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Grue à cou noir

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Grus nigricollis

Grus nigricollis
Description de cette image, également commentée ci-après
Grue à cou noir.
Classification COI
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Aves
Ordre Gruiformes
Famille Gruidae
Genre Grus

Espèce

Grus nigricollis
Przhevalsky, 1876

Statut de conservation UICN

( NT )( NT )
NT C1+2a(ii) : Quasi menacé

Statut CITES

Sur l'annexe I de la CITES Annexe I , Rév. du 01/07/1975

La Grue à cou noir (Grus nigricollis) est une espèce d'oiseaux de la famille des Gruidae qui vit sur le plateau tibétain.

C'est un grand oiseau gris avec une tête noire, qui peut rappeler la Grue cendrée (Grus grus) et la Grue du Japon (Grus japonensis). Comme la plupart des Grues, elle émet des chants caractéristiques grâce à sa trachée enroulée dans son sternum.

C'est la seule Grue qui vit exclusivement à l'étage alpin, au minimum à 2 000 m d'altitude et jusqu'à plus de 4 800 m en période de reproduction. Elle niche dans des zones humides, principalement en Chine, et effectue de courtes migrations pour passer l'hiver dans le sud du Tibet, au Bhoutan et dans le nord de l'Inde.

Elle est omnivore et fréquente des habitats variés à la recherche de différentes sources de nourriture, notamment des restes de récoltes. L'hiver, c'est un oiseau grégaire qui se réunit en colonies. À l'inverse, durant la période de reproduction, les couples sont territoriaux. Ils effectuent des danses et des chants et construisent un nid légèrement surélevé au-dessus de l'eau, dans des zones calmes et inaccessibles. Après l'éclosion, les petits, appelés gruaux, commencent rapidement à se tenir debout et à chercher de la nourriture avec leurs parents.

L'espèce, anciennement classée comme vulnérable, a vu ses effectifs augmenter dans les années 2000. D'importants efforts de conservation sont menés pour la protéger, notamment en Chine où plusieurs aires protégées ont été créées, ainsi qu'au Bhoutan où elle est un fort symbole culturel. Elle reste menacée par la fonte des glaciers, la dégradation de son habitat, l'assèchement des zones humides et la modernisation de l'agriculture.

Description

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Dimensions et plumage

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Chez la Grue à cou noir, la tête et le cou sont noirs. Elle possède une portion de peau rouge au sommet de la tête, partiellement couverte de plumes noires au niveau des lores. L'œil est jaune, avec une tache blanche ou gris pâle à l'arrière, qui s'étend parfois au-dessus de l'œil[1],[2]. Le bec est couleur corne tirant plus ou moins sur le vert ou le gris, avec la pointe jaunâtre[1]. Le corps est globalement gris cendre, voire blanc en-dessous. La queue et les rémiges primaires et secondaires sont noires, et les plumes de couverture sont grises[1]. Les pattes sont entièrement noires[1].

Elle mesure environ 139 cm de haut[2], pour un poids autour de 6 kg[3]. Le culmen (la ligne supérieure du bec) mesure en moyenne 12 cm, l'aile pliée 58 cm, et le tarse 23 à 24,8 cm[3].

Il n'y a pas de dimorphisme sexuel, le mâle et la femelle sont identiques[1]. Dans son aire de répartition, la Grue à cou noir est impossible à confondre avec une autre espèce[1]. Parmi les autres grues qu'on trouve en Asie, la Grue cendrée (Grus grus) est plus petite, avec une bande blanche bien visible qui s'étend tout le long du cou[2], et la Grue du Japon (Grus japonensis) est blanche, avec une zone blanche plus étendue derrière l'œil[2].

La Grue à cou noir a la trachée enroulée dans son bréchet, ce qui lui permet d'émettre des chants forts et trompettants, qui peuvent rappeler ceux de la Grue antigone (Antigone antigone)[4]. Elle émet plusieurs types d'appels, d'une ou deux syllabes, selon les situations : des cris de contact, de fuite, d'alarme, de garde, de rassemblement, et des chants pré-copulatoires émis par les femelles[5]. Les cris des adultes ont une fréquence plus faible que ceux des jeunes, et les sonogrammes des mâles et des femelles sont différents, ce qui permet de les distinguer[5],[6].

