Gueorgui Gapone

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Gueorgui A. Gapone

Gueorgui Apollonovitch Gapone (en russe : Георгий Аполлонович Гапон, ISO 9 : Georgij Apollonovič Gapon), né le 5 février 1870 ( dans le calendrier grégorien) (gouvernement de Poltava, Empire russe) et mort le 28 mars 1906 ( dans le calendrier grégorien) près de Saint-Pétersbourg, est un prêtre orthodoxe russe. Il fut désigné par le général Sergueï Zoubatov (1864-1917) pour veiller sur les ouvriers de Saint-Pétersbourg. Très populaire auprès d'eux grâce à son éloquence et son don d'organisateur, il fut le meneur de la manifestation lors de la journée du Dimanche rouge.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un modeste fermier du village de Beliki, dans le gouvernement de Poltava (Empire russe, actuellement en Ukraine) et d'une mère analphabète, Gapone naît dans une famille extrêmement pieuse[1]. Il étudie la théologie. Après la mort de sa femme, il s'installe à Saint-Pétersbourg et obtient un diplôme de l'académie de théologie en 1903.

Les sections ouvrières, le mouvement ouvrier ''légal''[modifier | modifier le code]

Gueorgui Gapone applique le programme paternaliste mis en place quelques années plus tôt (1901) par le général Sergueï Zoubatov, chef du département de la Police et la police secrète de Saint-Pétersbourg, l'Okhrana. Ce programme consiste, sous couvert d'une lutte pour le progrès social et de « défendre les droits des ouvriers et d'élever leur morale religieuse », de former des groupes d'hommes étroitement surveillés, ainsi que de les éloigner de l'influence des groupes sociaux-démocrates et sociaux-révolutionnaires à la popularité grandissante. De fait, seuls les orthodoxes sont éligibles pour rejoindre cette organisation ayant 12 sections et 8 000 membres, excluant ainsi les indésirables groupes ouvriers. Gapone qui ambitionne de la développer tant à Kiev qu'à Moscou n'était pas un simple agent de la police ; tout en coopérant, il essaie de tenter de garder une autonomie stratégique et décisionnelle. Il réussit cette mission en orientant les ouvriers vers des demandes économique et non-pas politique, cependant il sera vite tiraillé entre le maintien de la confiance des ouvriers et sa mission d'agent du gouvernement.

La grève de décembre 1904[modifier | modifier le code]

En décembre 1904, les ouvriers de l'usine Poutilov transmirent une lettre de revendications économiques, comme recommandé par Gapone, à la direction. Celle-ci fut refusé par celle-ci à la fin du mois, déclenchant l'indignation et la colère chez les ouvriers, face à inefficacité de leur action. Gapone feint de s'indigner aussi, pour ne pas perdre son influence.

Après plusieurs réunions tumultueuses, les ouvriers décident de mettre en oeuvre la première grève ouvrière majeure de l'histoire de la Russie, très vite rejoint par les autres usines de Saint-Petersbourg. Confiant en Gapone, la police n'intervient pas, ce qui renforce d'autant plus la légitimité du mouvement, qui rédige au nom des ouvriers et paysans malheureux de toutes les Russies, une pétition au tsar, et décident de se rendre en grandes masses devant le palais d'Hiver et de remettre la pétition par l'intermédiaire de Gapone au tsar lui-même.

Cette pétition qui était à l'origine modeste, va par l'engouement suscité par le mouvement, devenir de plus en plus révolutionnaire à mesure que la marche se rapprochait, notamment en réclamant au final la liberté de la presse, le droit de se syndiquer et la convocation immédiate d'une assemblé constituante entre autres choses, soit un véritable suicide. Elle est la convergence de toutes les idéologies ouvrières du moment, et montrent l'aveugle confiance qu'a toujours eu le peuple russe envers son tsar, considéré comme bienveillant.

Gapone est le visage de ce mouvement et se laisse entraîner par cet engouement populaire.[2]

Le dimanche rouge[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dimanche rouge.

