Guerre de Castro

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Guerre de Castro
Description de cette image, également commentée ci-après
Castro, ville au centre du conflit
Informations générales
Date (1641–1644) (1re) - (1646-1649 (2e)
Lieu Castro, Latium en Italie
Issue Victoire finale de la papauté sur la maison Farnèse, destruction de Castro
Belligérants
Armées papales de Urbain VIII et puis de Innocent XFarnese coat of arms as Duke of Parma.png Farnese Duché de Parme et de CastroOdoardo Farnese et puis Ranuce II Farnèse
Commandants
Antonio Barberini

Fabrizio Savelli, remplacé par Taddeo Barberini

Luigi Mattei commandant des forces papales et mercenaires

Achille d'Étampes de Valençay et Cornelio Malvasia commandant la cavalerie
Mattias de' Medici commandant des forces de la République de Venise, du Grand-duché de Toscane et du Duché de Modène et Reggio
Raimondo Montecuccoli commandant des mercenaires Modeneses forces loyales François Ier d'Este

Guerre de Castro

La guerre de Castro (en italien:Guerra di Castro) définit une série de conflits durant le milieu du XVIIe siècle impliquant de la ville antique de Castro qui était située dans l'actuelle région Latium, en Italie et qui ont finalement abouti à la destruction de la ville, le . Le conflit a été le résultat d'une lutte de pouvoir entre la papauté, représentée par les membres de deux familles romaines et les papes, les Barberini et Pape Urbain VIII et les Pamphili et le pape Innocent X et les ducs Farnèse de Parme, qui contrôlaient le Duché de Castro composé de la ville de Castro et ses territoires environnants.

Contexte[modifier | modifier le code]

Édouard Ier Farnèse
Urbain VIII

La politique papale du milieu du XVIIe siècle est compliquée, changeant souvent les alliances politiques et militaires. Bien qu'il soit difficile de retracer les origines précises de la querelle entre le Duché de Parme et de la papauté, ses origines sont issues de manœuvres politiques survenues au cours des années précédant le début d'une action militaire.

Après la création du duché de Parme et Plaisance en 1545, les Farnèse se partagent pendant une dizaine d'années entre le premier et le nouveau duché. Devenu duc de Parme, Pierre Louis cède Castro à son fils Octave. À la mort d'Octave, le duché passe à son fils Alexandre Farnèse qui ne s'y rend jamais parce qu'il vit dans le nord de l'Europe, assumant périodiquement la charge de gouverneur de Flandre, laissant ainsi par son absence les finances du duché péricliter.

Le déclin du duché débute avec Ranuce Ier, fils d'Alexandre, qui hérite d'une situation financière catastrophique.

Son successeur, Édouard Ier Farnèse ne cherche pas à assainir la situation, au contraire, il déclare la guerre à l'Espagne sans même avertir le pape Urbain VIII qui réussit cependant à régler la crise au travers des canaux diplomatiques. Ces mauvais choix politiques affaiblissent encore plus sa position financière, il hypothèque le duché et obtient un prêt d'Urbain VIII.

L'importance stratégique des territoires du duché qui se trouvent à proximité des États pontificaux conduisent le pape à accentuer la pression sur les Farnèse incapable d'honorer leurs dettes.

Cette situation de défaut de payement des Farnèse est la cause ou le prétexte de l'intervention militaire papale [1].

Préparation[modifier | modifier le code]

Le pape Urbain VIII répond aux demandes des créanciers de duc Odoardo en envoyant son neveu Antonio, Fabrizio Savelli et le marquis Luigi Mattei à occuper la ville de Castro. Les forces papales comprenaient également les commandants Achille d'Étampes de Valençay et le marquis Cornelio Malvasia.

Dans le même temps, le pape envoie comme plénipotentiaire le cardinal Bernardino Spada pour tenter de résoudre la crise. Spada réussit à négocier une trêve, mais quand les chefs militaires du Pape se rendent compte que les ducs de Parme massent des troupes pour les contrer, Urbain VIII déclare que l'accord de paix est nul et non avenu, revendiquant que Spada avait négocié sans son consentement[2]. Urbain VIII avait fait amasser des troupes à Rome tout au long de 1641.

