Guerre de Succession d'Autriche

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Guerre de Succession.
Guerre de Succession d'Autriche
Description de cette image, également commentée ci-après

La bataille de Fontenoy, par Édouard Detaille.

Informations générales
Date
Lieu Europe, Inde,
Amérique du Nord
Casus belli Pragmatique Sanction
Issue Traité d'Aix-la-Chapelle
Marie Thérèse monte sur le trône d'Autriche.
Belligérants
Drapeau de la Prusse Royaume de Prusse
Royaume de France Royaume de France
Drapeau de l'Espagne Royaume d'Espagne
Drapeau de l'Électorat de Bavière Électorat de Bavière (1741 – 1745)
Drapeau du Royaume de Naples Royaume de Naples
Drapeau de la Suède Royaume de Suède
Drapeau de la République de Gênes République de Gênes
Drapeau de l'Électorat de Saxe Électorat de Saxe (1741 – 1742)
Bonnie Prince Charlie's Glenfinnan banner.jpg Jacobites
Habsbourg Monarchie de Habsbourg
Drapeau de la Grande-Bretagne. Grande-Bretagne
Drapeau de l'Électorat de Bavière Électorat de Bavière (1745 – 1748)
Drapeau des Provinces-Unies Provinces-Unies
Drapeau de l'Électorat de Hanovre Électorat de Hanovre
Drapeau de l'Électorat de Saxe Électorat de Saxe (1743 – 1745)
Drapeau du Royaume de Sardaigne Royaume de Sardaigne
Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Commandants
Frédéric II de Prusse
Maurice de Saxe
François de Broglie
Charles VII du Saint-Empire
Charles Emil Lewenhaupt (en)Gian Francesco II Brignole Sale
Marie-Thérèse
François Ier du Saint-Empire
Ludwig Andreas von Khevenhüller
Charles de Lorraine
George II d'Angleterre
Charles-Emmanuel III de Sardaigne
Pertes
100 000 à 450 000 morts au total[1]

Guerre de Succession d'Autriche

Batailles

Mollwitz · Chotusitz · Sahay · Prague · Dettingen · Cap Sicié · 19 mai 1744 · Tournai · Pfaffenhofen · Fontenoy · Melle · Hohenfriedberg · Gand · Bruges · Audenarde · Termonde · Ostende · Nieuport · Ath · Soor · Hennersdorf (en) · Kesselsdorf · Culloden · Mons · Bruxelles · Namur · Charleroi · Lorient · Rocourt · Cap Finisterre (1er) · Lauffeld · Bergen-op-Zoom · Cap Finisterre (2e) · Saint-Louis-du-Sud · 18 mars 1748 · Maastricht

Campagnes italiennes

Saint-Tropez · Camposanto · Villafranca (en) · Casteldelfino · Velletri · Madonne de l'Olmo · Bassignana · Plaisance · Rottofreddo · Gênes (1er) · Gênes (2e) · Assietta

Cette boîte : voir • disc. • mod.

Amérique du Nord
Canso · Annapolis Royal (1er) · Annapolis Royal (2e) · Port-Toulouse · Louisbourg · Île Saint-Jean · Saratoga · Expédition d'Anville · Fort Massachusetts · Grand-Pré · Fort no 4
Cette boîte : voir • disc. • mod.

Antilles
Porto Bello · 8 avril 1740 · Fort Mose (en) · Saint Augustine · Expédition Anson · Carthagène des Indes · Santiago de Cuba (1re) · Géorgie · La Guaira (en) · Puerto Cabello (en) · Cape Sicié · Panama · Bloody Marsh · Bahamas · Glorioso · 18 mars 1748 · Santiago de Cuba (2e) (en) · La Havane
Cette boîte : voir • disc. • mod.

Sous-continent indien
Négapatam · Madras · Adyar · La Panar · Gondelour · Pondichéry
Cette boîte : voir • disc. • mod.

La guerre de Succession d'Autriche (17401748, traité d'Aix-la-Chapelle) est un conflit européen né de la contestation par les États qui y avaient souscrit de la Pragmatique Sanction, par laquelle l'empereur Charles VI du Saint-Empire léguait à sa fille Marie-Thérèse d'Autriche les États héréditaires de la maison de Habsbourg.

