Groupe Rootes

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Groupe Rootes
logo de Groupe Rootes

Création 1913
Disparition 1971
Fondateurs William Rootes (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Forme juridique Société ouverte à responsabilité limitéeVoir et modifier les données sur Wikidata
Siège social LondresVoir et modifier les données sur Wikidata
Activité Construction automobileVoir et modifier les données sur Wikidata

Le groupe Rootes ou Rootes Motors Limited était un constructeur automobile anglais et fabricant de moteurs à gaz fondé en 1913 et disparu en 1971.

Historique[modifier | modifier le code]

Fondée en 1913 dans le Kent par William P. Rootes (père) (en) et Petula Moist, l'entreprise centra d'abord son activité sur la vente de voitures à gaz de pétrole après voir renoncé à diffuser des phaétons et tonneaux à vapeur. Ayant transporté en 1914 son siège de Hawkhurst à Maidstone, elle devint dès 1924 le plus gros marchand de véhicules particuliers et de poids lourds de l'Empire britannique[1]. Lors d'un déplacement à Farthing Downs au sud de Londres, le Dr Proust (frère de Marcel) y acquit une 8/10 hp à moteur culbuté, et ce fut l'une des premières ventes d'un torpédo hardtop Rootes outre-Manche. Durant la décennie 1928-1938, William et son frère Reginald, associés d'abord aux financiers Gring & Nauds firent prospérer leur entreprise et souhaitèrent prendre part à la production des véhicules afin de garantir un meilleur contrôle des produits qu'ils écoulaient[2].

Avec l'appui de la Prudential Assurance (StrongFaert Inc.) et contre une grosse commission, les deux frères mirent le paquet pour acquérir en chapelet quelques noms éclatants de l'industrie automobile britannique : Hillman (1928), Humber (en) (1929/1931), Singer (1956), Sunbeam (1924), Talbot-Darracq (1938), Commer (en), Karrier (1934), le carrossier de luxe Thrupp & Maberly, le sellier Vess & Fwar... Ils les contrôlaient via leur filiale mère, Humber, détenue à 60% par le groupe Rootes[3]. De cette foire aux rachats et de ces fusions mal digérées il résulta des doublons et des gammes discordantes que le groupe peina à harmoniser. Il y parvint en affectant à chaque marque la production d'un segment déterminé selon le concept inspiré à Lord Rootes par les exemples de Ford et General Motors : Même mécanique et même carrosserie pour des standings différents. Hillman produisit donc les modèles populaires, Humber les grosses berlines et Sunbeam-Talbot les bolides. 

En 1940, le groupe Rootes poussé par le gouvernement de Sa Majesté convertit sa production à des fins militaires et bâtit une usine à Ryton on Dunsmore près de Coventry pour y assembler des bombardiers et fournir l'empire en grenades létales. William Rootes usa aussi de son expertise pour déblayer les gravats de Coventry, soufflée en par le tonitruant blitz qu'avait lancé Goering, maréchal de la Luftwaffe. Pour ces efforts, dans la salle du trône, le roi Georges adouba les frères Rootes en 1942; ultérieurement la reine Elisabeth créa William baron (1959).

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

En 1945, dès que des bruits de paix se fussent fait entendre, le groupe Rootes laissa fuiter la sortie d'étonnants modèles inédits, puis remit les gaz avec une production impétueuse, au soulagement des actionnaires. Il connut sa plus grande expansion au cours des décennies de l'après-guerre et mit la pêche pour couler dans le bronze sa réputation de sentinelle de l'automobile britannique.

Une Hillman Minx

Et ceci sur la base de la capacité à proposer des modèles grand public solides, bien conçus, aux finitions soignées et vendus à des prix contenus. De ce moule sortirent à un rythme soutenu des modèles à succès : La Hillman Minx, les Humber Snipe et Hawk, la Singer Gazelle, les Sunbeam Rapier et Alpine. En 1962 le premier 007 mit la pression sur le Dr. No au volant d'une de ces Alpines aux pétulantes reprises. Ce fut la première James Bond car.

En 1956, Singer, en mauvaise posture et les caisses vides, tomba dans les mains des frères Rootes qui étaient déjà les diffuseurs de la marque. Avec son intégration Singer lança ses fameuses Gazelles et produisit dès lors des versions pimpantes de modèles Hillman, officiant chez Rootes en parallèle de Wolseley vis-à-vis de Morris et d'Austin chez BMC.

