Grotte de Linars

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Grotte de Linars
Image illustrative de l'article Grotte de Linars
Ossements humains pris dans la calcite dans la grotte de Linars.
Coordonnées 44° 47′ 54″ nord, 1° 38′ 07″ est
Pays Drapeau de la France France
Région française Occitanie
Vallée Alzou
Localité voisine Rocamadour
Altitude de l'entrée 250
Longueur connue 120 mètres
Type de roche Calcaire
Signe particulier Spéléothèmes, concrétions
Occupation humaine âge du bronze

La grotte de Linars est une cavité souterraine naturelle contenant des vestiges préhistoriques, principalement de l'âge du bronze. Elle est située sur la commune de Rocamadour, dans le Quercy (Lot, Occitanie, France).

Situation et topographie[modifier | modifier le code]

Vue du porche de la grotte depuis le chemin d'accès.

La grotte de Linars se situe en rive gauche de la vallée de l'Alzou, en amont de Rocamadour, 13 mètres sous le bord supérieur du plateau calcaire. La grotte possède un large porche en arc de cercle de 6 mètres de haut et de 14 mètres de large, orienté à l'est, s'ouvrant à l'altitude 250 mètres[1]. Sa terrasse surplombe l'Alzou de 107 mètres[2], mais le porche est invisible du ruisseau.

La vallée encaissée est, dans sa partie supérieure, encadrée par deux falaises de 20 à 40 mètres de hauteur qui sont suivies vers le bas par deux longs talus d’origine cryoclastique, recouverts de végétation. Du plateau, un discret sentier escarpé permet l'accès à la grotte.

Fouilles archéologiques[modifier | modifier le code]

Période de 1910 à 1914[modifier | modifier le code]

Vers 1910, André Niederlender, âgé de 18 ans et déjà passionné d'archéologie, creuse dans l'entrée de la grotte de Linars avec le propriétaire Zacharie Cayla. Il y découvre une hache en pierre polie, des silex et des tessons de poteries[3].

De 1912 à 1914, Amédée Lemozi fouille le porche d'entrée, en liaison avec Armand Viré et en accord avec les propriétaires, Zacharie Cayla et l'abbé Amadieu. Il atteint la base du remplissage post-pléistocène. Il rédige, après 1960, un manuscrit décrivant ces fouilles[4],[3]. Le matériel archéologique découvert est actuellement conservé au musée de préhistoire de Cabrerets.

Découvertes et fouilles de 1978[modifier | modifier le code]

Deux crânes humains pris dans la calcite.

En 1978, les spéléologues Clara et Couderc désobstruent un passage bas au fond du grand porche d'entrée et découvrent deux nouvelles salles :

  • la première, de 26 mètres de long, est jonchée de poteries ;
  • la seconde, de 75 mètres de long, contient des vestiges en abondance : ossements humains, poteries entières, charbons.

Louis Genot, un archéologue, y effectue une visite le et en informe le correspondant départemental des Antiquités préhistoriques Michel Lorblanchet. Une autorisation de fouille de sauvetage est rapidement délivrée le . Les travaux débutent le et continueront jusqu'en 1979. Ils sont effectués par MM. Lorblanchet, Hugonie, Clara et Couderc, Canet G. et J., Borel et Lagasquie[3].

Étude et datation des vestiges[modifier | modifier le code]

Une mâchoire inférieure humaine prise dans la calcite.

En 1990, Michel Lorblanchet et Louis Genot demandent à Marie-Roger Séronie-Vivien d'étudier le matériel archéologique découvert en 1978[3].

Marina Escola est chargée de l'étude des vestiges humains. Elle rapporte au musée de Cabrerets les trois mille os humains entiers ou cassés, conservés depuis 1980 à la faculté de Lyon. Elle dénombrera 43 individus dont 21 adultes qui ont vécu à l'époque du Bronze final, ce qui localement se situe entre 1050 et 950 ans avant Jésus-Christ. Les hommes mesuraient entre 1,60 m et 1,70 m, les femmes entre 1,40 m et 1,60 m. Leur état sanitaire semblait satisfaisant et ils ne présentaient pas de traumatisme. Marina Escola a détecté quelques cas d'arthrose au niveau de la colonne vertébrale, des lésions au niveau des phalanges des pieds. 15 à 20 % des adultes avaient des caries dentaires contre 10 à 15 % pour les plus jeunes.

Occupation humaine[modifier | modifier le code]

Vue depuis l'intérieur du porche de la grotte.

Le porche a servi d'habitat au Néolithique il y a 10 000 ans. Les hommes de l'âge du bronze y ont vécu et ont entreposé leurs défunts dans la grotte attenante. Ensuite, l'accès à la grotte fut oublié. Le porche a servi de refuge et de bergerie jusqu'au XXe siècle.

Par son éloignement, son accès escarpé et invisible du ruisseau et du haut des falaises, l'entrée fut occupée lors de la Révolution. En 1812, des contrebandiers et conscrits réfractaires y fabriquaient de la fausse monnaie, y imprimaient de faux papiers, y vendaient des armes et de la poudre. Ils avaient le soutien du maire Vidal de Rocamadour et de la population qui les protégèrent des gendarmes de Gramat[4].

Dégradations récentes[modifier | modifier le code]

Grille de protection installée en 2003 au fond du porche.

Peu de temps après la découverte des salles contenant les ossements et les vestiges, des objets sont dérobés[3] :

  • le 17 août 1978, un petit vase disparaît sur le chantier de fouille ;
  • le 2 septembre 1978, un deuxième vase est subtilisé ;
  • le 6 septembre 1978, une grille de protection est installée ;
  • les dégradations se poursuivent, des vases sont à nouveau volés ou cassés, des os humains pris dans la calcite sont brisés dans une tentative d'extraction brutale ;
  • le 17 septembre 1979, une plainte est déposée en gendarmerie ;
  • le 25 juin 1980, un vase est détaché au burin de la calcite, ainsi que trois autres crânes humains, les archéologues décident alors d'enlever tous les vestiges mobiles ;
  • à partir de 1980, la grotte est laissée à l'abandon et les pillages se poursuivent ;
  • en 1996, le carroyage de fouille a été arraché et poussé sur le côté, les pilleurs ont continué les fouilles à la pioche[5].
  • en 2003, le parc naturel régional des Causses du Quercy pose une nouvelle grille de protection qui met un terme aux fouilles clandestines.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Taisne, Contribution à un inventaire spéléologique du Département du Lot, Labastide-Murat, Comité Départemental de Spéléologie du Lot (CDS46), , 363 p. (ISBN 2-9509260-1-0), p. 87
  2. Carte IGN TOP25 2136 ET : altitude Alzou 143 mètres.
  3. a, b, c, d et e Marie-Roger Séronie-Vivien, La grotte de Linars à Rocamadour (Lot) : Un habitat préhistorique au Post-Paléolithique et au Bronze Moyen, une grotte sépulcrale au Bronze final (Hallstatt), Préhistoire du Sud-Ouest, , 162 p.
  4. a et b Amédée Lemozi, Grotte de Linars, commune de Rocamadour (Lot) : Fouilles 1912, 1913, 1914, 60 p.
  5. Michel Lorblanchet, « Figeac. Défendre les sites menacés. », sur http://www.ladepeche.fr, La Dépêche du Midi, (consulté le 13 juin 2009) : « Dans le Lot,y a-t-il des sites en péril?
    J'ai participé à la fouille et au sauvetage de la grotte de Linars à Rocamadour contenant quarante sépultures de l'âge du bronze. Elle vient d'être pillée par des fouilleurs clandestins malgré les premières protections. »