Groupe révolutionnaire prolétarien

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Groupe révolutionnaire prolétarien
puis
Union des communistes internationalistes

Cadre
Fondation
Fondation 1941/1942
Identité
Personnages clés Clara Thalmann, Maximilien Rubel, Roger Bossière
Méthode action directe, presse clandestine
Le Réveil prolétarien, 25 avril 1944[1].

Le Groupe révolutionnaire prolétarien, fondé à Paris en 1942, est une organisation clandestine révolutionnaire, anticapitaliste et internationaliste[2], antifasciste et antistalinienne[3], active en France pendant la Seconde Guerre mondiale[n 1],[4]. À partir de 1943, en plus de tracts, parfois traduits en allemand, il publie le bulletin Le Réveil prolétarien[5],[6],[7]. Le groupe compte des militants notoires comme Pierre Lanneret, Clara et Pavel Thalmann, Anna et Jean Justus, Maximilien Rubel et Roger Bossière[n 2],[8],[9],[10],[11],[12],[13].

Se réclamant du « troisième camp internationaliste », le Groupe révolutionnaire prolétarien défend notamment le projet d'une « République internationale des conseils ouvriers ». Critiquant ce qu'il définit comme « le caractère nationaliste antiboche » de la Résistance qui commence à s’organiser, le GRP refuse de travailler avec elle.

En 1944, le GRP devient l'Union des communistes internationalistes et poursuit la publication du Réveil prolétarien, auquel succède, de 1945 à la disparition de l'UCI, en 1947, la revue théorique La Flamme[n 3].

Éléments historiques[modifier | modifier le code]

À la fin de l'année 1941, des militants isolés, de diverses origines (trotskystes, anarchistes ou conseillistes[2]), se rencontrent pour renouer des contacts anciens. Un accord général se fait sur la nature impérialiste de la guerre et sur la définition de l'URSS comme un capitalisme d'État. Se forme alors, au printemps 1942[14], le « Groupe révolutionnaire prolétarien » (GRP), évidemment clandestin, qui pratique une résistance révolutionnaire, en éditant notamment des tracts en allemand destinés aux soldats[15].

Pavel et Clara Thalmann racontent la création du groupe : « Au printemps 1941, il n’y avait encore aucune trace d’un mouvement de résistance quelconque à Paris. Les organisations fascistes françaises, travaillant main dans la main avec les occupants, avaient partout leurs espions dans la population civile. En général, nos visiteurs venaient seuls, mais, afin de passer inaperçus, certains se faisaient accompagner par leur femme ou leur amie. Nous tentâmes de dégager une ligne générale de nos débats houleux et confus et tombâmes d’accord sur trois points : 1.- L’Union soviétique est un nouvel État impérialiste, une société de classes, fondée sur la nationalisation des moyens de production et qui n’est ni socialiste, ni capitaliste dans le sens classique de ce terme ; 2.- La guerre actuelle est une guerre impérialiste à laquelle les révolutionnaires ne peuvent participer, ni d’un côté ni de l’autre : 3.- L’objectif final de la doctrine socialiste est encore valable, mais le mouvement ouvrier tel qu’il existait jusqu’à présent, est mort. Un nouveau surgira des cendres de la guerre et devra chercher sa propre voie, en se démarquant totalement du parti bolchevik. »[16]

Se réclamant du « troisième camp internationaliste »[17], le Groupe révolutionnaire prolétarien défend notamment le projet d'une « République internationale des conseils ouvriers »[2].

Critiquant ce qu'il définit comme « le caractère nationaliste antiboche » de la Résistance qui commence à s’organiser, le GRP refuse de travailler avec elle, à l’exception de quelques liaisons pratiques et de contacts avec d’autres groupes révolutionnaires. Cette attitude protège le CRP de l’infiltration d’indicateurs et de toute arrestation[18].

Au printemps 1944, le GRP devient l’« Union des communistes internationalistes pour la IVe Internationale » (UCI)[19]. Il poursuit son activité après la Libération. Jusqu'en janvier 1945, le groupe fait paraître seize numéros du bulletin Le Réveil prolétarien, puis, de 1945 à 1947, cinq ou six numéros d'une revue théorique, La Flamme. Dans les deux derniers numéros de La Flamme, l'évolution vers le communisme de conseils apparaît nettement. Le groupe disparaît en 1947[19].

Personnalités marquantes[modifier | modifier le code]

Les principaux militants étaient : Pavel Thalmann (Laroche)[20], Clara Thalmann, Pierre Lanneret (Camille)[21], Maximilien Rubel[22], Raymond Hirzel (dit Raymond Bourd ou Gaspard)[23],[24] et Roger Bossière.