Origines[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pragmatique Sanction (Autriche).
Marie-Thérèse

Le , Charles VI, empereur romain germanique de la Maison de Habsbourg, meurt. Roi de Bohême et de Hongrie et archiduc d'Autriche (ses titres et possessions principaux), il n'a pour postérité survivante que deux filles et souhaite léguer ses États patrimoniaux à l'aînée d'entre elles Marie-Thérèse. Aussi a-t-il édicté en 1713 une « Pragmatique Sanction » qu'ont ratifiée l'ensemble des États européens. Une femme ne pouvant régner sur l'Empire, Marie-Thérèse pense pouvoir faire élire Empereur son mari François-Étienne de Lorraine.

Âgée de seulement 23 ans, mère de trois filles dont une est morte au berceau et étant de plus une jolie femme, elle est considérée comme un souverain politiquement faible et psychologiquement inconsistant. En effet, d'autres princes, qui lui sont apparentés, aspirent à la remplacer sur le trône autrichien ou du moins à s'emparer des possessions patrimoniales de la jeune princesse, tel Charles-Albert, électeur de Bavière ou Frédéric-Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne.

L'entrée en guerre[modifier | modifier le code]

La trahison de la Prusse et la lâcheté du Hanovre[modifier | modifier le code]

Cependant, c'est un souverain monté tout récemment sur le trône, que Marie-Thérèse considère comme son allié le plus fidèle et dont personne ne soupçonne encore l'ambition et la duplicité, qui met le feu aux poudres : Frédéric II, tout nouveau roi de Prusse, (son père le brutal « Roi-Sergent » est mort le ). Dans un premier temps, pour prix de son vote à l'élection impériale, Frédéric demande la Silésie, la plus riche possession de Marie-Thérèse et peuplée d'un million d'habitants. La cour de Vienne s'étonne d'une telle ambition. Dans un second temps, Frédéric fait envahir par surprise et sans déclaration de guerre préalable, la région convoitée et ce, dès décembre 1740.

Très vite, le 16 décembre, Frédéric II remporte ses premières victoires avec une armée petite mais très bien entraînée et équipée de fusils modernes, permettant à l'infanterie de tirer cinq coups quand ses adversaires en tirent trois. Il prend les forteresses de Głogów, Brzeg et Neisse et hiverne, ayant envahi la Silésie, ce qui lui permet de doubler sa population, avec une grande industrie.

Marie-Thérèse compte alors sur George II de Grande-Bretagne — également électeur de Hanovre — pour intervenir, mais le Premier ministre britannique Walpole refuse d'entraîner son pays dans le conflit.

Le revirement de la France[modifier | modifier le code]

La bataille de Lauffeld le 2 juillet 1747 est une lourde défaite anglo-néerlandaise face aux troupes françaises (tableau de Lenfant).

La France avait accepté à mi-mot la Pragmatique Sanction en 1738, pour autant qu'elle ne lésât pas les intérêts des tiers. En l'espèce, elle lèse ceux de Charles-Albert, du moins le prince bavarois peut-il le prétendre. Dans l'opinion Française, après la mort de Charles VI, un fort courant se dessine pour affaiblir l'ennemi traditionnel Habsbourg. Le comte de Belle-Isle, petit-fils du surintendant Fouquet et gouverneur des Trois-Évêchés, de la Lorraine et du Barrois, régions frontalières sous protectorat Français de facto, se fait le champion de cette position, contre celle plus pacifiste du cardinal de Fleury.

Louis XV cède finalement au parti belliciste : la France soutiendra les prétentions de l'électeur de Bavière, ne laissant à Marie-Thérèse que son domaine héréditaire. Le 11 décembre 1740, il envoie Belle-Isle, à qui il vient de remettre son bâton de maréchal, assister comme son ambassadeur à l'élection du Bavarois à Francfort.