La première guerre de Castro (1641-1644)[modifier | modifier le code]

Les causes lointaines de la première guerre de Castro peuvent être retrouvées dans la politique expansionniste de la famille Barberini qui trouve sur sa route Édouard Farnèse. Prenant comme prétexte la position du duché de Castro, créé en partie sur les territoires du patrimoine de Saint Pierre en Tuscia, Urbain VIII, Maffeo Barberini, de connivence avec deux neveux, le cardinal Francesco et le cardinal Antonio, décide de soustraire aux Farnèse les privilèges et les possessions dont la famille bénéficie depuis plusieurs siècles en les poussant à la faillite[3]. Après avoir cherché à se faire vendre le duché, les deux frères cherchent d'autres moyens pour mettre en difficulté Édouard. En 1639 Les banquiers Siri et Sacchetti et le préfet de Rome, le neveu du pape, Taddeo Barberini, dénoncent l'adjudication des gains de Castro, se plaignant de l'abaissement du prix du grain et niant à Édouard les gains convenus ce qui le met dans une situation plutôt délicate : les créditeurs lui ayant concédé des prêts en présageant des futures rentes du duché réclament leur argent.

Deux décrets du camerlingue, le cardinal Antonio Barberini, aggravent la situation du duc, qui interdisent l'extraction du grain, privilège de tout temps du Saint-Siège et ordonne la construction d'une route de Sutri à Rome pour absorber tout le trafic qui précédemment passait par Ronciglione (1641).

Malgré les tentatives d'Édouard d'aplanir ces difficultés, les Barberini ne cèdent pas et même prennent comme prétexte la possible faillite des Monts farnésiens pour occuper le duché et séquestrer les biens présents dans l'État pontifical des Farnèse. L'occupation du duché de Castro par les troupes pontificales commence le . Par réaction, les troupes des Farnèse entrent dans les États de l'Église prenant la ville d'Acquapendente et faisant craindre au pape un nouveau saccage de Rome[3].

La première partie de la guerre se conclut avec la négociation d'un traité de paix à Castel Giorgio qui prévoit le retrait des forces farnésiennes. Les négociations échouent le et Édouard perd son avance dans les territoires pontificaux au profit des Barberini qui organisent leur défense[3].

Édouard tente de reconquérir Castro par des expéditions militaires sur terre et sur mer, ce qui mène à la seconde phase du conflit : une ligue se créée entre le Ferdinand II de Médicis, grand duc de Toscane, la république de Venise et le duc de Modène qui craignent les visées expansionnistes des Barberini. Ceux-ci incitent à la restitution du duché au légitime propriétaire, les alliés qui jusqu'à présent n'avait que soutenu moralement Édouard entrent en guerre au début de 1643[3].

Après une grave défaite des troupes pontificales à la bataille de Lagoscuro[1], la première guerre de Castro se termine avec le traité de Ferrare du qui grâce à l'aide diplomatique française restitue le duché au Farnèse et les réconcilie avec le saint-siège. L’accord est scellé l'année suivante avec la nomination du frère d'Édouard, François, cardinal[3].

La seconde guerre de Castro (1646-1649)[modifier | modifier le code]

Le Pape Innocent X. Portrait de Diego Velázquez.

À la mort d'Édouard (1646), son fils âgé de 16 ans Ranuccio II, hérite en plus des dettes, d'une guerre à peine terminée. Alors que sont en cours les négociations entre le duché et la papauté pour la nomination du nouvel évêque, le pape Urbain VIII meurt. Giovanni Antonio Facchinetti, avec pour nom Innocent X (1644-1655) lui succède. La famille du pape est celle qui a consenti le plus de crédits aux Farnèse.