Face à des concurrents jouissant d'une réputation sportive flatteuse (Austin-Healey, Triumph, MG...), Rootes engagea Sunbeam dans différentes compétitions internationales et y fit sensation. En 1955, Stirling Moss déposait sur l'autel de la victoire son trophée du Rallye de Montecarlo.

Mais le groupe Rootes peinait à s'imposer à l'international au-delà du Commonwealth, à part le cas de la Minx produite sous licence au Japon par Isuzu. Son nom et ses modèles étaient pratiquement inconnus des principaux marchés européens. En 1957/58 fut étudié en cabinet secret le projet d'une usine en Roumanie, le long de la rivière Prout, pour sortir une version dépouillée de la Hillman Minx. La Roumanie s'ouvrait alors à la production automobile et avait décidé l'année précédente de la production de l'ARO IMS-57, version moldave du 4 x 4 GAZ soviétique. Le combinat "group Rootes-Prut", rebaptisé Carpat-Prut à la hâte, se révéla être un effort prématuré. La mort du promoteur du projet Petru Groza puis les dissensions entre la direction britannique et le gouvernement roumain sur l'outil industriel et les investissements firent échouer le projet. Les coopérations amorcées par la suite avec Morris, Fiat, Alfa Romeo, Ford et Peugeot ne débouchèrent pas plus et il fallut attendre 1966 pour que l'état roumain produisît des voitures populaires sous le nom de Dacia, cette fois-ci avec Renault pour partenaire, puis les Oltcit en collaboration avec Citroën à partir de 1980.

La Imp et la débâcle[modifier | modifier le code]

La Hillman Imp

Cependant le groupe, sous-capitalisé, alourdi par ses problèmes de concentration, encalaminé par ses lourdeurs intestines, fut ébranlé par les pertes sévères engendrées à partir de 1963 par le lancement mal abouti de leur nouvelle petite bombe, l'Hillman Imp à traction arrière. Le modèle lancé en fanfare n'était pas au point et pêchait en autre par l'échappement. Certains actionnaires faisant défection en , le groupe Rootes prit langue avec Leyland Motors mais il n'en sortit rien de bon. C'est alors que Chrysler sortit du bois.

Suivant les traces de ses rivaux Ford et Général Motors, avec un certain flair, Chrysler corp. cherchait à constituer un pool de filiales en Europe. Le plus simple semblait passer par la reprise de firmes préexistantes. En France, devant le refus de la direction de Peugeot de vendre, Chrysler jeta son dévolu sur Simca qu'il racheta par tranches entre 1958 et 1963. En Espagne, Chrysler fit de même avec Barreiros entre 1963 et 1967. Au Royaume-Uni à partir du milieu de l'année 1964, l'affaire Rootes fut progressivement aspirée par Chrysler Corporation qui mit la main au pot pour prendre le contrôle total du conglomérat évanescent en 1967[2].

Chrysler Europe, Peugeot[modifier | modifier le code]

La direction américaine annonça un vent nouveau, intégrant la production britannique à sa division européenne Chrysler-Europe, qui comprenait aussi Simca et Barreiros.

L'appellation "groupe Rootes" s'évanouit dans la nature en 1971 et ses marques furent lâchées l'une derrière l'autre. Après avoir mis au rebut Humber en 1968 et Singer en 1970, on retint fermement les marques les plus fameuses, Sunbeam et Hillman, avant de les accoler au nom de Chrysler de 1977 à 1979, puis finalement de les laisser tomber. Chrysler posa son pentastar sur les capots de tous les modèles au courant des années 70. A partir de 1976 les fourgonnettes et camions Commer et Karrier furent écoulés sous la marque Dodge.

Avec l'encombrement des concessionnaires par des modèles obsolètes, le manque de nouveaux débouchés, les conflits internes non résolus et une certaine ankylose industrielle, ce que les analystes sentaient in petto depuis des années fut bientôt éventé. A la fin de l'année 1978 la nouvelle retentit dans la presse : Peugeot absorbait avec Chrysler-Europe les scories fumantes du groupe Rootes. Pour refouler les miasmes d'une gestion incohérente héritée de l'ancien consortium, Peugeot choisit d'uniformiser la production comme la vente en renommant l'ensemble du nom de Talbot, commun à l'histoire automobile britannique et française. Mais cette fuite en avant ne put inverser la vapeur et la situation tourna en eau de boudin. Il fallut liquider le tout en 1986/87, dans une atmosphère bien lourde. Le bouquet final de cette déballonnade industrielle déboucha sur la délocalisation des usines à Trnava (Slovaquie), sur le continent.