Le 5 juin 1741, Frédéric II signe un traité d'alliance avec le maréchal de Belle-Isle. Par ce traité, la France s'engage à soutenir militairement l'électeur de Bavière, et à reconnaître les conquêtes prussiennes en Silésie. En contrepartie, Frédéric ne consent qu'à quelques vagues promesses.

Autres belligérants[modifier | modifier le code]

Déroulement[modifier | modifier le code]

Contre l'Autriche, deux fronts se dessinent, l'un prussien, rapidement gagné et entériné par le traité de paix de Breslau du 11 juin 1742, l'autre français, marqué par les victoires autrichiennes, sur son terrain, où personne ne perd.

En 1743, l'Autriche signe une alliance militaire, le traité de Worms contre la France.

Le front Prusse-Autriche[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerres de Silésie.

La Prusse, victorieuse, gagne des territoires sur l'Autriche. Prusse et Autriche signent alors une paix séparée : la Prusse cesse la guerre au mépris des conventions passées avec ses alliés, conserve les territoires conquis, et s'engage à respecter la Pragmatique Sanction de l'empereur Charles VI du Saint-Empire qui cède les trônes héréditaires des Habsbourg à sa fille Marie-Thérèse d'Autriche. Par cette paix séparée, la Prusse laisse la France seule dans l'embarras d'une guerre où elle avait été poussée par la Prusse.

Le front France-Autriche[modifier | modifier le code]

Article connexe : Le passage du Rhin.

La guerre se porte rapidement en Allemagne, où les Français s'engagent sous le commandement théorique des Bavarois. Maurice de Saxe s'empare de Prague le 26 novembre 1741. Mais Marie-Thérèse, disposant de la couronne de Hongrie, parvient à repousser par une « petite guerre », menée par des éléments Croates et Hongrois, les forces franco-bavaroises. Prague est reprise par les Autrichiens à l'issue d'un siège de 7 mois. L'armée française, dont les lignes de ravitaillement sont étendues, doit se retirer vers le Rhin.

Passage du Rhin devant Strasbourg par le duc de Lorraine.

À Dettingen en juin 1743, le roi de Grande-Bretagne se laisse prendre dans un piège par les Français. Mais, sachant que la bataille va reprendre le lendemain, l’armée britannique réussit à s’enfuir durant la nuit en abandonnant ses blessés et une partie de son artillerie sur le champ de bataille. C'est la dernière fois qu'un roi britannique commande sur un champ de bataille contre les Français. Toutefois, le roi Georges II réussit à présenter au peuple britannique, comme une grande victoire personnelle, l’échec de sa capture par les Français.[réf. nécessaire] À sa demande est publié un livre à Londres qui présente Dettingen comme une victoire[2] et Haendel compose même un Te Deum (HWV 283) et un Anthem à cette occasion. Le 15 mars 1744, Louis XV déclare officiellement la guerre au Royaume-Uni et à l'Autriche.

Le front des Pays-Bas autrichiens et des Provinces-Unies[modifier | modifier le code]

Après l'entrée en guerre officielle de la Grande-Bretagne, la guerre se porte dans les Pays-Bas autrichiens, possession des Habsbourg, système de gouvernement moderne appelé parfois monarchie personnelle (à distinguer s.s. du système confédératif médiéval du Saint-Empire) dont les gouverneurs sont l'archiduchesse Marie-Anne d'Autriche, sœur de Marie-Thérèse et son mari le prince Charles-Alexandre de Lorraine, frère de François-Étienne.

Épargnés dans un premier temps par la guerre de Succession d'Autriche, les Pays-Bas autrichiens sont donc contraints d'entrer dans la lutte le , après la déclaration de guerre de la France à l'Autriche datant du (consécutivement au traité défensif de Worms).

Les troupes françaises franchissent la frontière fin mai 1744 ; les places de la barrière, mal entretenue et faiblement défendues, résistent peu de temps.

L'armée française, sous les ordres du maréchal de Noailles, envahit ces provinces. Plusieurs villes tombent, et par une habile combinaison de coups de main et de pressions exercées par des troupes légères, Maurice de Saxe parvient à bloquer l'armée adverse pour le reste de la campagne. L’invasion des Pays-Bas autrichiens se poursuit, et l'armée française remporte victoire sur victoire.

