Guerre économique par pétrodollars

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'expression « Guerre économique par pétrodollars » se réfère à une hypothèse selon laquelle la politique étrangère des États-Unis, au cours des dernières décennies, a été de conférer au dollar le statut dominant de monnaie de réserve dans le monde et de monnaie dans laquelle le prix du pétrole est fixé. Le terme a été inventé par l'Américain William R. Clark, qui a écrit un livre du même titre, Petrodollar Warfare[1]. L'expression « guerre de monnaie pétrolière » est parfois utilisée avec la même signification.

Les partisans de cette hypothèse soutiennent que la valeur du dollar américain est déterminée par le fait que beaucoup de matières premières clefs (en particulier le pétrole et le gaz naturel) sont monnayés en dollars. De fait, selon eux, si l'évaluation monétaire changeait pour une autre monnaie - par exemple l'euro - beaucoup de pays vendraient des dollars et cela conduirait à ce que les banques échangent leurs réserves de dollars devenues inutiles pour acheter du pétrole ou du gaz. Cela affaiblirait le dollar par rapport à l'autre monnaie (cf. la loi de l'offre et de la demande). Le cœur de cette hypothèse est que les administrations américaines seraient motivées par la crainte des conséquences d'un dollar plus faible, à savoir des prix de pétrole plus hauts pour les États-Unis. Ils considèrent cette motivation comme la base et l'explication de beaucoup d'aspects de la politique étrangère américaine, y compris la guerre d'Irak[2].

Cette hypothèse est cependant controversée et catégorisée comme une théorie du complot par divers observateurs. Ces-derniers rappellent d'ailleurs que l'Administration Bush a demandé à plusieurs reprises à la Chine d'arrêter d'étayer le dollar et d'arrêter de maintenir une aussi grande réserve.

Contexte[modifier | modifier le code]

Les ventes pétrolières mondiales se font en dollar américain (USD). Comme la plupart des pays importent du pétrole, ils doivent conserver de grandes réserves de dollars pour assurer leurs importations. La demande en dollars reste donc élevée, indépendamment des conditions économiques aux États-Unis. Cela permet au gouvernement américain d'assurer des revenus par seigneuriage et d'émettre des obligations à des taux d'intérêt inférieurs. Ce dernier peut donc supporter des déficits budgétaires relativement supérieurs à ceux des autres pays.

Cela signifie aussi que le prix du pétrole est plus stable aux États-Unis que n'importe où ailleurs, puisque les importateurs n'ont pas à s'inquiéter de fluctuations des taux de change. Puisque le pays importe beaucoup de pétrole, l'économie en est dépendante et son prix peut être un facteur politique important.

Les ennemis politiques des États-Unis auraient un certain intérêt à monnayer le pétrole dans une autre monnaie, comme par exemple l'euro. L'Union Européenne pourrait ainsi théoriquement profiter des mêmes avantages si sa monnaie remplaçait le dollar. Cependant, l'économie européenne pourrait aussi être sérieusement endommagée si l'euro devait s'apprécier beaucoup contre le dollar ou d'autres devises mondiales.

L'Iran a prévu d'ouvrir une bourse iranienne du pétrole monnayée en euros. Initialement planifié pour le 20 mars 2006, l'ouverture a été reportée sans date future. Les partisans de cette théorie craignent que cela donne une raison supplémentaire aux États-Unis pour renverser le régime iranien, fermer cette bourse ou rétablir sa monnaie de transaction aux dollars[réf. nécessaire]. Mi-2006, le Venezuela a indiqué soutenir la décision de l'Iran d'ouvrir le commerce pétrolier mondial en euro[3] et dix ans plus tard, en septembre 2017, le pays a commencé à refuser toute transaction en dollars au profit de l'euro[4] et du yuan, la monnaie chinoise[5].

Au moins un homme politique américain, le Républicain Ron Paul du Texas, a fait des déclarations très fortes avançant des vues semblables, en parlant d'« hégémonie du dollar » pour décrire la politique américaine et proposant des réformes en conséquence[6].