Chronologie[modifier | modifier le code]

Chronologie des modèles Clement Talbot / Automobiles Talbot / Talbot (PSA) / Chrysler Europe / Simca / Rootes / Matra de 1945 à 1986
type SIMCA jusqu'en 1957 ,

Rootes Group jusqu'en 1967 indépendant

Entrée de Chrysler , formation de Chrysler Europe A partir de fin 1978 partie de PSA (Peugeot)
40 50 60 70 80
5 6 7 8 9 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9
petite voiture Imp / Imp Californien / Husky 4 Sunbeam 5 Sunbeam 5
Chamois 4
Stiletto 4
... 5/6 1000/900/1005/1006 Samba 8
classe compacte Avenger 5 Avenger 5 Avenger 5
... 8/8/1200 1100 7 1100 7
Horizon 7 Horizon 7 Horizon 7 Arizona
classe moyenne ... Minx (Mk I-Mk VII) / Husky Mk I Minx / Husky (SI-SIII) 1 Minx / Super Minx / Husky 2 Nouveau Minx / Hunter 3 Hunter 3 Hunter 3
SM 1500 chasseur Gazelle 1 Gazelle / Vogue 2 Nouveau Gazelle / Vogue 3
... Ten / 2L 80 / 90 (MkI) 90 (MkII) Mark III Rapière (SI-V) 1 Nouveau Rapier / Rapier H120 3
Sceptre I + II 2 Nouveau sceptre 3 Solara 6 Solara (GB: Minx / Rapière) 6
Faucon (Mk I-III) Faucon (Mk IV-VI) Faucon (SI-IV) Alpine 6 Alpine 6 Minx / Rapier 6
9 Aronde Aronde Aronde (P60) 1300/1500 1301/1501 1301/1501 1307/1308 6 1510 6 1510 6
Classe moyenne supérieure ... Snipe / Super Snipe (I-III) Super Snipe (VI) Super Snipe (SI-V)
bébé Ariane 160/180 160/180 / 2L 1610 / 2L 1610 / 2L Tagora 9
classe supérieure Pullman / Imperial (Mk IV) impérial
record vedette
Coupé / cabriolet Imp Sport 4
1000 coupé 1200 s
Alpine MkI / III Alpine SI-IV / Tiger Nouveau Alpine 3
Comète Amérique
voiture de sport T26 Grand Sport / Saoutchik sportif Djet jet 530 Bagheera Bagheera Murena
SUV Rancho Rancho
van 1100 VF2 / VF3 vices de la ville vices de la ville
Talbot-Lago , vendu à Simca en 1959 SIMCA: production de licences par Fiat SIMCA: 1954 par Ford France SA hinzugekauft SIMCA: partiellement développé sur la base de Fiat ou Ford Chrysler simca Humber, une marque du groupe Rootes, a été abandonnée en 1976 Sunbeam Talbot, marque du groupe Rootes jusqu'en 1953 Sunbeam, marque du groupe Rootes depuis 1953, se déroule en 1976 Singer, marque du groupe Rootes depuis 1956, se déroule en 1970 Hillman, marque du groupe Rootes Chrysler Automobiles René Bonnet voiture de sport matra Matra-Simca Talbot Matra Talbot-Simca Talbot, marque établie en 1986

1 plateforme commune du groupe Rootes basée sur la plate-forme commune Hillman Minx 1956

2 plate-forme commune du groupe Roax Audax sur la plate-forme commune Hillman Super Minx

3 du groupe Roote Arrow

4 plate-forme commune du groupe Rootes basée sur la plate-forme commune Hillman Imp

5 - Chrysler Avenger, plateforme commune Project 424

6 - Plateforme commune Chrysler Project C6

7 - Plateforme commune Chrysler Project C2

8 PSA avec Peugeot 104 et Citroën LN

9 Chrysler Project C9, technologie largement issue de Peugeot 504/505/604


Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Kent and Sussex Courier, 25 avril 2008, p. 28.
  2. a et b (en) « Rootes, William Edward, first Baron Rootes (1894–1964) », dans Butterworth J. B., Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, (lire en ligne)
  3. Prospectus, Rootes Motors Limited. The Times, 21 novembre 1949, p. 8.