L'armée française — 120 000 hommes placés sous le commandement de Maurice de Saxe[réf. nécessaire] — conquiert l'ensemble du territoire de ses ennemis au bout de trois campagnes successives, Gueldre (Provinces-Unies) et Luxembourg excepté.

Les campagnes et sièges sur ce front[modifier | modifier le code]

En Flandre, quatre villes succombent rapidement : Menin (7 juin), le fort de La Knocke (Knocke), Furnes et Ypres (29 juin). Le , Courtrai est prise par les troupes françaises, villes qui furent mal défendues par les garnisons alliées, l'armée alliée moins nombreuse se contenta de couvrir Gand, Anvers et Bruxelles, tandis qu'une diversion du prince Charles-Alexandre de Lorraine en direction de l'Alsace empêcha le roi de France de poursuivre dans l'immédiat son invasion des Pays-Bas. Les opérations ne reprirent qu'au printemps, par le siège de Tournai.[réf. nécessaire]

En 1745, alors que l'armée principale sous Noailles investit Tournai, une armée de secours anglo-austro-néerlandaise, sous les ordres du duc de Cumberland, se porte à la rencontre de l'armée du maréchal de Saxe, qui a franchi l'Escaut pour couvrir le siège. La rencontre des deux armées amène à la bataille de Fontenoy, et voit les Français sortir victorieux de l'affrontement. Outre la portée stratégique de la bataille, le symbole de la victoire en présence du Roi Louis XV ainsi que du Dauphin illumine cette campagne de 1745 pour les Français.

Le roi de France se fera remarquer par une réplique pleine de grandeur. A son fils de 15 ans qui se réjouissait de la victoire, le souverain répliqua :

« Le sang de nos ennemis c'est toujours le sang des hommes, la vraie gloire c'est de l'épargner. »

Au printemps de l'année 1745, l'effort se porte sur Tournai qui est investie à la fin avril. Le , alors qu'elles tentaient de desserrer l'encerclement, les forces anglo-hollandaises dirigées par le duc de Cumberland sont écrasées à la bataille de Fontenoy, à l'est d'Antoing. La cité scaldienne succombe finalement le 22 mai.

L'attaque peut continuer vers Gand (15 juillet), Audenarde (21 juillet), Ostende (24 août) et Nieuport (6 septembre). Le marque la victoire des troupes françaises sous le commandement du lieutenant général de Langlade à la bataille de Melle pour commencer l'encerclement de Gand.

Le dernier affrontement de cette année de campagne, la prise d'Ath, se déroule le .

Début 1746, sans tarder, les opérations militaires reprennent en Brabant : Bruxelles (), Malines et Anvers tombent successivement.

Puis pratiquement, sans coup férir, les troupes repassent en Hainaut. En juillet, c'est au tour de Mons (le ), Saint-Ghislain et Charleroi de succomber.

Sans cesser, l'action se poursuit alors en direction de Namur (prise le ), puis vers Rocourt, au Nord-Ouest de Liège. Le 11 octobre 1746 l'armée autrichienne, commandée par Charles-Alexandre de Lorraine, est défaite lors de la bataille de Rocourt. La porte des Provinces-Unies est entrouverte, les troupes y pénétreront en 1747.

Le 2 juillet 1748, victoire du Maréchal de Saxe à la bataille de Lauffeld près de Tongres.

La menace pesant sur les Provinces-Unies se concrétise lorsque tombent Berg-op-Zoom le 18 septembre 1747 et Maastricht le 7 mai 1747.

La fin de la guerre vue du front de l'ouest[modifier | modifier le code]

Les forces coalisées ont perdu sur ce front, les Français ont fait une démonstration de force, mais les conquêtes sont en intégralité rendues par Louis XV lors du traité de paix d'Aix-la-Chapelle.