Comme chez toutes les espèces de Grues, les couples émettent des chants à l'unisson, notamment en période de reproduction[6]. Les partenaires chantent ensemble, de façon synchronisée, avec le cou tendu vers le ciel et parfois les ailes déployées. Ces chants peuvent s'accompagner de pas lents[6].

Répartition et habitat

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Carte de répartition de l'espèce.
Aire de répartition de la Grue à cou noir en 2019.
  • Présence en période de nidification.
  • Présence en période d'hivernage.

La Grue à cou noir vit sur le plateau tibétain, et migre à des altitudes plus basses en hiver[7]. C'est la seule espèce de Grue exclusivement alpine : elle ne vit qu'à des altitudes supérieures à 2 000 m, et jusqu'à 4 800 à 5 000 m en période de reproduction[8],[9]. Les zones aux abords des lacs situés entre 2 600 et 4 900 m constituent son habitat favori[2]. La qualité de l'habitat, le niveau de dérangement et l'accès à la nourriture conditionnent le choix de son habitat[10].

Ses migrations sont assez courtes par rapport aux autres espèces de Grues migratrices — elle parcourt environ 120 à 700 km[8] —, si bien que certaines populations sont considérées comme quasiment sédentaires, notamment autour de Lhassa où des Grues sont présentes pendant la période de migration et en hiver[11]. La migration vers la zone d'hivernage a lieu vers octobre, puis la migration printanière a lieu entre mars et avril[12].

Répartition et voies migratoires

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En période de reproduction, les Grues à cou noir se répartissent sur de vastes zones de plateaux. Puis elles peuvent emprunter trois voies migratoires différentes, qui correspondent à trois populations hivernantes[13],[8]. La population orientale se concentre au nord-est du Yunnan et au nord-ouest de la province de Guizhou, notamment sur le plateau Yunnan-Guizhou. La population centrale occupe le nord-ouest du Yunnan. Enfin, la population occidentale est répartie au sud et au centre du Tibet ainsi qu'au Bhoutan[13],[8]. Quelques oiseaux hivernent au nord-est de l'Inde, dans l'Arunachal Pradesh[7], et on en observait anciennement dans la plaine d'Hanoï, au Vietnam[14].

Aires de reproduction

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La Grue à cou noir se reproduit essentiellement au Tibet[7],[15]. Les marécages de Zoigê accueillent la principale population en période de reproduction[16]. L'espèce est aussi répandue en nombre autour des lacs d'altitude du Changtang, notamment le lac Serling Tso[7], ainsi que le lac Qinghai[11]. Des populations nicheuses ont été recensées dans le Xinjiang et dans quelques lieux à proximité des frontières avec le Tadjikistan, le Kazakhstan et la Mongolie[7]. En Inde, l'espèce ne se reproduit que dans le Ladakh, avec une population en augmentation dans les années 2000 et 2010[7].

En période de reproduction, l'espèce vit dans des habitats d'altitude, à 4 000 m ou plus. Le climat y est froid et humide et le sol fertile, avec une importante végétation généralement constituée de Carex, de Phragmites et d'Eleocharis[11]. Elle fréquente des zones humides peu profondes, généralement autour de 30 cm, où la présence de prédateurs est faible[2]. Il peut s'agir de rives de lacs, de berges de rivières ou de marais, avec une vie aquatique abondante. Elle niche généralement dans des marais ou sur des îlots lacustres inaccessibles[17],[18],[19]. Les habitats qu'elle fréquente le plus évoluent avec l'âge et suivant le développement des gruaux[10].

Aires d'hivernage

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Photographie d'un groupe de Grues à cou noir en train de chercher de la nourriture dans une prairie sèche.
Un groupe de Grues à cou noir au Bhoutan (janvier 2019).

En hiver, elle migre vers des altitudes plus basses. 96 % de la population hiverne en Chine, le reste principalement au Bhoutan[15]. Le bassin du Yarlung Tsangpo, qui accueille plus de 80 % des Grues à cou noir en hiver, est la plus importante zone d'hivernage[20],[2]. Environ un millier de Grues à cou noir hivernent autour du lac Caohai[21], aussi fréquenté par la Grue cendrée (Grus grus)[14].