Bibliographie et sources[modifier | modifier le code]

  • Pierre Lanneret, Histoire du GRP, Cahiers Léon Trotsky, n°39, 1989, [lire en ligne].

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Fin 1941, des militants issus de différents horizons politiques de la gauche isolés par le conflit se rencontrent et forment le Groupe révolutionnaire prolétarien, pour GRP, (1941-1944). Les membres de ce groupe se rassemblent sur le partage de l’unique conviction commune que l’URSS est un capitalisme d’État, laissant ainsi de côté les débats théoriques, notamment les questions organisationnelles, qui pourraient les séparer par ailleurs. Clandestin, le groupe s’engage bientôt dans la résistance en lui conférant une dimension politique révolutionnaire. Conseilliste, il défend le projet d’établissement d’une « république internationale des conseils ouvriers ». », Virginie Grandhomme, L'action pour répertoire : socialisation militante et processus de politisation par l'expérimentation en milieu contestataire, thèse de doctorat en sociologie sous la direction de Sylvain Maresca, École doctorale Sociétés, temps, territoires, Angers, 2017, page 41.
  2. (en) « [Roger Bossière] had become a member of the Revolutionary Proletarian Group (GRP), which took up an internationalist position on the World War. Its members consisted of Pavel and Clara Thalmann, Maximilien Rubel, and Pierre Lanneret, who had just returned from obligatory work as an unskilled factory worker in Germany. This tiny group with its revolutionary politics was extremely marginalised because the Communist Party and other elements of the French Resistance fought on a nationalist and anti-German platform with the slogan ‘Everyone their Boche’ ["Boche" was a disparaging term for Germans]. », Nick Heath, Bossière, Roger, 1922-2006, libcom.org, 2006, [lire en ligne].
  3. « Organisation révolutionnaire clandestine, active en France pendant la Seconde Guerre mondiale qui défend notamment le projet d'une "République internationale des conseils ouvriers" ; en 1944 le GRP devient l' "Union des communistes internationalistes" et poursuit son activité après la Libération ; jusqu'à janvier 1945, le groupe fait paraître seize numéros du "Réveil prolétarien", puis, de 1945 à 1947, cinq ou six numéros d'une revue théorique : "La Flamme" », Union des communistes internationalistes. France, data.bnf.fr.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le Réveil prolétarien, no 6, 25 avril 1944, lire en ligne.
  2. a b et c (en) « Many independent leftists, council communists, anarchists, and even Trotskyists decided to stay outside the mainstream Resistance so as to continue articulating and acting on their anti-patriotic, internationalist, anti-capitalist positions. [...] Some of them, in cooperation with various other independent left communists, council communists, anarchists and Trotskyists, formed the Revolutionary Proletarian Group-Union of International Communists in France at the end of 1941. [...] In 1943 they issued a manifesto calling upon the workers to transform the imperialist war into civil war against all capitalist governments and calling for an international republic of workers’ councils. » - Charlatan Stew, Some Further Notes on Left-Libertarian Opposition to War, in, Collectif, Some Notes and Information on Anarchist Opposition to War, 1994, sur le site raforum, theanarchistlibrary.org, le chapitre sur infoshop.org.
  3. Philippe Gottraux, "Socialisme ou Barbarie" : un engagement politique et intellectuel dans la France de l'après-guerre, Payot, 1997, page 38.
  4. (notice BnF no FRBNF11394092).
  5. Union des communistes internationalistes (France), Le Réveil prolétarien. Organe du Groupe révolutionnaire prolétarien, no 6, 25 février 1944, lire en ligne sur gallica.bnf.fr.
  6. « Réveil prolétarien (le), organe du groupe révolutionnaire prolétarien, no 1-3, 5, 8-11, numéros spéciaux (janvier, mars, avril 1944). octobre 1943-août 1944 », Ghislaine Bidault, Sylvie Le Goëdec, Collection de tracts, journaux et imprimés divers de 1914 à nos jours, Archives nationales (France), Répertoire numérique détaillé (AJ/78/1-AJ/78/63).
  7. (notice BnF no FRBNF32854971), (OCLC 829571538).