Le traité de Paix fut particulièrement impopulaire en France. De cette époque, date le mépris dont les français abreuveront Louis XV. On connaît assez les prétentions séculaires des différents souverains français de Louis XI à Louis XIV sur le territoire de la Bourgogne et successivement du cercle de Bourgogne, prétentions féodales-suzeraines et souveraines sur une partie de ce territoire (Flandres), héritage des Habsbourg d'Espagne, et les arrêts du conseil d’État sur ces différentes matières… On ne s'explique plus guère, à l'heure actuelle, pourquoi Louis XV, ayant accumulé les victoires sur le territoire des Pays-Bas et des Provinces-unies et étant responsable de l'invasion a capitulé totalement devant les prétentions autrichiennes sur les Pays-Bas. La diplomatie et les prétentions territoriales immémoriales sont souvent des matières fort complexes, qu'on n'entend plus guère de nos jours. Il semble que Louis XV ait compris que la France ait atteint sa taille maximale et que jamais l'Angleterre, déjà rivale dans les colonies, ne laisserait le port d'Anvers devenir Français (Napoléon dira : « Anvers est un pistolet au cœur de l'Angleterre »).

Le calendrier politique suffit-il à expliquer la situation à l'arrière du front ? En octobre 1746 commencent les négociations de paix de Bréda, janvier 1747 voit la chute du ministère d'Argenson, et le mois de mai, une révolution orangiste dans les Provinces-Unies restaurant provisoirement Guillaume IV d'Orange-Nassau comme stadthouder héréditaire, en juin et novembre 1747, la signature de deux traités anglo-russes prévoyant le déploiement de troupes russes supplémentaires…

C'est aussi le début de défaites sur le front italien. Signalons néanmoins que la prise de Maaastricht aura lieu en mai 1748 et fera 8 000 victimes françaises[3], alors que les négociations du traité d'Aix-La-Chapelle ont commencé depuis plus de deux mois[4].

Les auteurs semblent donc unanimes pour affirmer que bien que la victoire de Berg-op-Zoom (), et la prise de Maaastricht () donnait à la France une position avantageuse qui menaçait les Provinces-Unies, elle se décida à négocier. Le , les préliminaires furent signés avec l'Angleterre. Ils furent acceptés par l'Autriche et l'Espagne en mai. Lors de la signature de la paix à Aix-La-Chapelle (), la France abandonnait ses conquêtes[5].

Carte de localisation des belligérants en 1740 :
  •      États soutenant Marie-Thérèse d'Autriche
  •      États soutenant le nouveau roi Frédéric de Prusse
  • La guerre ne s'est pas portée sur le territoire de l'ensemble de la Russie, Distinguer les fronts et les pays en guerre

La guerre navale franco-anglaise[modifier | modifier le code]

Protection du commerce. C'est une des missions essentielles de la Marine française dans cette guerre.

Les hostilités en mer, latentes entre la France et l'Angleterre depuis 1740 (plusieurs petites escadres se sont cantonnées dans les îles)[6] s'ouvrent officiellement en 1744 devant Toulon avec la bataille navale du cap Sicié. Une flotte espagnole qui s'y était réfugiée en 1742 peut se dégager et regagner ses ports tandis que le blocus de Toulon est levé. La flotte française qui combat en grande infériorité numérique (51 vaisseaux contre 120 en 1744) essaie malgré tout d'organiser deux débarquements en Angleterre, en 1744 et 1746. Ces opérations échouent à cause de la météo et de la supériorité de la Royal Navy dans la Manche[7]. L’Angleterre opère en 1746 un débarquement contre Lorient (port de la Compagnie des Indes) mais l'opération ne donne rien et les troupes rembarquent peu après. L'Espagne, en guerre depuis 1739, poursuit pour l'essentiel ses actions de son côté et ne coopère avec la marine française que pour l'escorte des convois, ce qui évite aux positions anglaises d'être menacées, surtout dans les Antilles (Barbade, Jamaïque).