Elle hiverne à proximité de terres agricoles, comme des champs d'orge et de blé, dans des vallées fluviales et dans des prairies de joncs[22],[2]. La présence d'exploitations agricoles à proximité lui est bénéfique, puisqu'elle trouve de quoi se nourrir dans les champs, mais elle évite les terrains profondément labourés[2],[23]. Son habitat principal évolue au cours de la saison : au début de l'hiver, elle fréquente plutôt les zones humides, où l'eau est encore suffisamment haute. Avec la baisse des températures et le gel, les zones agricoles deviennent l'habitat le plus fréquenté[23].

Une étude sur l'habitat hivernal de la Grue à cou noir a été menée dans la réserve naturelle nationale de Dashanbao, en Chine. Cinq habitats y ont été identifiés : terres agricoles, prairies, marais, points d'eau et forêts récemment plantées[N 1],[22]. Les terres agricoles sont l'habitat où les groupes de Grues sont le plus souvent observés, suivies par les prairies, les marais et les points d'eau, tandis qu'aucune Grue n'a été observée dans les plantations forestières[24]. Ces plantations sont des habitats inadaptés pour les Grues à cou noir, qui ont besoin de grands espaces ouverts pour prendre leur envol[25]. Les marais sont fréquentés pour la recherche de nourriture, mais également pour le toilettage et pour le repos, car le risque de prédation y est moindre[26]. Dans la réserve, les Grues occupent plus fréquemment des zones légèrement pentues où elles sont protégées des forts vents du sud-ouest[26].

Écologie et comportement

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Comportement en hivernage

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Photographie d'une Grue à cou noir entourée d'oies, dans une prairie.
Une Grue à cou noir avec des Oies à tête barrée près du lac Caohai (novembre 2008).

En période d'hivernage, la Grue à cou noir est un oiseau grégaire qui évolue en colonies parfois mêlées à d'autres espèces, notamment des Grues cendrées[12],[22]. Les deux espèces ont un comportement assez similaire. À l'aube, les premiers oiseaux éveillés chantent, entraînant toute la colonie dont les chants peuvent être entendus à plusieurs kilomètres[12]. Le groupe s'envole, puis se pose dans une zone de recherche de nourriture. Cette activité occupe une partie de la matinée, suivie d'un temps de repos puis d'une nouvelle recherche de nourriture dans l'après-midi[12]. La colonie retourne à la zone de repos en fin de journée et devient de plus en plus silencieuse au coucher du soleil, jusqu'à la nuit[12],[22].

Des comportements agressifs conspécifiques sont régulièrement observés pendant la recherche de nourriture[12]. La Grue à cou noir est cependant tolérante avec les autres espèces, voire peut profiter de leur présence. Le Tadorne casarca (Tadorna ferruginea), une espèce très attentive à son environnement, émet un cri à l'approche du moindre prédateur, que les Grues utilisent comme signal d'alerte[12]. Dans le Xinghai, elles sont aussi associées à l'Oie à tête barrée (Anser indicus), la Sterne pierregarin (Sterna hirundo), le Chevalier gambette (Tringa totanus) et la Foulque macroule (Fulica atra), avec qui elles partagent leur habitat[12],[27].

Alimentation

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Photographie d'un groupe de Grues cherchant de la nourriture au sol, au bord d'un lac entouré de montagnes.
Des Grues cherchant leur nourriture (Yunnan, janvier 2017).

Les Grues à cou noir recherchent leur nourriture en groupe, de l'aube au soir. Les membres d'un couple restent souvent côte à côte[14]. Tout au long de l'année, elles cherchent leur nourriture au sol ou dans l'eau, dans des zones humides peu profondes, dans des terrains agricoles et des prairies[8],[14]. À très haute altitude, où les terres agricoles sont rares, elles fréquentent principalement des zones humides et des pâturages[8].

C'est un oiseau omnivore, dont le régime comprend des végétaux variés (céréales, racines, tubercules) et des petits animaux, comme des escargots, des crevettes, des petits oiseaux, des rongeurs et des insectes[15],[2],[14]. Un couple observé au Ladakh se nourrissait principalement d'herbe, ainsi que d'aliments trouvés dans des petits cours d'eau : une espèce de carpe, des mollusques, des algues (Nostoc), de la mousse et des plantes immergées (Hydrilla)[14]. Durant leur hivernage au Bhoutan, les Grues se nourrissent plutôt dans des champs, où elles glanent des grains parmi les chaumes et trouvent des vers et des grenouilles[14]. Dans la réserve naturelle nationale de Dashanbao, les cultures les plus fréquentes sont l'Avoine cultivée (Avena sativa), le Sarrasin de Tartarie (Fagopyrum tataricum), la pomme de terre (Solanum tuberosum) et Rorippa indica[25].