  8. « Pendant l’Occupation avec Jean et Anne Justus, Pavel et Clara Thalman, Maximilien Rubel, il participa à la création du Groupe révolutionnaire prolétarien (GRP), groupe qui publiait un bulletin clandestin : Le Réveil prolétarien », Claude Pennetier , Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, « Le Maitron » : BOSSIÈRE Roger.
  9. Philippe Bourrinet, Un siècle de gauche communiste italienne, 1915-2015 ; suivi d'un Dictionnaire biographique d'un courant internationaliste, Paris, Éditions Moto proprio, 2015, (ISBN 979-10-94518-01-4), (notice BnF no FRBNF45031998), lire en ligne.
  10. Guillaume Davranche, Nécrologie : Roger Bossière, une encyclopédie vivante du mouvement ouvrier , Alternative libertaire, n° 155, octobre 2006, lire en ligne.
  11. Jean-Guillaume Lanuque, Bulletin de liaison des études sur les mouvements révolutionnaires, n° 2, avril 1999, [lire en ligne].
  12. (it) « [...] il Groupe Révolutionnaire Prolétarien (GRP), animato da Pavel e Glara Thalmann, Maximilien Rubel, Roger Bossière, Anna e Jean Justus [...] » et note 192, introduction Paolo Sensini, Ante Ciliga, Nel paese della grande menzogna : URSS 1926-1935, Editoriale Jaca Book, 2007, lire en ligne.
  13. « Noyau ultragauche formé à Paris au début de 1942 sous le nom de Groupe révolutionnaire prolétarien (GRP), l’UCI rassemblait des militants de diverses sensibilités du mouvement socialiste des années 1930. Dans le contexte de la guerre et de l’occupation, ceux-ci étaient unis par la critique de l’antifascisme et une inclination pour les théories et les pratiques de l’autonomie ouvrière. Parmi eux : Jean Justus (?-1964), Maximilien Rubel (1905-1996), Pavel (1901-1980) et Clara (1908-1987) Thalmann, Pierre Lanneret (1921-1984), Roger Bossière (1920). » - Bruno David, Pour penser contre un présent d’oppression, Avant-propos à « Signification historique de la barbarie stalinienne », de Maximilien Rubel, Revue des Éditions Agone, n°25, 2001, page 149, lire en ligne.
  14. Jean-Guillaume Lanuque, Bulletin de liaison des études sur les mouvements révolutionnaires, l'auteur, 1998, p. 38.
  15. Michel Lequenne, Le trotskisme, une histoire sans fard, Syllepse, 2005, page 87.
  16. Pavel et Clara Thalmann, Combats pour la liberté, Moscou-Madrid-Barcelone-Paris, Éditions La Digitale, 1983, pp. 45-46.
  17. (en) « Le Groupe Révolutionnaire Prolétarien a également adopté la perspective du "troisième camp internationaliste". Ce groupe clandestin s'est engagé dans un travail de propagande limité et dans certaines actions directes. », Register of the Pierre Lanneret Papers, The Online Archive of California, Stanford University, Stanford, lire en ligne.
  18. Pavel et Clara Thalmann, Combats pour la liberté, Moscou-Madrid-Barcelone-Paris, Éditions La Digitale, 1983, p. 284.
  19. a et b Paolo Sensini, Introduzione, pp. XI-LXV, in Ante Ciliga, Nel paese della grande menzogna: URSS 1926-1935, Editoriale Jaca Book, 2007, 503 pages : p. L, note 192 « Nella primavera del 1944 il GRP si trasformo » in Union des Communistes Internationalistes pour la IVe Internationale (UCI), avvicinandosi sempre più alle posizioni dei Comunisti dei Consigli, e si dotò anche di una rivista teorica: « La Flamme ». Su tutto questo cfr. P. Lanneret, Les internationalistes du « Troisième camp » en France pendant la Seconde guerre mondiale, Éditions Acratie, Mauléon, 1995; E. Rayner, Third Camp Internationalists in France during World War II, ciclostilato, Paris s.d.
  20. Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, « Le Maitron » : THALMANN Paul, Otto, dit PAVEL, dit LAROCHE, dit Franz HELLER.
  21. Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, « Le Maitron » : LANNERET Pierre. Pseudonymes : CAMILLE ; RAYNER Ernest.
  22. Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, « Le Maitron » : RUBEL Maximilien, dit Maxime.
  23. « Il participa à la création du Groupe révolutionnaire prolétarien, groupe qui publiait un bulletin clandestin, Le Réveil prolétarien. Il aida à la diffusion de la feuille d’agitation Arbeiter und Soldat à partir de l’été 1943. », Lena Hirzel, Une lettre et sa destination, Lacan Quotidien, 9 juin 2017, lire en ligne.
  24. Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, « Le Maitron » : HIRZEL Raymond, dit Raymond BOURT, GASPARD.