Le le pape sans consulter Ranuce, nomme évêque de Castro monseigneur Cristoforo Giarda. Ranuce lui interdit l'entrée jusqu'à un accord avec Rome. Un an passe sans que la correspondance épistolaire ne réussisse à débloquer la situation aussi le pape ordonne à l'évêque de prendre possession de son diocèse. Le , sur la route qui va de Rome à Castro, à proximité de Monterosi, il est victime d'un guet-apens réalisé par Ranuccio Zambini de Gradoli et Domenico Cocchi de Valentano. Innocent X attribue immédiatement la responsabilité du guet-apens à Ranuce et ordonne au gouverneur de Viterbe, Giulio Spinola, d'instruire un procès pour établir la responsabilité de l'homicide d'où la décision d'attaquer le duché.

Par les manœuvres de la famille Barberini et de Olimpia Maidalchini, « patronne » de Rome, Innocent X déclare la guerre aux Farnèse. Lors de l'été, les troupes ducales sont battues à Tuscania[4], Castro, assiégée, capitule le . Le colonel Sansone Asinelli, au nom du duc qui a fui à Parme, signe la capitulation entérinant la perte du duché et de ses territoires au profit des créanciers [5].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Huit mois après le pape en ordonne la destruction totale, tous les édifices sont rasés jusqu'au sol y compris l'église principale[5]. Le duc Ranuce, dans l'impossibilité de régler ses dettes doit accepter la perte du duché[5]. Le siège de l'évêché est déplacé à Acquapendente, les trésors artistiques sont cédés aux nobles familles romaines. Le destin de certains sont connus : les cloches de la cathédrale se trouvent aujourd'hui dans l'église Sant'Agnese à Rome, le simulacre de Marie Immaculée qui se trouve dans la cathédrale est déplacé dans une église de Acquapendente.

Début 1985, l'historien Romualdo Luzi publie dans la revue Barnabiti Studi l'inédit «Giornale» dell'Assedio, presa e demolizione di Castro (1649) dopo l'assassinio del Vescovo barnabita Mons. Cristoforo Giarda. Le manuscrit complète les rares informations relatives à cette destruction. La chronique qui débute le 1er juin et se termine le 3 décembre rend compte de chaque détail de la démolition, du transport de l'artillerie et des « autres munitions » à Civitavecchia.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) George Dennis, The Cities and Cemeteries of Etruria, Londres, 1848
  • (it) Edoardo del Vecchio, I Farnese, Istituto di Studi Romani Editore, 1972
  • (it) Rivista Biblioteca e Società, Allegato al N.2, Consorzio per la gestione delle Biblioteche di Viterbo, ,
  • (it) George Dennis, Vulci - Canino - Ischia - Farnese. Città e Necropoli Etruria, a cura di Franco Cambi, Nuova Immagine Éditrice, Sienne 1993, (ISBN 978-8871450537)
  • (it) Alfio Cavoli, La Cartagine della Maremma, Rome, 1990.
  • (it) Romualdo Luzi Storia di Castro e della sua distruzione.
  • (it) Romualdo Luzi L'inedito Giornale dell'assedio, presa e demolizione di Castro (1649) dopo l'assassinio del Vescovo barnabita Mons. Cristoforo Giarda, Rome, 1985
  • (it) Mons. E. Stendardi, Memorie Storiche della Distrutta città di Castro, Ed. Fratelli Quattrini, Viterbe, 1955
  • (it) D. Angeli, De depraedatione castrensium, et suae patriae historia, Lugdum Batavorum 1720 ca., édition traduite par G. Baffioni et P. Mattiangeli, avec la collaboration de T. Lotti, Roma 1981

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Leopold von Ranke, « History of the popes; their church and state », Wellesley College Library,
  2. (en)Pope Alexander the Seventh and the College of Cardinals par John Bargrave, édité par James Craigie Robertson]
  3. a b c d et e (it) Renzo Chiovelli, « Prima guerra castro », sur Canino.info
  4. ''Cours d'histoire des états européens depuis le bouleversement de l'Empire'' by Maximilian Samson Friedrich Schoell. Books.google.com.au. Retrieved on 2 September 2011.
  5. a b et c (en)Venice, Austria and the Turks in the seventeenth century by Kenneth Meyer Setton (American Philosophical Society, 1991)

Sources de traduction[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]