Les Grues à cou noir sont moins inféodées aux milieux aquatiques que la Grue antigone (Antigone antigone) et la Grue de Sibérie (Leucogeranus leucogeranus), bien qu'en certains endroits elles montrent une préférence pour les marais[14]. Elles semblent varier les zones de nourrissage dans le but d'obtenir différentes sources de nourriture[25].

Reproduction

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Formation des couples

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Après l'hivernage, les Grues à cou noir rejoignent leurs aires de reproduction entre mars et fin avril et s'approprient un territoire entre mi-avril et début mai[28]. Une compétition a alors lieu entre les oiseaux pour gagner un territoire, durant laquelle les jeunes oiseaux non reproducteurs sont écartés[29]. La maturité sexuelle est atteinte entre 2 et 3 ans[3].

Comme les autres espèces de Grues, elles dansent lors de la formation des couples et en période d'accouplement[29]. Dans certains cas, le mâle balance son cou de haut en bas et effectue des petits pas en déployant ses ailes, ce à quoi la femelle répond en balançant aussi son cou[29]. La femelle peut également émettre un appel bas, gu-gu, puis les deux membres du couple dansent à l'unisson avec leurs ailes déployées et leurs becs pointés vers le ciel[29]. À la fin de cette danse a lieu la copulation, puis les partenaires émettent un appel fort, guoguo-guoguo[29].

Construction du nid

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Photographie d'une Grue posée sur un tas de brindilles et entourée de végétation.
Une Grue à cou noir en train de couver au Parc ornithologique de Walsrode.

La Grue à cou noir niche exclusivement en zone humide[30]. Elle construit son nid dans une zone reculée, à l'abri des dérangements dus aux humains et au bétail[29]. Le nid est une plateforme, légèrement surélevée au-dessus de l'eau et parfois située sur un petit îlot. Sa construction varie avec les conditions environnementales : il est généralement constitué de végétaux, mais peut aussi être un simple tas de terre[29].

Les Grues le construisent généralement en agglomérant une ou plusieurs espèces de plantes (Carex, Eleocharis, Hydrilla), de façon plus ou moins méticuleuse[29]. Les nids sont de forme ronde ou elliptique et mesurent en moyenne 80 cm de diamètre et 10,6 cm de hauteur[N 2],[29]. Un creux d'environ 40 cm de diamètre et 4,5 cm de profondeur est formé au centre[29].

Une étude sur la construction des nids a été menée dans la réserve naturelle nationale de Ruoergai entre 2003 et 2005. Cette réserve comprend différents types de zones humides, principalement des lacs, des marais et des rivières[31]. Les 21 nids étudiés étaient tous des plateformes rondes ou oblongues, plus larges à la base qu'au sommet, et légèrement creusées au centre[32]. Les nids y sont plus petits que ceux étudiés au Qinghai, au Tibet et au Ladakh[30]. Les lacs semblent être préférés aux rivières et aux marais, et un nombre plus élevé de nids y a été recensé. Un point d'eau relativement grand, avec une profondeur moyenne de 31 cm et une certaine distance avec la terre ferme, semble préserver les nids des prédateurs[33]. À l'inverse, alors que les marais sont bien plus nombreux dans la réserve, ils sont beaucoup moins choisis comme sites de nidification, probablement car la prédation et les dérangements y sont plus fréquents[34]. Les rivières sont peu adaptées et les nids y sont plus à risque de destruction[34].

De la ponte à l'envol des jeunes

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Photographie d'une Grue à cou noir dans une prairie, avec son petit recouvert de duvet.
Adulte avec son gruau encore couvert de duvet (Sichuan, juin 2025).
Photographie de deux Grues à cou noir adultes accompagnées d'un jeune, dans une prairie humide.
Deux adultes et leur jeune (Qinghai, juillet 2018).