Si les opérations navales sont indécises en Europe, la flotte française est plus heureuse dans les colonies où les résultats sont équilibrés. En 1745, une expédition montée depuis la Nouvelle-Angleterre s'empare de Louisbourg, qui défend l'entrée du Canada français. La Marine échoue à reprendre la place en 1746, à cause des tempêtes et d'une terrible épidémie (expédition du duc d'Anville), mais le Canada réussit à se défendre seul jusqu'à la fin de la guerre. Aux Indes, la situation tourne carrément à l'avantage de la France avec la prise de Madras (le « Londres indien ») par la petite escadre de l'océan Indien conduite par La Bourdonnais (1746)[8]. De même, Pondichéry résiste en 1748 à une attaque massive d'une forte escadre anglaise grâce à l'action de Dupleix. Dans les Antilles, les positions restent globalement inchangées, malgré la prise de quelques petites îles françaises. Les épidémies tropicales, qui déciment les escadres, y gênent considérablement les opérations pour les deux pays.

La marine française réussit aussi, tant bien que mal, à protéger l'important commerce colonial français. Celui-ci, malgré la tentative de blocus anglais, se contracte, mais ne s'effondre pas. Pour cela, le ministre Maurepas oblige les armateurs à naviguer en convoi sous la protection de petites escadres, ce qui limite les pertes entre 1745 et 1747[9]. Les chefs anglais, longtemps assez médiocres, ne parviennent pas à intercepter les convois, malgré le plus grand nombre de vaisseaux dont ils disposent. Il faut attendre 1747 pour que des nouveaux amiraux anglais (Anson, Hawke) réussissent à imposer un blocus hermétique sur les côtes atlantiques, ce qui provoque deux grandes batailles navales, au cap Ortégal (mai) et cap Finisterre (octobre). Ces deux défaites françaises mettent la marine de Louis XV au bord de l'effondrement, mais ne sont cependant pas dramatiques car les convois marchands sont pour l'essentiel sauvés et la signature de la paix, en 1748, stoppe à temps les opérations navales. Une guerre de course acharnée oppose aussi tous les protagonistes, mais les résultats, c'est-à-dire les pertes, sont équilibrés. Le commerce colonial français, un moment menacé, repart de plus belle après la guerre. L'empire colonial espagnol résiste lui aussi, malgré la prise de Porto-Bello et du galion du Pacifique.

Participation de la Russie[modifier | modifier le code]

Front maritime et neutralité , Russie-pays scandinaves, limites d'empire (Holstein), guerres simultanées[modifier | modifier le code]

  • Deux conventions russo-britanniques signées pendant la guerre de Succession d'Autriche, prévoient l'envoi de troupes sur terre et sur mer, on parle de 1 000 galères russes, engagées dans la guerre de Succession d'Autriche, passant probablement par la Suède et le Danemark. Cette implication russe justifierait-elle à elle-seule des travaux guerriers préliminaires, la guerre russo-suédoise de 1741 – 1743.
  • Il existe également un rapprochement familial entre la Russie et le Holstein (fief d'empire situé au sud du Schleswig danois), ce rapprochement familial existe déjà dès le début de la guerre, mais se concrétisera par le sacre de Pierre III, tsar de toutes les Russies, neveu de l'impératrice Élisabeth première, le fils de sa sœur Anna Petrovna, et fils du duc de Holstein-Gottorp (fief d'empire).
  • Il y a par ailleurs, des traités d'alliance entre la France et les pays nordiques signés à différents moments de la guerre de Succession d'Autriche, concernant pour le Danemark les détroits du Sund et du Belt, ces articles sont mixtes, ils concernent la marine marchande et militaire française essentiellement, traité de commerce et de navigation, conclu à Copenhague le 23 août 1742, entre la France et le Danemark. Il existe également un traité d'alliance, conclu à Stockholm entre la France et la Suède en 1747. Ces traités encadrent la période, pendant laquelle les troupes françaises se sont avancées au-delà des Pays-Bas autrichiens.

Entrée de la Russie dans la guerre de Succession d'Autriche[modifier | modifier le code]

Bilan[modifier | modifier le code]

La prise de la forteresse néerlandaise de Bergen-op-Zoom en 1747 hâte les négociations de paix.
Article détaillé : Traité d'Aix-la-Chapelle (1748).

À la sortie de la guerre, les alliances ont grandement évolué. La Prusse est la grande gagnante, territorialement. L'Autriche a perdu des territoires mineurs mais obtient un accord de paix acceptable et, avec la reconnaissance de la Pragmatique Sanction, Marie-Thérèse d'Autriche confirme sa place sur le trône d'Autriche comme successeur de l'empereur Charles VI : la volonté de la cour autrichienne est accomplie.

