Grotte de Kapova

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Grotte de Kapova
Шульган-Таш летом.JPG
Localisation
Coordonnées
Adresse
raïon de Burzyansky (en)
Flag of Russia.svg Russie
Caractéristiques
Patrimonialité
Objet patrimonial culturel de Russie
Liste indicative du patrimoine mondial (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web


La grotte de Kapova (en russe : Капова пещера) est une grotte calcaire située sur le versant sud du Sarykuskan, une colline de Bachkirie dans le sud de l'Oural. Elle est traversée par le Choulgan (ru), une rivière de 13 km qui se jette peu après dans la Belaïa. Pour cette raison, elle est aussi appelée grotte de Choulgan-Tach. Elle est célèbre pour les peintures du paléolithique ancien qui ornent ses parois.

Description[modifier | modifier le code]

Profil de la grotte

L'entrée de la grotte forme une grande arche de 30 m de haut juste à la droite d'une profonde mare (3 m de large pour 35 m de profondeur) qui correspond à la résurgence de la rivière. Le système de galeries s'étend sur 3 km pour une dénivellation de 165 m et comporte des siphons, des lacs souterrains. Il comporte trois étages, celui du dessous étant occupé par la rivière.

Archéologie[modifier | modifier le code]

Les peintures ont été découvertes en 1959 par le zoologiste A.V. Ryumin et ont revêtu une importance particulière car c'est l'un des premiers exemples d'art pariétal découvert en dehors de l'aire franco-cantabrique. Elles se répartissent entre quatre salles: la salle de la coupole, la salle des signes et la salle du chaos à l'étage intermédiaire et la salle des peintures à l'étage supérieur. La plupart des peintures sont réalisées à l'ocre rouge avec l'hématite comme pigment, parfois accompagné de charbon de bois. Estimées initialement d'époque solutréenne ou magdalénienne, leur âge de 16 300 à 19 600 ans (cal. BP) a ensuite été confirmé par une analyse au carbone 14 de la couche archéologique présentant des fragments d'ocre. La tentative d'obtenir une mesure plus directe en analysant les dépôts de calcite en dessus et en dessous des dessins par la méthode de la datation par l'uranium-thorium n'a pas abouti à une fourchette plus précise: entre 36 400 et 14 500 ans, il n'y a eu aucun dépôt de calcite, ce qui suggère qu'à cette époque, les températures à l'intérieur de la cave étaient inférieures à zéro pendant toute l'année dans des conditions de permafrost. Cette période correspond au dernier maximum glaciaire[1],[2].

173 dessins sont décrits: 26 peintures représentent la faune de cette époque: mammouths laineux, chevaux, rhinocéros laineux, bisons des steppes et bisons d'Europe. Une représentation d'un chameau de Bactriane a été découverte en 2017 sous une couche de calcite. D'autre part, il existe plusieurs illustrations zoomorphes et anthropomorphes et plus de 70 figures géométriques (triangles, trapèzes, échelles, etc.)[1].

Le sol archéologique correspondant a livré des colorants, une lampe en argile, un récipient en serpentine, des parures et un outillage constitué d’une trentaine de pièces de silex et de jaspe, comprenant 2 grattoirs, 1 pointe de la Gravette, des lames et lamelles retouchées et des éclats, auxquels s’ajoutent 3 choppers et 7 outils en os. Cet outillage se distingue par la diversité des matières qu'ils avaient travaillées (bois, os, viande, grattage de peau, utilisation comme projectile). Particulièrement usé, il n'a toutefois pas été utilisé sur place[3]. Une coupe en terre (6 cm x 2 cm) ayant probablement servi à la préparation de l'ocre a notamment été retrouvée dans la salle des signes[4].

Des fragments de deux crânes ont été découverts dans la salle de la coupole. Une étude de l'ADN de ces habitants de l'âge du bronze a révélé qu'ils possédaient les haplogroupes R1a et R1b, actuellement très communs en Europe, ainsi que les haplogroupes mitochondriaux I5, M1 et U5[5].

Actuellement, afin de protéger les originaux, des copies des peintures sont présentées aux touristes dans l'entrée de la grotte.

Flore et faune[modifier | modifier le code]

La grotte étant située dans la réserve naturelle de Choulgan-Tach, sa flore et sa faune ont été étudiées en détail. En raison de leur proximité, les poissons de la rivière souterraine ne diffèrent pas de ceux de la Belaïa: ce sont des taïmens, des ombres et des phoxinus. Les chauves-souris sont représentées par six espèces: des murins de Brandt, à moustaches, de Daubenton ou de Natterer ainsi que des oreillards roux et des sérotines boréales.

Les mousses sont concentrées à l'entrée de la grotte, avec notamment Anomodon viticulosus, Neckera besseri, Tortella tortuosa, Campylophyllum halleri, Schistidium apocarpum, Timmia bavarica, Platygyrium repens et Plagiochila porelloides.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  • BADER, Otto N., La caverne Kapovaïa: peinture paléolithique. Nauta. Moscou. 1965.
  • SCELINSKIJ, Vjaceslav E. e SIROKOV, Vladimir N.: Höhlenmalerei im Ural. Jan Thorbecke Verlag, Stuttgart. 1999. (ISBN 3-7995-9004-8)
  1. a et b Yuri Dublyansky, Gina E. Moseley, Yuri Lyakhnitsky, Hai Cheng, Lawrence R. Edwards, Denis Scholz, Gabriella Koltai & Christoph Spötl, Late Palaeolithic cave art and permafrost in the Southern Ural, Scientific Reports, volume 8, article: 12080 (2018). Voir aussi: Alois Pumhösel, Steinzeitliche Höhlenmalereien stellen Forscher vor Rätsel, Der Standard, le 11 janvier 2019.
  2. Zoya A. Abramova, "L'art paléolithique d'Europe orientale et de Sibérie", pages 110 à 113, Editions Jérôme Millon, 1995.
  3. Hugues Plisson, "La fonction des outils de silex dans les grottes ornées paléolihiques", Congrès du centenaire de la Société préhistorique française : un siècle de construction du discours scientifique en Préhistoire p. 125-132, vol. 3, 2007.
  4. (ru) Shchelinsky V.Ye, Vandiver P. B. "Une coupe en argile de la couche culturelle du sanctuaire paléolithique de la grotte de Kapova: premières expériences dans la fabrication et l'utilisation de produits en argile" // Traditions et innovations dans l'étude de la céramique ancienne. Pages 56-60. Conférence tenue à Saint-Pétersbourg du 24 au 27 mai 2016.
  5. Morten E. Allentoft, Martin Sikora et al., Population genomics of Bronze Age Eurasia, Nature, volume 522, pages 167–172 (11 juin 2015).