La Grue à cou noir pond un à deux œufs, dans un intervalle d'un à trois jours[29]. Les deux parents se relaient pour l'incubation. Pendant que l'un des deux couve, l'autre part à la recherche de nourriture, dans un rayon de 200 à 300 mètres autour du nid[35]. Pendant qu'il couve, le parent se tient généralement face au soleil, avec la nuque appuyée sur le dos et le bec posé sur la poitrine[35]. L'épaisseur du nid et la distance entre les œufs et le niveau de l'eau sont constants. Cela pourrait s'expliquer par le niveau d'humidité que nécessitent les œufs : ils doivent être proches de l'eau pour être un peu humides, sans excès[34].

Après 31 à 33 jours d'incubation, le poussin forme un petit trou dans sa coquille et commence à émettre des pépiements. Il lui faut environ une journée pour éclore[35]. Le gruau tout juste éclos a un duvet brunâtre, le bec rouge avec une pointe blanche au bout, et des pattes rouges avec une pointe de gris[36]. Au deuxième jour, le gruau est capable de se tenir debout et de marcher un peu autour du nid, puis au troisième jour il peut se nourrir. Il commence alors à imiter ses parents dans la recherche de nourriture, et ceux-ci peuvent tenir des petits aliments devant lui pour qu'il les picore[35]. Les gruaux peuvent se montrer agressifs entre eux[35].

Au bout d'une vingtaine de jours le plumage s'assombrit, puis à quatre semaines les pattes deviennent brun gris, les rémiges primaires commencent à pousser et le haut de la tête devient jaune pâle[1]. Les plumes nécessaires au vol ont fini de pousser autour de 90 jours, ce qui est l'âge moyen auquel les jeunes prennent leur envol[35],[3]. À l'âge de 180 jours, les jeunes pèsent leur poids maximum d'environ 6,75 kg, puis maigrissent et se stabilisent à 5,5 kg[35]. Ils passent généralement le premier hiver avec leurs parents[35].

Durée de vie

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Une génération dure en moyenne 10 à 12 ans chez cette espèce. L'âge maximum connu est de 30 ans[3].

Effectifs, menaces et conservation

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Effectifs et tendance démographique

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La population de Grues à cou noir a fortement baissé entre 1960 et 1990, notamment à cause de la chasse et de la destruction de leur habitat[16]. Depuis, les mesures de conservation ont permis une augmentation notable : l'espèce est passée de 5 000 à 6 000 individus au début des années 1990, à environ 11 000 au début des années 2000[37]. En 2022, la population atteindrait plus de 17 000 individus[15]. Cette augmentation est partiellement due à de meilleures techniques de comptage, mais aussi à une augmentation réelle de la population[37]. La population semble s'être stabilisée de 2000 à 2010, d'après les comptages menés dans les principaux sites d'hivernage[38]. L'augmentation récente de la population peut s'expliquer par des températures plus élevées qui réduisent la mortalité, l'abondance de zones humides grâce à la fonte des glaciers, ainsi qu'une meilleure protection de l'espèce avec la création de nombreuses zones protégées et l'interdiction de la chasse en Chine[38],[2].

En 2019, la population totale est estimée entre 10 000 et 10 200 individus, dont un peu moins de 4 000 pour la population orientale, entre 230 et 300 au nord-ouest du Yunnan, 5 500 au Tibet, 550 au Bhoutan et une dizaine en Inde[38]. Sur ces 10 000 individus, l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) estime la population d'individus matures entre 6 600 et 6 800[2].

Changement climatique et dégradation de l'habitat

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Photographie de trois Grues dans un vaste paysage d'herbe sèche.
L'assèchement des zones humides constitue une menace pour l'espèce.

Bien que le changement climatique semble avoir participé à l'augmentation récente de la population, il pourrait avoir des conséquences néfastes à plus long terme, en faisant disparaître les glaciers et en perturbant durablement les pluies[38],[2]. Des prévisions indiquent que le plateau tibétain devrait connaître des pénuries d'eau et l'assèchement de zones humides à cause de la disparition des glaciers[38]. La dégradation du permafrost entraîne la disparition de certaines zones humides[38],[2]. Le niveau de l'eau augmente dans certaines zones mais réduit dans d'autres, notamment dans les marécages de Zoigê et les lacs Tso Moriri et Tso Kar[38],[2],[15].

Menaces anthropiques

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Photographie d'un groupe de yacks broutant dans une prairie, avec un abri en parpaing et un tas de bois en arrière-plan.
Des yacks broutant dans les marécages de Zoigê. Le surpâturage dégrade l'habitat de la Grue à cou noir.