La France, elle, n'a ni gagné ni perdu sur le plan militaire mais ses aspirations ont été trahies ; d'une part par la paix séparée prussienne, traîtrise qui va laisser des traces et qui se situe à l'opposé du rapprochement d'alliance souhaité initialement, d'autre part, par ses propres faiblesses militaires. Elle n'a rien gagné territorialement et sort affaiblie sur le plan économique. La France, déjà sous tension avec la Grande-Bretagne, se retrouve en difficulté sous l'angle diplomatique car froissée avec la Prusse et l'Autriche. Cette situation laisse présager les mauvais augures des années suivantes tel le marasme de la guerre de Sept Ans (17561763). Voltaire, devant ce conflit (la guerre de Succession d'Autriche) qui lui semble vain et contraire aux intérêts français, exprime son énervement par une expression devenue proverbiale : « travailler pour le roi de Prusse » ; c'est-à-dire « œuvrer sans en retirer le moindre bénéfice » ou encore « travailler contre soi-même, contre ses propres intérêts ». Toutefois, il parait nécessaire de nuancer ce phénomène. Bien que la France, au sortir de la guerre semble ne rien avoir gagné, il semble que Louis XV ait, avec cette paix, préparé le renversement d'alliance de 1756. Ménager l'Autriche permet à Louis XV de se rapprocher des Habsbourg dans une atmosphère de méfiance vis-à-vis de la Prusse, selon l’historien Jean-Pierre Bois[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 1.
  2. British Glory Reviv’d. Being a compleat collection of all the accounts, papers, expresses and private letters, relating to the late glorious action at Dettingen, between the army of the allies of the Q. of Hungary, under the command of His Britannic Majesty, and the French army under the command of the Duke de Noailles, J. Roberts, Londres, 1743.
  3. E. Cust, Annals of the Wars of the eigteenth Century, vol. 2 (1739 – 1759), Londres, 1862, p. 130. 1/3 des décès de chaque guerre de Silésie. Certains auteurs avancent le chiffre de 50 galères russes et un corps de 37 000 hommes (juin 1747) obtenus par Guillaume d'Orange et envoyé dans les Provinces-Unies. Encyclopédie catholique, répertoire universel et raisonné des sciences, des lettres, des arts et des métiers, sous la dir. de Glaire (doyen de la faculté de Théologie de Paris) & Walsh, T. 15, Paris, 1847, p. 476.
  4. M.S. Anderson, The War of Austrian Succession (1740-48), 2e éd., New York, 2013.
  5. J. Dugnoille, « La destinée des fortifications de Vauban à Ath (1674-1803) » dans Les enceintes urbaines en Hainaut. Les fortifications d'Ath (supplément du catalogue général), Ath, 1984, p. 39.
  6. Jean Meyer et Martine Acerra, Histoire de la Marine française, éditions Ouest-France, 1994, p. 97.
  7. André Zysberg, La Monarchie des Lumière, Nouvelle Histoire de la France Moderne, collection Point Seuil, 2002, p. 229.
  8. André Zysberg, op. cit., p. 233.
  9. Patrick Villiers, Jean-Pierre Duteil, L'Europe la mer et les colonies au XVIIeXVIIIe siècles, collection carré Histoire, éditions Hachette, 1997, p. 86 – 87.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Antoine, Louis XV, Fayard, 1989.
  • Lucien Bély, Guerre et paix dans l'Europe du XVIIe siècle (s. dir.), SEDES, coll. « Regard sur l'histoire », 1991.
  • Lucien Bély, Les relations internationales en Europe, XVIIeXVIIIe siècles, PUF, 1992.
  • Voltaire, Histoire de la guerre de 1741, éd. Garnier Frères, 1971, Paris.
  • Rémi Monaque, Une histoire de la marine de guerre française, Paris, éditions Perrin, , 526 p. (ISBN 978-2-262-03715-4).

Articles connexes[modifier | modifier le code]