Le samedi 8 janvier 1905, le gouvernement est lassé du comportement ambiguë de Gapone et lance un ordre secret pour l'arrêter[3], sans y parvenir. Le mouvement est lancé et Gapone ainsi que les leaders de la grève liront durant toute la journée du samedi, la pétition lors de réunions publiques et fera prêter le serment suivant:

« Nous nous présenterons demain, à 14 heures 30, au Palais d'Hiver, pour t'exposer les aspirations de la nation entière : convocation immédiate d'une assemblée constituante, responsabilité des ministres devant le peuple, amnistie, abolition de tous les impôts directs. Jure-nous de satisfaire nos exigences, sinon nous sommes prêts à mourir devant ton palais. Si en proie à des hésitations, tu ne te montres pas au peuple, si tu laisses couler le sang des innocents, tu briseras le lien moral entre lui et toi »[réf. nécessaire].

Le 9 janvier 1905, cette initiative rassemble une foule énorme, entre 50 000 et 100 000 personnes[4]. Elle est réprimée d'une manière extrêmement brutale par l'armée, laquelle en tirant sur ordre, occasionne un millier de morts. Une quarantaine de personnes, dont plusieurs des gardes du corps de Gapone sont tués sur le champ[3]. Gapone est éclipsé par ses gardes du corps, et trouve refuge dans plusieurs appartements privés, y compris celui de l'écrivain Maxime Gorki[3]. On tient Gapone pour l'auteur de la phrase : « Il n'y a plus de Dieu ! Il n'y a plus de tsar ! »[3]. Le mythe du tsar est mort ce jour-là.

Après le Dimanche rouge, il encourage les ouvriers à mener des actions plus dures contre le régime.

Exil à l'étranger[modifier | modifier le code]

Gapone pendu

Quelque temps plus tard, Gapone peut se mettre à l'abri en Suisse, où il est accueilli par Plekhanov et d'autres leaders mencheviks, très heureux d'apprendre qu'il était maintenant un social-démocrate, puis à Paris. Mais Gapone ne partage pas les convictions idéologiques des marxistes et rejoint les socialistes-révolutionnaire. Gapone est également trop connu pour accepter un rôle subalterne dans le mouvement révolutionnaire. Il écrit alors son autobiographie.

Certaines sources disent que lassé de son rôle dans le mouvement révolutionnaire et nostalgique de la Russie, il aurait négocié depuis Paris son retour auprès de ses contacts à la police secrète russe, à condition de vendre la localisation des révolutionnaires exilés en France. Son ami proche Rutenberg en a vent et le rapporte au parti qui lui demande de faire confirmer par des preuves ses dires, il entre ainsi dans le jeu de la trahison avec Gapone.

Retour en Russie et mort[modifier | modifier le code]

Exilé pendant plusieurs mois, le pope retourne à Saint-Pétersbourg incognito en automne 1905, puis de nouveau en décembre 1905. En février 1906, il tente — maladroitement — de reformer son organisation. Mais les révolutionnaires auxquels il confie son plan (notamment Rutenberg) sont eux-mêmes des agents doubles qui décident de liquider Gapone pour trahison.

Le 28 mars 1906, Gueorgui Gapone, qualifié de traître et d'agent de l'Okhrana, est pendu dans la proche campagne finlandaise par Pinhas Rutenberg selon un accord passé avec des leaders du Parti socialiste révolutionnaire[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Ascher 1988, p. 77.
  2. Voline, La Révolution Russe, , 217 p., p 52-67
  3. a, b, c et d Ascher 1988, p. 91.
  4. Ascher 1988, p. 90.
  5. Ascher 1988, p. 100.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Abraham Ascher, The Revolution of 1905, t. I : Russia in Disarray, Stanford, Stanford University Press, (1re éd. 1988), 412 p. (ISBN 0-8047-2327-3), chap. 3 (« Gapon and Bloody Sunday »)
  • Henri Troyat, Nicolas II de Russie
  • Jean-Jacques Marie, Le dimanche rouge, Larousse, 2008
  • T.Souliaguine, La Révolution russe 1905 Gapone", bande dessinée, Y.I.L., 2016
  • Voline, La Révolution Russe, 1934