La Grue à cou noir est menacée par l'augmentation de la population humaine dans son aire de répartition, ce qui cause une demande accrue en eau et détériore la qualité des zones humides, impactant directement son habitat[38],[2]. Les besoins en eau de l'agriculture ont des répercussions sur les zones humides. Elles sont également dégradées par le surpâturage par les yacks (Bos grunniens), les vaches (Bos taurus), les moutons (Ovis aries) et les chèvres (Capra hircus), l'installation de clôtures et la prolifération de rongeurs[39]. Les zones humides peuvent être polluées par des produits phytosanitaires qui augmentent la mortalité des Grues[39].

Le développement du tourisme entraîne également la construction d'infrastructures comme des routes et augmente le passage de véhicules[40],[2]. Ces infrastructures humaines causent une fragmentation de l'habitat des Grues[15]. La construction de lignes à haute tension et d'éoliennes, pour participer au développement économique de certaines régions, augmente le risque de collisions[39],[27]. Une dizaine de collisions d'individus juvéniles avec des lignes à haute tension ont été recensées au Tibet entre 2018 et 2020[2].

Dans les zones d'hivernage, le reboisement de terres agricoles ou de prairies est une pratique néfaste pour les Grues, qui ne fréquentent jamais les espaces boisés[26]. Les plantations de pins (Pinus), de saules (Salix) ou de peupliers (Populus) empiètent parfois sur des zones où les colonies peuvent se rassembler[26],[39]. La modernisation de l'agriculture réduit leurs sources de nourriture, à cause des plantations sous serre, des labours d'automne et des produits phytosanitaires[39],[2], ainsi que du remplacement des cultures traditionnelles par des céréales d'hiver[15]. Néanmoins, la suppression des zones agricoles et la relocalisation des habitants — comme cela a été proposé dans la réserve naturelle nationale de Dashanbao (Chine) — n'est pas une bonne solution, puisque la Grue à cou noir profite de la présence des humains en se nourrissant des restes de culture céréalière[2],[26]. Il est nécessaire de conserver et restaurer la mosaïque d'habitats dont l'espèce dépend[26].

Parasites et prédateurs

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Comme tous les oiseaux sauvages, les Grues à cou noir possèdent de nombreux parasites. Les études parasitologiques modernes sont réalisées avec des moyens non invasifs, c'est-à-dire sans blesser ni tuer. Une étude de 2024, basée sur le métabarcoding des fientes des oiseaux, a révélé que les Grues à cou noir de la réserve naturelle nationale de Dashanbao abritaient au moins huit espèces d'helminthes et trois de protozoaires parasites, et étaient porteuses d'amibes libres[41].

Les œufs sont parfois mangés par des chiens (Canis lupus familiaris), des renards (Vulpes vulpes) et des loups (Canis lupus)[42],[39]. La Buse variable (Buteo buteo) et l'Aigle ravisseur (Aquila rapax) sont de possibles prédateurs et sont chassés par les Grues à cou noir lorsqu'ils s'approchent des nids[12].

Mesures de conservation

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Photographie d'un bâtiment au milieu d'une vallée de montagne.
Le centre d'information sur la Grue à cou noir, dans la vallée de Phobjikha (Bhoutan).

L'espèce est inscrite aux annexes I et II de la CITES, qui régule le commerce d'espèces protégées, et aux annexes I et II de la convention de Bonn, qui vise à protéger les espèces migratrices[2]. Elle est également inscrite sur la liste rouge de l'UICN en tant qu'espèce quasi menacée, à cause de sa population réduite et de la dégradation attendue de son habitat à cause du dérèglement climatique[2]. Elle était considérée comme espèce vulnérable de 1994 à 2017, mais sa population n'est plus en déclin et a même augmenté par endroits, notamment grâce aux mesures de protection locales mises en œuvre[2].

