant, les bandes formées à l'intérieur de la Rhodésie et les unités entraînées à l'extérieur sont alors des proies faciles pour les Forces de Sécurité. Facilement repérées, elles sont pistées et d'autant plus aisément détruites qu'elles acceptent souvent le combat.

Au début du mois de , la Rhodésie du Sud ferma ses voies de communication avec la Zambie par lesquelles transitaient 40 % des importations zambiennes et 48 % de ses exportations, constituant ainsi une déclaration de guerre économique envers son voisin du nord. Peu après, la Rhodésie du Sud autorisa les exportations de cuivre zambien à transiter par son territoire.

1974: le tournant[modifier | modifier le code]

Quand le Mozambique tombe entre les mains du FRELIMO, la situation devient intenable. Il est désormais impossible de contrôler l'infiltration et l'exfiltration des bandes. L'état-major rhodésien gagne plusieurs années de répit, grâce à son inventivité, par la création de mini-groupements aéroterrestres, les Fire Forces.

À l’automne 1974, des contacts eurent lieu à Lusaka entre des diplomates sud-rhodésiens et les représentants de la guérilla. Le 11 décembre, Smith annonçait la libération de tous les prisonniers politiques, assuré selon lui de la fin des actes de terrorisme en Rhodésie du Sud et de la réunion prochaine d’une conférence constitutionnelle. Joshua Nkomo, depuis peu en exil après avoir été interné pendant près de dix ans, revint dès le lendemain en homme libre à Salisbury. Les libérations de prisonniers furent cependant assez vite ajournées à la suite de nombreuses violations du cessez-le-feu.

Le 18 mars 1975, Herbert Chipeto, chef militaire du ZANLA, est tué à Lusaka par un courrier piégé, sans doute expédié par un des services secrets sud-rhodésiens, la Central Intelligence Organization, encore que l'affaire débarrasse Mugabe d'un concurrent énergique, efficace, populaire, intelligent et dangereux.

L’échec de la conférence des chutes Victoria () conduisit à une reprise de la lutte armée des mouvements de guérilla alors que les anciennes colonies portugaises nouvellement indépendantes amenaient au pouvoir des gouvernements marxistes favorables aux mouvements de guérillas. En République populaire du Mozambique, les services secrets sud-rhodésiens n’allaient pas tarder à soutenir et à financer la Résistance nationale du Mozambique (RENAMO) contre le gouvernement marxiste du Front de libération du Mozambique (FRELIMO).

En , la ZANU de Mugabe et la ZAPU de Nkomo se rassemblèrent dans un Front patriotique alors que la ZIPRA (affiliée à la ZAPU) et la ZANLA (affilié à la ZANU) s’associaient dans la ZIPA (armée populaire de Zimbabwe).

Pour détruire les unités d'insurgés en cours de formation avant qu'elles ne s'infiltrent à l'intérieur de la Rhodésie dès le début de la saison des pluies qui transforme la brousse en un fouillis impénétrable aux regards, les forces de sécurité lancent des raids contre les bases d’entraînement du Mozambique et de Zambie. Les premiers raids (1976-77) frappent des réfugiés peu armés qui vivent en famille dans des camps non fortifiés. Dans une 2e phase (1977-78), les camps sont fortifiés, les recrues armées et les familles à distance, mais les Rhodésiens sont les plus forts. Dans la 3e phase (1978-79), les camps fortifiés sont dispersés, leurs abords surveillés et patrouillés pour repérer les équipes de reconnaissance rhodésiennes, mais les dissidents ne font toujours pas le poids, encore que plusieurs raids tombent dans le vide. Enfin, dernière phase (1979-80), les insurgés bien pourvus en canons et en mitrailleuses (sans compter la menace de missiles) se défendent efficacement, utilisent des positions de rechange et reviennent dans le dos des assaillants. Les derniers raids sont des échecs.

En , une proposition conjointe anglo-américaine de règlement négocié, passablement compliqué, fut rejetée par toutes les parties au conflit.

Le , dans la région de Umtali, massacre à la hache de douze civils anglais d’une mission religieuse dont cinq femmes, trois enfants de 4, 5 et 6 ans et d’un bébé de 3 semaines[1]. Le gouvernement rhodésien accuse le ZANLA. Le ZANLA accuse les Selous Scouts.

Le , Ian Smith était néanmoins à Lusaka en Zambie où il rencontrait secrètement Joshua Nkomo dans le but de le faire rejoindre l’accord de Salisbury.

