Guerre bamiléké

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Les combats en pays bamiléké[1] prennent place dans le contexte de luttes au Cameroun entre différentes factions. Les forces françaises et leurs alliés camerounais répondent à des attaques en pays bamiléké (les alentours de la ville de Dschang[2]) en 1957 et 1958[3], puis les combats se poursuivent après la proclamation de l'indépendance en 1960[4].

Ces épisodes sont considérés comme une guerre par certains intellectuels de la mouvance postcolonialiste, comme Achille Mbembe ou Mongo Beti. Les témoignages sont à considérer avec prudence, étant donné le contexte extrêmement polémique et militant qui pollue les analyses de ce conflit.

Témoignages[modifier | modifier le code]

  • « Max Bardet »[5], pilote d'hélicoptère, avance le chiffre, souvent repris, de 300 à 400 000 morts.
  • Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, à la recherche de documents scientifiquement incontestables, relèvent que :
    • le général Max Briand, chef des opérations au Cameroun, évoque 20 000 morts en pays bamiléké, pour la seule année 1960[6].
    • le lieutenant-colonel Jean Lamberton, un ancien d'Indochine, auteur d'un roman historique, Le Curé Chaban, chronique d'une paroisse de la Vendée rebelle en 1793 (Le Cercle d'or, 1978), futur général de division et commandeur de la Légion d'honneur, disciple du colonel Charles Lacheroy, spécialiste de la guerre psychologique, théoricien des guerres coloniales de la France, chef de la ZOPAC (Zone de pacification) en Sanaga-Maritime depuis le 9 décembre 1957, là où la répression a été la plus meurtrière, puis acteur central des opérations dans l'Ouest, affirme que l'insurrection en pays bamiléké « a été châtiée en 1958 » et que « la région a été dépeuplée à 50 % »[7].
    • André Blanchet, journaliste au Monde, avance, dans une conférence donnée en 1962, qu'un officiel français lui a parlé le 1er janvier 1960 de « 12 000 morts d'ores et déjà déplorés en pays Bamiléké » mais que, plus tard, quelqu'un « dont les allégations méritent d'être prises au sérieux » a évoqué « 120 000 victimes »[8].
    • un rapport de l'ambassade du Royaume-Uni à Yaoundé daté de 1964 fait état, pour la période de 1956 à juin 1964 et pour l'ensemble du Cameroun, de « 61 300 à 76 300 civils tués » précisant que « 80 % de ces pertes ont été occasionnées dans la région bamiléké sous administration française ». Ce rapport rappelle également qu'avant l'indépendance, « l'armée française a fréquemment brûlé, ou détruit d'une autre manière, des villages entiers, qui étaient gravement infestés de terroristes »[9].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique 1948-1971, La Découverte, (ISBN 978-2-7071-5913-7, lire en ligne) (l'introduction, soit jusqu'à la p. 28 et la table des matières sont disponibles en ligne)
  • Jean Chatain, Augusta Epanya et Albert Moutoudou, Kamerun, l'indépendance piégée. De la lutte de la libération à la lutte contre le néocolonialisme, L'Harmattan, (ISBN 978-2-296-55523-5)
  • Bouapda Pierre Kamé, De la rébellion dans le Bamiléké (Cameroun), L'Harmattan, (ISBN 978-2-296-05236-9)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (Deltombe, Domergue et Tatsitsa 2012) utilise ce terme entre guillemets p. 17 et 19 en l'attribuant à Max Bardet et Nina Thellier, auteurs de « O.K. Cargo ! » mémoires d'un pilote d'hélicoptère dont ils n'ont pu retrouver trace, derrière lequel ils soupçonnent à mots couverts de se cacher Constantin Melnik, voir à ce propos p. 18
  2. (Deltombe, Domergue et Tatsitsa 2011), cartes p. 5 et 7
  3. (Deltombe, Domergue et Tatsitsa 2011), chapitre 13 p. 234-246
  4. (Deltombe, Domergue et Tatsitsa 2011), chapitres 22 à 24 p. 392-454
  5. (Deltombe, Domergue et Tatsitsa 2011), p. 18 et 20. Voir la note 1 ci-dessus au sujet de Max Bardet.
  6. (Deltombe, Domergue et Tatsitsa 2011), p. 24 qui renvoient à un « Rapport sur les opérations militaires au Cameroun en 1960 », daté du 7 avril 1961 (SHAT, 6H240)
  7. (Deltombe, Domergue et Tatsitsa 2011), p. 245 qui renvoient à un « PV de la réunion tenue le 3 janvier de 15 heures à 17 heures 30 à l'état-major du GCS concernant la situation dans les pays Mungo et Bamiléké », Brazzaville, daté du 5 janvier 1959 (SHAT, 6H262)
  8. (Deltombe, Domergue et Tatsitsa 2011), p. 24-25 qui renvoient à « Le Cameroun 1962 : pacification et réunification », conférence devant le Groupe d'études des problèmes africains, Centre d'étude de politique étrangère, 26 octobre 1962, p. 7-8, Fonds privé d'André Blanchet à l'Académie des sciences d'outre-mer.
  9. (Deltombe, Domergue et Tatsitsa 2011), p. 24 qui renvoient à Goodfellow, British Embassy, Yaoundé, to Mellon, West and Central Africa Dept., 22 juillet 1964 (Foreign Office, 371/146876) et précisent que cette source leur est connue par un article de la chercheuse américaine Meredith Terretta.