À l'échelle nationale, la Grue à cou noir est protégée par WWF-India, la Société royale pour la protection de la nature au Bhoutan et le Black-necked Crane Conservation Network (Réseau pour la conservation de la Grue à cou noir) en Chine[2]. Ce réseau fédère plusieurs institutions qui œuvrent à la conservation de l'espèce, notamment grâce à la création d'aires protégées et des programmes d'éducation auprès des populations locales[2]. En 2025, il compte 68 organisations impliquées dans la conservation de l'espèce[15]. 27 réserves naturelles accueillant la Grue à cou noir ont été créées dans le pays, représentant une surface totale de plus de 255 000 km2[15]. Depuis l'adoption du Wildlife Protection Law of the People's Republic of China, tuer une Grue à cou noir est passible de prison[15]. Dans le Yunnan, les fermiers qui rapportent la présence d'une Grue blessée sont récompensés[15]. Au Bhoutan, des comptages annuels sont organisés chaque hiver et les cultures d'hiver sont interdites dans l'aire protégée de Bumdeling, afin de permettre aux Grues de se nourrir[2].

Les marécages de Zoigê comprennent plusieurs réserves, dont la réserve naturelle nationale de Ruoergai, qui est inscrite comme site Ramsar[7]. La réserve naturelle nationale de Dashanbao, un important lieu de halte migratoire en Chine, a été créée en 1994 spécialement pour la conservation de l'espèce[22]. Les Grues à cou noir y sont parfois nourries artificiellement en cas de forte neige pour éviter qu'elles meurent de faim[22].

Classification

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Photographie d'une Grue grise avec une tête blanche, dans un champ.
La Grue moine est l'espèce la plus proche génétiquement de la Grue à cou noir.

La Grue à cou noir fait partie de la famille des Gruidae, de la sous-famille des Gruinae, et du genre Grus, qui comprend sept autres espèces[43]. C'est une espèce monotypique[7]. La classification actuelle des Grues est basée sur une étude phylogénétique menée en 2010 par Krajewski et al.[44]. Selon cette étude, la Grue à cou noir forme un clade avec la Grue du Japon (Grus japonensis), la Grue blanche (Grus americana), la Grue cendrée (Grus grus) et la Grue moine (Grus monacha). Elle forme un groupe frère avec la Grue moine, qui est l'espèce la plus proche d'elle dans l'ordre phylogénétique. Elles se sont séparées il y a un peu moins d'1,8 million d'années[45].

L'espèce est décrite pour la première fois en 1876 par le naturaliste russe d'origine polonaise Nikolaï Mikhaïlovitch Prjevalski[43],[46]. C'est la dernière espèce de Gruidae à avoir été décrite[11].

Noms et étymologie

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Son nom binominal, Grus nigricollis, signifie littéralement « Grue à cou noir ». Grus est un terme qui remonte au moins à Pierre Belon, au XVIe siècle[47].

Son nom est similaire au français dans plusieurs langues : elle est appelée Black-necked crane en anglais et Grulla cuellinegra en espagnol. Elle est aussi appelée Tibetan crane en anglais, « Grue tibétaine »[2]. Elle est appelée en tibétain : ཁྲུང་ཁྲུང་མཇིང་ནག, Wylie : khrung khrung mjing nag, THL : Trung Trung Jing Nak[48], qui peut se traduire littéralement par « Grue à dos noir »[49], ou encore Trung Trung Karmo[50],[51]. Son nom en chinois simplifié est 黑颈鹤 (Pinyin : hēijǐnghè)[52].

Dans la culture

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Au Tibet et dans le bouddhisme tibétain

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Thangka représentant Düsum Khyenpa, le 1er karmapa, et deux Grues à cou noir à ses pieds.

La Grue à cou noir est un oiseau sacré dans le bouddhisme tibétain[53]. Dans certaines régions du Tibet, elle est considérée comme une « fée des montagnes », ainsi qu'un symbole de fidélité, de bonheur, d'amour, et un signe de chance[53]. Pour les bouddhistes du Bhoutan, elle est un émissaire divin, une représentante des défunts, ainsi qu'un symbole de longévité, de prospérité et de paix[54],[55].

Un poème attribué au 6e dalaï-lama présenté comme prophétique de sa réincarnation[51] et qui pourrait avoir été écrit pour une de ses maîtresses, énonce[56],[57] :

« Cha dhe trung trung karmo

Shog tsal ngala yor dang

Tha ring gyang nhe midro

Lithang kor nhe leb yong »

— Tsangyang Gyatso

« Oiseau blanc (grue blanche) prête-moi tes ailes,

Je n'irai pas loin.