À la fin d’, les Nations-Unies dénoncèrent dans un rapport les 593 sociétés (dont de nombreuses entreprises pétrolières britanniques) qui avaient enfreint les règles de boycott édictées par le Conseil de sécurité.

1978: fin de la suprématie aérienne absolue[modifier | modifier le code]

Fin 1978, les insurgés acquièrent des moyens anti-aériens dont la seule menace modifie irrémédiablement l'équilibre des forces en présence. Le , un avion de ligne d’Air Rhodesia, avec à son bord 59 passagers et membres d’équipage, fut abattu peu de temps après son décollage de l’aéroport du lac Kariba par des missiles Sam-7 tirés par la guérilla de la ZIPRA. Sur les 18 survivants, 10 furent ensuite massacrés à la kalachnikov par les membres de la guérilla[2]. Josuah Nkomo revendiqua la destruction en vol de l’avion mais nia que les survivants aient été abattu par ses hommes[3]. Smith déclara alors que Nkomo s’était mis « au ban de la société » et annonçait qu’il mettait fin définitivement à leurs discrètes entrevues. Dans le même temps, Nkomo écartait toute solution légale et pacifique pour prendre le pouvoir alors que de son côté, la ZANU allait quémander à Addis-Abeba l’aide de Cuba et de l’URSS[4]. À la même époque, les Fire Forces de l'intérieur sont tenues à distance par les canons et les mitrailleuses de bandes de plus en plus nombreuses qui ne se laissent plus intimider, tandis que les raids extérieurs rencontrent des résistances intelligentes et opiniâtres.

1979: défaite politique et militaire[modifier | modifier le code]

Le gouvernement rhodésien attendait le retour au pouvoir du parti conservateur britannique où il comptait de nombreux amis. Or, ces mêmes conservateurs une fois réélus expliquent à Smith qu'il faut rapidement organiser des élections générales. Simultanément, les États-Unis font pression sur l'Afrique du Sud qui bloque le commerce extérieur rhodésien et réduit drastiquement son assistance militaire. À la même époque, les opérations combinées contre les camps d'entraînement du Mozambique se traduisent par des échecs tandis qu'à l'intérieur du pays l'effectif des insurgés déborde les forces de sécurité. Aux élections, la population rurale africaine, sans illusions mais toutes tendances confondues, vote massivement pour le ZANU-PF, sachant que le seul moyen d'arrêter cette guerre qui ravage les campagnes est de porter au pouvoir le parti de Robert Mugabe. Mauvais perdants, les politiques et les généraux rhodésiens s'accusent mutuellement de trahison.

Pertes et conséquences militaires[modifier | modifier le code]

Bibliographie et sources[modifier | modifier le code]

  • Martin Meredith: Rhodesia, the past is another country, Londres, A Deutsch, 1979
  • Moorcraft (PL) et McLaughin (P): Chimurenga, the war in Rhodesia, Sygma/Collins, Marshalltown, 1982
  • Georges Fisher: Le problème rhodésien, Annuaire Français de Droit International 1965, p41-70
  • Robert Lacour-Gayet, Les voisins de la république (p414-416), in Histoire de l’Afrique du Sud, Fayard, 1970
  • Pierre Eiseman : Les sanctions contre la Rhodésie, Pédone, 1972, 122p
  • Roland Pichon : Le drame Rhodésien, Idoc-France, 1975, 247p
  • Charles Rousseau : "Chronique des faits internationaux" dans "Revue générale de droit international public", 1978, p 917-922, 1979, p 547-555 et 1980, p 413-417
  • Charles Cadoux: L’ONU et le problème de l’Afrique australe, l’évolution de la stratégie des pressions internationales, Annuaire français de droit international, 1977, p 127 - 174
  • Charles Cadoux : Le Zimbabwe, naissance d’une nation, Annuaire français de droit international, 1980, p9-29
  • George Lory : Afrique australe, Autrement n°45, 1990, 265p
  • Collectif, Les Sentinelles du Continent noir, « Les Rhodésiens », Éditions Atlas, 1992. Traduit de l'Anglais), il décrit l'action des forces spéciales sud-rhodésienne.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Charles Rousseau, Chroniques des faits internationaux dans la Revue générale de droit international public, 1978, p 922. Pour les détails sur les massacres de missionnaires et de leurs familles, voir [1]
  2. The Hunyani Disaster
  3. En février 1979, un second avion de ligne (Umniati) est abattu au décollage près des chutes Victoria
  4. Charles Rousseau, "Chroniques des faits internationaux" dans la Revue générale de droit international public, 1979, p 549