Guerre des Sukas

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La guerre des Sukas (en russe : Сучьи войны ou au singulier : Сучья война) ou guerre des « Chiennes », ou encore guerre des « Balances » s’est déroulée à l’intérieur du système carcéral soviétique entre 1945 jusqu’à peu après la mort de Staline.

Le mot russe Suka (сукой, ссучившимся : soukhoï, soutchivchimsia) est un mot de l’argot des criminels très péjoratif qui désigne une personne qui coopère avec les forces de l’ordre. Littéralement Chienne soit Salope appliqué à un humain, le mot français équivalent français serait plutôt Balance. Il faut remarquer que la traductrice Sophie Benech dans la traduction du russe de Essais sur le monde du crime traduit systématiquement le mot par chienne. Elle indique qu'elle s'est fait conseiller en la matière par Jacques Rossi, écrivain franco-polonais qui a passé plus de vingt ans dans le Goulag.

Avoir une réputation de Suka rend très difficile la vie en prison.

À l’intérieur des prisons russes, il y avait des traditions et une structure sociale qui existaient depuis l’époque tsariste.

Cette société des voleurs, était très complète et très organisée. Elle était dominée par la caste des « Voleurs dans la Loi »

L’un des principes les plus importants de ce système était que les prisonniers ne collaboraient pas avec les autorités tant impériales que soviétiques ensuite.

Alors que la Seconde Guerre mondiale prenait de l’ampleur, Joseph Staline offrit à un certain nombre de prisonniers leur amnistie à la fin de la guerre en échange de leur engagement dans l’Armée rouge, pour renflouer les effectifs.

Mais à la fin de la guerre, Staline revint sur sa parole et renvoya les déportés dans leurs camps. Les vétérans qui retournèrent en prison furent déclarés suka par leurs codétenus et furent traités en paria.

Ils n’eurent d’autre choix pour survivre que de collaborer activement avec les autorités pénitentiaires pour obtenir, à l’intérieur des prisons, les meilleurs postes et se mettre en position de force.

Ceci, en plus de l’engagement des Suka dans l’armée, provoqua une guerre des détenus dans les prisons soviétiques entre les vétérans et les chefs « Voleurs dans la Loi. » Elle est racontée par l'écrivain Varlam Chalamov ancien détenu dans son ouvrage Essais sur le monde du crime dans le chapitre intitulé La guerre des chiennes. En 1948, les truands édictèrent une nouvelle loi qui permettait de remplir les fonctions précédemment interdites comme celles de staroste, de chef de baraque, de soldat. Ceux qui se soumettaient à cette loi devaient être adoubés lors d'une cérémonie de baiser au couteau. Apparurent ainsi deux classes de truands : les adoubés et les autres et une guerre féroce se déclara entre eux à l'image de celle qui venait de se dérouler dans le monde[1].

Les autorités pénitentiaires fermèrent les yeux sur les exactions notamment parce que les morts de détenus contribuaient à réduire la surpopulation carcérale et qu’elles étaient tellement violentes qu’ils crurent que le banditisme s’autodétruirait.

Cette guerre est réputée avoir transformé les vieilles organisations criminelles. Elle s’acheva avec la victoire des Suka et de leurs affidés. Certains estiment que 97% des victimes étaient des tenants de l’ordre ancien. De ce fait, la déontologie de non-collaboration avec les autorités des malfrats n’existait plus.

Avec la réforme des prisons après la mort de Staline, notamment sous Brejnev, la nouvelle organisation criminelle voulu casser les traditions et chercha à s’impliquer avec le gouvernement.

Sur fond de stagnation économique, de pénurie et de marché noir, ces nouveaux liens entre les criminels et autorités soviétiques auraient introduit de la corruption dans l’administration soviétique, et lors de l’effondrement de l’URSS, aurait largement contribué à l’émergence rapide de la puissante Mafia russe et de ces oligarques.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Varlam Chalamov (trad. Sophie Benech), Essais sur le monde du crime, Gallimard, , 101-136 p.