Ayant fait le tour de Litang

Je reviendrai bientôt »

Tsewang Yishey Pemba reprend le premier vers de ce poème comme titre d'un roman-plaidoyer pour le retour des Tibétains exilés du monde entier au Tibet[50].

Photographie de la cour d'un monastère tibétain, avec un groupe d'enfants déguisés en Grues et en train de danser, observés par des spectateurs.
Danses lors du festival de la Grue à cou noir, dans la vallée de Phobjikha.

La Grue à cou noir est un symbole important dans la culture du Bhoutan. De nombreuses maisons et boutiques à travers le pays sont décorées de peintures représentant cette espèce[54]. Alors que l'espèce déclinait dans les années 1990, le roi Jigme Singye Wangchuk a chargé la Société royale pour la protection de la nature (RSPN) de protéger l'habitat des Grues dans la vallée de Phobjikha, un de leurs principaux sites d'hivernage dans le pays[55]. Depuis 1998, la RSPN y organise chaque année le festival de la Grue à cou noir. Les festivités comprennent des danses costumées inspirées des Grues[58],[54],[55]. D'après les légendes locales, les Grues survolent le monastère de Gangteng (en) à leur arrivée, afin de montrer leur respect avant de rejoindre leur site d'hivernage[55]. La conservation de l'espèce se mêle à des considérations religieuses. La vallée de Phobjikha, qui n'est pas un lieu sacré majeur dans le pays, est désormais considérée comme un sanctuaire et un refuge[55].

La RSPN y gère aussi le Black-necked Crane Education Center (Centre d'information sur la Grue à cou noir), un centre qui accueille des touristes et permet d'observer les Grues en hivernage[58]. L'écotourisme généré par la présence de l'oiseau apporte un complément d'argent aux habitants de la vallée, qui bénéficient aussi de fonds donnés par la RSPN pour encourager la protection de l'espèce[54]. La RSPN est généralement bien considérée et soutenue par la population[54],[55].

La Grue à cou noir est également utilisée comme métaphore du lien entre le Bhoutan et le Tibet annexé[55]. Le siège de la RSPN, à Thimphou, est décoré d'un tableau représentant un groupe de Grues à cou noir volant entre les plus importants lieux sacrés du Bhoutan et du Tibet[55].

Philatélie

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Timbre de la Poste indienne de 1994 figurant deux Grues à cou noir (Oiseaux aquatiques menacés, bloc de 4 timbres différents).

La Grue à cou noir est représentée sur vingt timbres de cinq administrations postales : le Bhoutan (12 timbres de 1993, 1995, 1999, 2000, 2001, 2015, 2016), la Chine (5 timbres de 1994, 2006, 2010, 2012, 2015), l'Inde (1994), les États-Unis d'Amérique (1994) et le Vietnam (1991)[59].

Notes et références

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  1. Ces différents habitats sont définis comme suit : les terres agricoles sont des champs, labourés ou non, de pommes de terres ou de céréales ; les prairies sont des zones de pré avec très peu d'eau ; les marais sont des zones humides, soit à proximité des lacs, soit dans des prairies avec de grands points d'eau ; les forêts récemment plantées sont des plantations artificielles de pins (Pinus armandii et Pinus densata). Les points d'eau fréquentés par les Grues n'excèdent généralement pas 1 m de profondeur.
  2. Johnsgard 1983 donne comme dimensions extrêmes : 46 à 124 cm de diamètre d'après une étude au Xinghai, et entre 60 et 150 cm au Ladakh. La hauteur varie de 4,5 à 16 cm au Xinghai et atteint 25 cm au Ladakh.

Références

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Articles connexes

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Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Ouvrages généraux

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Articles spécialisés

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  • (en) Kong De-Jun, Yang Xiao-Jun, Liu Qiang, Zhong Xing-Yao et Yang Jun-Xing, « Winter habitat selection by the vulnerable black-necked crane Grus nigricollis in Yunnan, China: implications for determining effective conservation actions », Oryx, vol. 45, no 2,‎ , p. 258-264 (DOI 10.1017/S0030605310000888). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
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  • (en) Heqi Wu, Ke Zha, Ming Zhang et Xiaojun Yang, « Nest site selection by Black-necked Crane Grus nigricollis in the Ruoergai Wetland, China », Bird Conservation International, no 19,‎ , p. 277-286 (DOI 10.1017/S0959270909008168). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
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Liens externes

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