Scepticisme[modifier | modifier le code]

Les sceptiques de la théorie, par exemple Robert Looney, croient que la probabilité réelle de basculer les ventes de pétrole en euros est peu probable. La plupart des pays ne monnayent pas leurs ventes directement, mais par l'intermédiaire de marqueurs de prix comme l'Ouest intermédiaire du Texas, le Brent de la Mer du Nord, ou le Brut de Dubaï. Cela limite leur possibilité d'agir sur la monnaie de transaction. Un grand nombre d'acteurs du marché devraient s'entendre pour qu'un changement de monnaie soit envisageable.

Les dommages sur l'économie américaine causés par une chute du dollar sont discutables. Un dollar plus faible entraînerait une augmentation des exportations américaines, ce qui profiterait aux fabricants américains et diminuerait le déficit commercial des États-Unis. Mais d'un autre côté, les importations deviendraient plus chères pour les États-Unis à tous les niveaux. Le souci principal est la dépendance de l'Amérique au pétrole étranger. Beaucoup d'économistes estiment que la hausse de 2008 des prix du pétrole[7] était au moins partiellement liée à la chute du dollar par rapport à la plupart des devises. Puisque le pétrole est évalué en dollars, les vendeurs ont augmenté les prix pour compenser leur perte réelle de revenu. Les économistes reconnaissent généralement que des prix de pétrole plus hauts posent un risque d'inflation, de récession, ou les deux. L'inflation augmenterait presque certainement si le dollar devait se déprécier fortement.

Projet Censored Awards en 2004 et 2006[modifier | modifier le code]

L'article sur la guerre de la monnaie pétrolière publié sous le titre « U.S. Dollar vs. the Euro: Another Reason for the Invasion of Iraq » (« Dollar américain contre l'euro : une autre raison de l'invasion de l'Irak ») a gagné un Project Censored Awards en 2004[2]. « Iran’s New Oil Trade System Challenges U.S. Currency » (« Le nouveau marché du pétrole de l'Iran défie la monnaie américaine ») a également gagné un Projet Censored Awards en 2006[8]. Ces deux essais ont été écrits par l'auteur de La Guerre du Pétrodollar, William R. Clark.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) William R. Clark, Petrodollar Warfare : Oil, Iraq and the Future of the Dollar, New Society Publishers, 2005 (ISBN 0-8657-1514-9)
  2. a et b (en) 19. U.S. Dollar vs. the Euro: Another Reason for the Invasion of Iraq ; Top 25 of 2004 - Project Censored, 29 avril 2010
  3. (en) Venezuela Backs Plan to Sell Oil in Euros - AP, 1er juin 2006
  4. (en) Venezuela reportedly denies dollars for oil payments after U.S. sanctions - Anatoly Kurmanaev, The Wall Street Journal/Market Watch, 14 septembre 2017
  5. (en) Venezuela publishes oil prices in Chinese currency to shun U.S. dollar - Reuters, 15 septembre 2017
  6. (en) The End of Dollar Hegemony - Chambre des représentants des États-Unis, 5 février 2006 (voir archive)
  7. Économie : Cours du pétrole - Gérard Villemin, site personnel, 27 mai 2016
  8. (en) 9. Iran’s New Oil Trade System Challenges U.S. Currency : Top 25 of 2006 - Project Censored, 29 avril 2010

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) William R. Clark, Petrodollar Warfare : Oil, Iraq and the Future of the Dollar, New Society Publishers, 2005 (ISBN 0-8657-1514-9)
  • (en) Phillips Peter, The Top 25 Censored Stories: U.S. Dollar vs. the Euro: Another Reason for the Invasion of Iraq, New York, Seven Stories Press, 2003.
  • (en) F. William Engdahl, « A New American Century? Iraq and the hidden euro-dollar wars », Current Concerns, no 4, juin 2003.
  • (en) F. William Engdahl, A Century of War: Anglo-American oil politics and the New World Order, Pluto Press, 2004 (ISBN 0-7453-2309-X)

Articles connexes[modifier | modifier le code]